Jour 331 ☼ — Quand la louange fait tomber les chaînes
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit la fin du chapitre 15 et le chapitre 16 des Actes des Apôtres : la séparation de Paul et Barnabé à propos de Marc, le choix de Silas, la rencontre de Timothée, la vision du Macédonien, la conversion de Lydie, la libération de l'esclave possédée à Philippes, l'emprisonnement de Paul et Silas et le tremblement de terre qui fait tomber leurs chaînes. Le commentaire lit entre les lignes la période difficile que traverse Paul après le Concile de Jérusalem, brouillé avec Pierre puis avec Barnabé, et montre comment ce malheur le pousse en terre inconnue, sur un autre continent. Il souligne aussi la force de la louange qui délivre, et le combat politique naissant : faire reconnaître aux autorités romaines la légitimité du christianisme.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Bon, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? On a vu hier la différence de récit qu'il y avait entre les Actes des Apôtres, chapitre 15, qui nous parlait du Concile de Jérusalem, où, de manière totalement irénique, on avait l'impression qu'un compromis avait été trouvé pour que les chrétiens d'origine juive et les chrétiens d'origine païenne puissent cohabiter ensemble, avec Pierre comme figure consensuelle. Et on a vu le récit totalement différent qui était donné par Paul dans la lettre aux Galates. Les choses ont peut-être été plus compliquées que ça n'en a l'air.
Mais qu'est-ce qui a bien pu se passer après le Concile de Jérusalem ? On va retourner du côté des Actes des Apôtres. On va voir si, en lisant à travers les lignes, maintenant qu'on a averti, il n'y a pas une ou deux petites choses qu'on va réussir à voir. Actes des Apôtres, fin du chapitre 15 jusqu'au chapitre 16 inclus.
Lecture : Actes des Apôtres 15,36-16,40
Quelque temps après, Paul dit à Barnabé : « Retournons donc visiter les frères en chacune des villes où nous avons annoncé la parole du Seigneur, pour voir où ils en sont. » Barnabé voulait emmener aussi Jean, appelé Marc. Mais Paul n'était pas d'avis d'emmener cet homme qui les avait quittés à partir de la Pamphylie et ne les avait plus accompagnés dans leur tâche. L'exaspération devint telle qu'ils se séparèrent l'un de l'autre. Barnabé emmena Marc et s'embarqua pour Chypre. Paul, lui, choisit pour compagnon Silas et s'en alla, remis par les frères à la grâce du Seigneur. Il traversait la Syrie et la Cilicie en affermissant les Églises.
Il arriva ensuite à Derbé, puis à Lystres. Il y avait là un disciple nommé Timothée. Sa mère était une juive devenue croyante, mais son père était grec. À Lystres et à Iconium, les frères lui rendaient un bon témoignage. Paul désirait l'emmener. Il le prit avec lui. Il le fit circoncire à cause des juifs de la région, car ils savaient tous que son père était grec.
Dans les villes où Paul et ses compagnons passaient, ils transmettaient les décisions prises par les Apôtres et les anciens de Jérusalem, pour qu'elles entrent en vigueur. Les Églises s'affermissaient dans la foi et le nombre de leurs membres augmentait chaque jour.
Paul et ses compagnons traversèrent la Phrygie et le pays des Galates, car le Saint-Esprit les avait empêchés de dire la Parole dans la province d'Asie. Arrivés en Mysie, ils essayèrent d'atteindre la Bithynie, mais l'Esprit de Jésus s'y opposa. Ils longèrent alors la Mysie et descendirent jusqu'à Troas.
Pendant la nuit, Paul eut une vision. Un Macédonien lui apparut, debout, qui lui faisait cette demande : « Passe en Macédoine et viens à notre secours. »
À la suite de cette vision de Paul, nous avons aussitôt cherché à partir pour la Macédoine, car nous en avons déduit que Dieu nous appelait à y porter la Bonne Nouvelle. De Troas, nous avons gagné le large et filé tout droit sur l'île de Samothrace, puis le lendemain sur Néapolis, et ensuite sur Philippes, qui est une cité du premier district de Macédoine et une colonie romaine. Nous avons passé un certain temps dans cette ville.
Et le jour du sabbat, nous en avons franchi la porte pour rejoindre le bord de la rivière, où nous pensions trouver un lieu de prière. Nous nous sommes assis et nous avons parlé aux femmes qui étaient réunies. L'une d'elles, nommée Lydie, une négociante en étoffes de pourpre, originaire de la ville de Thyatire, et qui adorait le Dieu unique, écoutait. Le Seigneur lui ouvrit l'esprit pour la rendre attentive à ce que disait Paul. Quand elle fut baptisée, elle et tous les gens de sa maison, elle nous adressa cette invitation : « Si vous avez reconnu ma foi au Seigneur, venez donc dans ma maison pour y demeurer. » Et c'est ainsi qu'elle nous a forcé la main.
