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Jour 335 ☾ — Purifier l'Église, sanctuaire de l'Esprit

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Résumé : De retour dans la première lettre aux Corinthiens, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 5 et 6 : le scandale d'inceste toléré par la communauté, l'appel à se purifier du vieux levain, l'interdiction des procès entre frères devant les païens, et la grande méditation sur le corps, membre du Christ et sanctuaire de l'Esprit Saint. Le commentaire fait le parallèle entre l'aveuglement des Corinthiens et les scandales découverts dans l'Église, souligne la colère de Paul et le sens de l'excommunication, puis aborde le pain non fermenté, les principes du droit canonique et le combat pour la chasteté. L'épisode se termine par une prière du Vatican pour la pureté.

Introduction

On est de retour dans les Corinthiens ! Alors, est-ce que c'est intelligent d'avoir essayé de panacher Romains d'un côté et Corinthiens de l'autre pour alléger, entre guillemets, les Romains et avoir un petit côté un peu truculent chez les Corinthiens ? Je me suis longtemps posé des questions, parce que j'avais un peu peur de vous perdre à mélanger deux lettres, mais j'avais encore plus peur de l'effet tunnel. Vous me le direz dans les commentaires, d'accord ?

On était sur une belle méditation entre la sagesse et la folie, et on avait des Corinthiens qui se prenaient pour des sages. Eh bien, Paul va vite leur rabattre leur caquet. Dans l'église de Corinthe, il y a des cadavres qui se cachent dans des placards, et il est temps d'ouvrir les placards. J'allais dire « bonne écoute ». Je ne sais pas si, pour le coup, je peux le dire.

Lecture : 1 Corinthiens 5

On entend dire partout qu'il y a chez vous un cas d'inconduite, une inconduite telle qu'on n'en voit même pas chez les païens. Il s'agit d'un homme qui vit avec la femme de son père. Malgré cela, vous êtes gonflés d'orgueil, au lieu d'en pleurer et de chasser de votre communauté celui qui commet cet acte.

Quant à moi, qui suis absent de corps mais présent d'esprit, j'ai déjà jugé, comme si j'étais présent, l'homme qui agit de la sorte. Au nom du Seigneur Jésus, lors d'une réunion où je serai spirituellement avec vous, dans la puissance de notre Seigneur Jésus, il faut livrer cet individu au pouvoir de Satan pour la perdition de son être de chair. Ainsi son esprit pourra être sauvé au jour du Seigneur.

Ah vraiment, vous n'avez pas de quoi être fiers ! Ne savez-vous pas qu'un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ? Purifiez-vous donc des vieux ferments, vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n'a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c'est le Christ. Ainsi célébrons la fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité.

Je vous ai écrit dans ma lettre de ne pas fréquenter les débauchés. Cela ne concernait pas de façon générale les débauchés qui sont dans ce monde, ni les profiteurs, les escrocs ou les idolâtres ; autrement vous seriez obligés de sortir du monde. En réalité, ce que je vous écrivais, c'était de ne pas fréquenter celui qui porte le nom de frère, mais qui est débauché, ou profiteur, idolâtre, ou diffamateur, ivrogne ou escroc. Il ne faut même pas prendre un repas avec un homme comme celui-là.

Est-ce à moi de juger ceux du dehors ? Et ceux du dedans, n'est-ce pas à vous de les juger ? Quant à ceux du dehors, c'est Dieu qui les jugera. Ôtez donc du milieu de vous les hommes mauvais.

Lecture : 1 Corinthiens 6

Lorsque l'un d'entre vous a un désaccord avec un autre, comment ose-t-il aller en procès devant des juges païens plutôt que devant les fidèles ? Ne savez-vous pas que ce sont les fidèles qui jugeront le monde ? Et si c'est vous qui devez juger le monde, seriez-vous indignes de juger les affaires de moindre importance ? Ne savez-vous pas que c'est nous qui jugerons des anges ? À plus forte raison, les affaires de cette vie.

