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Jour 335 ☼ — Abraham, la foi avant la loi

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit la fin du chapitre 3 et le chapitre 4 de la lettre aux Romains : le pivot central de l'épître, où Paul annonce la justice de Dieu manifestée indépendamment de la loi, par la foi en Jésus-Christ. Le commentaire décompose ce passage en trois questions — ce qui a été révélé (la justice), comment (par la foi, génitif objectif et subjectif), et pourquoi (le péché qui nous privait de la gloire de Dieu) — avant d'expliquer le vocabulaire sacrificiel de la propitiation, la croix comme véritable Yom Kippour. Puis Paul remonte à Abraham, origine de la circoncision : la foi lui fut comptée comme justice en Genèse 15, alors que la circoncision n'arrive qu'en Genèse 17. La justification par la foi n'est donc pas une invention de Paul, mais l'ADN même de l'alliance, et la foi d'Abraham en un fils promis né de corps marqués par la mort pointait déjà vers la résurrection.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Hier, dans une première partie de la lettre aux Romains, Paul a établi que tout homme, qu'il soit juif ou grec, était un pécheur. Mais on n'en est qu'au début de la lettre. Aujourd'hui, nous avons le pivot central : le salut opéré par Jésus-Christ. On va commencer par ça. C'est un tout petit paragraphe à la fin du chapitre 3.

Paul dira à ce propos que la justice par la foi ne remplace pas la justice par la loi, mais qu'elle l'accomplit. Ça permet de faire la transition entre deux arguments. Le premier argument, c'était de dire que la justice par la loi a failli : tous les hommes étaient pécheurs. Ça, on vient de le prouver. Maintenant, ce que Paul doit encore montrer, c'est que la justice par la foi qu'il prêche, ce n'est pas lui qui l'invente, mais que c'était au programme dès le début.

Et donc, pour ça, on va remonter à l'origine de la loi, de la Torah, qui n'est pas Moïse, qui est Abraham, parce que c'est de lui d'où vient la circoncision. Et ça, c'est la question à 100 points : est-ce que la vie d'Abraham corrobore la thèse de Paul ?

Bonne lecture !

Lecture : Romains 3-4

Mais aujourd'hui, indépendamment de la loi, Dieu a manifesté en quoi consiste sa justice. La loi et les prophètes en sont témoins. Et cette justice de Dieu, donnée par la foi en Jésus-Christ, elle est offerte à tous ceux qui croient.

En effet, il n'y a pas de différence : tous les hommes ont péché, ils sont privés de la gloire de Dieu. Et lui, gratuitement, les fait devenir justes par sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus. Car le projet de Dieu était que le Christ soit instrument de pardon, en son sang, par le moyen de la foi. C'est ainsi que Dieu voulait manifester sa justice, lui qui, dans sa longanimité, avait fermé les yeux sur les péchés.

Par quelle loi ? Par celle des œuvres que l'on pratique ? Pas du tout, mais par la loi de la foi. En effet, nous estimons que l'homme devient juste par la foi, indépendamment de la pratique de la loi de Moïse.

Ou bien, Dieu serait-il seulement le Dieu des Juifs ? N'est-il pas aussi le Dieu des nations ? Bien sûr, il est aussi le Dieu des nations, puisqu'il n'y a qu'un seul Dieu, qui rendra juste, en vertu de la foi, ceux qui ont reçu la circoncision, et aussi, au moyen de la foi, ceux qui ne l'ont pas reçue.

Sommes-nous en train d'abolir la loi au moyen de la foi ? Pas du tout ! Au contraire, nous confirmons la loi.

Que dirons-nous alors d'Abraham, notre ancêtre selon la chair ? Qu'a-t-il obtenu ? Si Abraham était devenu un homme juste par la pratique des œuvres, il aurait pu en tirer fierté — mais pas devant Dieu. Or, que dit l'Écriture ?

Si quelqu'un accomplit un travail, son salaire ne lui est pas accordé comme un don gratuit, mais comme un dû. Au contraire, si quelqu'un, sans rien accomplir, a foi en celui qui rend juste l'homme impie, il lui est accordé d'être juste par sa foi.

Cette béatitude-là concerne-t-elle seulement ceux qui ont la circoncision, ou bien aussi ceux qui ne l'ont pas ? Nous disons en effet : c'est pour sa foi qu'il a été accordé à Abraham d'être juste. Mais quand cela lui fut-il accordé ? Après la circoncision, ou avant ? Non pas après, mais avant. Et il reçut le signe de la circoncision comme marque de la justice obtenue par la foi, avant d'être circoncis.