Comme nous allions au lieu de prière, voilà que vint à notre rencontre une jeune servante qui était possédée par un esprit de divination. Elle rapportait de gros bénéfices à ses maîtres par ses oracles. Elle se mit à nous suivre, Paul et nous, et elle criait : « Ces hommes sont des serviteurs du Dieu Très-Haut ; ils vous annoncent le chemin du salut. » Elle faisait cela depuis plusieurs jours, quand Paul, excédé, se retourna et dit à l'esprit : « Au nom du Seigneur Jésus Christ, je te l'ordonne, sors ! » Et à l'instant même, il sortit.
Les maîtres, voyant s'en aller l'espoir de leurs bénéfices, se saisirent de Paul et de Silas et les traînèrent sur la place publique auprès des autorités. Puis ils les firent comparaître devant les magistrats en disant : « Ces gens troublent notre cité. Ils sont juifs, et ils prônent des coutumes que nous n'avons pas le droit d'accepter ni de pratiquer, nous qui sommes citoyens romains. » Alors la foule se déchaîna contre Paul et Silas. Les magistrats ordonnèrent de leur arracher les vêtements pour leur donner la bastonnade. Après les avoir roués de coups, on les jeta en prison en donnant au geôlier la consigne de les surveiller de près. Pour appliquer cette consigne, il les mit tout au fond de la prison, avec les pieds coincés dans des blocs de bois.
Vers le milieu de la nuit, Paul et Silas priaient et chantaient les louanges de Dieu, et les autres détenus les écoutaient. Tout à coup, il y eut un violent tremblement de terre, qui secoua les fondations de la prison. À l'instant même, toutes les portes s'ouvrirent et les liens de tous les détenus se détachèrent.
Le geôlier, tiré de son sommeil, vit que les portes de la prison étaient ouvertes. Croyant que les détenus s'étaient évadés, il dégaina son épée et il était sur le point de se donner la mort. Mais Paul se mit à crier d'une voix forte : « Ne va pas te faire de mal, nous sommes tous là ! » Ayant réclamé de la lumière, le geôlier se précipita et, tout tremblant, se jeta aux pieds de Paul et de Silas. Puis il les emmena dehors et leur demanda : « Que dois-je faire pour être sauvé, mes seigneurs ? » Ils lui répondirent : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et toute ta maison. » Ils lui annoncèrent la parole du Seigneur, ainsi qu'à tous ceux qui vivaient dans sa maison. À l'heure même, en pleine nuit, le geôlier les emmena pour laver leurs plaies. Aussitôt il reçut le baptême avec tous les siens. Puis il fit monter chez lui Paul et Silas, il fit préparer la table et, avec toute sa maison, il laissa déborder sa joie de croire en Dieu.
Quand il fit jour, les magistrats envoyèrent leurs gardes dire au geôlier : « Relâche ces gens ! » Le geôlier rapporta ces paroles à Paul : « Les magistrats ont envoyé dire de vous relâcher. Sortez donc maintenant et partez en paix. » Mais Paul dit aux gardes : « Ils nous ont fait flageller en public sans jugement, alors que nous sommes citoyens romains ; ils nous ont jetés en prison, et maintenant c'est à la dérobée qu'ils nous expulsent ! Il n'en est pas question : qu'ils viennent eux-mêmes nous faire sortir ! » Les gardes rapportèrent cela aux magistrats. Ceux-ci furent pris de peur en apprenant que c'étaient des Romains. Ils vinrent donc les apaiser, ils les firent sortir en leur demandant de quitter la ville. Une fois sortis de la prison, Paul et Silas entrèrent chez Lydie. Ils virent les frères et les réconfortèrent, puis ils partirent.
Commentaire
Est-ce que vous avez réussi à lire entre les lignes ? Dans la lettre aux Galates hier, on avait une altercation entre Pierre et Paul. Et voilà qu'on a commencé notre lecture aujourd'hui dans les Actes des Apôtres avec une altercation entre les amis de toujours, Barnabé et Paul. Période manifestement un peu compliquée pour saint Paul.
On revient deux secondes sur l'altercation entre Barnabé et saint Paul. Les deux compères préparent un deuxième voyage missionnaire — bravo, vingt sur vingt ! Mais voilà que Barnabé veut emmener avec lui Marc. Marc, on s'en souvient, il avait été présent lors du premier voyage missionnaire. Il n'avait pas particulièrement brillé. Il avait craqué, il les avait plantés au milieu du voyage. Barnabé veut lui donner une deuxième chance, parce qu'il est comme ça, Barnabé, et il est sympa.
Paul pète un câble. Alors, évitons d'être trop durs avec Paul non plus. On ne sait pas tout ce qui s'est passé. Et c'est vrai que quand vous partez dans un voyage, et c'est des voyages dangereux, vous avez besoin d'une roue de secours, vous n'avez pas besoin d'une roue crevée. On imagine Barnabé qui devait l'avoir un tout petit peu mauvaise, sachant que c'est Barnabé qui a mis le pied à l'étrier à Paul, et que c'est Barnabé qui allait chercher Paul quand il était ostracisé par tout le monde, à Tarse.
