Jour 330 ☼ — Le premier concile : la grâce avant la loi
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 15 des Actes des Apôtres, le frère Paul-Adrien lit le récit du premier concile de Jérusalem, où l'Église affronte la question brûlante de la circoncision des pagano-chrétiens. Le commentaire détaille la procédure conciliaire — réunion collégiale, débat contradictoire, triple critère de discernement (expérience, Écriture, Esprit Saint), décision unanime et lettre officielle — et souligne la phrase décisive de Pierre : c'est par la grâce que nous sommes sauvés, non par la loi. Il explique aussi pourquoi c'est Jacques, chef de la communauté de Jérusalem, qui formule le compromis final, et pourquoi les interdits retenus remontent à l'alliance avec Noé, universelle, et non à Abraham. L'épisode se termine sur une dette de reconnaissance envers saint Paul, à qui le frère doit son nom.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Paul et Barnabé sont rentrés de mission. Il faut croire que la première Église s'est demandé s'ils ne s'étaient pas laissés déborder par le succès, et souhaite reprendre cette question des pagano-chrétiens. Tout cela, au moins sur le papier, avait été résolu par Pierre avec le baptême de Corneille. Oui, mais maintenant les païens entrent en masse dans l'Église. C'est une chose d'accepter au cas par cas quelques baptêmes, mais là, on parle de milliers de personnes. Mais ça veut dire quoi, sur la circoncision ? Sur la cacherout ? Sur les règles de la Torah ?
Et surtout, pendant l'absence de Paul et Barnabé, il y a des gens qui, venus de Jérusalem, ont commencé à semer la discorde à Antioche même. L'enjeu s'est un tout petit peu déplacé. On est prêts à accepter des règles de pureté plus ou moins souples, des communions de vie. Allez, on est prêts à accepter des compromis sur la cacherout, mais à une condition : la circoncision. Le sujet à 100 points, le sujet qui symbolise la Torah dans son ensemble entier. Tant qu'il ne sera pas résolu, rien ne sera résolu.
Ne sous-estimez pas l'importance du chapitre que vous allez entendre.
Lecture : Actes des Apôtres 15
Des gens venus de Judée à Antioche enseignaient les frères en disant : « Si vous n'acceptez pas la circoncision selon la coutume qui vient de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. » Cela provoqua un affrontement, ainsi qu'une vive discussion engagée par Paul et Barnabé contre ces gens-là. Alors on décida que Paul et Barnabé, avec quelques autres frères, monteraient à Jérusalem auprès des Apôtres et des anciens pour discuter de cette question.
L'Église d'Antioche facilita leur voyage. Ils traversèrent la Phénicie et la Samarie en racontant la conversion des nations, ce qui remplissait de joie tous les frères. À leur arrivée à Jérusalem, ils furent accueillis par l'Église, les Apôtres et les anciens, et ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait pour eux. Alors quelques membres du groupe des pharisiens qui étaient devenus croyants intervinrent pour dire qu'il fallait circoncire les païens et leur ordonner d'observer la loi de Moïse.
Les Apôtres et les anciens se réunirent pour examiner cette affaire. Comme cela provoquait une intense discussion, Pierre se leva et leur dit : « Frères, vous savez bien comment Dieu, dans les premiers temps, a manifesté son choix parmi vous : c'est par ma bouche que les païens ont entendu la parole de l'Évangile et sont venus à la foi. Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage en leur donnant l'Esprit Saint, tout comme à nous, sans faire aucune distinction entre eux et nous, et il a purifié leurs cœurs par la foi. Maintenant, pourquoi donc mettez-vous Dieu à l'épreuve en plaçant sur la nuque des disciples un joug que nos pères et nous-mêmes n'avons pas eu la force de porter ? Oui, nous le croyons, c'est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, de la même manière que eux. »
Toute la multitude garda le silence, puis on écouta Barnabé et Paul exposer tous les signes et les prodiges que Dieu avait accomplis grâce à eux parmi les nations.