C'est de cette façon qu'il est le père de tous ceux qui croient sans avoir la circoncision, pour qu'à eux aussi il soit accordé d'être justes. Et il est également le père des circoncis, ceux qui non seulement ont la circoncision, mais qui marchent aussi sur les traces de la foi de notre père Abraham avant sa circoncision.

Car ce n'est pas en vertu de la loi que la promesse de recevoir le monde en héritage a été faite à Abraham et à ses descendants, mais en vertu de la justice obtenue par la foi. En effet, si l'on devient héritier par la loi, alors la foi est sans contenu et la promesse abolie, car la loi aboutit à la colère de Dieu. Mais là où il n'y a pas de loi, il n'y a pas non plus de transgression.

Et voilà pourquoi on devient héritier par la foi : c'est une grâce. Et la promesse demeure ferme pour tous les descendants d'Abraham, non pour ceux qui se rattachent à la loi seulement, mais pour ceux qui se rattachent aussi à la foi d'Abraham, lui qui est notre père à tous. C'est bien ce qui est écrit : « J'ai fait de toi le père d'un grand nombre de nations. »

Il est notre père devant Dieu, en qui il a cru, Dieu qui donne la vie aux morts et qui appelle à l'existence ce qui n'existe pas. Espérant contre toute espérance, il a cru. Et ainsi est-il devenu le père d'un grand nombre de nations, selon cette parole : « Telle sera ta descendance. »

Il n'a pas faibli dans la foi quand, presque centenaire, il considéra que son corps était déjà marqué par la mort, et que Sara ne pouvait plus enfanter. Devant la promesse de Dieu, il n'hésita pas, il ne manqua pas de foi, mais il trouva sa force dans la foi et rendit gloire à Dieu. Car il était pleinement convaincu que Dieu a la puissance d'accomplir ce qu'il a promis. Et voilà pourquoi il lui fut accordé d'être juste.

En disant que cela lui fut accordé, l'Écriture ne s'intéresse pas seulement à lui, mais aussi à nous, car cela nous sera accordé, puisque nous croyons en celui qui a ressuscité d'entre les morts Jésus notre Seigneur, livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification.

Commentaire

Ah, bah oui, ça se mérite, la lettre aux Romains. Rassurez-vous, mes petits bichons, je suis là pour reprendre avec vous ce que vous venez d'entendre.

Dans l'épisode précédent — je le redis pour que tout le monde suive bien — on avait posé le diagnostic universel : tous les hommes sont pécheurs. Mais ça, c'était avant. Fin du chapitre 3, c'était le début de la lecture, Paul est passé au maintenant. Verset 21 :

Mais aujourd'hui, indépendamment de la loi, Dieu a manifesté en quoi consiste sa justice, la loi et les prophètes en sont témoins.

Le salut opéré par Jésus-Christ. En Jésus, il y a eu une révélation. Et ce qui a été révélé en Jésus, c'est la plénitude de la justice. Parce que Jésus, lui, il a accompli la loi, ce que nous, on n'était pas capables de faire. Et en manifestant cette plénitude de justice, il a révélé la justice de Dieu. Et — parce que c'est pas fini — en se révélant, la justice de Dieu est venue jusqu'à nous et nous a justifiés.

Alors, ça nous a justifiés d'une double manière : d'abord parce que ça nous a pardonné les péchés, et ensuite parce que ça a accompli les promesses de Dieu. C'est la justice comme fidélité à une alliance, c'est la justice comme attribut éternel, et c'est la justice au sens judiciaire. C'est tout ça qui a été révélé en Jésus-Christ.

Alors, saint Paul continue ensuite en vous disant comment cette justice s'est révélée. Et là, c'est le mot de foi qui apparaît. C'était le verset suivant : cette justice de Dieu a été donnée par la foi en Jésus-Christ. Alors, littéralement d'ailleurs, ce n'est pas la foi en Jésus-Christ, c'est la foi de Jésus-Christ. Ça peut être à la fois notre confiance en Jésus, le fait de croire en lui comme sauveur et comme fils de Dieu — ce qu'on appelle un génitif objectif, notre foi qui porte sur Jésus. Mais ça peut être aussi la foi qu'avait Jésus : génitif subjectif. La foi qu'avait Jésus, ici, c'était son obéissance, sa fidélité à la mission que Dieu lui a confiée : donner sa vie par amour. Et c'est ça qui nous sauve. C'est cette fidélité au commandement, au précepte de la charité, que Jésus a montré sur la croix, et que, par la foi, nous faisons nôtre.

Est-ce que c'est bon pour tout le monde ? Est-ce que tout le monde me suit ? Vous avez encore du courage ? On rentre un peu plus dans les détails.

