Jour 330 ☾ — Le cri de Paul : la foi avant la loi
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Résumé : Après le Concile de Jérusalem lu dans les Actes, le frère Paul-Adrien ouvre la lettre aux Galates, où l'on découvre que rien n'était réglé : des gens sont montés en Galatie pour imposer la circoncision aux chrétiens d'origine païenne. La lecture de Galates 1-2 fait entendre un Paul en colère, qui refait son autobiographie pour établir que son Évangile vient directement du Christ ressuscité et non des hommes. Le commentaire détaille sa stratégie en deux temps — réaffirmer son autorité, puis argumenter le salut par la foi — en relevant l'ironie envers « ceux qui paraissaient être quelque chose » et la scène du conflit avec Pierre à Antioche, soigneusement évitée par les Actes. Il conclut sur le fondement existentiel de Paul : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi. »
Introduction
Nous continuons notre tour des différentes assemblées chrétiennes en suivant les lettres et aujourd'hui, on va se faire plaisir. On va se faire plaisir parce que la lettre que j'ai choisie est en rapport avec ce Concile de Jérusalem. Je vous explique. On a vu dans les Actes des Apôtres, chapitre 15, le Concile de Jérusalem, comment c'était Jacques qui, plutôt proche des milieux judéo-chrétiens, avait offert lui-même une solution de compromis. On a vu Pierre aussi intervenir de sa propre autorité pour légitimer l'entreprise de Paul. Donc, tout roule ? Tout roule ? Vraiment ?
Je vous propose de lire la lettre aux Galates. Je ne vais pas vous dire ce qu'il y a à l'intérieur, je ne vais pas spoiler. Si jamais vous ne connaissez pas, vous allez simplement vous délecter de ce que vous allez entendre. Simplement pour remettre un petit peu le contexte : les Galates, eux, on les avait déjà rencontrés lors du premier voyage missionnaire de Paul. C'est une des toutes premières églises que Paul avait fondées, en plein milieu païen. Alors, qu'est-ce qu'il va leur dire ? Et pourquoi est-ce que je vous ai mis ça juste après le Concile de Jérusalem ? Je vous laisse le découvrir. Bonne écoute.
Lecture : Galates 1-2
Paul, apôtre envoyé non par des hommes, ni par l'intermédiaire d'un homme, mais par Jésus-Christ et par Dieu le Père, qui l'a ressuscité d'entre les morts, ainsi que tous les frères qui sont avec moi, aux églises du pays galate. À vous la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ, qui s'est donné pour nos péchés, afin de nous arracher à ce monde mauvais, selon la volonté de Dieu notre Père, à qui soit la gloire pour les siècles des siècles. Amen.
Je m'étonne que vous abandonniez si vite celui qui vous a appelés par la grâce du Christ, et que vous passiez à un évangile différent. Ce n'en est pas un autre : il y a seulement des gens qui jettent le trouble parmi vous et qui veulent changer l'évangile du Christ. Pourtant, si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème. Nous l'avons déjà dit, et je le répète encore : si quelqu'un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème.
Maintenant, est-ce par des hommes ou par Dieu que je veux être approuvé ? Est-ce donc à des hommes que je cherche à plaire ? Si j'en étais encore à plaire à des hommes, je ne serais pas serviteur du Christ.
Frères, je tiens à ce que vous le sachiez : l'évangile que j'ai proclamé n'est pas une invention humaine. Ce n'est pas non plus d'un homme que je l'ai reçu ou appris, mais par révélation de Jésus-Christ.
Vous avez entendu parler du comportement que j'avais autrefois dans le judaïsme : je menais une persécution effrénée contre l'Église de Dieu et je cherchais à la détruire. Et j'allais plus loin dans le judaïsme que la plupart de mes frères de race qui avaient mon âge, et plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères.
Mais Dieu m'avait mis à part dès le sein de ma mère, et dans sa grâce il m'a appelé. Il a trouvé bon de révéler en moi son Fils, pour que je l'annonce parmi les nations païennes. Aussitôt, sans prendre l'avis de personne, sans même monter à Jérusalem pour y rencontrer ceux qui étaient apôtres avant moi, je suis parti pour l'Arabie, et de là je suis retourné à Damas.
Puis, trois ans après, je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Pierre, et je suis resté quinze jours auprès de lui. Et je n'ai vu aucun des autres apôtres, sauf Jacques, le frère du Seigneur. En vous écrivant cela, je le déclare devant Dieu, je ne mens pas.
Ensuite, je me suis rendu dans les régions de Syrie et de Cilicie, mais pour les églises de Judée qui sont dans le Christ, mon visage restait inconnu. Elles avaient simplement entendu dire : « Celui qui nous persécutait naguère annonce aujourd'hui la foi qu'il cherchait alors à détruire. » Et l'on rendait gloire à Dieu à mon sujet.
