Jour 336 ☾ — Aimer avec délicatesse et vérité
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 7 et 8 de la première lettre aux Corinthiens, qu'il considère comme l'acte fondateur de la pastorale chrétienne. Il commence son commentaire par la question des viandes sacrifiées aux idoles, dont il montre l'actualité brûlante (viande halal, régimes alimentaires, yoga et méditations orientales). Il déploie ensuite la théologie paulinienne du mariage : remède à la luxure, réciprocité et égalité des époux, liberté des femmes de ne pas se marier — donc de choisir leur mari —, célibat consacré, mariages mixtes et refus du divorce. L'épisode se termine par une prière pour toutes les situations humaines compliquées, demandant que la Bible serve à rendre les gens heureux et non à ajouter de la douleur à la douleur.
Introduction
On retourne dans la lettre aux Corinthiens ! De quoi allons-nous parler aujourd'hui ? Eh bien, de beaucoup de choses ! Pour moi, les deux chapitres qu'on va entendre sont l'acte fondateur de la pastorale chrétienne. Rien de moins que ça ! À chaque fois que je suis en face de situations humaines compliquées, c'est à ces deux chapitres de saint Paul que je reviens. Bonne écoute !
Lecture : 1 Corinthiens 7
Au sujet de ce que vous dites dans votre lettre : certes, il est bon pour l'homme de ne pas toucher la femme. Cependant, étant donné les occasions de débauche, que chacun ait sa femme à lui, et que chacune ait son propre mari. Que le mari remplisse son devoir d'époux envers sa femme, et de même la femme envers son mari. Ce n'est pas la femme qui dispose de son propre corps, c'est son mari ; et de même, ce n'est pas le mari qui dispose de son propre corps, c'est sa femme. Ne vous refusez pas l'un à l'autre, si ce n'est d'un commun accord, et temporairement, pour prendre le temps de prier, et pour vous retrouver ensuite. Autrement, Satan vous tenterait, profitant de votre incapacité à vous maîtriser.
Ce que je dis là est une concession, et non un ordre. Je voudrais bien que tout le monde soit comme moi-même, mais chacun a reçu de Dieu un don qui lui est personnel, l'un celui-ci, l'autre celui-là.
À ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, je déclare qu'il est bon pour eux de rester comme je suis. Mais s'ils ne peuvent pas se maîtriser, qu'ils se marient, car mieux vaut se marier que brûler de désir.
À ceux qui sont mariés, je donne cet ordre, qui ne vient pas de moi mais du Seigneur : que la femme ne se sépare pas de son mari ; et même si elle est séparée, qu'elle reste seule ou qu'elle se réconcilie avec son mari ; et que le mari ne renvoie pas sa femme.
Aux autres, je déclare ceci, moi-même, et non le Seigneur : si un de nos frères a une femme non croyante et que celle-ci soit d'accord pour vivre avec lui, qu'il ne la renvoie pas. Et si une femme a un mari non croyant et que celui-ci soit d'accord pour vivre avec elle, qu'elle ne renvoie pas son mari. En effet, le mari non croyant se trouve sanctifié par sa femme, et la femme non croyante se trouve sanctifiée par son mari croyant. Autrement, vos enfants ne seraient pas purifiés, et en fait, ils sont sanctifiés. Mais si le non-croyant se sépare, qu'il le fasse. Dans de telles circonstances, notre frère ou notre sœur ne sont pas réellement liés : c'est pour vivre dans la paix que Dieu vous a appelés. Toi, la femme, comment savoir si tu sauveras ton mari ? Et toi, l'homme, comment savoir si tu sauveras ta femme ?
Pourtant, chacun doit continuer à vivre dans la situation que le Seigneur lui a donnée en partage, et où il était quand Dieu l'a appelé. C'est la règle que j'établis dans toutes les Églises. Celui qui avait la circoncision quand il a été appelé, qu'il ne la fasse pas disparaître. Celui qui n'avait pas la circoncision quand il a été appelé, qu'il ne se fasse pas circoncire. Avoir la circoncision, ce n'est rien ; ne pas l'avoir, ce n'est rien. Ce qu'il faut, c'est garder les commandements de Dieu. Chacun doit rester dans la situation où il a été appelé. Toi qui étais esclave quand tu as été appelé, ne t'en inquiète pas. Même si tu as la possibilité de devenir libre, tire plutôt profit de ta situation. En effet, l'esclave qui a été appelé par le Seigneur est un affranchi du Seigneur. De même, l'homme libre qui a été appelé est un esclave du Christ. Vous qui avez été achetés à grand prix, ne devenez pas esclaves des hommes. Frères, chacun doit rester devant Dieu dans la situation où il a été appelé.
