Jour 334 ☾ — Construire sur le Christ
← J334 ☼ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J335 ☼ →
Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 3 et 4 de la première lettre aux Corinthiens, où Paul poursuit son propos sur la sagesse et la folie en se tournant cette fois vers les messagers de l'Évangile. Le commentaire suit la montée en puissance des images pauliniennes : l'ouvrier agricole qui plante et arrose, l'architecte qui pose la pierre de fondation — le Christ — et enfin l'intendant des mystères de Dieu. Le frère s'arrête longuement sur le passage du jugement par le feu, qui éprouve non seulement les œuvres mais la personne elle-même, et d'où la tradition a tiré la doctrine du purgatoire. Il souligne enfin l'ironie mordante de Paul, à la fois violent et débordant d'affection pour les Corinthiens qui se croient rois sans lui.
Introduction
Nous continuons notre lettre aux Corinthiens. Alors, c'est un peu le grand écart, là : vous avez entendu cette immense diatribe de saint Paul dans la lettre aux Romains. Cette fois-ci, on reprend un thème qu'on avait vu hier, le rapport entre la sagesse et la folie. Paul continue sur le même sujet de manière un peu plus drôle, un peu plus mordante, encore plus ironique. Régalez-vous et bonne écoute.
Lecture : 1 Corinthiens 3
Frères, quand je me suis adressé à vous, je n'ai pas pu vous parler comme à des spirituels, mais comme à des êtres seulement charnels, comme à des petits enfants dans le Christ. Et c'est du lait que je vous ai donné, pas de la nourriture solide : vous n'auriez pas pu en manger. Et encore maintenant, vous ne le pouvez pas, car vous êtes encore des êtres charnels, puisqu'il y a entre vous des jalousies et des rivalités. N'êtes-vous pas toujours des êtres charnels ? Et n'avez-vous pas une conduite toute humaine ? Quand l'un de vous dit : « Moi, j'appartiens à Paul », et un autre : « Moi, j'appartiens à Apollos », n'est-ce pas une façon d'agir toute humaine ?
Mais qui donc est Apollos ? Qui est Paul ? Des serviteurs, par qui vous êtes devenus croyants et qui ont agi selon les dons du Seigneur à chacun d'eux. Moi, j'ai planté. Apollos, lui, a arrosé. Mais c'est Dieu qui donnait la croissance. Donc, celui qui plante n'est pas important, ni celui qui arrose. Seul importe celui qui donne la croissance : Dieu. Celui qui plante et celui qui arrose ne font que un, mais chacun recevra son propre salaire, suivant la peine qu'il se sera donnée.
Nous, nous sommes des collaborateurs de Dieu, et vous, vous êtes un champ que Dieu cultive, une maison que Dieu construit. Selon la grâce que Dieu m'a donnée, moi, comme un bon architecte, j'ai posé la pierre de fondation. Un autre construit dessus. Mais que chacun prenne garde à la façon dont il contribue à la construction. La pierre de fondation, personne ne peut en poser d'autre que celle qui s'y trouve : Jésus-Christ.
Que l'on construise sur la pierre de fondation avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, ou avec du bois, du foin ou du chaume, l'ouvrage de chacun sera mis en pleine lumière. En effet, le jour du jugement le manifestera, car cette révélation se fera par le feu, et c'est le feu qui permettra d'apprécier la qualité de l'ouvrage de chacun. Si quelqu'un a construit un ouvrage qui résiste, il recevra un salaire. Si l'ouvrage est entièrement brûlé, il en subira le préjudice : lui-même sera sauvé, mais comme au travers du feu.
Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu'un détruit le sanctuaire de Dieu, cet homme, Dieu le détruira. Car le sanctuaire de Dieu est saint, et ce sanctuaire, c'est vous.
Que personne ne s'y trompe : si quelqu'un parmi vous pense être un sage à la manière d'ici-bas, qu'il devienne fou pour devenir sage. Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. Il est écrit en effet : C'est lui qui prend les sages au piège de leur propre habileté. Il est écrit encore : Le Seigneur le sait, les raisonnements des sages n'ont aucune valeur.
Ainsi, il ne faut pas mettre sa fierté en tel ou tel homme, car tout vous appartient : que ce soit Paul, Apollos, Pierre, le monde, la vie, la mort, le présent, l'avenir. Tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu.
Lecture : 1 Corinthiens 4
Que l'on nous regarde donc comme des auxiliaires du Christ et des intendants des mystères de Dieu. Or, tout ce qu'on demande aux intendants, c'est d'être trouvés dignes de confiance. Pour ma part, je me soucie fort peu d'être soumis à votre jugement ou à celui d'une autorité humaine. D'ailleurs, je ne me juge même pas moi-même. Ma conscience ne me reproche rien, mais ce n'est pas pour cela que je suis juste : celui qui me soumet au jugement, c'est le Seigneur. Ainsi, ne portez pas de jugement prématuré, mais attendez la venue du Seigneur, car il mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres et il rendra manifestes les intentions des cœurs. Alors, la louange qui revient à chacun lui sera donnée par Dieu.