Puis, au bout de quatorze ans, je suis de nouveau monté à Jérusalem. J'étais avec Barnabé, et j'avais aussi emmené Tite. J'y montais à la suite d'une révélation, et j'y ai exposé l'évangile que je proclame parmi les nations. Je l'ai exposé en privé aux personnages les plus importants, car je ne voulais pas risquer de courir ou d'avoir couru en vain. Eh bien, Tite, mon compagnon qui est grec, n'a même pas été obligé de se faire circoncire.
Il y avait pourtant les faux frères, ces intrus qui s'étaient infiltrés comme des espions pour voir quelle liberté nous avons dans le Christ Jésus, leur but étant de nous réduire en esclavage. Mais pas un seul instant nous n'avons accepté de nous soumettre à eux, afin de maintenir pour vous la vérité de l'évangile.
Quant à ceux qui étaient tenus pour importants — mais ce qu'ils étaient alors ne compte guère pour moi, car Dieu est impartial envers les personnes — ces gens importants ne m'ont imposé aucune obligation supplémentaire. Mais au contraire, ils ont constaté que l'annonce de l'évangile m'a été confiée pour les incirconcis, c'est-à-dire les païens, comme elle l'a été à Pierre pour les circoncis, c'est-à-dire les juifs. En effet, si l'action de Dieu a fait de Pierre l'apôtre des circoncis, elle a fait de moi l'apôtre des nations païennes.
Ayant reconnu la grâce qui m'a été donnée, Jacques, Pierre et Jean, qui sont considérés comme les colonnes de l'Église, nous ont tendu la main, à moi et à Barnabé, en signe de communion, montrant par là que nous sommes, nous, envoyés aux nations, et eux aux circoncis. Ils nous ont seulement demandé de nous souvenir des pauvres, ce que j'ai pris grand soin de faire.
Mais quand Pierre est venu à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement, parce qu'il était dans son tort. En effet, avant l'arrivée de quelques personnes de l'entourage de Jacques, Pierre prenait ses repas avec les fidèles d'origine païenne ; mais après leur arrivée, il prit l'habitude de se retirer et de se tenir à l'écart, par crainte de ceux qui étaient d'origine juive. Tous les autres fidèles d'origine juive jouèrent la même comédie que lui, si bien que Barnabé lui-même se laissa entraîner dans ce jeu.
Mais quand je vis que ceci ne marchait pas droit selon la vérité de l'Évangile, je dis à Pierre devant tout le monde : « Si toi qui es juif, tu vis à la manière des païens et non des juifs, pourquoi obliges-tu les païens à suivre les coutumes juives ? »
Nous, nous sommes juifs de naissance et non pas de ces pécheurs d'origine païenne. Cependant, nous avons reconnu que ce n'est pas en pratiquant la loi de Moïse que l'homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus-Christ. Et c'est pourquoi nous avons cru, nous aussi, au Christ Jésus, pour devenir des justes par la foi au Christ et non pas par la pratique de la loi, puisque, par la pratique de la loi, personne ne deviendra juste.
S'il était vrai qu'en cherchant à devenir des justes grâce au Christ, nous avons été trouvés pécheurs nous aussi, cela ne voudrait-il pas dire que le Christ est au service du péché ? Il n'en est rien, bien sûr. Si maintenant je revenais à la loi que j'ai rejetée, reconstruisant ainsi ce que j'ai démoli, j'attesterais que j'ai eu tort de la rejeter.
Par la loi, je suis mort à la loi, afin de vivre pour Dieu. Avec le Christ, je suis crucifié. Je vis, mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd'hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré lui-même pour moi. Il n'est pas question pour moi de rejeter la grâce de Dieu. En effet, si c'était par la loi qu'on devient juste, alors le Christ serait mort pour rien.
Commentaire
Alors ? La colère, le cri de Paul dans cette lettre, comme si on l'avait saisi en plein moment où il pète les plombs. Qu'est-ce qui s'est passé ? Il y a des personnes qui sont allées jusqu'en Galatie pour imposer la circoncision aux Galates qui étaient d'origine païenne, contrairement à ce que manifestement le Concile de Jérusalem avait dit. Et là-dedans, tout le monde n'a pas été clean, tout le monde n'a pas bien joué sa partition, à commencer par Pierre. Eh oui, on vient de voir Pierre jouer comme un double jeu malsain à Antioche.
Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Peut-être que le Concile de Jérusalem, dans les Actes des Apôtres, a été légèrement romancé. Ça a peut-être été plus compliqué que ça. En tout cas, là, on voit saint Paul qui est obligé de sortir la grosse artillerie lourde. Et on va le voir avec une stratégie en deux temps : d'abord, Paul commence par réaffirmer son autorité, et puis ensuite il argumentera sa position, le salut par la foi.
Et de un, ça commence dès le premier verset : il se présente comme apôtre non de la part des hommes, ni par un homme, mais par Jésus-Christ et Dieu le Père. Lui, il n'a pas été envoyé par des hommes, il a été envoyé par Dieu lui-même. Donc ceux qui mettent le bazar en Galatie, ils n'ont qu'à bien se tenir.