Au sujet du célibat, je n'ai pas un ordre du Seigneur, mais je donne mon avis, moi qui suis devenu digne de confiance grâce à la miséricorde du Seigneur. Je pense que le célibat est une bonne chose, étant donné les nécessités présentes. Oui, c'est une chose bonne de vivre ainsi. Tu es marié ? Ne cherche pas à te séparer de ta femme. Tu n'as pas de femme ? Ne cherche pas à te marier. Cependant, si tu te maries, ce n'est pas un péché. Et si une jeune fille se marie, ce n'est pas un péché. Mais ceux qui font ce choix y trouveront les épreuves correspondantes, et c'est cela que moi, je voudrais vous éviter.
Frères, je dois vous le dire : le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s'ils n'avaient pas de femme ; ceux qui pleurent, comme s'ils ne pleuraient pas ; ceux qui ont de la joie, comme s'ils n'en avaient pas ; ceux qui font des achats, comme s'ils ne possédaient rien ; ceux qui profitent de ce monde, comme s'ils n'en profitaient pas vraiment. Car il passe, ce monde tel que nous le voyons.
Moi, j'aimerais vous voir libres de tout souci. Celui qui n'est pas marié a le souci des affaires du Seigneur : il cherche comment plaire au Seigneur. Celui qui est marié a le souci des affaires de ce monde : il cherche comment plaire à sa femme ; il se trouve divisé. La femme sans mari, ou celle qui reste vierge, a le souci des affaires du Seigneur, afin d'être sanctifiée dans son corps et son esprit. Celle qui est mariée a le souci des affaires de ce monde : elle cherche comment plaire à son mari. C'est dans votre intérêt que je dis cela. Ce n'est pas pour vous tendre un piège, mais pour vous proposer ce qui est bien, afin que vous soyez attachés au Seigneur sans partage.
Lecture : 1 Corinthiens 8
Au sujet des viandes qui ont été offertes aux idoles, nous savons bien que nous avons tous la connaissance nécessaire. Mais la connaissance rend orgueilleux, tandis que l'amour fait œuvre constructive. Si quelqu'un pense être arrivé à connaître quelque chose, il ne connaît pas encore comme il faudrait. Mais si quelqu'un aime Dieu, celui-là est vraiment connu de lui.
Quant à manger ces viandes offertes aux idoles, le pouvons-nous ? Nous savons que dans le monde, une idole n'est rien du tout, et qu'il n'y a de Dieu que le Dieu unique. Bien qu'il y ait, en effet, au ciel et sur la terre, ce que les gens appellent des dieux — et il y en a une quantité, de dieux et de seigneurs —, pour nous, au contraire, il n'y a qu'un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et vers qui nous allons ; et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout vient et par qui nous vivons.
Mais tout le monde n'a pas cette connaissance. Certains, habitués jusqu'ici aux idoles, croient vénérer les idoles en mangeant de cette viande, et leur conscience, qui est faible, s'en trouve souillée. Ce n'est pas un aliment qui nous rapprochera de Dieu : si nous n'en mangeons pas, nous n'avons rien de moins ; et si nous en mangeons, nous n'avons rien de plus.
Mais prenez garde que l'usage de votre droit ne soit une occasion de chute pour les faibles. En effet, si l'un d'eux te voit, toi qui as cette connaissance, attablé dans le temple d'une idole, cet homme qui a la conscience faible ne sera-t-il pas encouragé à manger de la viande offerte aux idoles ? Et la connaissance que toi, tu as, va faire périr le faible, ce frère pour qui le Christ est mort. Ainsi, en péchant contre vos frères et en blessant leur conscience qui est faible, vous péchez contre le Christ lui-même. C'est pourquoi, si une question d'aliment doit faire tomber mon frère, je ne mangerai plus jamais de viande, pour ne pas faire tomber mon frère.
Commentaire
Bon, on y va. C'est d'une telle richesse que je pense qu'on va dépasser dans les commentaires.