Et quand vous avez de telles affaires, vous prenez comme juges des gens qui n'ont pas d'autorité dans l'Église. Je le dis à votre honte : n'y aurait-il parmi vous aucun homme assez sage pour servir d'arbitre entre ses frères ? Pourtant, un frère est en procès avec son frère, et cela devant des gens qui ne sont pas croyants.

C'est déjà un échec pour vous d'avoir des litiges entre vous. Pourquoi ne pas plutôt supporter l'injustice ? Pourquoi ne pas plutôt vous laisser dépouiller ? Au contraire, c'est vous qui commettez l'injustice et qui dépouillez les autres, et cela, vous le faites à des frères.

Ne savez-vous pas que ceux qui commettent l'injustice ne recevront pas le royaume de Dieu en héritage ? Ne vous y trompez pas ! Ni les débauchés, les idolâtres, les adultères, ni les dépravés et les sodomites, ni les voleurs et les profiteurs, ni les ivrognes, les diffamateurs et les escrocs, aucun de ceux-là ne recevra le royaume de Dieu en héritage. Voilà ce qu'étaient certains d'entre vous. Mais vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous êtes devenus des justes au nom du Seigneur Jésus Christ et par l'Esprit de notre Dieu.

« Tout m'est permis », dit-on. Moi, je dis : tout n'est pas bon. Tout m'est permis, certes, mais moi, je ne permettrai à rien de me dominer. Les aliments sont pour le ventre, et le ventre pour les aliments. Or, Dieu fera disparaître et ceci et celui-là. Et le corps n'est pas pour la débauche : il est pour le Seigneur, et le Seigneur est pour le corps. Et Dieu, par sa puissance, a ressuscité le Seigneur et nous ressuscitera, nous aussi.

Ne le savez-vous pas ? Vos corps sont les membres du Christ. Vais-je donc prendre les membres du Christ pour en faire les membres d'une prostituée ? Absolument pas ! Ne le savez-vous pas ? Celui qui s'unit à une prostituée ne fait avec elle qu'un seul corps, car il est dit : tous deux ne feront plus qu'un. Celui qui s'unit au Seigneur ne fait avec lui qu'un seul esprit.

Fuyez la débauche ! Tous les péchés que l'homme peut commettre sont extérieurs à son corps, mais l'homme qui se livre à la débauche commet un péché contre son propre corps. Ne le savez-vous pas ? Votre corps est un sanctuaire de l'Esprit Saint, lui qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu. Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car vous avez été achetés à grand prix. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps.

Commentaire

Il y a tellement de choses dans ces deux chapitres, je ne sais pas comment on va faire. Le plus simple, c'est peut-être de prendre les choses comme elles viennent.

D'abord, la question des scandales. D'un scandale d'ordre sexuel, ici un inceste : un fils qui couche avec sa mère, ou plus probablement avec sa belle-mère. En tout cas, un scandale sexuel qui renverse tellement l'ordre établi, l'ordre naturel, qu'il n'y a pas besoin d'être chrétien pour voir que ça ne se fait pas, que ça finit même par choquer les païens.

Alors là, je suis désolé, mais on ne peut pas ne pas faire le parallèle avec les scandales qu'on a découverts dans l'Église. La première chose que leur dit saint Paul, c'est : « Vous faites comme si de rien n'était. » Et non seulement vous faites comme si de rien n'était, mais en plus vous continuez de faire la leçon aux autres. Et malgré cela, citation :

Vous êtes gonflés d'orgueil.

Moi, dans toute ma jeunesse, on m'a dit que l'Église était experte en humanité, et puis on a découvert tous les scandales. C'est compliqué de mettre les deux ensemble. On ne peut pas faire des leçons à tout le monde avant d'avoir balayé devant sa porte.

