CapBibliqueCapBiblique

Jour 329 ☼ — Des dieux rejetés pour le Dieu vivant

← J328 ☾ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J329 ☾ →


Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 14 des Actes des Apôtres, le frère Paul-Adrien lit la suite du premier voyage missionnaire de Paul et Barnabé, d'Iconium à Lystre et Derbé, jusqu'au retour à Antioche de Syrie. Le commentaire dégage les nouveaux enjeux qui apparaissent : la division de villes entières, les premières persécutions païennes, la prédication directe aux païens à partir d'un miracle, et l'inculturation du message évangélique. Il souligne enfin le souci ecclésial des deux apôtres, qui reviennent par les mêmes villes et y désignent des anciens, c'est-à-dire des prêtres.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Alors, rappel : nous sommes en ce moment avec Paul et Barnabé en plein voyage apostolique. On a passé pas mal de temps à Antioche de Pisidie, il est peut-être temps d'aller voir à côté ce qui se passe aussi, non ?

Lecture : Actes des Apôtres 14

À Iconium, la même chose se produisit. Paul et Barnabé entrèrent dans la synagogue des Juifs et parlèrent de telle façon qu'un grand nombre de Juifs et de Grecs devinrent croyants. Mais ceux des Juifs qui avaient refusé de croire se mirent à exciter les païens et à les monter contre les frères.

Paul et Barnabé séjournèrent là un certain temps. Ils mettaient leur assurance dans le Seigneur. Celui-ci rendait témoignage à l'annonce de la parole de sa grâce et il leur donnait d'accomplir par leurs mains des signes et des prodiges.

La population de la ville se trouva divisée. Les uns étaient pour les Juifs, les autres pour les Apôtres. Il y eut un mouvement chez les non-Juifs et chez les Juifs, avec leurs chefs, pour recourir à la violence et lapider Paul et Barnabé. Lorsque ceux-ci s'en aperçurent, ils se réfugièrent en Lycaonie, dans les cités de Lystre et de Derbé et dans leurs territoires environnants. Là encore, ils annonçaient la Bonne Nouvelle.

Or, à Lystre, il y avait un homme qui était assis, incapable de se tenir sur ses pieds. Infirme de naissance, il n'avait jamais pu marcher. Cet homme écoutait les paroles de Paul. Celui-ci le fixa du regard et vit qu'il avait la foi pour être sauvé. Alors, il lui dit d'une voix forte : « Lève-toi ! Tiens-toi droit sur tes pieds ! » L'homme se dressa d'un bond : il marchait.

En voyant ce que Paul venait de faire, les foules s'écrièrent en lycaonien : « Les dieux se sont faits pareils aux hommes et ils sont descendus chez nous. » Ils donnaient à Barnabé le nom de Zeus et à Paul celui d'Hermès, puisque c'était lui le porte-parole. Le prêtre du temple de Zeus, situé hors de la ville, fit amener aux portes de celle-ci des taureaux et des guirlandes. Il voulait offrir un sacrifice avec eux.

Les apôtres Barnabé et Paul déchirèrent leurs vêtements et se précipitèrent dans la foule en criant : « Pourquoi faites-vous cela ? Nous sommes, nous aussi, des hommes, pareils à vous, et nous vous annonçons la Bonne Nouvelle. Détournez-vous de ces vaines pratiques et tournez-vous vers le Dieu vivant, lui qui a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'il contient. »

Les apôtres passèrent alors un certain temps avec les disciples. Ils désignèrent des anciens pour chacune de leurs Églises et, après avoir prié et jeûné, ils confièrent au Seigneur ces hommes qui avaient mis leur foi en lui.

Commentaire

Nouvel enjeu théologique. Là, ce n'était pas seulement la synagogue qui s'était divisée, mais c'était carrément la ville entière. L'évangélisation est une sorte d'anticipation du jugement, parce que ça révèle la pensée des cœurs de tout le monde. C'est ce que vous disait Jésus dans l'Évangile selon saint Matthieu, le discours apostolique : « Je suis venu séparer le père de son fils, la mère de sa fille, le beau-père du beau-fils, la belle-mère de la belle-fille. »

Il y a un nouvel enjeu aussi qui est en train d'apparaître : les persécutions. Pour l'instant, vous avez eu des chrétiens qui avaient été persécutés par les autorités juives. Là, maintenant, parfois, ce sont les Romains qui se mettent à persécuter les chrétiens. Alors, ce ne sont pas des persécutions organisées par le pouvoir impérial, c'est plutôt des émeutes populaires. Mais il y a un thème de la violence qui est en train d'apparaître, avec des menaces de lapidation.

Ce qui est intéressant, c'est de voir précisément ce qui pose problème. Ce qui pose problème, ce n'est pas tellement ce que prêchent les chrétiens, c'est qu'ils sont en train de remettre en cause un statu quo qui existait entre les Juifs et les païens. Jusqu'à présent, tout ce beau monde cohabitait, mais sans se parler. Les Juifs n'allaient pas chez les païens et les païens n'allaient pas chez les Juifs. Et les vaches étaient bien gardées. Et voilà que les chrétiens arrivent, qui remettent en cause ce modèle de compromis social.

