Jour 334 ☼ — Tous pécheurs, tous aimés
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit d'une seule traite les trois premiers chapitres de la lettre aux Romains, refusant de couper le texte au milieu pour ne pas isoler le passage le plus dur sur l'homosexualité. Il explique la stratégie de Paul : accabler d'abord les païens, puis se retourner brutalement contre les juifs arrogants qui jugent, afin de montrer que personne n'échappe au péché. Le commentaire éclaire deux versets majeurs pour la théologie : Romains 1,20 sur la connaissance naturelle de Dieu, et Romains 2,14 sur le salut des non-chrétiens selon Vatican II. L'épisode se termine par les Proverbes 28,14-16.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Alors, vous ferez attention, la lecture d'aujourd'hui — on est dans la lettre aux Romains — va être exceptionnellement longue. Oui, mais si je l'avais coupée au milieu, ouvrez les oreilles, ça vous aurait donné le passage le plus homophobe de la Bible. Donc, comme ce n'est pas ce que vous voulez, et moi non plus, j'ai fait le choix de ne pas couper le texte avant qu'on ait fini le mouvement d'ensemble. Parce que ça nous permettra de voir les choses un tout petit peu différemment. En tout cas, je suis sûr aussi que maintenant, j'ai votre attention.
Alors, je vous explique un petit peu ce que vous allez entendre. Je vous ai dit que Paul allait torpiller le principe de la justification par la loi, mais qu'il allait mettre tout le monde en panique parce qu'on sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on gagne. Normalement, la saine pédagogie voudrait que Paul, à ce moment-là, commence par rassurer tout le monde. Mais il n'est pas comme ça, Paul. Paul, ce qu'il va commencer par faire, c'est torpiller tout le monde. L'Évangile, c'est un appel à la repentance, et tout le monde va en prendre pour son grade. Mais ça va être dur. C'est une violence. Le but de cette partie, c'est de montrer que tout le monde est pécheur et qu'il n'y en a pas un pour racheter l'autre. Et c'est ce qui, dans un deuxième temps, permettra de dire : vous êtes peut-être des crapules, mais ce n'est pas très grave, ça n'a pas empêché Dieu de mourir par amour pour vous.
Bon, c'est une certaine stratégie. Paul commence par les païens — il faut bien commencer quelque part. Les païens n'ont pas reconnu l'existence d'un Dieu unique. Et Paul va commencer par dire que ça, c'est un choix intellectuel conscient. Parce que normalement, quand on regarde la nature, on voit qu'il existe un seul Dieu. Donc, les païens n'ont pas voulu reconnaître l'existence d'un seul Dieu. Et comme ils ne l'ont pas voulu, ça a corrompu leur cœur, ça les a enfoncés dans le péché. Et là, Paul va de plus en plus s'enflammer. Ça va être de plus en plus violent. Et là, il va vous sortir l'homosexualité comme l'exemple type, dans des phrases qui sont, mais qui sont… c'est juste hallucinant de violence. Si on s'arrêtait là — et normalement, j'aurais dû m'arrêter là — ça devient un passage extrêmement violent, extrêmement homophobe.
Sauf que. Juste après, chapitre 2, alors que Paul vient de s'enflammer comme un sanguin, il termine en disant : « Et de même, toi qui juges, tu n'as aucune excuse. Qui que tu sois, quand tu juges les autres, tu te condamnes toi-même parce que tu fais comme eux. » Et ça, en fait, c'est quoi ? C'est Paul qui maintenant se tourne vers les juifs pour dire : ah, vous êtes bien marrés quand je parlais des débauchés. Mais vous croyez quoi ? La vérité, c'est que vous êtes encore pires qu'eux.
Et c'est là où Paul redevient le génial saint Paul. Il est en train de dire aux juifs : vous ne valez pas mieux qu'eux, parce que vous, il y a des choses encore pires en vous, et c'est l'arrogance. Toi qui juges, tu fais pareil qu'eux. C'est l'arrogance des religieux qui, sous prétexte d'avoir la loi, sont persuadés qu'ils ont le droit de juger tout le monde. Ça, saint Paul vous dit que c'est insupportable, beaucoup plus insupportable.
