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1Co 12,1-31
Liturgie · 4ᵉ dim. ordinaire C
Bible Crampon (1923)

1 Pour ce qui concerne les dons spirituels, je ne veux pas, mes frères, que vous soyez dans l'ignorance.

2 Vous savez que, lorsque vous étiez païens, vous vous laissiez entraîner vers les idoles muettes, selon que vous y étiez conduits.

3 Je vous déclare donc que personne, s'il parle par l'Esprit de Dieu, ne dit : Jésus est anathème ; et personne ne peut dire : " Jésus est le Seigneur, " si ce n'est par l'Esprit-Saint.

4 Il y a pourtant diversité de dons, mais c'est le même Esprit ;

5 diversité de ministères, mais c'est le même Seigneur ;

6 diversité d'opérations, mais c'est le même Dieu qui opère tout en tous.

7 A chacun la manifestation de l'Esprit est donnée pour l'utilité commune.

8 En effet, à l'un est donnée par l'Esprit une parole de sagesse, à l'autre une parole de connaissance, selon le même Esprit ;

9 à un autre, la foi, par le même Esprit ; à un autre, le don des guérisons, par ce seul et même Esprit ;

10 à un autre, la puissance d'opérer des miracles ; à un autre la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre la diversité des langues ; à un autre le don de les interpréter.

11 Mais c'est le seul et même Esprit qui produit tous ces dons, les distribuant à chacun en particulier, comme il lui plaît.

12 Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps, ainsi en est-il du Christ.

13 Tous, en effet, nous avons été baptisés dans un seul esprit pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit.

14 Ainsi le corps n'est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs.

15 Si le pied disait : " Puisque je ne suis pas main, je ne suis pas du corps ", en serait-il moins du corps pour cela ?

16 Et si l'oreille disait : " Puisque je ne suis pas œil, je ne suis pas du corps ", en serait-elle moins du corps pour cela ?

17 Si tout le corps était œil, où serait l'ouïe ? S'il était tout entier ouïe, où serait l'odorat ?

18 Mais Dieu a placé chacun des membres dans le corps, comme il l'a voulu.

19 Si tous étaient un seul et même membre, où serait le corps ?

20 Il y a donc plusieurs membres et un seul corps.

21 L'œil ne peut pas dire à la main : " Je n'ai pas besoin de toi " ; ni la tête dire aux pieds : " Je n'ai pas besoin de vous. "

22 Au contraire, les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont plus nécessaires ;

23 et ceux que nous tenons pour les moins honorables du corps, sont ceux que nous entourons de plus d'honneur. Ainsi nos membres les moins honnêtes, nous les traitons avec plus de décence,

24 tandis que nos parties honnêtes n'en ont pas besoin. Dieu a disposé le corps de manière à donner plus de respect à ce qui est moins digne,

25 afin qu'il n'y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient également soin les uns des autres.

26 Et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est honoré, tous les membres s'en réjouissent avec lui.

27 Vous êtes le corps du Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part.

28 Dieu a établi dans l'Eglise premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs, ensuite ceux qui ont les dons {de faire des miracles,} de guérir, d'assister, de gouverner, de parler diverses langues.

29 Tous sont-ils apôtres ? Tous prophètes ? Tous docteurs ?

30 Tous thaumaturges ? Tous ont-ils les grâces de guérison ? Tous parlent-ils des langues ? Tous interprètent-ils ?

31 Aspirez aux dons supérieurs. Aussi bien je vais vous montrer une voie excellente entre toutes.

— 1Co 12,1-31 —
Commentaire

Jésus Homme Parmi Les Hommes

Il faut se rappeler que la lettre aux Hébreux a été écrite dans un contexte de querelle ; et c’est précisément par cette lettre qu’on peut deviner quel genre de querelles devaient affronter les premiers chrétiens d’origine juive : ils s’entendaient dire à tout bout de champ : « Votre Jésus n’est pas le Messie, nous avons besoin d’un prêtre et il ne l’est pas. »

Il était donc important pour un chrétien du premier siècle de savoir que le Christ est vraiment prêtre. Parce que l’institution du sacerdoce était capitale dans l’Ancien Testament ; nous l’avons vu, d’ailleurs, avec la première lecture extraite du livre de Malachie.* *Et une institution qui avait été capitale dans l’Ancien Testament ne pouvait pas être ignorée du Nouveau.

Mais selon la loi juive, Jésus n’était pas et ne pouvait pas prétendre devenir prêtre et encore moins grand prêtre ; il n’avait aucune chance d’y parvenir, puisqu’il descendait de David, donc de la tribu de Juda et non pas de Lévi ; notre auteur le sait très bien puisqu’il affirme un peu plus loin : « Il est clair que notre Seigneur a surgi de la tribu de Juda, pour laquelle Moïse ne dit rien quand il parle des prêtres. » (He 7,14).