La discipline de l'Église jusqu'à présent, c'était de distinguer entre scandale privé et scandale public. C'est vrai qu'un scandale privé n'a pas forcément vocation à devenir public. Sauf que, un : un scandale, ça reste rarement privé, tout finit toujours par se savoir. Deux : ça finit par justifier une forme d'hypocrisie — qu'on voyait déjà à l'œuvre chez les Corinthiens — à maquiller les vices pour sauver l'institution, alors que normalement c'est l'institution qui est au service des hommes. Et puis trois : il ne faut pas oublier quand même qu'il y a des victimes, et que se taire, c'est défendre les bourreaux et condamner les victimes.

Bref, on ne va pas refaire l'histoire, mais vous voyez comment Paul réagit, et c'est intéressant. Il réagit d'abord sur le registre émotionnel, et l'émotion qui domine, c'est la colère. C'était exactement la manière dont Jésus répondait, en disant : « Si quelqu'un parmi vous scandalise l'un seul de ces petits, il vaudrait mieux prendre une meule, l'attacher à son cou et le jeter dans la mer. » Ici, dans saint Paul, ça donne quoi ? Ça vous donne l'excommunication. Citation :

Vous êtes gonflés d'orgueil, au lieu d'en pleurer et de chasser de votre communauté celui qui commet cet acte.

Paul va plus loin : il le livre au pouvoir de Satan. On croit rêver, et on ne sait d'ailleurs pas exactement ce que ça veut dire.

Il faut livrer cet individu au pouvoir de Satan pour la perdition de son être de chair, afin que son esprit puisse être sauvé au jour du jugement.

Ici, ce n'est pas une malédiction, ce n'est pas une vengeance. Simplement, on lui retire la protection de l'Église. Vous notez quand même que le but, c'est de sauver la personne, afin que son esprit soit sauvé au jour du jugement. Mais c'est aussi de sauver l'Église, parce que ce que vous dit Paul, c'est que les scandales, quand ce n'est pas traité, ça finit par corrompre l'ensemble de l'Église.

Moi, je dis que si jamais on avait un peu plus médité ce chapitre-là, on n'en serait pas là. Est-ce que j'aurais fait mieux que les évêques ? Probablement pas. En tout cas, je mesure l'écart entre la réaction de saint Paul et la nôtre, et je pleure. Peut-être moins de honte que de rage, d'ailleurs.

Bon, changeons de sujet, parce que, mon Dieu ! Dans les choses un peu plus curieuses, anecdotiques, mais quand même, ça mérite d'être dit. Verset 7 :

Vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n'a pas fermenté.

Eh bien, c'est de là que vient la tradition occidentale d'avoir des hosties en pain non fermenté. Alors, il y a un tout petit déplacement ici par rapport à l'Ancien Testament. Vous vous souvenez, à la Pâque, les Juifs n'avaient pas eu le temps de manger du pain levé — mais eux, c'était parce qu'ils n'avaient pas eu le temps de le faire cuire. Ici, c'est parce que le ferment est le symbole du péché, et que l'hostie sans tache n'a pas de péché, donc pas de ferment.

Toujours dans les petites choses : le droit canonique, qui fait son apparition. On en avait déjà parlé dans un autre chapitre, donc je ne vais pas revenir longtemps là-dessus, mais je vous redonne quand même le verset, 6, 4 :

Et quand vous avez de telles affaires, vous prenez comme juges des gens qui n'ont pas d'autorité dans l'Église. Je le dis à votre honte : n'y aurait-il parmi vous aucun homme assez sage pour servir d'arbitre entre ses frères ?

De là, les principes du droit canonique : le principe de juridiction interne, ce qu'on appelle le forum ecclesiae. L'Église a le droit et le devoir de régler les litiges entre ses membres, surtout quand il s'agit de sa compétence propre : la foi, la morale et la discipline de l'Église. Vous avez une autonomie par rapport aux juridictions civiles, parce que Paul distingue ceux du dedans et ceux du dehors.

