Jour 331 ☾ — La foi qui rend libres
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 3 et 4 de la lettre aux Galates, où saint Paul, en pleine crise avec l'Église qu'il a fondée, déploie sa grande thèse du salut par la foi. La lecture va de l'apostrophe cinglante « Galates stupides ! » à l'allégorie des deux femmes d'Abraham, Agar et Sarah, figures des deux alliances. Le commentaire démonte la structure du texte : Abraham déclaré juste par la foi, la loi comme simple tuteur qui révèle le péché sans le guérir, le passage de la condition d'esclave à celle de fils qui crie « Abba, Père », puis le plaidoyer affectif et la péroraison finale. Le frère souligne que l'allégorie finale n'est pas une démonstration mais un coup de poing rhétorique destiné à obliger l'auditeur à choisir son camp.
Introduction
Tout n'a pas toujours été très simple dans la vie de Paul, qui vivait avec tellement de passion et tellement de ferveur que, forcément, il se prenait tout en pleine figure. On l'a vu dans les Actes des Apôtres en difficulté avec cette colonne de l'Église qu'était Barnabé. On retourne dans la lettre aux Galates, où on le voit en difficulté avec la propre Église qu'il a fondée. Là, saint Paul est dans le dur. On a des périodes comme ça dans notre vie, où on se prend tout en pleine figure. N'empêche que — grandeur de Paul — c'est à partir de ces occasions-là qu'il sort aussi ses plus grandes thèses théologiques.
On avait commencé hier le salut par la foi. On avait vu comment Paul essayait de redorer son blason pour expliquer sa thèse, et maintenant il va l'argumenter aujourd'hui. Je vous donne rapidement la structure de ce que vous allez entendre aujourd'hui, pour que vous ne soyez pas trop perdus. Ça va commencer avec une légère reprise, une adresse aux Galates où là, carrément, il va les insulter — je ne sais pas si c'est la meilleure captatio benevolentiae que j'ai vue de ma vie. Et ensuite, vous aurez une argumentation comme en sandwich, prise entre, d'un côté, une allégorie avec Abraham au début, et à la fin, une reprise d'Abraham avec ses deux femmes, Agar et Sarah, qui symbolisent les deux alliances ; et au milieu, le cœur de l'argumentation.
Ne vous inquiétez pas si vous décrochez, on reprendra ça en commentaire. Mais je vous ai pris une des traductions les plus facilement compréhensibles en français, donc tout le monde y met du sien et on y va. Bonne écoute.
Lecture : Galates 3
Galates stupides ! Qui donc vous a ensorcelés ? À vos yeux pourtant, Jésus Christ a été présenté crucifié.
Je n'ai qu'une question à vous poser : l'Esprit Saint, l'avez-vous reçu pour avoir pratiqué la loi, ou pour avoir écouté le message de la foi ? Comment pouvez-vous être aussi fous ? Après avoir commencé par l'Esprit, allez-vous maintenant finir par la chair ? Auriez-vous vécu de si grandes choses en vain ? Si encore ce n'était qu'en vain ! Celui qui vous a fait don de l'Esprit et qui réalise des miracles parmi vous, le fait-il parce que vous pratiquez la loi, ou parce que vous écoutez le message de la foi ?
C'est ainsi qu'Abraham eut foi en Dieu, et il lui fut accordé d'être juste. Comprenez-le donc : ceux qui se réclament de la foi, ce sont eux les fils d'Abraham. D'ailleurs, l'Écriture avait prévu, au sujet des nations, que Dieu les rendrait justes par la foi, et elle avait annoncé d'avance à Abraham cette bonne nouvelle : « En toi seront bénies toutes les nations. » Ainsi, ceux qui se réclament de la foi sont bénis avec Abraham, le croyant.
