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Jour 337 ☼ — De la lutte intérieure à la liberté de l'Esprit

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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 7 et 8 de l'épître aux Romains, où saint Paul décrit de façon existentielle le passage de l'ancienne humanité à la nouvelle. Le chapitre 7 déploie l'analyse psychologique de la culpabilité : la loi, sainte et bonne, a révélé le péché, mais le péché s'est servi d'elle pour exciter la convoitise, d'où le cri de détresse « Malheureux homme que je suis ! ». Le chapitre 8 bascule dans le cri de victoire : la vie sous le règne de l'Esprit, l'adoption filiale, les gémissements ineffables de l'Esprit en nous et l'hymne final à l'amour du Christ dont rien ne peut nous séparer. Le commentaire éclaire la notion de « chair » (non pas le corps, mais ce qui en nous est corrompu par le péché), la thèse exégétique de la prosopopée, et la résonance cosmique du renouvellement.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

L'épître aux Romains. On était en train de parler de cette vie nouvelle que procure la foi. Pour l'instant, on était dans des considérations générales : on a parlé du nouvel Adam, on a parlé du baptême. Maintenant, ce que va faire saint Paul, c'est qu'il va vous décrire de manière un peu plus existentielle comment est-ce que lui, il a ressenti ce passage d'une ancienne humanité à une nouvelle humanité.

Il va commencer par se rappeler ce que c'était qu'une vie humaine placée sous le régime de la loi et de la culpabilité, les tiraillements intérieurs. « Ah, je fais le mal que je ne voudrais pas et le bien que je voudrais faire, je ne le fais pas. » Et c'est ainsi qu'on passera d'un cri de détresse — vers ce verset 24, « Malheureux homme que je suis, qui donc me délivrera de ce corps qui m'entraîne à la mort ? » — à un cri de victoire. Et là, on bascule, chapitre 7, chapitre 8. Une vie nouvelle commence, une vie placée sous le règne de l'Esprit Saint répandu en nous. Et vous aurez ce passage extrêmement célèbre où saint Paul vous parle de cet Esprit qui, en vous, pousse des gémissements ineffables. Abba, Père !

Bonne écoute et souvenez-vous, si vous décrochez, pas de panique, je fais le filet de sécurité dans les commentaires. À tout de suite !

Lecture : Romains 7-8

Ne le savez-vous pas, frères ? Je parle à des gens qui s'y connaissent en matière de loi. La loi n'a de pouvoir sur un être humain que durant sa vie. Ainsi, la femme mariée est liée par la loi à son mari s'il est vivant, mais si le mari est mort, elle est dégagée de la loi du mari. Donc, du vivant de son mari, on la traitera d'adultère si elle appartient à un autre homme. Mais si le mari est mort, elle est libre à l'égard de cette loi, si bien qu'elle ne sera pas adultère en appartenant à un autre.

De même, mes frères, vous aussi, vous avez été mis à mort par rapport à la loi de Moïse en raison du corps crucifié du Christ, pour que vous appartenez à un autre, celui qui est ressuscité d'entre les morts, afin que nous portions des fruits pour Dieu. En effet, quand nous étions encore des êtres charnels, les passions coupables provoquées par la loi agissaient dans tous nos membres pour nous faire porter des fruits de mort. Mais maintenant nous avons été dégagés de la loi, étant morts à ce qui nous entravait. Ainsi, nous pouvons servir d'une façon nouvelle, celle de l'Esprit, et non plus à la façon ancienne, celle de la lettre de la loi.

Que dire alors ? La loi est-elle péché ? Pas du tout. Mais je n'aurais pas connu le péché s'il n'y avait pas eu la loi. En effet, j'aurais ignoré la convoitise si la loi n'avait pas dit : « Tu ne convoiteras pas. » Se servant de ce commandement, le péché a saisi l'occasion. Il a produit en moi toutes sortes de convoitises. Sans la loi, en effet, le péché est chose morte. Et moi, jadis, sans la loi, je vivais. Mais quand le commandement est venu, le péché est devenu vivant, et pour moi, ce fut la mort. Il se trouve donc que, pour moi, ce commandement qui devait mener à la vie a mené à la mort. En effet, le péché a saisi l'occasion : en se servant du commandement, il m'a séduit et par lui, il m'a tué.

Ainsi, la loi est sainte, le commandement est saint, juste et bon. Est-ce donc quelque chose de bon qui, pour moi, a été la mort ? Pas du tout. C'est le péché. Mais, pour qu'on voie bien qu'il est le péché, il s'est servi de quelque chose de bon pour causer ma mort. Et ainsi, par le commandement, c'est le péché lui-même qui est devenu démesurément pécheur.

