CapBibliqueCapBiblique

Jour 337 ☾ — Libre… pour aimer !

← J337 ☼ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J338 ☼ →


Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 9 et 10 de la première lettre aux Corinthiens : Paul revendique ses droits d'apôtre — être nourri, être accompagné — pour aussitôt y renoncer, se faisant « tout à tous » afin de gagner le plus grand nombre à l'Évangile. Suivent l'exemple d'Israël au désert, l'incompatibilité entre la table du Seigneur et celle des démons, puis trois règles pratiques sur les viandes sacrifiées aux idoles. Le commentaire montre que ces deux chapitres forment une argumentation très serrée sur la liberté chrétienne : la vraie question n'est pas ce à quoi j'ai droit, mais comment gagner les autres au Christ. Tout est permis, mais tout ne construit pas.

Introduction

Nous continuons la lettre aux Corinthiens. Normalement, vous trouvez ça génial, mais vous trouvez ça aussi un petit peu long, parce que le frère Paul-Adrien, à partir d'un tout petit passage, vous fait un commentaire qui dure des plombes. Je suis désolé, mes enfants, mais à qui la faute ? À qui la faute ? Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Vous n'avez qu'à vous en prendre à saint Paul, il est trop génial.

Rassurez-vous, tous les passages n'ont pas la même ampleur théologique, même si celui que vous allez entendre aujourd'hui, ça reste d'une beauté, mais… oh là là, mon Dieu, mon Dieu. Vous sentez qu'en lisant saint Paul, on redevient chrétien, on a à nouveau envie de se convertir. Il y a une puissance là-dedans. Allez, bonne écoute.

Lecture : 1 Corinthiens 9

Ne suis-je pas libre ? Ne suis-je pas apôtre ? N'ai-je pas vu Jésus, notre Seigneur ? Et vous, n'êtes-vous pas mon œuvre dans le Seigneur ? Si pour d'autres je ne suis pas apôtre, pour vous en tout cas je le suis. Le sceau qui authentifie mon apostolat, c'est vous, dans le Seigneur.

Et ma défense devant ceux qui enquêtent sur mon compte, la voici. N'aurions-nous pas le droit de manger et de boire ? N'aurions-nous pas le droit d'emmener avec nous une femme croyante, comme les autres apôtres, les frères du Seigneur et Pierre ? Ou bien serais-je le seul, avec Barnabé, à ne pas avoir le droit d'être dispensé de travail ?

Arrive-t-il qu'on serve dans l'armée à ses propres frais ? Qu'on plante une vigne sans manger de ses fruits ? Qu'on garde un troupeau sans boire du lait de ce troupeau ?

Et est-ce que je parle seulement au niveau humain ? La loi ne dit-elle pas la même chose ? En effet, dans la loi de Moïse, il est écrit : « Tu ne musèleras pas le bœuf qui foule le grain. » Dieu s'inquiète-t-il des bœufs ? Ou bien le dit-il en réalité à cause de nous ? Oui, c'est pour nous que cela fut écrit, puisque le laboureur doit avoir espoir et celui qui foule le grain doit espérer en avoir sa part.

Si nous avons semé pour vous des biens spirituels, serait-ce trop de récolter chez vous des biens matériels ? Et si d'autres ont quelques droits sur vous, n'en avons-nous pas encore plus qu'eux ? Mais nous n'avons pas fait usage de ce droit. Au contraire, nous supportons tout pour ne pas créer d'obstacles à l'Évangile du Christ.

Ne le savez-vous pas ? Ceux qui assurent le culte du temple sont nourris par le temple. Ceux qui servent à l'autel ont leur part de ce qui est offert sur l'autel. De même aussi, le Seigneur a prescrit à ceux qui annoncent l'Évangile de vivre de la proclamation de l'Évangile.

Mais moi, je n'ai jamais fait usage d'aucun de ces droits, et je n'écris pas cela pour les réclamer. Plutôt mourir ! Personne ne m'enlèvera ce motif de fierté. En effet, annoncer l'Évangile, ce n'est pas là pour moi un motif de fierté, c'est une nécessité qui s'impose à moi. Malheur à moi si je n'annonçais pas l'Évangile ! Certes, si je le fais de moi-même, je mérite une récompense. Mais je ne le fais pas de moi-même, c'est une mission qui m'est confiée. Alors, quel est mon mérite ? C'est d'annoncer l'Évangile sans rechercher aucun avantage matériel et sans faire valoir mes droits de prédicateur de l'Évangile.

