Jour 332 ☼ — PAUL À ATHÈNES
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 17 et 18 des Actes des Apôtres, qui achèvent le deuxième voyage apostolique : Thessalonique, Bérée, le discours d'Athènes à l'Aréopage, puis la fondation de l'Église de Corinthe et le retour à Antioche. Le commentaire souligne la capacité de Paul à s'adapter en direct à des auditoires très divers — connaisseurs des Écritures, philosophes raffinés, public populaire — sans jamais rien renier de l'Évangile. Il analyse ensuite en détail le discours de l'Aréopage : son enjeu intellectuel, ses citations cachées de poètes grecs, sa construction rhétorique classique, et l'échec final au moment de la résurrection. Il termine sur l'autel au Dieu inconnu, devenu dans la tradition chrétienne le symbole de la recherche honnête des philosophes, le Deus absconditus.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Nous sommes de retour dans les Actes des Apôtres. En ce moment, on est en plein deuxième voyage apostolique. Tout le monde suit bien, du côté de l'Europe, de la Macédoine. On a dit que Paul était dans le dur, qu'il est obligé de se justifier un peu partout. N'empêche que ça ne l'empêche pas de faire des merveilles au niveau évangélisation. Parce qu'on va passer dans des villes qui, forcément, vont vous évoquer des choses. Si jamais je vous dis Thessalonique, si jamais je vous dis Athènes, si jamais je vous dis Corinthe — eh bien oui, les lettres aux Corinthiens ! Là, on va voir saint Paul qui va fonder cette Église.
Lecture : Actes des Apôtres 17-18
Ayant traversé Amphipolis et Apollonie, ils arrivèrent à Thessalonique, où les Juifs avaient une synagogue. Suivant son habitude, Paul entra chez eux. Pendant trois sabbats, il discuta avec eux à partir des Écritures dont il ouvrait le sens pour établir que le Christ devait souffrir et ressusciter d'entre les morts. Et il ajoutait : « Le Christ, c'est ce Jésus que moi, je vous annonce. »
Quelques-uns d'entre eux se laissèrent convaincre et s'attachèrent à Paul et à Silas, avec une grande multitude de Grecs qui adoraient Dieu et avec un bon nombre de femmes de notables.
Mais les Juifs, pris de jalousie, ramassèrent sur la place publique quelques vauriens. Ayant provoqué des attroupements, ils semaient le trouble dans la ville. Ils marchèrent jusqu'à la maison de Jason, à la recherche de Paul et de Silas, pour les faire comparaître devant le peuple. Ne les trouvant pas, ils traînèrent Jason et quelques frères devant les magistrats en criant : « Ceux qui ont semé le désordre dans le monde entier, voilà qu'ils sont ici, et Jason les accueille ! Ils contreviennent tous aux édits de l'empereur en disant qu'il y a un autre roi, Jésus. »
Ces Juifs jetèrent ainsi le trouble parmi la foule et les magistrats qui entendaient cela. On fit payer une caution à Jason et aux autres avant de les relâcher.
Aussitôt, les frères firent partir de nuit vers Bérée Paul et Silas, qui, dès leur arrivée, se rendirent à la synagogue des Juifs. Ceux-ci avaient des sentiments plus nobles que ceux de Thessalonique, et ils accueillirent la Parole de tout leur cœur, interrogeant chaque jour les Écritures pour voir si ce que l'on disait était exact. Beaucoup d'entre eux devinrent donc croyants, ainsi que des femmes grecques de qualité et un bon nombre d'hommes.
Mais quand les Juifs de Thessalonique apprirent qu'à Bérée aussi la parole de Dieu était annoncée par Paul, ils vinrent là encore bouleverser les foules et jeter le trouble. Alors, aussitôt, les frères firent partir Paul pour qu'il poursuive sa route jusqu'à la mer, tandis que Silas et Timothée restaient là. Ceux qui escortaient Paul le conduisirent jusqu'à Athènes. Puis ils s'en retournèrent, porteurs d'un message, avec l'ordre, pour Silas et Timothée, de rejoindre Paul le plus tôt possible.
Pendant que Paul les attendait à Athènes, il avait l'esprit exaspéré en observant la ville livrée aux idoles. Il discutait donc à la synagogue avec les Juifs et ceux qui adorent Dieu, ainsi qu'avec ceux qu'il rencontrait chaque jour sur l'agora. Il y avait même des philosophes épicuriens et stoïciens qui venaient s'entretenir avec lui. Certains disaient : « Que peut-il bien vouloir dire, ce radoteur ? » Et d'autres : « On dirait un prêcheur de divinités étrangères. » Ils racontaient cela parce que Paul se faisait le messager de Jésus et de la résurrection.
Ils vinrent le prendre pour le conduire à l'Aréopage. Ils lui disaient : « Pouvons-nous savoir quel est cet enseignement nouveau que tu nous proposes ? Tu nous rebats les oreilles de choses étranges, et nous voulons donc savoir ce que cela signifie. » Tous les Athéniens, en effet, ainsi que les étrangers de passage, ne consacraient leur temps à rien d'autre qu'à dire ou écouter la dernière nouveauté.
