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1Co 11,17-33
Liturgie · lundi, 24ᵉ sem. ordinaire (paire)
Bible Crampon (1923)

17 Mais en vous recommandant ce point, je n'ai garde de vous louer de ce que vous vous assemblez, non pour votre avantage, mais pour votre préjudice.

18 Et d'abord j'apprends que, lorsque vous vous réunissez en assemblée, il y a des scissions parmi vous, — et je le crois en partie ;

19 car il faut qu'il y ait parmi vous même des sectes, afin que les frères d'une vertu éprouvée soient manifestés parmi vous, —

20 lors donc que vous vous réunissez ce n'est plus le repas du Seigneur que vous célébrez ;

21 car, à table, chacun commence par prendre son propre repas, en sorte que tels ont faim, tandis que d'autres se gorgent.

22 N'avez-vous pas des maisons pour y manger et boire ? ou méprisez-vous l'Eglise de Dieu, et voulez-vous faire un affront à ceux qui n'ont rien ? Que vous dirai-je ? Que je vous loue ? Non, je ne vous loue point en cela.

23 Car, pour moi, j'ai reçu du Seigneur, ce que je vous ai aussi transmis, savoir, que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain,

24 et après avoir rendu grâces, le rompit et dit : " [Prenez et mangez] ; ceci est mon corps, [qui sera livré] pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. "

25 De même, après avoir soupé, il prit le calice et dit : " Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci, toutes les fois que vous en boirez, en mémoire de moi. "

26 Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez ce calice, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.

27 C'est pourquoi celui qui mangera le pain ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur.

28 Que chacun donc s'éprouve soi-même, et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de ce calice ;

29 car celui qui mange et boit [indignement], sans discerner le corps du Seigneur, mange et boit son propre jugement.

30 C'est pour cela qu'il y a parmi vous beaucoup de gens débiles et de malades, et qu'un grand nombre sont morts.

31 Si nous nous examinions nous-mêmes nous ne serions pas jugés.

32 Mais le Seigneur nous juge et nous châtie, afin que nous ne soyons pas condamnés avec ce monde.

33 Ainsi, mes frères, lorsque vous vous réunissez pour le repas, attendez-vous les uns les autres.

— 1Co 11,17-33 —
Commentaire

DE LA 1ère LETTRE AUX CORINTHIENS

Commentaire

1. Situation

La 1ère Lettre de Paul aux Corinthiens a été écrite très probablement au printemps de l'année 54, en réponse à une lettre que les Corinthiens lui avaient adressée, concernant un certain nombre de problèmes à propos desquels ils sollicitaient son avis. D'autre part, Paul avait été informé de quelques fonctionnements de cette communauté, qui paraissaient problématiques à des visiteurs de passage à Corinthe.

D'où le plan extrêmement circonstantiel de cette lettre, qui traite successivement :

  • de divisions dans la communauté de Corinthe (1, 10 -4, 21),
  • de l'attitude des chrétiens face aux valeurs du corps humain (5, 1 - 6, 20),
  • de réponses précises à des questions posées (7, 1 - 14, 40) : sur le statut social et le mariage, sur les relations avec la culture païenne, et particulièrement, à propos des viandes offertes aux idoles, sur les assemblées liturgiques (Eucharistie, dons de l'Esprit, partage des charismes dans l'Eglise-Corps du Christ),
  • de la résurrection (15, 1 - 58),

sans oublier l'encadrement de toutes ces sections, entre une introduction (1, 1 - 9) et une longue conclusion, dans laquelle, entre autres choses, Paul parle de la collecte qu'il organise pour les pauvres de l'Eglise de Jérusalem et de ses projets de voyage (16, 1 - 24).

2. Message

Dans cette page Paul se prend à critiquer vertement les Corinthiens pour la tenue de leurs assemblées écclésiales..

Il s'agit de leurs rencontres dominicales où les chrétiens devaient prendre leur repas ensemble dans un geste de partage, de convivialité et d'unité, puis écouter la Parole de Dieu, prier, et surtout refaire les grestes de la Cène du Seigneur, c'est-à-dire célébrer ensemble l'eucharistie.