En attendant, ça nous met Paul dans une situation relativement complexe. Il vient de s'attraper avec la première colonne de l'Église, Pierre. Il vient de s'attraper avec le responsable de la plus grosse communauté chrétienne, à Antioche. Alors il part quand même avec Silas. Silas était celui qui avait été envoyé par l'Église mère de Jérusalem pour vérifier le bon fonctionnement d'Antioche. Et Silas va être celui qui va garantir la mission et la légitimité de Paul. Mais les liens sont fragilisés maintenant. Et d'ailleurs, ce deuxième voyage missionnaire ne retournera pas sur les traces du premier. Peut-être que maintenant, pour Paul, il faut aussi aller ailleurs. On ne sait pas. En tout cas, c'est ainsi que commence le deuxième voyage missionnaire. Et comme quoi, à tout malheur quelque chose est bon : il va nous obliger à aller beaucoup plus loin, en terre inconnue.
On commence par faire la connaissance d'un nouveau caractère : Timothée, fils d'une mère juive, Eunice, et d'un père grec. C'est le pont parfait entre les deux mondes, entre le monde juif et le monde grec. Il va devenir le compagnon fidèle de Paul. Pour l'instant, on vient de faire sa connaissance, donc n'allons pas trop vite en besogne. Mais Timothée, Timothée, il aura droit à deux lettres rien que pour lui.
Je vous ai dit que ce voyage allait nous amener en terre inconnue. Et ça commence par une vision. Paul, manifestement, voulait continuer en Asie. C'est sa terre natale. Mais voilà qu'il voit un Macédonien qui l'appelle à l'aide. Alors nous, la Macédoine, ça ne nous parle pas trop : c'est un pays coincé entre la Grèce et l'Asie Mineure, et en gros, c'est là-bas. Et au temps de l'Empire romain, tout est dans tout. Mais dans la tête de Paul, c'est une terre complètement inconnue. Il change de continent. Alors oui, c'est l'Empire romain, mais n'empêche que Paul, il va dans un pays où il n'a plus aucun repère. En Asie, il connaît — enfin, il a fréquenté, il était marchand de tentes là-bas. En Europe, il connaît qui ? Il connaît quoi ? Dans la tête de Paul, la Macédoine, c'était un monde entier nouveau. En fait, vous changez de continent. C'est quelque chose qui est tellement important que ça vous est présenté dans les Actes des Apôtres comme faisant partie d'une révélation.
Et là, manifestement, il y a pas mal d'anecdotes. Il y a la rencontre avec Lydie, une commerçante de pourpre, qui deviendra une amie. Il y a la libération d'une esclave possédée. Et on voit comment est-ce que le christianisme, en exorcisant les démons, finit par constituer une menace économique. Ça permet d'ailleurs de relativiser notre vision de l'Empire romain, je trouve. On en a souvent une vision exagérément fantasmée. Et on voit, à mots couverts, derrière ces anecdotes, qu'en fait il y avait un esclavage extrêmement répandu, des formes crasses de paganisme. Et ici, avec cette femme esclave, en fait, on mélange les deux : on réduit quelqu'un en esclavage pour manipuler ses pouvoirs.
Ils se font arrêter, parce que dès qu'on touche à l'argent de la mafia, on finit toujours par se faire arrêter. Et là, carrément, tremblement de terre. Rien de moins que cela. En prison, Paul chante à tue-tête pendant la nuit. Et là, la force de la louange, qui fait tomber les chaînes. La louange, c'est elle qui, au milieu des persécutions, vous fait faire des miracles.
N'empêche que vous voyez la réaction de Paul, qui n'en profite pas, mais qui, lui, est soumis aux autorités. Parce que l'Empire romain, malgré tous ses problèmes, est un État de droit. Sûr de lui, il reste en prison. Et là, il fait valoir sa citoyenneté romaine. Ça, c'est très important, ça. Il y a un combat politique qui est en train de naître : faire reconnaître aux autorités romaines la légitimité du christianisme.
Psaume 146
Alléluia ! Il est bon de fêter notre Dieu, il est beau de chanter sa louange.
Le Seigneur rebâtit Jérusalem, il rassemble les déportés d'Israël. Il guérit les cœurs brisés et soigne leurs blessures.
Il compte le nombre des étoiles, il donne à chacune un nom. Il est grand, il est fort, notre Maître. Nul n'a mesuré son intelligence.
Le Seigneur élève les humbles et rabaisse jusqu'à terre les impies.
Entonnez pour le Seigneur l'action de grâce, jouez pour notre Dieu sur la cithare. Il couvre le ciel de nuages, il prépare la pluie pour la terre. Il fait germer l'herbe sur les montagnes et les plantes pour l'usage des hommes. Il donne leur pâture aux troupeaux, aux petits du corbeau qui la réclament.
La force des chevaux n'est pas ce qu'il aime, ni la vigueur des guerriers ce qui lui plaît. Mais le Seigneur se plaît avec ceux qui le craignent, avec ceux qui espèrent son amour.