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AELF · extrait lu à la messe du 10 septembre 2026

La messe n'en lit qu'une partie. Le passage complet est dans la Crampon ou la Segond.

Frères,
    la connaissance rend orgueilleux,
tandis que l’amour fait œuvre constructive.
    Si quelqu’un pense être arrivé à connaître quelque chose,
il ne connaît pas encore comme il faudrait ;
    mais si quelqu’un aime Dieu,
celui-là est vraiment connu de lui.
    Quant à manger ces viandes offertes aux idoles,
le pouvons-nous ?
Nous savons que, dans le monde, une idole n’est rien du tout ;
il n’y a de dieu que le Dieu unique.
    Bien qu’il y ait en effet, au ciel et sur la terre,
ce qu’on appelle des dieux
– et il y a une quantité de « dieux » et de « seigneurs » –,
    pour nous, au contraire,
il n’y a qu’un seul Dieu, le Père,
de qui tout vient et vers qui nous allons ;
et un seul Seigneur, Jésus Christ,
par qui tout vient et par qui nous vivons.
    Mais tout le monde n’a pas cette connaissance :
certains, habitués jusqu’ici aux idoles,
croient vénérer les idoles
en mangeant de cette viande,
et leur conscience, qui est faible,
s’en trouve souillée.
    Si l’un d’eux te voit, toi qui as cette connaissance,
attablé dans le temple d’une idole,
cet homme qui a la conscience faible
ne sera-t-il pas encouragé à manger
de la viande offerte aux idoles ?
    Et la connaissance que tu as va faire périr le faible,
ce frère pour qui le Christ est mort.
    Ainsi, en péchant contre vos frères,
et en blessant leur conscience qui est faible,
vous péchez contre le Christ lui-même.
    C’est pourquoi, si une question d’aliments
doit faire tomber mon frère,
je ne mangerai plus jamais de viande,
pour ne pas faire tomber mon frère.

            – Parole du Seigneur.

— 1Co 8,1-13 —
Commentaire

DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS

Commentaire

1. Situation

La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l'année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D'autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.

D'où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :

  • de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
  • de l'attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
  • de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l'Esprit, partage des charismes dans l'Eglise-Corps du Christ),
  • de la résurrection (15, 1 - 58),

sans oublier l'encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu'il organise pour les pauvres de l'Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).

2. Message

Nouvelle question que Paul aborde ici avec une grande capacité de discernement : la question des viandes offertes aux idoles et dont les surplus étaient soit vendus sur le marché, soit consommés dans les dépendances des temples.

Certains Corinthiens, en tant que chrétiens issus du paganisme, se demandaient si en les mangeant ils ne devenaient pas complices de l'idolâtrie.

Pour Paul, Dieu étant unique et les idoles sans consistance, ces viandes n'ont rien de sacré, et l'on peut donc librement en manger, à la condition de le faire sans ambiguïté, donc avec discernement, et selon une bonne connaissance qui permet de se situer en vérité.

Il ne s'agit pas pour auitant de chercher à former la conscience de ceux qui sont "faibles", c'est-à-dire de ceux qui hésitent devant ces viandes qui leur semblent douteuses. En effet, pour Paul, la charité, qui implique le respect et le refus de scandaliser ou de "faire tomber" un frère, doit toujours prévaloir sur la connaissance claire dont nous pouvons disposer : d'où les affirmations très nettes et tranchées de l'apôtre xur cette priorité absolue qu doit toujours l'emporter.

3. Decouvertes

A cette occasion, comme il l'a fait en traitant de la plupart des questions précédentes, Paul apporte une réponse qui s'ouvre sur les profondeurs du mystère de Dieu qui vient nous sauver en Jésus son Fils.

Cela se remarque d'abord lorsqu'il compare la connaissance et l'amour (ou la charité) aux versets 2 et 3. Notre connaissance, fût-elle la plus juste et la meilleure, est toujours, de fait, limitée. Ce qui compte donc n'est pas tant de connaître que d'aimer Dieu, et de recevoir en retour la connaissance que lui seul a de nous-mêmes et qu'il nous partage.

Autre "perle" de Paul : ce qui fait la valeur suprême d'un homme, c'est que par la mort du Christ il soit devenu un "frère" pour nous (verset 11). Pécher contre un frère c'est donc pécher contre le Christ lui-même. En conséquence, nous n'avons jamais le droit de blesser, d'une manière ou d'une autre, la conscience d'un frère ou d'une soeur.

4. Prolongement

En Romains 14, Paul reprendra cette même question pour en tirer les mêmes conclusions, à partir d'une appréciation de ce que font les uns et les autres de façon différente, mais toutjours "pour le Seigneur" : Romains

14.1 Faites accueil à celui qui est faible dans la foi, et ne discutez pas sur les opinions.

14.2 Tel croit pouvoir manger de tout: tel autre, qui est faible, ne mange que des légumes.

14.3 Que celui qui mange ne méprise point celui qui ne mange pas, et que celui qui ne mange pas ne juge point celui qui mange, car Dieu l'a accueilli.

14.4 Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d'autrui? S'il se tient debout, ou s'il tombe, cela regarde son maître. Mais il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de l'affermir.

14.5 Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction.

14.6 Celui qui distingue entre les jours agit ainsi pour le Seigneur. Celui qui mange, c'est pour le Seigneur qu'il mange, car il rend grâces à Dieu; celui qui ne mange pas, c'est pour le Seigneur qu'il ne mange pas, et il rend grâces à Dieu.

14.7 En effet, nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même.

14.8 Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. ...

14.13 Ne nous jugeons donc plus les uns les autres; mais pensez plutôt à ne rien faire qui soit pour votre frère une pierre d'achoppement ou une occasion de chute.

14.14 Je sais et je suis persuadé par le Seigneur Jésus que rien n'est impur en soi, et qu'une chose n'est impure que pour celui qui la croit impure.

14.15 Mais si, pour un aliment, ton frère est attristé, tu ne marches plus selon l'amour: ne cause pas, par ton aliment, la perte de celui pour lequel Christ est mort.

14.16 Que votre privilège ne soit pas un sujet de calomnie.

14.17 Car le royaume de Dieu, ce n'est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint Esprit.

14.18 Celui qui sert Christ de cette manière est agréable à Dieu et approuvé des hommes.

Bien que nous ne soyons plus concernés par la situation qui nous vaut ce discernement de Paul, les principes que proclame l'apôtre dans sa réponse demeurent valables et de la plus haute importance pour nous aujourd'hui : nous devons toujours agir en conformité avec notre conscience tout en veillant à ce que nos comportements n'aillent jamais à l'encontre du respect dû à nos frères et soeurs qui ont le droit à leur différence et qu'il ne nous appartient pas de juger en aucune façon.

Prière

*Seigneur Jésus, apprends-moi à rechercher en toutes choses la gloire de Dieu ton Père, en faisant de mon mieux, dans l'accueil de ton Esprit Saint, et dans le respect toujours plus authentique de tous ceux et de toutes celles dont tu as fait mes frères et mes soeurs. AMEN.

09.09.2004.*