Quant à ceux qui se réclament de la pratique de la loi, ils sont tous sous la menace d'une malédiction, car il est écrit : « Maudit soit celui qui ne s'attache pas à mettre en pratique tout ce qui est écrit dans le livre de la loi. » Il est d'ailleurs clair que, par la loi, personne ne devient juste devant Dieu, car, comme le dit l'Écriture, « celui qui est juste par la foi vivra ». Et la loi ne procède pas de la foi, mais elle dit : « Celui qui met en pratique les commandements vivra à cause d'eux. »
Quant à cette malédiction de la loi, le Christ nous en a rachetés en devenant pour nous objet de malédiction, car il est écrit : « Il est maudit, celui qui est pendu au bois du supplice. » Tout cela pour que la bénédiction d'Abraham s'étende aux nations païennes dans le Christ Jésus, et que nous puissions vivre la vie de Dieu, recevant par la foi l'Esprit qui a été promis.
Frères, j'emploie ici un langage humain. Quand un homme a fait un testament en bonne et due forme, personne ne peut l'annuler ou lui ajouter des clauses. Or, les promesses ont été faites à Abraham ainsi qu'à sa descendance. L'Écriture ne dit pas « et à tes descendants », comme si c'était pour plusieurs, mais « et à ta descendance », comme pour un seul, qui est le Christ. Alors je dis ceci : le testament fait par Dieu en bonne et due forme n'est pas révoqué par la loi intervenue quatre cent trente ans après, ce qui abolirait la promesse. Car si l'héritage s'obtient par la loi, ce n'est plus une promesse. Or, c'est par une promesse que Dieu accorda sa faveur à Abraham.
Alors, pourquoi la loi ? Elle a été ajoutée pour que les transgressions soient rendues manifestes, jusqu'à la venue de la descendance à qui ont été faites les promesses. Et elle a été établie par des anges, par l'entremise d'un médiateur. Ce médiateur en représente plus d'un, mais Dieu, lui, est un.
La loi est-elle donc contre les promesses de Dieu ? Absolument pas. S'il nous avait été donné une loi capable de nous faire vivre, alors vraiment la loi rendrait juste. Mais l'Écriture a tout enfermé sous la domination du péché, afin que ce soit par la foi en Jésus Christ que la promesse s'accomplisse pour les croyants.
Avant que vienne la foi en Jésus Christ, nous étions des prisonniers, enfermés sous la domination de la loi, jusqu'au temps où cette foi devait être révélée. Ainsi, la loi, comme un guide, nous a menés jusqu'au Christ, pour que nous obtenions de la foi la justification. Et maintenant que la foi est venue, nous ne sommes plus soumis à ce guide. Car tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus l'homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus. Et si vous appartenez au Christ, vous êtes de la descendance d'Abraham : vous êtes héritiers selon la promesse.
Lecture : Galates 4
Je m'explique. Tant que l'héritier est un petit enfant, il ne diffère en rien d'un esclave, alors qu'il est le maître de toute la maison. Mais il est soumis aux gérants et aux intendants jusqu'à la date fixée par le Père. De même, nous aussi, quand nous étions des petits enfants, nous étions en situation d'esclaves, soumis aux forces qui régissent le monde.
Mais lorsqu'est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme et soumis à la loi de Moïse, afin de racheter ceux qui étaient soumis à la loi, et pour que nous soyons adoptés comme fils. Et voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l'Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie « Abba ! », c'est-à-dire « Père ». Ainsi, tu n'es plus esclave, mais fils ; et puisque tu es fils, tu es aussi héritier : c'est l'œuvre de Dieu.
Jadis, quand vous ne connaissiez pas Dieu, vous étiez esclaves de ces dieux qui, en réalité, n'en sont pas. Mais maintenant que vous avez connu Dieu, ou plutôt que vous avez été connus par lui, comment pouvez-vous de nouveau vous tourner vers ces forces inconsistantes et misérables dont vous voulez de nouveau être esclaves comme autrefois ? Vous vous pliez à des règles concernant les jours, les mois, les temps, les années. J'ai bien peur de m'être donné en vain de la peine pour vous.