Deux, il a vu Jésus ressuscité. C'est ce qu'il vous dit quand il dit que l'évangile qu'il annonce, il l'a reçu de Dieu lui-même. Non pas au sens où Dieu lui a donné des cours particuliers, mais au sens où Jésus ressuscité lui est apparu. Parce que c'est ça, l'Évangile. L'Évangile, c'est la mort et la résurrection de Jésus. Et cette résurrection de Jésus-Christ, lui, Paul, il ne l'a pas apprise par le témoignage d'un homme : il a vu le Christ ressuscité devant lui. Ça lui donne une autorité, il sait de quoi il parle.
Trois, ensuite Paul vous parle d'un séjour à Damas et en Arabie. Alors ça, dans la vie de saint Paul, on ne sait pas très bien où le caser, les Actes des Apôtres n'en parlent pas. Par contre, l'argument est clair. Normalement, il aurait dû partir à Jérusalem pour se faire reconnaître par les apôtres et recevoir d'eux une légitimation. Sauf qu'en fait, tout de suite après sa conversion, il n'est pas allé voir les apôtres : il est allé pour un temps de retraite et de fondation spirituelle en Arabie, tout seul.
Alors ça, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que Paul, il ne vient pas de nulle part non plus. C'est un pharisien, il a été formé par Gamaliel, et les Écritures, il les connaît peut-être même mieux que Pierre, Jacques et Jean. Il n'a pas besoin de recevoir des cours personnels, il a juste besoin qu'on lui laisse le temps de digérer son éducation de pharisien à la lumière de la Résurrection. Donc Paul, ce n'est pas les apôtres qui vont lui faire la leçon : c'est ça que ça veut dire.
Ensuite, il vous parle de ce fameux Concile de Jérusalem, mais il en parle à sa manière. Il dit qu'il y monte à cause d'une révélation. Donc ce n'est pas lui qui est convoqué à Jérusalem, c'est Dieu qui l'envoie à Jérusalem. Et il parle de Tite, non circoncis, qui fonctionne comme une preuve vivante et comme un rappel de ce qu'a été sa prédication dans les anciens territoires païens.
Puis là, après, on arrive carrément dans la mauvaise foi. Il appelle les Douze « ce qui paraissait être quelque chose », qui est une formule ironique. Et il dit comment Jacques, Jean et Pierre lui ont serré la main droite en signe d'alliance pour faire un partage des missions : pas une subordination, un partage de missions. À lui, l'évangélisation des non-circoncis.
De là, on arrive à la scène du conflit avec Pierre, qui est soigneusement évitée dans les Actes des Apôtres, à tel point qu'on a du mal à la situer exactement. Alors là, c'est le sommet, c'est le pompon, c'est Paul. Paul, là, il jubile : il raconte comment il a publiquement résisté à Pierre. Et il exagère le contraste : Pierre hypocrite, Paul fidèle à la vérité. Et s'il peut corriger l'un des plus grands apôtres, voire le premier pape lui-même, l'argument implicite, c'est : si j'ai tenu tête à Pierre, vous, je peux vous le dire.
Et maintenant, une fois que Paul a refait son autobiographie pour vous montrer sa légitimité, c'est là qu'il en vient à sa thèse — c'était le dernier paragraphe : le salut par la foi, pas par la loi, sachant qu'ici la loi désigne la Torah.
Verset 15. Tout de suite après l'énoncé de sa foi, il s'en prend à l'objection que manifestement on n'arrête pas de lui renvoyer à la figure. Et c'est peut-être sur cette objection-là qu'on avait retourné les Galates : dire que c'est la grâce qui justifie et pas la loi, ça voudrait dire qu'on est en train d'abandonner toute exigence morale, et que c'est peut-être très beau sur le papier, mais que concrètement ça donne licence à toutes les débauches possibles. Paul répond : « Il n'en est rien, bien sûr. » Sous-entendu : les caricatures, ça va bien.
Et il en arrive à ce qui fait le fondement existentiel de son idée, c'est que la foi introduit une nouvelle manière de vivre.
J'ai été crucifié avec le Christ. Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi.
Verset 19. Le but de la vie chrétienne, ce n'est pas d'abord d'accomplir la loi, c'est d'abord d'être uni à Jésus. Et ça, ça se fait par la foi.
On a posé le décor. Ce n'est pas la fin de cette lettre, mais vous avez senti le ton de Paul. Oh, il n'est pas content.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, rappelle-moi le jour où je me suis converti. Remets dans mes yeux l'image de ta gloire et de ta splendeur. Ne permets pas que je vienne me réfugier et me cacher derrière des règles, derrière des observances, derrière des rites, mais que toujours et sans cesse j'essaye de maintenir vivante cette relation personnelle qui m'unit à toi.
Seigneur, je ne veux plus vivre : je veux que ce soit toi qui vives à travers moi. Seigneur, voilà ma prière pour toi, et je t'en prie, exauce-la.