Quand ils eurent terminé, Jacques prit la parole et dit : « Frères, écoutez-moi. Simon Pierre vous a exposé comment, dès le début, Dieu est intervenu pour prendre parmi les nations un peuple qui soit à son nom. Les paroles des prophètes s'accordent avec cela, puisqu'il est écrit : "Après cela, je reviendrai pour reconstruire la demeure de David qui s'était écroulée, j'en reconstruirai les parties effondrées, je la redresserai. Alors le reste des hommes cherchera le Seigneur, oui, toutes les nations sur lesquelles mon nom a été invoqué, déclare le Seigneur qui a fait connaître ces choses depuis toujours." Dès lors, moi, j'estime qu'il ne faut pas tracasser ceux qui, venant des nations, se tournent vers Dieu, mais écrivons-leur de s'abstenir des souillures des idoles, des unions illégitimes, de la viande non saignée et du sang. Car depuis les temps les plus anciens, Moïse a, dans chaque ville, des gens qui proclament sa loi, puisque dans les synagogues on en fait la lecture chaque sabbat. »
Alors les Apôtres et les anciens décidèrent, avec toute l'Église, de choisir parmi eux des hommes qu'ils enverraient à Antioche avec Paul et Barnabé. C'étaient des hommes qui avaient de l'autorité parmi les frères : Jude et Silas. Voici ce qu'ils écrivirent de leurs mains :
« Les Apôtres et les anciens, vos frères, aux frères issus des nations qui résident à Antioche, en Syrie et en Cilicie, salut ! Attendu que certains des nôtres, comme nous l'avons appris, sont allés, sans aucun mandat de notre part, tenir des propos qui ont jeté chez vous le trouble et le désarroi, nous avons pris la décision, à l'unanimité, de choisir des hommes que nous envoyons chez vous, avec nos frères bien-aimés Barnabé et Paul, eux qui ont fait don de leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ. Nous vous envoyons donc Jude et Silas, qui vous confirmeront de vive voix ce qui suit : l'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d'autres obligations que celles-ci qui s'imposent : vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles, du sang, des viandes non saignées et des unions illégitimes. Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela. Bon courage ! »
On laissa donc partir les délégués, et ceux-ci descendirent alors à Antioche. Ayant réuni la multitude des disciples, ils remirent la lettre. À sa lecture, tous se réjouirent du réconfort qu'elle apportait. Jude et Silas, qui étaient aussi prophètes, parlèrent longuement aux frères pour les réconforter et les affermir. Après quelque temps, les frères les laissèrent partir, en paix, vers ceux qui les avaient envoyés. Quant à Paul et Barnabé, ils séjournaient à Antioche où ils enseignaient et, avec beaucoup d'autres, annonçaient la bonne nouvelle de la parole du Seigneur.
Commentaire
Donc, ça commence à Antioche, avec des controverses et des disputes, et laissez-moi vous dire qu'avec le caractère de Paul, ça ne devait pas être de tout repos. Et ce qui a dû se passer, c'est qu'il devait en avoir ras-le-bol, et ils lui ont dit : puisque c'est comme ça, « Va à Jérusalem, on te fait confiance, prends avec toi Barnabé, et tu leur montreras. » Et ça vous a donné la réunion de Jérusalem.
On a appelé ça le premier concile de Jérusalem. Un concile, c'est une réunion officielle de tout le monde, tous les dirigeants d'Églises. C'est hyper important dans la vie de l'Église — par exemple le concile de Trente, le concile Vatican II. C'est une tradition que l'Église a ensuite reprise. C'est ce qui permet à l'Église d'être vraiment universelle. Il y a quand même un moment donné où il faut que tout ce beau monde se réunisse pour mettre sur la table les sujets qui fâchent.
Vous avez d'abord une réunion collégiale :
Les Apôtres et les anciens se réunirent pour examiner cette affaire.