Oui, libre à l'égard de tous, je me suis fait l'esclave de tous afin d'en gagner le plus grand nombre possible. Avec les Juifs, j'ai été comme un Juif pour gagner les Juifs. Avec ceux qui sont sujets de la loi, j'ai été comme un sujet de la loi, moi qui ne le suis pas, pour gagner les sujets de la loi. Avec les sans-loi, j'ai été comme un sans-loi, moi qui ne suis pas sans loi de Dieu mais sous la loi du Christ, pour gagner les sans-loi. Avec les faibles, j'ai été faible pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. Et tout cela, je le fais à cause de l'Évangile, pour y avoir part moi aussi.

Vous savez bien que dans le stade, tous les coureurs participent à la course, mais un seul reçoit le prix. Alors, vous, courez de manière à l'emporter. Tous les athlètes à l'entraînement s'imposent une discipline sévère. Ils le font pour recevoir une couronne de laurier qui va se faner ; et nous, pour une couronne qui ne se fane pas. Moi, si je cours, ce n'est pas sans fixer le but. Si je fais de la lutte, ce n'est pas en frappant dans le vide. Mais je traite durement mon corps, j'en fais mon esclave, pour éviter qu'après avoir proclamé l'Évangile à d'autres, je sois moi-même disqualifié.

Lecture : 1 Corinthiens 10

Frères, je ne voudrais pas vous laisser ignorer que, lors de la sortie d'Égypte, nos pères étaient tous sous la protection de la nuée et que tous ont passé à travers la mer. Tous ont été unis à Moïse par un baptême dans la nuée et dans la mer. Tous, ils ont mangé la même nourriture spirituelle. Tous, ils ont bu la même boisson spirituelle, car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait ; et ce rocher, c'était le Christ. Cependant, la plupart n'ont pas su plaire à Dieu : leurs ossements, en effet, jonchèrent le désert.

Ces événements devaient nous servir d'exemple, pour nous empêcher de désirer ce qui est mal, comme l'ont fait ces gens-là. Ne devenez pas idolâtres comme certains d'entre eux, selon qu'il est écrit : « Le peuple s'est assis pour manger et boire, et ils se sont levés pour s'amuser. » Ne nous livrons pas à la débauche comme l'ont fait certains d'entre eux : il en est tombé vingt-trois mille en un seul jour. Ne mettons pas le Christ à l'épreuve comme l'ont fait certains d'entre eux : ils ont péri, mordus par les serpents. Cessez de récriminer comme l'ont fait certains d'entre eux : ils ont été exterminés. Ce qui leur est arrivé devait nous servir d'exemple, et l'Écriture l'a raconté pour nous avertir, nous qui nous trouvons à la fin des temps.

Ainsi donc, celui qui se croit solide, qu'il fasse attention à ne pas tomber. L'épreuve qui vous atteint n'a pas dépassé la mesure humaine. Dieu est fidèle : il ne permettra pas que vous soyez éprouvés au-delà de vos forces ; mais avec l'épreuve, il donnera le moyen d'en sortir et la force de la supporter.

Aussi, mes bien-aimés, fuyez le culte des idoles. Je vous parle comme à des personnes raisonnables : jugez vous-mêmes de ce que je dis. La coupe de bénédiction que nous bénissons, n'est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n'est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu'il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain.

Voyez ce qui se passe chez les Israélites : ceux qui mangent les victimes offertes sur l'autel de Dieu, ne sont-ils pas en communion avec lui ? Je ne prétends pas que la viande offerte aux idoles, ou que les idoles elles-mêmes, représentent quoi que ce soit ; mais je dis que les sacrifices des païens sont offerts aux démons et non à Dieu, et je ne veux pas que vous soyez en communion avec les démons. Vous ne pouvez pas prendre part à la table du Seigneur et en même temps à celle des démons. Voulons-nous provoquer l'ardeur jalouse du Seigneur ? Sommes-nous plus forts que lui ?