Frères, je vous en prie, devenez comme moi, car moi je suis devenu comme vous. Assurément, vous ne m'avez fait aucun tort. Vous le savez, c'est par suite d'une maladie que je vous ai annoncé l'Évangile pour la première fois. Et l'épreuve qui était pour vous ce corps malade, vous ne l'avez pas repoussé avec dégoût, mais vous m'avez accueilli comme un ange de Dieu, comme le Christ Jésus lui-même. Où donc est votre bonheur d'alors ? Je vous en rends témoignage : si vous aviez pu, vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner. Suis-je donc devenu votre ennemi pour vous avoir dit la vérité ?
Certains ont pour vous un attachement qui n'est pas bon. En fait, ils voudraient vous isoler, pour que vous vous attachiez à eux. Mieux vaut un attachement de bonne qualité, en tout temps, et pas seulement quand je suis chez vous. Mes enfants, vous que j'enfante à nouveau dans la douleur jusqu'à ce que le Christ soit formé en vous, je voudrais être maintenant près de vous et pouvoir changer le ton de ma voix, car je ne sais pas comment m'y prendre avec vous.
Dites-moi, vous qui voulez être soumis à la loi, n'entendez-vous pas ce que dit la loi ? Il est écrit en effet qu'Abraham eut deux fils, l'un né de la servante, et l'autre de la femme libre. Le fils de la servante a été engendré selon la chair ; celui de la femme libre l'a été en raison d'une promesse de Dieu.
Ces événements ont un sens symbolique : les deux femmes, ce sont les deux alliances. La première alliance, celle du mont Sinaï, qui met au monde des enfants esclaves, c'est Agar, la servante. Agar, c'est le mont Sinaï en Arabie ; elle correspond à la Jérusalem actuelle, elle qui est esclave, ainsi que ses enfants ; tandis que la Jérusalem d'en haut est libre, et c'est elle notre mère. L'Écriture dit en effet : « Réjouis-toi, femme stérile, toi qui n'enfantes pas ; éclate en cris de joie, toi qui ne connais pas les douleurs de l'enfantement, car les enfants de la femme délaissée sont plus nombreux que ceux de la femme qui a son mari. »
Et vous, frères, vous êtes, comme Isaac, les enfants de la promesse. Et de même qu'autrefois le fils engendré selon la chair persécutait le fils engendré selon l'Esprit, de même en est-il aujourd'hui. Or, que dit l'Écriture ? « Renvoie la servante et son fils, car le fils de la servante ne peut être héritier avec le fils de la femme libre. » Dès lors, frères, nous ne sommes pas les enfants d'une servante, nous sommes ceux de la femme libre.
Commentaire
Le passage que vous venez d'entendre est hyper important. Vous êtes dans le cœur de la pensée paulinienne, et la pensée paulinienne, c'est quand même celle qui a le plus marqué l'Église. Plus tard, on reprendra ces thèmes dans une autre lettre, la lettre aux Romains, plus mûre, plus développée. Mais c'est quand même ici, dans la lettre aux Galates, que vous avez le premier bouillonnement. On pose les jalons de la pensée de Paul.
Alors, on reprend. On passe sur l'insulte initiale — « Galates stupides ! » — n'empêche que ça ne veut pas dire que Paul a entièrement tort. Les Galates savent bien qu'ils ont reçu l'Esprit Saint avant d'avoir été circoncis. Et ça, c'est ce que leur rappelle saint Paul. Et manifestement, ils n'ont pas attendu d'être circoncis pour commencer à faire des miracles au nom de Jésus Christ. Et c'est vrai que, de ce point de vue-là : Galates stupides.