On commence avec la viande sacrifiée aux idoles, ce qu'on appelle les viandes idolotiques. Alors on pourrait se dire : je ne vois pas très bien le rapport avec les situations qu'on vit aujourd'hui. Vous allez vite voir. À cette époque-là, la viande était chère, la viande était rare. Donc, normalement, on commençait par la sacrifier aux dieux. Et ensuite, quand la divinité avait pris sa part, quand les prêtres avaient pris leur part, on écoulait le reste dans les marchés. Ça vous remet un peu dans le contexte, cette question. Il n'y avait pas de bouchers à cette époque-là, comme nous, on en a.
Alors, c'est quoi le rapport avec nous maintenant, des situations qu'on pourrait connaître de nos jours ? En fait, il y en a plein. Par exemple : est-ce que j'ai le droit de manger de la viande halal ? Ça, ça revient tout le temps comme question. Mais on pourrait reprendre ce même passage pour les questions de régime alimentaire, véganisme, etc. Qu'est-ce qu'on fait quand vous invitez quelqu'un, ou que vous recevez quelqu'un qui n'a pas le même régime alimentaire que vous ? De la même manière, ça va peut-être vous paraître bizarre, mais c'est encore ce passage-là que je reprends quand on me pose des questions sur, par exemple, le yoga. Est-ce que je peux pratiquer des méditations orientales ? Là, il n'est pas question de viande sacrifiée aux idoles, mais il est question de postures corporelles qui sont issues d'une autre religion. Et en fait, c'est la même question.
Et vous voyez comment ce texte de saint Paul, qui a peut-être été écrit il y a 2000 ans, reste d'une très, très grande actualité, et sur plein de principes hyper délicats. Viande halal, régime alimentaire particulier, pratique orientale : vous sentez que si jamais je me plante un petit peu dans la réponse, là, vous qui m'écoutez, vous allez partir sur vos grands chevaux — vous n'auriez pas tort non plus. Simplement, ce n'est pas toujours facile, on fait un peu ce qu'on peut, mais on est bien content d'avoir un passage comme celui de saint Paul, qui est d'une délicatesse et d'une finesse pour toutes ces questions-là rarement égalées.
Alors, je ne vais pas pouvoir répondre à toutes les questions, mes petits bichons. C'est trop riche. Ce que je peux simplement vous dire, c'est que dans ces textes-là, on vous parlait de ceux qui étaient faibles, de ceux qui étaient forts dans la foi, de ce qui était une idole, de ce qui n'était pas une idole — et c'est là-dedans que vous trouvez, en fait, toutes les réponses.
Ce qui m'énerve, c'est que ce passage est trop riche. Je suis obligé d'aller tout de suite au chapitre 7, parce que là encore, il y avait un immense thème qui arrivait. C'est d'une richesse, tout ça, c'est fou. Le mariage. Ça aussi, c'est un passage d'une importance… C'est peut-être même encore plus important.
Alors, ça commence, chapitre 7, verset 1 :
Au sujet de ce que vous dites dans votre lettre : certes, il est bon pour l'homme de ne pas toucher la femme.
Donc ça, ça devait être une catchphrase, ça devait être une devise, un slogan qui avait cours dans l'église de Corinthe : « Il est bon pour l'homme de ne pas toucher la femme. » Un bon vieil ascétisme que Paul va essayer quand même d'atténuer. Je note quand même au passage que c'est cette même église de Corinthe qui prône un ascétisme sexuel, et dans laquelle il y a les cas d'inconduite et de scandale sexuel. Hasard, coïncidence… En tout cas, ça permet à Paul de développer sa théologie sur le mariage, qui est… enfin, voilà quoi.
Alors, d'abord, il commence par présenter le mariage comme un remède à la luxure. Ce qui n'est pas très glamour, je vous l'accorde. N'empêche que si jamais vous êtes marié, et marié depuis longtemps, vous savez qu'il a raison. Tout simplement, ça veut dire que vous êtes obligé de réguler votre sexualité sur la sexualité et sur le corps d'une autre personne. Voilà quoi. Ça vous oblige à repenser entièrement votre propre sexualité. Je note aussi que dans la sexualité chrétienne, le plaisir sexuel que vous éprouvez est normalement un don que vous faites pour l'autre personne. Le but est moins d'éprouver du plaisir que de procurer du plaisir. Et il se trouve que, la vie étant bien faite, quand on procure du plaisir à la personne qui est en face de soi, on s'en procure aussi à soi.
Il faut que je vous la redise, parce que pour l'époque, c'est révolutionnaire. Verset 3 :
Que le mari remplisse son devoir d'époux envers sa femme, et de même la femme envers son mari.
Réciprocité des devoirs.