« Tout m'est permis », dit-on. Mais je dis : tout n'est pas bon. Tout est permis, mais tout n'est pas constructif. Que personne ne cherche son propre intérêt, mais celui d'autrui.

Tout ce qui se vend au marché, mangez-en sans poser de questions par motif de conscience, car il est écrit : « Au Seigneur, la terre et tout ce qui la remplit. » Si vous êtes invités par quelqu'un qui n'est pas croyant et que vous vouliez vous rendre chez lui, mangez tout ce qu'on vous sert sans poser de questions par motif de conscience. Et si quelqu'un vous dit : « Cela, c'est de la viande offerte en sacrifice », n'en mangez pas, à cause de celui qui vous a prévenu et par motif de conscience. Je ne parle pas de votre conscience à vous, mais de celle d'autrui. Pourquoi, en effet, ma liberté serait-elle jugée par la conscience d'un autre ? Si je participe à un repas dans l'action de grâce, pourquoi me blâmer pour cette nourriture dont je rends grâce ?

Tout ce que vous faites — manger, boire, ou toute autre action — faites-le pour la gloire de Dieu. Ne soyez un obstacle pour personne, ni pour les Juifs, ni pour les païens, ni pour l'Église de Dieu. Ainsi, moi-même, en toutes circonstances, je tâche de m'adapter à tout le monde, sans chercher mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pour qu'ils soient sauvés.

Commentaire

Je suis d'accord pour dire que ce n'était pas évident-évident. On a l'impression parfois de passer un peu du coq à l'âne. Et pourtant, tous les chapitres 9 et 10 que vous venez d'entendre sont une argumentation hyper serrée sur le thème de la liberté. Est-ce qu'on a le droit de faire ? Est-ce qu'on n'a pas le droit de faire ? C'est la question que Paul soulevait à propos de la viande sacrifiée aux idoles : des forts qui pensent qu'on peut en manger, des faibles qui pensent qu'on ne peut pas en manger. Et de saint Paul qui, après avoir bien réfléchi, finit par dire : « Eh bien oui, on peut en manger, mais vous n'en mangerez pas. » Là, c'est très concret, c'est magnifique, ça vous montre comment se comporter vis-à-vis des autres, ce qu'est la vraie manière de se comporter entre chrétiens.

Paul commence par dire que lui, a priori, il est libre.

Ne suis-je pas apôtre ? N'ai-je pas vu Jésus, notre Seigneur ?

Et s'il y a bien quelqu'un qui peut manger de la viande sacrifiée aux idoles, c'est Paul, vu tout le nombre d'exorcismes qu'il a faits. Et pourtant, il va montrer comment, par souci des gens, il va renoncer à ce droit.

Alors pour ça, il va commencer par faire une digression et à parler de sa vie à lui. Il montre sa manière d'évangéliser. Il rappelle que normalement il aurait le droit d'être payé, qu'il aurait le droit d'amener une femme avec lui ; et pour justifier tout ça, il vous prend des analogies dans la vie sociale : le soldat, le vigneron, le berger. Donc une argumentation hyper serrée : il a le droit d'être payé et il a le droit d'avoir une femme. Mais tout de suite après, il va dire qu'il renonce à ses droits. Et c'est là où vous avez cette phrase extraordinaire :

Libre à l'égard de tous, je me suis fait l'esclave de tous.

Paul qui, librement, renonce à sa liberté. Il vous dit : avec les Juifs, j'étais comme un Juif pour gagner les Juifs ; avec les Grecs, j'étais comme un Grec pour gagner les Grecs ; avec les faibles, j'étais comme un faible pour gagner les faibles. Et que son but, toujours, partout, tout le temps, c'est de gagner le plus grand nombre au Christ. Paul vous dit qu'on peut, voire même qu'on doit, renoncer à ses droits pour l'efficacité missionnaire. Il ne suffit pas d'adapter l'Évangile au code culturel de la société dans laquelle vous vivez : il faut aussi adapter l'Évangile à la psychologie de la personne à qui vous parlez.