Nous savons bien que la loi est une réalité spirituelle, mais moi, je suis un homme charnel, vendu au péché. En effet, ma façon d'agir, je ne la comprends pas : car ce que je voudrais, cela, je ne le réalise pas, mais ce que je déteste, c'est cela que je fais. Or, si je ne veux pas le mal que je fais, je suis d'accord avec la loi : je reconnais qu'elle est bonne. Mais, en fait, ce n'est plus moi qui agis, c'est le péché, lui, qui habite en moi. Je suis un homme charnel. Je sais que le bien n'habite pas en moi, c'est-à-dire dans l'être de chair que je suis. En effet, ce qui est à ma portée, c'est de vouloir le bien, mais pas de l'accomplir. Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas. Si je fais le mal que je ne voudrais pas, alors ce n'est plus moi qui agis ainsi, mais c'est le péché, lui, qui habite en moi.

Moi qui voudrais faire le bien, je constate donc en moi cette loi : ce qui est à ma portée, c'est le mal. Au plus profond de moi-même, je prends plaisir à la loi de Dieu, mais, dans les membres de mon corps, je découvre une autre loi qui combat contre la loi que suit ma raison et me rend prisonnier de la loi du péché présente dans mon corps. Malheureux homme que je suis ! Qui donc me délivrera de ce corps qui m'entraîne à la mort ? Mais grâce soit rendue à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi, moi, par ma raison, je suis au service de la loi de Dieu, et par ma nature charnelle, au service de la loi du péché.

Ainsi, pour ceux qui sont dans le Christ Jésus, il n'y a plus de condamnation, car la loi de l'Esprit qui donne la vie, dans le Christ Jésus, a libéré de la loi du péché et de la mort. En effet, quand Dieu a envoyé son propre Fils dans une condition charnelle semblable à celle de pécheur, pour vaincre le péché, il a fait ce que la loi de Moïse ne pouvait pas faire à cause de la faiblesse humaine : il a condamné le péché dans l'homme charnel. Il voulait ainsi que l'exigence de la loi s'accomplisse en nous, dont la conduite n'est pas selon la chair, mais selon l'Esprit.

En effet, ceux qui se conforment à la chair tendent vers ce qui est charnel ; ceux qui se conforment à l'Esprit tendent vers ce qui est spirituel. Et la chair tend vers la mort, mais l'Esprit tend vers la vie et la paix. Car la tendance de la chair est ennemie de Dieu : elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, elle n'en est même pas capable. Ceux qui sont sous l'emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu.

Or, vous, vous n'êtes pas sous l'emprise de la chair, mais sous celle de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous. Celui qui n'a pas l'Esprit du Christ ne lui appartient pas. Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, reste marqué par la mort à cause du péché, mais l'Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes. Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d'entre les morts, donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais elle n'est pas envers la chair pour devoir vivre selon la chair. Car si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si, par l'Esprit, vous tuez les agissements de l'homme pécheur, vous vivrez. En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Et vous n'avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur, mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils, et c'est en lui que nous crions « Abba ! », c'est-à-dire « Père ! ». C'est donc l'Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.

J'estime en effet qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va se révéler pour nous. En effet, la création tout entière attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l'a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l'espérance d'être, elle aussi, libérée de l'esclavage, de la dégradation, pour connaître la liberté de gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore. Et elle n'est pas seule : nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l'Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de nos corps. Car nous avons été sauvés, mais c'est en espérance. Voir ce que l'on espère, ce n'est plus espérer : ce que l'on voit, comment peut-on l'espérer encore ? Mais nous qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec persévérance.

Bien plus, l'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L'Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. Et Dieu, qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l'Esprit, puisque c'est selon Dieu que l'Esprit intercède pour les fidèles.

Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu'ils sont appelés selon le dessein de son amour. Ceux que d'avance il connaissait, il les a aussi destinés d'avance à être configurés à l'image de son Fils, pour que ce Fils soit le premier-né d'une multitude de frères. Ceux qu'il avait d'avance destinés, il les a aussi appelés ; ceux qu'il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu'il a rendus justes, il leur a donné sa gloire.

Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n'a pas épargné son propre Fils, mais il l'a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Dieu est celui qui rend juste : alors qui pourra condamner ? Le Christ Jésus est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, il intercède pour nous.