Ce n'est pas la femme qui dispose de son propre corps, c'est son mari ; et de même, ce n'est pas le mari qui dispose de son propre corps, c'est sa femme.
Moi, je veux bien, toutes ces personnes qui me disent que quand Paul dit « Femmes, soumettez-vous à votre mari », ce soit du machisme déguisé. Lisons la Bible. Vraiment, lisons-la. On reparlera de ces passages. Pour l'instant, je voudrais que vous goûtiez ce que Paul vient de faire : il vient d'établir l'égalité sexuelle entre les sexes.
Et non seulement ça, mais il va plus loin encore après : il autorise les femmes à ne pas se marier du tout. Regardez verset 28 :
Et si une jeune fille se marie, ce n'est pas un péché.
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'une jeune fille n'est pas obligée de se marier. On a même presque renversé la question, parce que si vous autorisez les femmes à ne pas se marier, ça veut dire aussi que vous les autorisez à choisir leur mari. Par exemple, si vous lui dites : « Tu vas te marier avec Yves », et que la femme vous répond : « Non, je suis désolée, moi je préfère me consacrer à Dieu. » « Bon, d'accord, très bien. Et si jamais je te présentais Jacques ? » « Ah, ben là, ce serait différent. » Et donc, en fait, vous venez d'instaurer pour les femmes la liberté de choisir leur mari.
Donc, de là, on arrive à un troisième point dans le mariage : le célibat consacré. Saint Paul vous dit : se marier, c'est bien ; ne pas se marier, c'est mieux. Verset 38 :
Ainsi, celui qui se marie fait bien, et celui qui ne se marie pas fera mieux encore.
Et ça fait écho à ce que disait Jésus. Jésus n'était pas marié, et les apôtres lui disaient : « Mais alors, ça sert à quoi de se marier ? » Réponse de Jésus : « Ça sert à quoi de se marier ? Vous voulez la vraie réponse ? Eh bien, il y aura des personnes qui se feront elles-mêmes eunuques pour le royaume de Dieu. Que celui qui a des oreilles, qu'il comprenne. »
Ce qu'en rajoute saint Paul, c'est qu'il y donne des considérations pratiques. On ne peut pas tout avoir sur terre. On ne peut pas passer six heures à prier par jour, faire des maraudes pour s'occuper des pauvres, et avoir un mari ou une femme, et puis avoir plein d'enfants à qui il va bien falloir payer des études, payer les traites pour la maison, etc. On ne peut pas tout avoir. Je vous laisse méditer là-dessus.
Sur deux autres passages, toujours théologie du mariage : vous voyez comment Paul autorise les mariages mixtes, c'est-à-dire les mariages entre chrétiens et non-chrétiens. Et vous lirez aussi comment il rappelle que le divorce n'est pas souhaitable. Verset 10 :
À ceux qui sont mariés, je donne cet ordre, qui ne vient pas de moi mais du Seigneur — autorité maximale — : que la femme ne se sépare pas de son mari.
Et de fait, on l'avait dans les évangiles, cet ordre-là. Je retourne à saint Paul, qui continue en disant : « Si elle est séparée… » — parce qu'il peut y avoir des cas qui légitiment une séparation : quand vous êtes en danger, il faut se séparer, mais c'est dans l'espoir de pouvoir un jour améliorer la situation. Alors, il faut être très prudent, parce que le but, ce n'est pas de se mettre en danger.
Là aussi, je sais bien que la vie est compliquée. Je sais bien que vous tous qui m'écoutez, mon Dieu, on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a. Si vous êtes dans des situations compliquées, on trouvera des solutions. Pas de panique, d'accord ? On prie pour vous.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, nous te prions pour toutes les situations délicates, pour toutes les fois où nous nous posons, de bonne foi, des questions sur nous, sur notre manière de vivre, et où nous faisons du mieux que nous pouvons, et où nous n'y arrivons pas toujours.
Seigneur, nous te confions aussi nos échecs humains, nos petits échecs, nos grands échecs aussi. Nous te demandons, Seigneur, de ne pas nous juger, mais de nous aider. Nous te demandons, Seigneur, que l'Église ne nous juge pas, mais qu'elle nous aide.
Seigneur, rends-nous attentifs à la vie des uns et des autres. Donne-nous de ne pas utiliser la Bible pour la plaquer sur des situations compliquées, en faisant mal aux gens et en rajoutant de la douleur à la douleur. Donne-nous d'aimer les gens et d'utiliser la Bible pour les rendre heureux. Amen.