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AELF · Bible liturgique

Frères,
lorsqu’est venue la plénitude des temps,
Dieu a envoyé son Fils,
né d’une femme
et soumis à la loi de Moïse,
afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi
et pour que nous soyons adoptés comme fils.
Et voici la preuve que vous êtes des fils :
Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs,
et cet Esprit crie
« Abba ! », c’est-à-dire : Père !
Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils,
et puisque tu es fils, tu es aussi héritier :
c’est l’œuvre de Dieu.

– Parole du Seigneur.

— Ga 4,4-7 —
Commentaire

Je prends le texte tout simplement en suivant.

« Lorsqu'est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils » : nous retrouvons ici un thème très cher à Paul : le thème de l'accomplissement du projet de Dieu. Pour les croyants juifs, puis chrétiens, c'est un élément très important de notre foi : l'histoire n'est pas un perpétuel recommencement, elle est une marche progressive de l'humanité vers son accomplissement, vers la réalisation du « dessein bienveillant de Dieu ». C'est un thème très important dans les lettres de saint Paul ; et il est, je crois, une bonne clé de lecture pour aborder les lettres de Paul, mais pas lui seulement : en fait, c'est une clé de lecture pour toute la Bible, dès l'Ancien Testament.

Je m'arrête un peu sur ce point : les auteurs du Nouveau Testament prennent bien soin de préciser à plusieurs reprises que la vie, la passion, la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth accomplissent les Écritures. Paul, par exemple, affirme à ses juges : « Moïse et les prophètes ont prédit ce qui devait arriver et je ne dis rien de plus. » (Ac 26, 22). Et Matthieu en particulier aime dire « Tout cela arriva pour que s'accomplisse ce qui avait été dit par le prophète… ».

Une question nous vient immédiatement à l'esprit : tout était-il donc écrit d'avance ? En fait, c'est sur le mot « pour » qu'il faut bien s'entendre car il peut avoir deux sens : ou bien un sens de finalité, ou bien seulement un sens de conséquence. Si l'on optait pour le sens de finalité, alors, les événements se seraient produits selon un plan bien défini, prédéterminé. Si on opte pour le sens de conséquence (et c'est, je crois, ce qu'il faut faire), les événements se sont produits de telle ou telle manière et, après coup, nous comprenons comment, à travers ces événements, Dieu a accompli son projet.

Celui-ci n'est donc pas un programme, comme si le rôle de tout un chacun était déjà déterminé par avance. Dieu prend le risque de notre liberté ; et, au long des siècles, les hommes ont bien souvent contrecarré le beau projet. Alors on a pu entendre les prophètes se lamenter ; mais ils n'ont jamais perdu l'espérance ; bien au contraire, ils ont promis à maintes reprises que Dieu ne se lassait pas. Isaïe, par exemple, annonçait de la part de Dieu : « Je dis : Mon dessein subsistera et tout ce qui me plaît, je l'exécuterai. » (Is 46, 10). Et Jérémie n'était pas en reste : « Moi, je sais les projets que j'ai formés à votre sujet – oracle du SEIGNEUR -, projets de prospérité et non de malheur : je vais vous donner un avenir et une espérance. » (Jr 29, 11). Ce que les auteurs du Nouveau Testament contemplent inlassablement, c'est l'accomplissement par Jésus des promesses de Dieu.

« Dieu a envoyé son Fils : né d'une femme, et soumis à la Loi de Moïse » : en quelques mots Paul nous dit tout le mystère de la personne de Jésus : Fils de Dieu, homme comme tous les autres, Juif comme tous les Juifs. L'expression « né d'une femme », pour commencer, est courante dans la Bible ; elle veut dire tout simplement « un homme comme les autres » ; il arrive par exemple que, pour ne pas répéter dans une même phrase le mot « hommes », on le remplace par « ceux qui naissent des femmes » (Si 10, 18 ; Jb 15, 14 ; Jb 25, 4). Jésus lui-même l'a employée en parlant de Jean-Baptiste : « En vérité, je vous le déclare : parmi ceux qui sont nés d'une femme, il ne s'en est pas levé de plus grand que Jean le Baptiste. » (Mt 11, 11 ; Lc 7, 28). Quant à l'expression « soumis à la Loi de Moïse », elle signifie qu'il a accepté la condition des hommes de son peuple.

Paul continue « Afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi et faire de nous des fils ». Nous avons déjà rencontré de nombreuses fois le mot « racheter » : nous savons qu'il signifie « libérer », « affranchir ». Dans l'Ancien Testament, le « racheteur » était précisément celui qui affranchissait l'esclave. Ce n'est donc pas la même chose d'être sous la domination de la Loi et d'être fils… Il y a un passage à faire : le sujet de la Loi, c'est celui qui se soumet à des ordres ; il se conduit en esclave. Le fils, c'est celui qui vit dans l'amour et la confiance : il peut « obéir » à son père ; c'est-à-dire mettre son oreille sous la parole du père parce qu'il fait confiance à son père, il sait que la parole du père n'est dictée que par l'amour. Ce qui veut dire que nous passons de la domination de la Loi à l'obéissance des fils.

Ce passage à une attitude filiale, confiante, nous pouvons le faire parce que « L'Esprit du Fils est dans nos cœurs, et il crie vers le Père en l'appelant Abba ! » ce qui veut dire « Père ». Le seul cri qui nous sauve, en toutes circonstances, c'est ce mot « Abba », Père, qui est le cri du petit enfant. Être sûr, quoi qu'il arrive, que Dieu est un Père pour nous, qu'il n'est que bienveillant à notre égard, c'est l'attitude filiale que le Christ est venu vivre parmi nous, en notre nom.

Paul continue : « Tu n'es plus esclave, mais fils, et comme fils, tu es héritier ». Il faut prendre le mot au sens fort ; « héritier », cela veut dire que ce qui est à Lui nous est promis ; seulement, il faut oser le croire… et c'est là notre problème.

Quand Jésus nous traite « d'hommes de peu de foi », peut-être est-ce cela qu'il veut dire : nous n'osons pas croire que l'Esprit de Dieu est en nous, nous n'osons pas croire que sa force est en nous, nous n'osons pas croire que tout ce qui est à lui est à nous ; c'est-à-dire que sa capacité d'amour est en nous.

Sans oublier que nous n'y avons aucun mérite ! Si nous sommes héritiers, c'est par la grâce de Dieu : alors nous commençons à comprendre pourquoi on peut dire que « tout est grâce ».