On demande à Paul et à Barnabé de raconter ce qu'ils ont fait dans leur voyage missionnaire. Et vous pensez bien que ce n'était pas la séquence diapo où ils ont montré les plus belles photos d'Antioche de Pisidie, d'Iconium, de Lystres ou de Derbé. On leur demandait ce qu'ils avaient prêché et ce qui s'était passé. On veut savoir d'où vient tout ce tintouin : vous en êtes responsables. Il faut imaginer que Paul et Barnabé rendaient des comptes. S'il y a bien une chose que les responsables d'Église n'ont jamais aimée, c'est le bazar et qu'on leur impose de faire de grandes réunions. Vous pouvez être sûr qu'on leur en a voulu à titre personnel.
En tout cas : réunion collégiale, et débat contradictoire. Verset 7, une vive discussion s'engagea. Vous avez Pierre, Paul, Barnabé et puis Jacques qui prennent la parole. Et vous avez aussi les pharisiens venus du judaïsme et convertis au christianisme qui prennent la parole.
Au cours de ce débat contradictoire, on s'appuie sur une multiplicité d'arguments. Par exemple, il y a l'expérience personnelle : Pierre invoque ce qui s'est passé avec Corneille, en Actes 10. Et vous avez Jacques qui cite le prophète Amos, au verset 16 : « Après cela, je reviendrai pour reconstruire la demeure de David. » Et ensuite, on invoque l'Esprit Saint. Donc triple critère de discernement : l'expérience, les faits vécus ; la tradition scripturaire ; et l'illumination de l'Esprit.
Puis vous avez une décision commune. Ce qui est important, c'est que ce n'est pas une décision qu'on prend à la majorité, mais ce qu'on vit, c'est l'unanimité. Verset 22 : « Il parut bon aux Apôtres et aux anciens, avec toute l'Église, de ne pas imposer d'autres charges, sinon celles-ci… » Avec une lettre officielle qui est rédigée et envoyée : donc publication d'une décision. Et la formule clé, solennelle : « L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé. » C'est une décision à la fois communautaire et inspirée, et normée par un écrit qui fait foi.
Ce que je veux dire par là, c'est que ce premier concile de Jérusalem, justement, il suit une procédure déjà bien établie. Et à la fin même, on envoie des délégués pour attester de ce qui a été décidé.
Je reviens deux secondes sur ce qu'a dit Pierre, parce que c'est lui qui a donné l'argumentation décisive. Alors ça, c'est la phrase : s'il n'y en avait qu'une seule à retenir, ce serait celle-là. Verset 10 :
Maintenant donc, pourquoi mettez-vous Dieu à l'épreuve en plaçant sur la nuque des disciples un joug que nos pères et nous-mêmes n'avons pas eu la force de porter ? Oui, nous le croyons, c'est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, de la même manière que eux.
Autrement dit — je vous la fais simple — ce que saint Pierre dit, c'est que la loi est incapable de nous sauver. Elle sert simplement à montrer nos insuffisances. Ce qui sauve, c'est la foi, la grâce. C'est dans la bouche de Pierre, et on a l'impression de lire du saint Paul.
Ça, c'était Pierre. Et Jacques prend le relais. Le frère du Seigneur, le chef de la communauté chrétienne de Jérusalem. D'ailleurs, tiens, j'en profite : comment se fait-il que Jacques, le frère de Jésus, soit devenu le chef de la première communauté de Jérusalem, alors que dans les Évangiles, manifestement, Jésus et ses frères, c'était chien et chat ? Eh bien, il faut croire qu'après la mort et la résurrection de Jésus, ils se sont réconciliés. Et dans les lettres de saint Paul, on vous dit que Jésus lui-même est apparu à Jacques, son frère.
Alors moi, ça me fait toujours un peu peur quand j'entends ça, parce qu'on se dit que l'Église, au début, commençait à devenir peut-être une affaire de famille. Est-ce que c'est bon que ce soit le frère du Seigneur qui récupère la première Église de Jérusalem ? En même temps, on a étudié la lettre de Jacques — Jacques le Juste — quand même une sacrée pointure au niveau moral, au niveau de la rigueur et de l'autorité. Alors, d'ailleurs, on l'a vu dans cette lettre, quelqu'un qui n'a pas la même sensibilité que saint Paul, qui avait un rapport un peu différent entre la foi et les œuvres. Eh bien ici, c'est lui qui propose la formule de compromis.