Vous voyez donc, cette question sur l'homosexualité : le but, ce n'est pas de parler de l'homosexualité, le but, c'est d'en prendre un pour taper sur les autres. C'est peut-être bizarre, je ne sais pas si j'aurais fait comme ça, mais il y a peut-être un réconfort pour toutes les personnes homosexuelles et qui souffrent de la rigidité de certains chrétiens à leur égard. Donc mon petit conseil, c'est : ne vous focalisez pas sur cette question de l'homosexualité. Ce n'est vraiment pas le point central de l'argumentation de Paul, qui prend juste cet exemple au passage pour allumer absolument tout le monde. Et c'est ainsi qu'on va terminer notre lecture par cet énoncé final : « Ainsi, par la pratique de la loi, personne ne deviendra juste devant Dieu. En effet, la loi fait seulement connaître le péché. »
Alors, je sais qu'il y a une vraie question sur la question de l'homosexualité. On en parlera plus loin, dans la première lettre à Timothée. Pour l'instant, s'il vous plaît, mes petits bichons, faites-moi confiance. Je ne voudrais vraiment pas que vous passiez à côté de ce morceau de bravoure.
Lecture : Romains 1-3
Or, la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et contre toute injustice des hommes qui, par leur injustice, font obstacle à la vérité. En effet, ce que l'on peut connaître de Dieu est clair pour eux, car Dieu le leur a montré clairement. Depuis la création du monde, on peut voir avec l'intelligence, à travers les œuvres de Dieu, ce qui de lui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité. Ils n'ont donc pas d'excuses, puisque, malgré leur connaissance de Dieu, ils ne lui ont pas rendu la gloire et l'action de grâce que l'on doit à Dieu. Ils se sont laissés aller à des raisonnements sans valeur, et les ténèbres ont rempli leur cœur privé d'intelligence. Soi-disant sages, ils sont devenus fous. Ils ont échangé la gloire du Dieu impérissable contre des idoles représentant l'être humain périssable, ou bien des volatiles, des quadrupèdes et des reptiles.
Voilà pourquoi, à cause des convoitises de leur cœur, Dieu les a livrés à l'impureté, de sorte qu'ils déshonorent eux-mêmes leur corps. Ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge. Ils ont vénéré la création, ils lui ont rendu un culte plutôt qu'à son Créateur, lui qui est béni éternellement. Amen.
C'est pourquoi Dieu les a livrés à des passions déshonorantes. Chez eux, les femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature. De même, les hommes ont abandonné les rapports naturels avec les femmes pour brûler de désirs les uns pour les autres. Ils font avec les hommes des choses infâmes, et ils reçoivent en retour, dans leur propre personne, le salaire dû à leur égarement.
Et comme ils n'ont pas jugé bon de garder la vraie connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à une façon de penser dépourvue de jugement : ils font ce qui est inconvenant. Ils sont remplis de toutes sortes d'injustices, de perversité, de soif de posséder, de méchanceté, ne respirant que jalousie, meurtre, rivalité, ruse, dépravation. Ils sont détracteurs, médisants, ennemis de Dieu, insolents, orgueilleux, fanfarons, ingénieux à faire le mal, révoltés contre leurs parents. Ils sont sans intelligence, sans loyauté, sans affection, sans pitié. Ils savent bien que, d'après le juste décret de Dieu, ceux qui font de telles choses méritent la mort. Et eux, non seulement ils les font, mais encore ils approuvent ceux qui les font.
Romains, chapitre 2.
De même, toi, l'homme qui juges, tu n'as aucune excuse, qui que tu sois. Quand tu juges les autres, tu te condamnes toi-même, car tu fais comme eux, toi qui juges. Or, nous savons que Dieu juge selon la vérité ceux qui font de telles choses. Et toi, l'homme qui juges ceux qui font de telles choses et les fais toi-même, penses-tu échapper au jugement de Dieu ? Ou bien méprises-tu ces trésors de bonté, de longanimité, de patience, en refusant de reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse à la conversion ? Avec ton cœur endurci, qui ne veut pas se convertir, tu accumules la colère contre toi pour ce jour de colère où sera révélé le juste jugement de Dieu, lui qui rendra à chacun selon ses œuvres. Ceux qui font le bien avec persévérance, et recherchent ainsi la gloire, l'honneur et une existence impérissables, recevront la vie éternelle. Mais les intrigants, qui se refusent à la vérité pour se donner à l'injustice, subiront la colère et la fureur. Oui, détresse et angoisse pour tout homme qui commet le mal, le juif d'abord et le païen ensuite ; mais gloire, honneur et paix pour quiconque fait le bien, le juif d'abord et le païen ensuite. Car Dieu est impartial.