Qu’à cela ne tienne, dit la lettre aux Hébreux : Jésus n’est pas grand-prêtre descendant d’Aaron, soit ; mais il peut l’être à la manière de Melchisédech ! Celui-ci, dont parle le chapitre 14 de la Genèse, vivait bien avant Moïse et Aaron et pourtant la Bible le nomme « prêtre du Dieu Très-Haut ». Donc Jésus est bien, à sa manière, dans la continuité de l’Ancien Testament.

C’est très exactement le propos de la lettre aux Hébreux : nous montrer en quoi Jésus accomplit l’institution du sacerdoce : il « accomplit » en langage biblique, cela ne veut pas dire qu’il reproduit le modèle de l’Ancien Testament ; cela veut dire qu’il le mène à sa perfection.

Il faut d’abord se rappeler quels étaient les éléments constitutifs du sacerdoce ancien : le prêtre de l’Ancien Testament a un rôle de médiateur ; 1) le prêtre est un membre du peuple 2) il est admis à communiquer avec la sainteté de Dieu. 3) En retour, si j’ose dire, il transmet au peuple les dons et bénédictions de Dieu.

L’une des grandes insistances du texte d’aujourd’hui porte sur le premier point : Jésus est bien un membre du peuple. « Puisque les enfants des hommes ont en commun le sang et la chair, Jésus a partagé, lui aussi, pareille condition... Il lui fallait se rendre en tout semblable à ses frères, pour devenir un grand prêtre miséricordieux et digne de foi,  pour les relations avec Dieu, afin d’enlever les péchés du peuple. » Et qui dit « semblable » dit partager les mêmes faiblesses : les tentations, les épreuves, la mort. Jésus partage cette condition humaine, faite de chair et de sang. Il fallait que le Christ s’approche de nous au point de se faire l’un des nôtres, pour que la distance entre Dieu et l’homme soit comblée.

Jusqu’À Partager Nos Épreuves

Mais il faut également que le prêtre soit admis à communiquer avec la sainteté de Dieu. Or Dieu est le Saint, c’est-à-dire le Tout-Autre ; c’est l’un des grands accents de la pensée biblique, nous l’avons vu souvent.* *Et donc, pour pouvoir approcher du Dieu saint, il faut être mis à part des autres ; d’où tout un système de séparations rituelles auquel on soumettait les prêtres pour les rendre aptes à s’approcher du Dieu saint ; voici rapidement quelles étaient les séparations successives : parmi toutes les nations, Dieu a choisi un peuple (Israël) ; à l’intérieur de ce peuple, une tribu (Lévi) ; dans cette tribu, une famille (Aaron) ; puis individuellement, chaque prêtre était soumis à des rites de séparation : bain, onction, vêture, sacrifices. De la même manière, le lieu où officient les prêtres est séparé des lieux de vie du peuple ; il est le lieu sacré par opposition aux autres lieux considérés comme profanes.

Or, dans le cas de Jésus, rien de tout cela : au contraire, il s’est constamment mêlé à la vie de son peuple, y compris et presque surtout des petits, des exclus, des impurs. Tout ceci est vrai, dit la lettre aux Hébreux, mais pourtant, nous avons la preuve incontestable qu’il est le Juste par excellence, le Fils de Dieu, le Saint de Dieu : c’est sa Résurrection. Il a vaincu la mort ; l’Alliance avec Dieu est rétablie, c’était bien l’objectif des prêtres.

Désormais nous sommes libres : le plus sûr ennemi de la liberté, c’est la peur ! Or, désormais, nous n’avons plus peur de rien. On entend là des accents de saint Paul : nous étions comme des esclaves, tant que nous ne connaissions pas l’amour de Dieu pour nous. Qui nous faisait douter de l’amour de Dieu ? Le diable bien sûr. « Par sa mort, il (Jésus) a pu réduire à l’impuissance celui qui possédait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable, et il a rendu libres tous ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves. » L’épreuve de la Passion était le passage obligé en quelque sorte : nos pires ennemis, ce sont la mort, la solitude, la haine ; il fallait qu’il les subisse lui-même, qu’il nous accompagne jusque-là pour nous en libérer. Dans l’épisode des disciples d’Emmaüs, saint Luc emploie une expression analogue : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24,26) : il fallait qu’il souffrît pour nous montrer jusqu’où allait l’amour de Dieu.

Mais pourquoi l’auteur parle-t-il des « fils d’Abraham » et non pas des « fils d’Adam ? « Ceux qu’il vient aider, ce ne sont pas les anges, ce sont les fils d’Abraham. » Ce ne sont pas les anges, non, ce sont des êtres de chair et de sang ; mais l’auteur aurait pu dire « ce ne sont pas les anges, ce sont les fils d’Adam » ; pourquoi au lieu de « fils d’Adam », parle-t-il des «  fils d’Abraham » ? Ce qui caractérise Abraham, dans toute la méditation biblique, c’est sa foi. Une foi qui est synonyme de confiance. Ce qui veut dire que Jésus rétablit l’Alliance, oui, mais que nous restons libres de ne pas être des fils d’Abraham (des croyants), de ne pas entrer dans cette Alliance, de refuser d’entrer dans le projet de Dieu.