Mais Paul constate que leurs réunions se passent de manière scandaleuse, dans la division, non seulement entre factions de la communauté, mais encore entre riches et pauvres, les uns vivant d'abondance et les autres de disette, sans échange ni prise du repas en commun.. Attitude que Paul qualifie de "mépris" de l'Eglise de Dieu;

C'est dans ce contexte de reproches que Paul nous rapporte la célébration initiale de la Cène de Jésus effectuée par lui la nuit même de son arrestation et de son entrée en sa passion. Nous avons ici le récit le plus ancien de cette première eucharistie, celle du Seigneur lui-même : récit sobre, complet, insistant à deux reprises successives sur la consigne de Jésus :"faites ceci en mémoire de moi".

Mais ce qui est le plus remarquable et unique dans tout le Nouveau Testament, c'est bien que Paul nous précise le sens exact de nos célébratious eucharistiques : "annoncer", "faire mémoire" de la mort du Seigneur dans l'attente de son retour de ressuscité, c'est-à-dire que nous devons refaire les gestes de Jésus sur le pain et la coupe pour célébrer le mémorial de sa mort sur la croix au teme de sa mission de prophète.

En conséquence, tenir des assemblées chrétiennes autour de la Cène du Seigneur dans un contexte et une manifestation des divisions de la communauté, revient à se montrer indignes du corps et du sang dfu Seigneur, et donc de l'événement suprême de notre salut qu'est sa mort sur la croix, événement unique, que nous rendons présent dans nos célébrations eucharistiques, et qui a eu pour but de "rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés" et "d'attirer au Christ tous les hommes" (Jean, 11 et 12).

3. Decouvertes

Il faut noter la similarité du récit de la dernière Cène en ce texte de Paul et celui que nous en propose Luc en son Evangile. Les récits de Marc et Matthieu, tout en nous transmettant les mêmes gestes et paroles de Jésus dans ce qu'ils ont d'essentiel, diffèrent dans le détail.

Lorsqu('il parle des divisions dans la communauté, et qu'il précise qu'il faut qu'elles existent, il veut dire, d'une part, qu'elles doivent être prises en compte pour être dépassées dans une unité qui respecte et intègre la diversité, et,, d'autre part, que l'Assemblée communautaire est le lieu où les divisions apparaissent le plus nettement et appellent les chrétiens à se situer en vérité devant le problème de l'unité. de la communauté et celui du respect de leurs frères et soeurs.

Les paroles de Jésus mettent l'accent sur l'acte de manger et de boire le pain rompu et la coupe pris dans l'action de grâce et partagés entre tous.

Le lien majeur entre l'eucharistie et la communauté qu'elle contribue à unir, qui est le lien entre le Corps du C hrist livré en sa passion et communqué aux croyants dans la célébration eucharistique et le Corps du Christ que constituent et que construisent ensemble les croyants raasemblés en Eglise en son Nom.

4. Prolongement

Avons-nous perçu le lien entre Eucharistie et Assemblée des chrétiens ? Ce qu'écrit Paul sur les assemblées et leur fonctionnement est à l'origine de ce que nous appelons notre "messe" : communauté rassemblée, écoute et partage de la Parole, Cène du Seigneur : même si la dimension conviviale de prendre le repas ensemble n'existe plus de nos jours, l'esprit doit demeurer le même, celui de frères et de soeurs dans la foi qui se rencontrent au Nom du Seigneur mort et ressuscité.

Il est également clair dans ce passage que ce que Paul appelle le repas du Seigneur est différent des gestes eucharistiques proprement dits : c'est au cours et à la fin d'un repas que Jésus a effectué les gestes de bénédiction sur le pain et la coupe, et le reproche que Paul adresse aux Corinthiens vise la façon dont ils vivent un repas pris ensemble et au cours duquel se célébrait l'eucharistie. C'est dire que parler aujourd'hui de "repas eucharistique", alors que l'Eucharistie n'est plus célébrée au cours d'un véritable repas, est pour le moins ambigu sinon iexact.

Prière

*Seigneur Jésus, donne-moi de ne jamais perdre de vue que la communication que tu nous fais, dans l'Eucharistie, du mystère de ton obéissance jusqu'à la mort sur la croix et de ta relation au Père doit renforcer mon engagement au service de mes frères et soeurs avec lesquels je "fais Eglise". AMEN.

13.09.2004.*