En effet, tous ceux qui ont péché sans la loi de Moïse périront aussi sans la loi. Et tous ceux qui ont péché en ayant la loi seront jugés au moyen de la loi. Car ce ne sont pas ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ceux qui pratiquent la loi : ceux-là seront justifiés. Quand des païens qui n'ont pas la loi pratiquent spontanément ce que prescrit la loi, eux qui n'ont pas la loi sont à eux-mêmes leur propre loi, et ils montrent ainsi que la façon d'agir prescrite par la loi est inscrite dans leur cœur ; leur conscience en témoigne, ainsi que les arguments par lesquels ils se condamnent ou s'approuvent les uns les autres. C'est cela qui apparaîtra le jour où ce qui est caché dans les hommes sera jugé par Dieu, conformément à l'Évangile que j'annonce par le Christ Jésus.
Mais toi qui portes le nom de juif, qui te reposes sur la loi, qui mets ta fierté en Dieu, toi qui connais sa volonté et qui discernes l'essentiel parce que tu es à l'école de la loi, toi qui es convaincu d'être toi-même guide des aveugles, lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, éducateur des insensés, maître des tout-petits, toi qui es convaincu de posséder dans la loi l'expression même de la connaissance et de la vérité, bref, toi qui instruis les autres, tu ne t'instruis pas toi-même ! Toi qui proclames qu'il ne faut pas voler, tu voles. Toi qui dis qu'il ne faut pas commettre d'adultère, tu le commets. Toi qui as horreur des idoles, tu pilles leurs temples. Toi qui mets ta fierté dans la loi, tu déshonores Dieu en transgressant la loi, car, comme le dit l'Écriture : c'est à cause de vous que le nom de Dieu est bafoué parmi les nations.
Sans doute la circoncision est utile si tu pratiques la loi ; mais si tu transgresses la loi malgré ta circoncision, tu es devenu non-circoncis. À l'inverse, si le non-circoncis garde les préceptes de la loi, ne sera-t-il pas considéré comme s'il était circoncis ? Celui qui n'est pas circoncis dans son corps, mais qui accomplit la loi, te jugera, toi qui transgresses la loi tout en ayant la lettre de la loi et la circoncision. Ce n'est pas ce qui est visible qui fait le juif, ce n'est pas la marque visible dans la chair qui fait la circoncision, mais c'est ce qui est caché qui fait le juif : sa circoncision, c'est celle du cœur, selon l'esprit et non selon la lettre, et sa louange ne vient pas des hommes, mais de Dieu.
Romains, chapitre 3.
Mais alors, quelle est la supériorité du juif ? Quelle est l'utilité de la circoncision ? Grande, à tous égards ! D'abord, parce que c'est aux juifs que les paroles de Dieu ont été confiées. Mais alors, qu'en est-il ? Si certains ont refusé de croire, leur manque de foi va-t-il donc empêcher Dieu d'être digne de foi ? Pas du tout ! Qu'il soit bien entendu que Dieu est véridique, et tout homme menteur, comme il est écrit : ainsi on te reconnaît juste lorsque tu parles, et tu triomphes lorsqu'on te met en jugement.
Et si notre injustice manifeste la justice de Dieu, que dirons-nous ? Que Dieu est injuste quand il donne libre cours à sa colère ? Là, je parle de manière humaine. Mais pas du tout ! Sinon, comment Dieu jugera-t-il le monde ? Et si la vérité de Dieu éclate pour sa gloire grâce à mon mensonge, pourquoi suis-je encore condamné comme pécheur ? Faut-il dire : faisons le mal pour qu'il en sorte le bien, comme certains nous accusent injurieusement de le dire ? Cela mérite leur condamnation.