Frères, j'ai pris pour vous ces comparaisons qui s'appliquent à Apollos et à moi-même. Ainsi, vous pourrez apprendre de nous à ne pas aller au-delà de ce qui est écrit, afin qu'aucun de vous n'aille se gonfler d'orgueil en prenant le parti de l'un contre l'autre. Qui donc t'a mis à part ? As-tu quelque chose sans l'avoir reçu ? Et si tu l'as reçu, pourquoi te vanter comme si tu ne l'avais pas reçu ?
Vous voilà déjà comblés, vous voilà déjà riches, vous voilà déjà devenus rois sans nous. Ah ! si seulement vous étiez devenus rois, pour que nous aussi, nous le soyons avec vous. Mais nous, les apôtres, il me semble que Dieu nous a exposés en dernier, comme en vue d'une mise à mort, car nous sommes donnés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes. Nous, nous sommes fous à cause du Christ, et vous, vous êtes raisonnables dans le Christ. Nous, nous sommes faibles, et vous, vous êtes forts. Vous êtes à l'honneur, et nous, dans le mépris. Maintenant encore, nous avons faim, nous avons soif, nous sommes dans le dénuement, maltraités, nous n'avons pas de domicile, nous travaillons péniblement de nos mains. On nous insulte, nous bénissons. On nous persécute, nous le supportons. On nous calomnie, nous réconfortons. Jusqu'à présent, nous sommes pour ainsi dire l'ordure du monde, le rebut de l'humanité.
Je n'écris pas cela pour vous faire honte, mais pour vous reprendre, comme mes enfants bien-aimés. Car dans le Christ, vous pourriez avoir dix mille guides, vous n'avez pas plusieurs pères : par l'annonce de l'Évangile, c'est moi qui vous ai donné la vie dans le Christ Jésus. Aussi, je vous en prie, imitez-moi. C'est pour cela que je vous ai envoyé Timothée, qui est mon enfant bien-aimé et fidèle dans le Seigneur. Et lui vous rappellera les voies que je trace dans le Christ Jésus, telles que je les enseigne partout, dans toutes les Églises.
Pensant que je n'allais pas venir chez vous, quelques-uns se sont gonflés d'orgueil. Or, je viendrai bientôt chez vous, si le Seigneur le veut, et je prendrai connaissance non pas de ce que disent ces gens gonflés d'orgueil, mais des actes dont ils sont capables. Car le royaume de Dieu ne consiste pas dans la parole, mais dans la capacité d'agir. Que préférez-vous ? Que je vienne chez vous muni d'un bâton, ou avec amour et en esprit de douceur ?
Commentaire
Il y a quand même des points communs entre la lettre aux Corinthiens et la lettre aux Romains : c'est toujours le même Paul. Le tempérament devait être insupportable au quotidien. Vous avez entendu cette diatribe dans la lettre aux Romains ; ici, on a Paul qui menace de venir avec un bâton pour corriger tout le monde. Et pourtant, c'est extrêmement violent, et en même temps, derrière, vous sentez que ça le rend extrêmement attachant, parce que derrière s'exprime une affection débordante. C'est très curieux. Saint Paul, il aime les hommes avec une passion. Ça déborde de tous les côtés, mais au moins on se sent vivre. Et c'est de cette fougue qu'il puise ces thèmes intellectuels géniaux les uns après les autres.
Vous avez senti qu'on restait toujours dans ce thème de la croix, de la sagesse. Mais dans l'épisode précédent, on parlait du message ; là, on a parlé des messagers.
Qui donc est Apollos ? Qui est Paul ? Des serviteurs par qui vous êtes devenus croyants. Moi, j'ai planté. Apollos, lui, a arrosé. Mais c'est Dieu qui donnait la croissance.
Sous-entendu : les Corinthiens aimeraient avoir des gens brillants, des fondateurs d'écoles intellectuelles, et Dieu leur envoie, à la place, des ouvriers agricoles.
Et de là, Paul bascule tout de suite à une autre image. On passe du champ à la maison, de l'ouvrier agricole à l'architecte. Verset 9 :
Vous êtes un champ que Dieu cultive, une maison que Dieu construit. Selon la grâce que Dieu m'a donnée, moi, comme un bon architecte, j'ai posé la pierre de fondation.
Et ensuite, vous avez un passage très curieux :
Que l'on construise sur la pierre de fondation avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, ou avec du bois, du foin ou du chaume, l'ouvrage de chacun sera mis en pleine lumière. En effet, le jour du jugement le manifestera, car cette révélation se fera par le feu, et c'est le feu qui permettra d'apprécier la qualité de l'ouvrage de chacun.