Alors Paul, debout au milieu de l'Aréopage, fit ce discours : « Athéniens, je peux vous observer que vous êtes en toutes choses des hommes particulièrement religieux. En effet, en me promenant et en observant vos monuments sacrés, j'ai même trouvé un autel avec cette inscription : "Au dieu inconnu." Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que moi, je viens vous annoncer. Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qu'il contient, lui qui est Seigneur du ciel et de la terre, n'habite pas des sanctuaires faits de mains d'hommes. Il n'est pas non plus servi par des mains humaines, comme s'il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous la vie, le souffle et tout le nécessaire. À partir d'un seul homme, il a fait tous les peuples pour qu'ils habitent sur toute la surface de la terre, fixant les moments de leur histoire et les limites de leurs habitats. Dieu les a faits pour qu'ils le cherchent et, si possible, l'atteignent et le trouvent, lui qui, en fait, n'est pas loin de chacun de nous. Car c'est en lui que nous avons le mouvement, la vie et l'être. Ainsi l'ont dit également certains de vos poètes : "Nous sommes de sa descendance." Si donc nous sommes de la descendance de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinité est pareille à une statue d'or, d'argent ou de pierre sculptée par l'art et l'imagination de l'homme. Et voici que Dieu, sans tenir compte des temps où les hommes l'ont ignoré, leur enjoint maintenant de se convertir, tous et partout. En effet, il a fixé le jour où il va juger la terre avec justice, par un homme qu'il a établi pour cela, quand il l'a accrédité aux yeux de tous en le ressuscitant d'entre les morts. »
Quand ils entendirent parler de la résurrection des morts, les uns se moquaient, et les autres déclarèrent : « Là-dessus, nous t'écouterons une autre fois ! » Et c'est ainsi que Paul, se retirant du milieu d'eux, s'en alla. Cependant, quelques hommes s'attachèrent à lui et devinrent croyants. Parmi eux, il y avait Denys, membre de l'Aréopage, et une femme nommée Damaris, ainsi que d'autres avec eux.
Après cela, Paul s'éloigna d'Athènes et se rendit à Corinthe. Il y trouva un Juif nommé Aquilas, originaire de la province du Pont, récemment arrivé d'Italie, ainsi que sa femme Priscille. L'empereur Claude, en effet, avait pris la décision d'éloigner de Rome tous les Juifs. Paul entra en relation avec eux. Comme ils avaient le même métier, il demeurait chez eux et y travaillait, car ils étaient, de leur métier, fabricants de tentes.
Chaque sabbat, Paul discutait à la synagogue et s'efforçait de convaincre aussi bien les Juifs que les Grecs. Quand Silas et Timothée furent arrivés de Macédoine, Paul se consacra entièrement à la Parole, attestant aux Juifs que le Christ, c'est Jésus. Devant leur opposition et leurs injures, Paul secoua ses vêtements et leur dit : « Que votre sang soit sur votre tête ! Moi, je n'ai rien à me reprocher. Désormais, j'irai vers les païens. »
Et quittant la synagogue, il alla chez un certain Titius Justus, qui adorait le Dieu unique. Sa maison était tout à côté de la synagogue. Or Crispus, chef de synagogue, crut au Seigneur avec toute sa maison. Beaucoup de Corinthiens, apprenant cela, devenaient croyants et se faisaient baptiser.
Une nuit, le Seigneur dit à Paul dans une vision : « Sois sans crainte. Parle, ne garde pas le silence. Je suis avec toi et personne ne s'en prendra à toi pour te maltraiter, car dans cette ville, j'ai pour moi un peuple nombreux. » Paul y séjourna un an et demi. Il leur enseignait la parole de Dieu.
Sous le proconsulat de Gallion en Grèce, les Juifs, unanimes, se dressèrent contre Paul et l'amenèrent devant le tribunal en disant : « La manière dont cet individu incite les gens à adorer le Dieu unique est contraire à la loi. » Au moment où Paul allait ouvrir la bouche, Gallion déclara aux Juifs : « S'il s'agissait d'un délit ou d'un méfait grave, je recevrais votre plainte, à vous, Juifs, comme il se doit. Mais s'il s'agit de débats sur des mots, sur des noms et sur la loi qui vous est propre, cela vous regarde. Être juge en ces affaires, moi, je m'y refuse. » Et il les chassa du tribunal. Tous alors se saisirent de Sosthène, chef de synagogue, et se mirent à le frapper devant le tribunal, tandis que Gallion restait complètement indifférent.
Paul demeura encore assez longtemps à Corinthe. Puis il fit ses adieux aux frères et s'embarqua pour la Syrie, accompagné de Priscille et d'Aquilas. À Cencrées, il s'était fait raser la tête, car le vœu qui le liait avait pris fin. Ils arrivèrent à Éphèse. Il laissa là ses compagnons, mais lui, entrant à la synagogue, se mit à discuter avec les Juifs. Comme ceux-ci lui demandaient de rester plus longtemps, il n'accepta pas. En faisant ses adieux, il dit : « Je reviendrai encore chez vous, si Dieu le veut. » Et quittant Éphèse, il reprit la mer. Ayant débarqué à Césarée, il monta saluer l'Église de Jérusalem, puis descendit à Antioche.