Ensuite, on plonge dans l'argumentation. Et vous avez vu comment l'argumentation tourne autour d'un homme : Abraham. Abraham, c'est le premier patriarche, c'est le premier à avoir eu la foi, c'est aussi celui qui a donné la circoncision au peuple juif. Sauf que — Genèse 15, 6 — Paul rappelle ce verset :
Abraham crut en Dieu, et cela lui fut compté comme justice.
Donc, Abraham crut en Dieu : c'est la foi. Et il fut déclaré juste, il fut justifié. Donc le salut vient de la foi.
Alors, c'est vrai que l'argumentation de Paul repose sur un épisode historique. Mais il y a un moment donné, il faut savoir, quoi : si jamais vous voulez jouer la carte de la tradition et de la Torah, il faut y aller jusqu'au bout et regarder vraiment ce que dit la Bible. Avec une petite pointe, d'ailleurs : Paul vous rappelle que la loi a amené le malheur d'Israël. Parce que la loi vous disait que si vous ne la respectiez pas, vous alliez terminer en déportation — et de fait, c'est ce qui est arrivé. Historiquement, la loi n'a pas été un principe de salut pour le peuple juif. Tandis qu'Abraham, lui, dès le début, par sa foi, il a eu droit à des promesses : « En toi seront bénis tous les peuples de la terre. »
Et on en arrive au cœur de la pensée paulinienne : la loi est un tuteur. La loi est un tuteur dans le sens où elle révèle le péché, mais elle ne le guérit pas. Donc, si la loi est comme un tuteur, ça veut dire que nous, quand on était sous le régime de la loi, on était comme des enfants mineurs qui, simplement, étaient quasiment comme des esclaves. C'est-à-dire qu'on obéissait point à la ligne. Alors qu'en passant à la foi, on arrive à une nouvelle liberté. Et la preuve, c'est cet Esprit Saint, comme dit saint Paul, qui dit en nous : « Abba, Père ».
Ensuite, plaidoyer affectif. Paul change de ton. C'est vraiment très bien écrit, il joue sur tous les tableaux. Il rappelle comment il a été accueilli par les Galates et comment ça s'était bien passé. « Écoutez, on se connaît. Vous savez que quand je suis venu vous voir, moi, je n'attendais rien de vous, vous n'attendiez rien de moi. C'était marqué sous le signe de la gratuité. Là, il y a des personnes qui arrivent, que vous ne connaissez ni d'Adam ni d'Ève, et vous leur dites oui. Ce n'est pas comme ça que ça marche, la vie. »
Et ensuite, dernière pièce du discours de saint Paul : on retourne à Abraham, avec l'histoire de ces deux femmes, Agar et Sarah, qui symbolisent les deux alliances. Alors attention, parce que c'est un midrash. Je ne suis pas sûr qu'ici ça ait vraiment valeur d'argumentation. Je pense que vous êtes plutôt dans la péroraison finale, c'est-à-dire qu'à un moment donné, l'orateur s'envole et s'emballe pour essayer de vous motiver avec lui. Ce n'est pas une démonstration, c'est ce que je veux dire. C'est un coup de poing rhétorique. L'allégorie est volontairement tranchante et simplificatrice, pour marquer les esprits. Le but, ce n'est pas de convaincre : le but, c'est de choquer, pour vous obliger à vous positionner. Tout le monde se réclame d'Abraham ? Très bien : ce sera soit à la manière d'un esclave, soit à la manière d'un homme libre. Vous choisissez maintenant.
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Prière
Seigneur, donne-nous la foi qui accueille ta Parole, l'assurance que ta grâce nous suffit et que c'est toi qui nous as aimés le premier, alors que nous n'étions pas grand-chose.
Envoie en nos cœurs ton Esprit qui crie « Abba, Père », afin que nous vivions en fils et en filles bien-aimés et que nos vies deviennent une bénédiction pour tous nos proches.
Nous te le demandons par Jésus Christ, en qui nous vivons et par qui nous aurons la résurrection et la vie. Amen.