Alors, ça, c'était à Iconium. Maintenant, après, on passe à Lystre. Nouvel enjeu apostolique : cette fois-ci, pour la première fois, Paul s'adresse directement aux païens, sans passer par la case juive, parce qu'il y a eu un miracle. Alors ça, ce n'est pas du tout habituel. C'est Dieu qui a court-circuité le beau petit schéma que Paul utilisait d'habitude.

Avec plein d'ambiguïté : la foule prend Paul et Barnabé pour Zeus et Hermès. On voit qui parlait et on voit qui ne parlait pas. D'ailleurs, c'est intéressant, parce que ça vous montre deux écueils possibles dans l'apostolat. Soit les gens se ferment, et c'est la question de la violence et du rigorisme. Soit les gens, au contraire, s'ouvrent un peu trop facilement, si je puis dire, et c'est la question de la naïveté et de la superstition. Ce n'est pas toujours très simple.

Et pour l'instant, on voit Barnabé et Paul qui s'en tirent avec brio, alors que — ça mérite encore, là aussi, d'être dit — c'est le premier voyage missionnaire. Ils n'ont pas fait de séminaire. Ils n'ont pas fait de théologie de la mission. De manière instinctive, vous les voyez naviguer entre les différents écueils. C'est quand même remarquable.

Regardez d'ailleurs la manière dont ils s'adaptent tout de suite à la nouveauté de la situation. Regardez comment Paul adapte son discours : aucune référence scripturaire. Paul parle aux habitants de Lystre en utilisant des catégories uniquement profanes, ce qu'on appellerait la théologie naturelle : Dieu créateur, Dieu qui fait alterner les moissons et les saisons. Et là, ça vous montre un nouvel enjeu apostolique : l'inculturation du message évangélique.

De là, on arrive à Derbé, qui était la dernière ville de cette mission. Et là, dernier enjeu apostolique, si jamais je puis dire : quand est-ce qu'il faut commencer ? Quand est-ce qu'il faut s'arrêter ? Manifestement, c'est à Derbé qu'il fallait s'arrêter. Et de là, on revient, machine arrière, vers Antioche de Syrie.

Et vous les voyez revenir par les mêmes villes où ils ont évangélisé. Ce qui vous montre la différence entre l'évangélisation de Paul et Barnabé d'un côté, avec celle de Philippe qu'on a vue au début des Actes des Apôtres. Philippe, il a évangélisé l'eunuque, il a évangélisé la Samarie, et ensuite il est parti. Paul et Barnabé, eux, assurent le service après-vente des villes où ils sont passés. Sacrée différence ! Ils n'ont pas seulement le souci de l'évangélisation, mais ils ont le souci aussi de l'Église. Ça ne sert à rien d'évangéliser si ensuite les gens quittent l'Église. Ça vous montre la grandeur d'esprit, la hauteur de cette première mission.

C'était le verset 23 :

Ils désignèrent des anciens pour chacune de leurs Églises.

Alors, « anciens », petite note quand même. En grec, ça se dit presbuteros. Ce qui a donné le nom de prêtres. Ils désignèrent des anciens, ils désignèrent des prêtres pour chacune de leurs Églises. Et après avoir prié et jeûné — comme ils l'avaient fait avant de partir en mission à Antioche de Syrie — ils confièrent au Seigneur ces hommes qui avaient mis leur foi en lui. L'Église, ce n'est pas seulement une mission itinérante, c'est aussi une communion stable, avec des responsables, entre les différentes Églises.

Et de là, on revient, dernière ville, à Antioche de Syrie, qui était le point de départ, pour rendre des comptes devant les personnes qui vous ont envoyés en mission. Parce que Paul et Barnabé ne sont pas partis tout seuls en mission : ils ont été envoyés.

Vous voyez comment tout ça est construit. Le choix des villes aura suivi une logique géographique — axes commerciaux, colonies stratégiques —, une réalité sociologique — avec présence juive comme point d'entrée, mais aussi des milieux païens ouverts —, et aussi, à chaque fois, des tournants théologiques, pour accomplir le passage du judaïsme aux nations. Enfin, c'est… je ne sais pas comment vous dire, mais c'est extraordinaire.

Nous terminons par un psaume.

Psaume 144

Je raconterai ta grandeur. On rappellera tes immenses bontés. Tous acclameront ta justice.

Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour. La bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse pour toutes ses œuvres.

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce et que tes fidèles te bénissent. Ils diront la gloire de ton règne, ils parleront de tes exploits, annonçant aux hommes tes exploits, la gloire et l'éclat de ton règne.

Ton règne, un règne éternel. Ton empire, pour les âges des âges. Le Seigneur est vrai en tout ce qu'il dit, fidèle en tout ce qu'il fait.

Le Seigneur soutient tout ce qui tombe. Il redresse tous les accablés. Les yeux sur toi, tous, ils espèrent. Tu leur donnes la nourriture au temps voulu. Tu ouvres ta main, tu rassasies avec bonté tout ce qui vit.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies, fidèle en tout ce qu'il fait. Il est proche de tous ceux qui l'invoquent, de tous ceux qui l'invoquent en vérité.

Il répond aux désirs de ceux qui le craignent. Il écoute leurs cris, il les sauve. Le Seigneur gardera tout ce qu'il aime, mais il détruira tous les impies.

Que ma bouche proclame les louanges du Seigneur. Son nom très saint, que toute chair le bénisse, toujours et à jamais.


← J328 ☾ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J329 ☾ →