Donc, on a vu ce qui avait été révélé : la justice. Comment elle a été révélée : par la foi. Reste à savoir pourquoi — ce qu'on appelle la question du motif — et c'est ce que saint Paul vous disait après :

Tous les hommes ont péché et sont privés de la gloire de Dieu, et lui, gratuitement, les fait devenir justes.

Bon, on a retrouvé là le diagnostic initial. À cause du péché, on ne pouvait plus s'approcher de Dieu, on était privés de sa gloire, on ne pouvait plus paraître en sa présence. Et c'est pour ça que Dieu a voulu nous sauver : parce qu'il voulait qu'on vienne en sa présence. Sauf qu'il l'a fait gratuitement. Il l'a fait par grâce, indépendamment de nos mérites.

Concrètement, comment ça s'est passé ? Ça s'est passé par la croix. Sauf que saint Paul n'utilise pas ce mot-là. Il va utiliser un vocabulaire cultuel, sacrificiel — mais de fait, la croix est un sacrifice. Il va utiliser le mot de propitiation. Verset 25 :

Car le projet de Dieu était que le Christ soit instrument de pardon — littéralement : de propitiation — en son sang, par le moyen de la foi.

La propitiation, c'est rendre propice, devenir favorable, c'est se réconcilier. D'où le mot de propitiatoire. Souvenez-vous, c'était le couvercle de l'Arche d'Alliance que l'on aspergeait de sang le jour de Yom Kippour, le jour du grand pardon, pour rendre Dieu favorable, justement.

Bon, le Yom Kippour définitif, le véritable propitiatoire pour saint Paul, c'est la croix : l'autel sur lequel Jésus a versé son sang, c'est-à-dire donné sa vie, librement, par amour, pour le pardon des péchés. Et en versant sa vie, en l'offrant en sacrifice, il nous a libérés. Il nous a obtenu le pardon, la propitiation, il nous a réconciliés avec Dieu.

Ouf ! On a fait le plus dur. Maintenant, on bascule sur Abraham.

Alors, pourquoi est-ce qu'on bascule sur Abraham ? C'est ce que je vous avais dit : la justification par la grâce ne remplace pas la justification par la loi, mais elle l'accomplit. Alors, comment est-ce qu'on est en train de l'accomplir ? C'est pour ça qu'il faut revenir à l'origine de la loi, et l'origine de la loi, ce n'est pas Moïse, parce que la circoncision, c'est Abraham qui l'a donnée. Donc on revient à Abraham pour vérifier que cette justification dans la foi était déjà en germe présente dans la vie d'Abraham. Si on arrive à montrer ça, bingo ! Paul aura réussi à montrer que ce n'est pas lui qui l'a inventée, cette affaire, mais que c'était déjà présent dans l'ADN même de l'alliance entre Dieu et les hommes.

Alors, on avait déjà vu dans Galates une citation : « Abraham crut, et cela lui fut compté comme justice. » Ce que la lettre aux Romains ajoute, et c'est crucial, c'est une nouvelle découverte — probablement en méditant dans la Torah : il a découvert qu'Abraham avait été circoncis après. Faites attention à l'ordre des chapitres. La foi imputée comme justice, « Abraham crut et cela lui fut compté comme justice », c'est Genèse 15. Et la circoncision, c'est Genèse 17. Ce qui veut dire que dans l'Ancien Testament déjà, la circoncision n'est pas le moyen par lequel on est justifié, mais était en fait le signe qui montrait qu'on avait déjà été justifié par la foi.

Et avec la circoncision, il faut bien comprendre que c'est toute la Torah qui est en germe. La foi d'Abraham, elle précède les sacrifices, elle précède les rites, elle précède les marqueurs identitaires du peuple juif.

Ensuite, on continue, parce que maintenant il faut étudier la foi d'Abraham. En quoi croyait Abraham ? Si on arrive à montrer qu'il croyait déjà, à sa manière, en Jésus, là, ce n'est plus le bingo, c'est le triple combo. Et la réponse est oui : Abraham croyait déjà, à sa manière, en Jésus. Un, il croyait dans un fils promis. Et deux, tout simplement, à sa manière à lui, il croyait déjà dans la résurrection. Verset 17. Je vous le redis avec mes mots : Dieu était capable de donner naissance à un fils promis, alors que le corps d'Abraham et celui de Sara étaient marqués par la mort. Et ça, de fait, ça pointe déjà vers une puissance de résurrection.

Bravo à vous, vous avez fait le plus dur. On termine par quelques proverbes.

Proverbes 28,17-19

Un homme traqué par le sang qu'il a versé fuira jusqu'à la tombe : n'allez pas le retenir.

Qui marche droit sera sauvé. Qui louvoie entre deux routes, sur l'une des deux tombera.

Qui travaille sa terre aura du pain à satiété. Qui poursuit des chimères aura de la misère à satiété.


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