Alors, qui pourra nous séparer de l'amour du Christ ? La détresse ? L'angoisse ? La persécution ? La faim ? Le dénuement ? Le danger ? Le glaive ? En effet, il est écrit : « C'est pour toi qu'on nous massacre sans arrêt, qu'on nous traite en bétail d'abattoir. » Mais, en tout cela, nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J'en ai la certitude : ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés célestes, ni le présent, ni l'avenir, ni les puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus, notre Seigneur.

Commentaire

Ah, ça me déprime, et j'ai juste une minute ou deux pour vous parler de tout ce qu'il y avait dedans. Oh là là là là là là là ! La lecture était longue, je ne pouvais pas la couper au milieu, je suis désolé : parfois c'est possible, parfois c'est pas possible. Vous avez senti le mouvement d'ensemble ! Et moi, je suis qui ? Petite puce, petit vermisseau devant saint Paul, pour l'interrompre au milieu de sa pensée ? C'est pour ça que je vous ai fait un petit peu un long commentaire au début : c'était pour pouvoir vous permettre de vous retrouver dedans.

Donc, glané au fil du texte : l'analyse psychologique de la culpabilité et du rôle de la loi. Mais on a l'impression de lire du Derrida ou du Foucault ou je ne sais pas quoi. Quand on pense que saint Paul, c'est du premier siècle, c'est fou ! Le péché a toujours existé, il conduisait vraiment à la mort, sauf qu'avant qu'il y ait eu la loi qui nous dise « ça c'est bien, ça c'est pas bien », on ne savait pas que c'était un péché. Et donc, comme on ne le savait pas, il n'y avait pas de culpabilité. C'est pour ça que Paul dit que la loi a révélé le péché. Maintenant, on n'a plus l'excuse de l'ignorance. Sauf qu'en révélant le péché, elle a donné envie de le faire. Interdisez à un enfant de faire quelque chose et il va vouloir passer ses journées à tenter de le faire. Il y a une curiosité, qui est naturelle, qui est bonne, mais qui en nous a été comme pervertie. Et c'est là où Paul dit que par la convoitise, le péché s'est emparé de la loi pour exciter en nous le péché. C'est extraordinaire.

Alors après, on vous parlait d'un homme qui était tiraillé entre le bien qu'il voulait faire et qu'il ne pouvait pas faire, et le mal qu'il ne voulait pas faire et qu'il faisait.

Ah, malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de misère ?

C'était notre cri de détresse. Il y a un long débat exégétique pour savoir : c'est qui, cet homme qui parle ? Est-ce que c'est Paul ? Mais alors, est-ce que c'est Paul parce qu'il parle au présent ? Est-ce que c'est Paul qui parle de lui alors qu'il était baptisé et qu'il est encore en train de lutter ? Ou est-ce que c'est Paul qui parle de lui alors qu'il n'était pas encore baptisé, sous le régime de la loi ? Le consensus actuel de la majorité des exégètes tend à dire que c'est ce qu'on appelle une prosopopée, c'est-à-dire une figure littéraire où Paul invente un interlocuteur fictif qui va se mettre à parler, comme si jamais c'était la loi, comme si jamais c'était l'homme sous le régime de la loi qui se mettait à parler devant nos yeux.

Ensuite, on est passé à la condition nouvelle, caractérisée par les tendances de la chair qui s'opposent aux tendances de l'Esprit. Alors, la chair, vous ferez attention, ce n'est pas le corps. Le corps est bon et la chair est bonne, ça a été créé par Dieu. La chair, dans la bouche de saint Paul, ça signifie ce qui en nous a été corrompu par le péché. Et c'est vrai qu'en nous, quand même, une grande partie de ce qui a été corrompu, c'est nos pulsions, qui ne sont pas toujours dans le bon ordre.

De là, on a basculé sur la théologie de l'adoption filiale et des gémissements ineffables que pousse l'Esprit en nous. C'est extraordinaire. Et Paul leur donne une résonance cosmique : il vous dit que c'est la nature tout entière qui subit la même transformation. C'est ce que je dis souvent en parlant de l'Apocalypse : ce que nous, nous vivons avec notre baptême — le tiraillement intérieur et le renouvellement qui, un jour, nous amènera à la résurrection — la nature, elle aussi, est appelée à le vivre.

Proverbes 28,23-25

On finit par aimer l'homme qui ose critiquer, bien plus que l'homme à la langue mielleuse. Qui met son père et sa mère sur la paille en disant : « Ce n'est pas de ma faute », n'est rien d'autre qu'un brigand. Qui donne libre cours à ses envies provoque des querelles ; qui se fie au Seigneur sera comblé.


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