C'est là où saint Paul terminait son partage de vie, si l'on peut dire, en rappelant la discipline que lui-même s'impose. Et vous aviez ces métaphores athlétiques : la course, le stade, la couronne. La liberté chrétienne, c'est une ascèse volontaire. Et l'argument se renverse : le but, ce n'est pas de savoir ce à quoi j'ai le droit ou pas le droit. Le but, c'est de gagner les autres au Christ. Et si, pour les gagner au Christ, j'ai intérêt à ne pas manger de la viande sacrifiée aux idoles, ou à ne pas faire de yoga, je ne ferai pas de yoga, je ne mangerai pas halal, ou je mangerai halal. En tout cas, je m'adapterai.

Et de là, on basculait sur le chapitre 10, ce qu'on appelle un exemplum scripturaire. On repart dans l'Ancien Testament, du côté d'Israël quand il était dans le désert. Saint Paul nous dit qu'au désert, ils ont tout reçu : les dons, la manne, la nuée, les cailles, tout, la totale. Ils n'avaient jamais été aussi libres, eux qui sortaient de l'esclavage d'Égypte. Et pourtant, ils n'ont pas plu à Dieu. Sous-entendu : faites attention, ce n'est pas parce que vous êtes chrétien que votre liberté est à l'abri de tout problème. Donc ceux qui estiment qu'ils sont complètement libres vis-à-vis de ces questions de viande, de sacrifices aux idoles, de yoga, etc., de tous les exemples que je vous donnais, saint Paul vous dit : faites attention, soyez vigilants, ne prenez jamais rien pour acquis.

Du coup, maintenant qu'on a posé les bases, on peut retourner à cette question des viandes sacrifiées aux idoles. Sauf qu'on va d'abord commencer par envisager un cas assez clair avant d'aller vers les cas compliqués. Paul n'envisage pas le cas où vous mangez des viandes sacrifiées aux idoles chez vous, mais où vous les mangez dans des banquets publics. Là, pour le coup, lors de banquets publics, la dimension sacrificielle est beaucoup plus importante. Et là, ce que Paul vous dit, pour le coup, il est assez ferme : vous ne pouvez pas aller dans les banquets publics et manger de la viande sacrifiée aux idoles — et donc être en communion avec les idoles — et aller à un repas du Seigneur, manger l'hostie et être en communion avec Dieu.

Et une fois qu'on a dit ça, cette fois-ci, on revient au cas le plus courant : est-ce que, chez moi, je peux manger de la viande sacrifiée aux idoles ? Trois règles pratiques.

Un. Tout est permis, mais tout ne construit pas. Une des devises les plus célèbres de Paul, et qui est un très très très très grand principe pour le discernement chrétien quand on ne sait pas quoi faire. La vie chrétienne, ce n'est pas simplement le bien, le mal ; c'est aussi entre ce qui est bien et ce qui est mieux.

Deuxième critère. Pas de scrupules inutiles. Si vous allez au marché, ce n'est pas la peine de vous poser trop de questions. Si jamais vous acceptez une invitation, ce n'est pas la peine de vous poser trop de questions. On n'a jamais dit qu'en régime chrétien, l'essentiel, c'est de se poser des questions de nourriture. Donc, pas de scrupules inutiles.

Troisième critère. Il faut faire attention à la manière dont mon geste va être perçu. Et maintenant, une fois qu'on a posé ces trois principes, vous devez être capables par vous-mêmes de savoir ce qui est bon pour vous et pour les autres.

Et dernier paragraphe : une fois qu'on avait bien posé ça, maintenant saint Paul élargissait le propos.

Soit donc que vous mangiez ou que vous buviez, ou toute autre action, faites-le pour la gloire de Dieu, et ne soyez un obstacle pour personne.

Ça veut dire que, dans la tête de Paul, toute cette discussion qu'on vient d'avoir sur la viande sacrifiée aux idoles, c'est un cas d'école qui doit vous permettre de résoudre toutes ces questions sociales délicates et compliquées.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Prière

Seigneur, donne-moi de me faire tout à tous et de mettre ma sensibilité personnelle après celle des autres ; que je ne sois pas un obstacle à l'évangélisation, mais que je veille toujours au bien de la personne qui est en face de moi, sans compromis, sans rigidité, mais qu'en tout la charité soit la grande vainqueur. Je te confie, Seigneur, ma vie, le témoignage et l'amour que je te porte. Amen.


← J337 ☼ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J338 ☼ →