Commentaire
Tiens, Corinthe ! On vient de fonder l'Église de Corinthe ! Je dis ça parce que demain, surprise, on va partir du côté de la lettre aux Corinthiens, entre autres. Pas mal, non ? Il est bien construit, ce podcast !
En attendant, retour aux Actes des Apôtres. Vous avez vu Paul s'adapter en direct à la diversité des terrains missionnaires. Par exemple, à Bérée, manifestement, le public en face de lui connaît très bien les Écritures. Et là, on vous mentionne comment Paul a regardé avec eux exactement, dans le détail, pour leur parler du christianisme. À Athènes, c'est un autre public, cette fois-ci des philosophes raffinés. Et à nouveau, vous voyez Paul qui adapte son discours. Et à Corinthe, encore une fois, c'est un nouvel auditoire, cette fois-ci plus populaire. Et vous voyez comment, tout en s'adaptant, il ne renie rien de l'Évangile. C'est quand même très, très étonnant.
Je reviens deux secondes sur le discours de saint Paul à Athènes, parce que celui-là, il est important. Parce que là, il y a un enjeu. Je vous ai parlé de l'enjeu en termes d'inculturation : adapter le discours de l'Évangile à la culture de votre audience. Mais il y a surtout aussi un enjeu intellectuel. Parler devant les philosophes d'Athènes, ce n'est pas rien. Ce qu'on va voir là, c'est ce que vaut le christianisme d'un point de vue intellectuel. Jusqu'ici, l'Évangile s'est surtout exprimé à travers les miracles et la puissance de l'Esprit Saint, les signes éclatants. Est-ce qu'il est aussi capable de s'exprimer dans un langage articulé et rigoureux philosophiquement ? Donc, ne sous-estimons pas l'enjeu. Et on voit que saint Paul le relève et s'adresse, cette fois-ci philosophe, à des philosophes.
Il y a plein de citations cachées dans son discours. Par exemple, quand il dit :
En lui, nous avons le mouvement, la vie et l'être.
Ça, c'est un philosophe, Aratus, qui insistait sur l'immanence du Logos. Ça parle aux stoïciens. Quand il dit :
Nous sommes de sa descendance.
Ça, c'est un poète, Cléanthe. Et ça vous permet d'introduire la notion de « Fils de Dieu ». Quand il affirme au contraire que Dieu n'a pas besoin des services humains, ça, pour le coup, ça parle aux épicuriens, qui critiquaient les cultes idolâtriques comme si Dieu avait besoin qu'on lui offre des sacrifices.
Regardez même la manière dont le discours est superbement construit. On commence par une captatio benevolentiae : « Je vois que vous êtes religieux, Athéniens. » Qui passe ensuite sur une narratio, une petite anecdote, avec cette histoire d'autel au dieu inconnu. Pour ensuite arriver sur une probatio, c'est-à-dire un développement rationnel argumenté sur le vrai Dieu. Et puis ensuite, peroratio finale, appel à la conversion immédiate.
Et c'est là que les Athéniens s'éteignent, au moment où Paul croit enfoncer le clou sur la résurrection. Tout le monde éclate de rire. La résurrection, c'est à mille lieues de la philosophie grecque, qui ou bien n'aime pas trop la chair, ou bien parle de la transmigration des âmes. Peut-être, mais en attendant, il a prouvé que le christianisme était capable de s'exprimer dans un langage soutenu.
En bonus, je reviens deux secondes sur cet autel au dieu inconnu. Il va finir par symboliser, dans la tradition chrétienne, la recherche honnête des philosophes qui essayent de s'élever par-delà les récits mythologiques, à la recherche d'un premier moteur mystérieux. On appellera ça le Deus absconditus. La raison peut parvenir à poser l'existence d'un dieu, mais un dieu qui nous apparaît sous la forme d'un mystère : le dieu inconnu.
Et une fois qu'on avait fait tout ce tour — Thessalonique, Corinthe, Athènes — vous avez vu la fin de notre deuxième voyage apostolique, Paul qui retournait à Antioche.
Psaume 147
Glorifie le Seigneur, Jérusalem ! Célèbre ton Dieu, ô Sion ! Il a consolidé les barres de tes portes, dans tes murs il a béni tes enfants.
Il fait régner la paix à tes frontières, et d'un pain de froment te rassasie. Il envoie sa parole sur la terre : rapide, son verbe la parcourt.
Il étale une toison de neige, il sème une poussière de givre. Il jette à poignées des glaçons ; devant ce froid, qui pourrait tenir ?
Il envoie sa parole : survient le dégel ; il répand son souffle : les eaux coulent. Il révèle sa parole à Jacob, ses volontés et ses lois à Israël.
Pas un peuple qu'il ait ainsi traité ; nul autre n'a connu ses volontés. Alléluia !