On ne voit pas très bien ce que ça vient faire là. Probablement, c'est un avertissement que Paul donne aux Corinthiens, qui se réclament de Pierre, de Paul, etc. Il leur dit : faites attention, parce qu'un jour, il y aura un jugement, et là, on verra vraiment ce que ça valait, tous ces discours, et vous, votre manière de les utiliser.
Et en même temps, ça nous donne une image du jugement qui est sensiblement différente de notre manière de nous la représenter. Parce que là, il vous dit que tous ceux qui croient en Dieu, qui auront posé le Christ comme fondement, seront sauvés, parce que ce fondement ne passe pas. Et ensuite, il y a ce qu'on pose sur ce fondement. C'est comme s'il y avait un double jugement.
Là, il y a Paul qui nous parle de pierres précieuses, d'or, d'argent, ou au contraire de ceux qui mettent de la paille, du foin, du bois. Il ne dit pas exactement ce que c'est, alors les exégètes y ont vu absolument tout et son contraire. Quand même, ce qu'il y a de plus probable, c'est que ce soit la qualité de nos discours et de notre vie. Et tout ça sera passé au feu. Le feu, symbole constant du jugement divin dans la tradition biblique, et en même temps de l'amour. Sauf que ce feu, en éprouvant les œuvres, éprouve la personne aussi. Je cite :
Lui-même sera sauvé, mais comme au travers du feu.
Vous voyez, c'est très curieux, parce qu'il n'est pas seulement question de la foi, mais aussi des œuvres, lors du jugement. Et le jugement, ici, n'est pas représenté sous la forme d'un tribunal, mais d'un passage par le feu. C'est que ça ne sert pas seulement à séparer les justes et les injustes, mais aussi à éprouver la valeur des hommes et de leurs œuvres. Ça, c'est ce qui a donné naissance à la doctrine du feu purgatif : le purgatoire. Pour être sauvé, on passe comme à travers un feu. Il y a ceux qui passent comme une lettre à la poste, et il y a ceux qui vont brûler à travers ce feu avant de rejoindre le paradis. Le texte est trop fort pour que ce soit réduit à une simple métaphore. Il ne s'agit pas de mettre quelque chose entre le paradis et l'enfer — et d'ailleurs, le purgatoire, ce n'est pas ça. Il s'agit de distinguer, pour les croyants, plusieurs manières d'aller au ciel.
Bon, ça, c'était en passant. Je retourne maintenant à la lettre aux Corinthiens, où Paul était en train d'expliquer qui sont Pierre, Apollos et tous ceux qui prêchent l'Évangile. On a commencé : le prédicateur était un ouvrier agricole. Ensuite, il était devenu un architecte, un maçon. Et voilà que maintenant, il va devenir un intendant. Paul gravit les échelons. Chapitre 4, verset 1 :
Que l'on nous regarde donc comme des auxiliaires du Christ et des intendants des mystères de Dieu.
C'est Adam, le premier homme, que Dieu avait créé pour qu'il cultive la création. Sauf que là, ce que l'on va cultiver, ce sont les mystères de Dieu. Les mystères de Dieu, c'est ce que Dieu tenait caché jusqu'à présent, mais que par la croix il a révélé : la justification, la grâce, l'Évangile.
Alors, vu qu'on a gravi quand même les échelons, maintenant Paul reprend la parole et s'adresse à nouveau aux Corinthiens. Et vous, vous croyez que vous pouvez choisir entre Pierre, Paul, Jacques ou Jean. Les cocos, ce n'est pas vous qui nous choisissez, c'est nous qui vous avons choisis.
Et là, il leur parle de sa vie. Il leur parle de sa vie en se moquant allègrement d'eux. C'est d'une ironie mordante. Vous êtes déjà rassasiés, vous êtes déjà riches, vous régnez sans nous. C'est quand même un comble que ce soit celui qui vous a apporté la sagesse qui soit traité comme un fou aux yeux du monde, et que vous qui n'êtes rien, vous vous croyiez sages. C'est le monde à l'envers.
Nous terminons par une prière.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, je suis un champ, c'est toi qui me donnes la vie. Seigneur, je suis une maison, c'est toi qui en es le fondement. Seigneur, donne-moi de pouvoir l'embellir avec ce que je suis, avec mes œuvres, avec ma foi, avec mes vertus.
Qu'il y ait la foi comme de l'argent, qu'il y ait l'espérance comme une pierre précieuse, et que par-dessus tout, il y ait de la charité, qui soit comme l'or.
Seigneur, ce n'est pas une maison que je veux te construire, c'est un palais, pour que tu puisses y habiter pour l'éternité.