Alors, avons-nous une supériorité ? Pas entièrement. Nous avons déjà montré que tous, juifs et païens, sont sous la domination du péché. Voilà en effet ce qui est écrit : il n'y a pas un juste, pas même un seul ; il n'y a personne de sensé, personne qui cherche Dieu. Tous, ils sont dévoyés, tous ensemble pervertis ; pas un homme de bien, pas même un. Leur gosier est un sépulcre béant, et leur langue sert à tromper. Leurs lèvres sont chargées d'un venin de vipère. Leurs bouches débordent d'imprécations et d'amertume. Leurs pieds sont rapides quand ils vont répandre le sang. Sur leur chemin, ruines et misères. Ils ne connaissent pas le chemin de la paix. Leurs yeux ne voient pas qu'il faut craindre Dieu.
Or, nous le savons : tout ce que dit la loi, elle le déclare pour ceux qui sont sujets de la loi, afin que toute bouche soit fermée et que le monde entier soit soumis au jugement de Dieu. Ainsi, par la pratique de la loi, personne ne deviendra juste devant Dieu. En effet, la loi fait seulement connaître le péché.
Commentaire
Enfin, je vois bien ce qui peut choquer les gens, mais en même temps, on est sur un autre niveau. Promis, on parlera de cette question de l'homosexualité dans la lettre à Timothée.
J'attire simplement votre attention sur un ou deux autres versets qui ont eu beaucoup d'importance dans l'histoire de la théologie. Chapitre 1, verset 20 :
Depuis la création du monde, on peut voir avec l'intelligence, à travers les œuvres de Dieu, ce qui de lui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité.
« À travers les œuvres de Dieu », c'est-à-dire la nature. Il existe des arguments rationnels qui permettent à l'esprit humain d'établir avec certitude qu'il existe un Dieu créateur. Ça, on l'avait déjà vu quand on parlait du livre de la Sagesse, avec le concept d'analogie. C'est un verset qui était très important dans l'histoire de la théologie naturelle.
Ensuite, un autre verset, chapitre 2, verset 14 :
Quand des païens qui n'ont pas la loi pratiquent spontanément ce que prescrit la loi, eux qui n'ont pas la loi sont à eux-mêmes leur propre loi.
Donc là, je suppose que personne n'a suivi, personne n'a compris. Mais derrière, c'est la question du salut des non-chrétiens. On en avait déjà touché un mot quand on avait commenté cette phrase de Jésus dans l'Évangile selon saint Luc : celui à qui on a donné beaucoup, on lui demandera beaucoup ; celui à qui on a donné peu, on lui demandera peu. Il y a un seul médiateur, Jésus — oui, mais il y a aussi des cas particuliers.
L'exemple typique, c'est par exemple, moi, je ne sais pas, les Indiens qui vivaient en Amérique avant le Xe siècle : ils n'avaient jamais entendu parler de Jésus. Est-ce qu'ils vont tous aller en enfer ? Eh bien, c'est là où on prend ce verset que je viens de vous dire pour envisager ce que peut être le jugement de ces païens qui n'ont jamais pu connaître Dieu de leur part.
Et pour la faire simple, vous allez avoir une interprétation du magistère catholique romain sur ce verset que vous venez d'entendre, chapitre 2, verset 14, qui se trouve dans les textes de Vatican II, pour dire que si jamais un païen ne connaît pas Jésus pour de vraies raisons — tout simplement peut-être parce qu'il ne pouvait pas le connaître, nos Indiens d'Amérique, ou alors parce qu'il y a eu de tels contre-témoignages de la part des chrétiens que ce n'était pas possible de se pencher sérieusement sur la question. Deuxième condition : si jamais on recherche activement la vérité — et ça doit signifier quelque chose pour vous, c'est-à-dire que ça doit vous inquiéter, cette affaire. Et troisième chose : si vous suivez, dans les matières graves, ce que vous dit votre conscience. À ce moment-là, vous ne serez pas privé des moyens du salut. Ça ne veut pas dire que vous serez sauvé — n'exagérons pas non plus — ça veut dire que la balle est dans votre camp et que, de manière mystérieuse, vous pouvez quand même compter sur la grâce qui, en vous, secrètement, fait son œuvre.
Proverbes 28,14-16
Heureux l'homme qui reste vulnérable ; qui endurcit son cœur tombera dans le malheur.
Un lion qui rugit, un ours qui charge : tel est le criminel qui domine un peuple faible.
Moins le prince est malin, plus il est rapace. Qui renonce à ses intérêts verra de longs jours.