Pourquoi est-ce que c'est lui qui propose la décision finale, et pas saint Pierre ? C'est un peu compliqué dans ma tête, parce que saint Pierre, c'est quand même normalement le chef de l'Église. Ici, c'est saint Jacques qui propose la formulation finale. Que Pierre ne soit pas responsable de l'Église de Jérusalem, ça, ça se comprend assez bien : c'est parce qu'en fait Pierre, à cette époque-là, était un prédicateur itinérant. On l'avait vu en Samarie. On vous a dit qu'après il y avait eu des persécutions et que, pour fuir les persécutions, il était parti dans une autre ville ; donc il n'allait pas être le responsable d'une communauté locale. On avait vu aussi comment, ici, c'était bien saint Pierre qui avait donné l'argument décisif.
Et alors moi, ma thèse, c'est que c'est saint Jacques qui donne la formule de compromis finale parce que c'était peut-être lui qui était en première ligne. Les judéo-chrétiens qui avaient mis le bazar à Antioche, ils venaient de Jérusalem, ils venaient de saint Jacques. Donc s'il y avait bien quelqu'un qui devait les calmer, c'était bien le chef de la communauté de Jérusalem. Comme il est proche des milieux hébraïsants, c'est peut-être par lui que la solution sera le plus facilement acceptée. Mettre dans la bouche de saint Jacques la formule finale, c'était peut-être la manière la plus intelligente de faire passer la pilule.
En tout cas, avec les unions illégitimes, ce qui est interdit, c'est de manger du sang. Manger du sang, il faut remonter jusqu'à Noé : c'était avec Noé que Dieu avait interdit de manger du sang, qui était le symbole de la vie. Et le fait que ça remonte à Noé — ce qu'on appelle l'alliance noachique, qui est une alliance universelle — ça veut dire qu'elle pouvait s'adresser à toute l'humanité. La circoncision, c'est Abraham, c'est uniquement pour les Juifs. Noé, c'est avant Abraham.
En gros, ce qu'on dit, c'est qu'on ne va pas casser la tête des païens : ils ont gagné. Simplement, merci aux païens de mettre un peu d'eau dans leur vin, si je puis dire, et de ne pas choquer inutilement les Juifs en mangeant du sang. Voilà : tout le monde y met du sien, et ça se passera bien.
Alors, est-ce que ça s'est bien passé ? On verra ça après. Vous pouvez simplement noter qu'au fur et à mesure, cette exigence de ne pas manger de la viande avec du sang va tomber, ce qui montre bien qu'il s'agissait d'une formule de compromis, disciplinaire, et non pas d'une formule dogmatique.
En attendant, c'est à saint Paul que vous devez de ne pas être circoncis, et c'est pour ça que, de ma part, il aura droit à une reconnaissance éternelle, et que j'ai choisi de m'appeler Paul-Adrien.
C'était le premier concile de Jérusalem. Ce concile fera date.
Psaume 145
Alléluia ! Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur ! Je veux louer le Seigneur tant que je vis, chanter mes hymnes pour mon Dieu tant que je dure.
Ne comptez pas sur les puissants, des fils d'hommes qui ne peuvent sauver ! Leur souffle s'en va : ils retournent à la terre ; et ce jour-là, périssent leurs projets.
Heureux qui s'appuie sur le Dieu de Jacob, qui met son espoir dans le Seigneur son Dieu, lui qui a fait et le ciel et la terre et la mer et tout ce qu'ils renferment !
Il garde à jamais sa fidélité, il fait justice aux opprimés ; aux affamés, il donne le pain, le Seigneur délie les enchaînés.
Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur aime les justes, le Seigneur protège l'étranger.
Il soutient la veuve et l'orphelin, il égare les pas du méchant. D'âge en âge, le Seigneur régnera : ton Dieu, ô Sion, pour toujours !