Et le principe du droit canonique, ce n'est pas que tout le monde se mette sur la figure, mais c'est de viser la réconciliation. C'est pour ça que juste après, Paul dit : normalement, il vaudrait mieux subir une injustice que de détruire la communion en portant plainte. D'où, toujours dans le droit canonique, l'importance mise normalement sur la conciliation préalable avant de porter plainte, et sur la finalité réparatrice des sanctions. Le but, c'est de rétablir la charité.

Vous aviez aussi — on y retourne, dans les problèmes sexuels — le problème de la pornographie, enfin ici, de la luxure. Verset 16 :

Ne le savez-vous pas ? Celui qui s'unit à une prostituée ne fait avec elle qu'un seul corps, car il est dit : tous deux ne feront plus qu'un.

C'est une caricature de communion. C'est une communion par en bas. Et si on inverse le principe d'union, c'est ce qu'on appelle la débauche : ça va détruire tout l'organisme interne, l'image qu'on a de soi-même, avec la culpabilité, les addictions qui vont arriver. Enfin bref, saint Paul vous dit que celui qui pèche par la luxure pèche contre son propre corps.

Alors, cette question de la pornographie, c'est devenu un fléau tellement répandu dans nos sociétés que ça demande une certaine délicatesse pastorale, parce que ceux qui succombent à la pornographie sont généralement plutôt des victimes que l'on a soumises au feu de la tentation. Donc, on évitera d'y aller avec de trop gros sabots. Mais n'empêche que ça fait du bien de retourner dans ce passage de saint Paul qui vous rappelle à quel idéal on est appelé.

Je note au passage que ça a permis à saint Paul de donner un de ses versets les plus célèbres — quand je vous dis qu'on enfile les perles :

Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le sanctuaire de l'Esprit.

Verset célébrissime, qui donne la vocation du corps : il est là pour abriter la divinité. Le but, en luttant pour la pureté, ce n'est pas le plaisir d'être pur ; c'est le plaisir de pouvoir accueillir, avec toute sa sensibilité, avec toute la pureté de sa chair, l'amour que Dieu a pour nous. Vous verrez que ça change la perspective dans le combat pour la chasteté.

Nous terminons par une prière, pour prier pour tous ceux qui luttent contre la chasteté — il y en a énormément —, pour leur montrer que Dieu les tient dans sa miséricorde. Vous avez droit aux circonstances atténuantes. Ce n'est pas moi qui le dis, d'ailleurs, c'est le Catéchisme de l'Église catholique. Mais non, ça ne veut pas dire que tout est permis. Ça veut simplement dire qu'on a compris que c'était difficile, et que Dieu en tient compte. Tiens, cette prière, elle vient du Vatican, Congrégation pour le Clergé, 2008.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur Jésus, époux de mon âme, joie de mon cœur, toi, mon cœur et mon âme, devant toi je me prosterne à genoux, te priant et te suppliant de toutes mes forces de me faire persévérer et croître chaque jour dans la vraie foi. Que pour cela, très doux Jésus, je repousse toute impiété, que je reste toujours étranger au désir de la chair et aux concupiscences terrestres qui combattent contre l'âme, et qu'avec ton aide je conserve sans tache la chasteté.

Ô Marie, Vierge très sainte et immaculée, Vierge des vierges, notre Mère très aimante, purifie chaque jour mon cœur et mon âme, demande pour moi la sainte crainte du Seigneur et de ne me fier en rien à mes propres forces.

Saint Joseph, gardien de la virginité de Marie, garde mon âme de tout péché.

Vous toutes, saintes vierges, qui suivez l'Agneau divin partout où il va, prenez toujours soin du pauvre pécheur que je suis, afin que je ne pèche ni en pensée, ni en parole, ni par action, ni par omission, et que jamais je ne m'éloigne du très chaste cœur de Jésus. Amen.


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