Jour 338 ☼ — Israël et la miséricorde de Dieu
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Résumé : Saint Paul ouvre une immense parenthèse sur le mystère d'Israël : comment le peuple des promesses a-t-il pu rejeter le Christ ? Le frère Paul-Adrien lit Romains 9 et 10, où l'Apôtre enchaîne une véritable chaîne de citations (Osée, Isaïe, Moïse) et de figures (Isaac, Jacob, le potier, la pierre d'achoppement). Le commentaire s'arrête sur la question la plus difficile — l'endurcissement du cœur et l'apparent arbitraire divin — et propose quatre observations : la miséricorde est le point de départ et le point d'arrivée, l'endurcissement n'est pas un caprice mais une liberté laissée à l'homme, le potier peut toujours retravailler la pâte, et Dieu ne prédestine personne à l'enfer. Il évoque enfin le « plan secret » de Paul : susciter la jalousie d'Israël par la conversion des païens.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
On était dans une période assez existentielle, une sorte de témoignage à la première personne, saint Paul qui nous parlait de ce choc psychologique, de cette transformation intérieure, quand il était passé du régime de la loi au régime de la foi et de la grâce. Sauf que saint Paul est juif, et force est de constater, et saint Paul le voit, que tous les juifs ne l'ont pas suivi dans ce mouvement de conversion. Alors qu'est-ce qu'il faut en penser de ça, des israélites qui refusent de suivre le Christ ? Et là, Paul ouvre une immense parenthèse sur Israël.
Nouvelle partie dans la lettre de saint Paul, ça va commencer au verset : « C'est la vérité que je dis dans le Christ. Je ne mens pas, ma conscience m'en rend témoignage dans l'Esprit Saint. J'ai dans le cœur une grande tristesse, une douleur incessante. » Et ça concerne ses frères dans la chair. Comment se fait-il que les juifs aient rejeté Jésus ? Si l'Évangile est l'accomplissement des Écritures, et si Abraham et Adam culminent dans Jésus, comment ça se fait qu'Israël l'ait rejeté ?
Ça vous donne cette nouvelle partie dans laquelle on apprend que, en fait, Paul le vit très mal, cette question. Il y a une détresse intérieure là-dedans. Cette partie, vous allez voir, fait écho à ce qu'on lit par ailleurs dans les Actes des Apôtres. On a vu comment dans chaque ville où Paul se rendait, il commençait d'abord par aller dans les synagogues pour parler aux juifs. Généralement, ça se passait plus ou moins bien. Et là, il se tournait vers les païens. Bon, ce que Paul vit concrètement dans les Actes, vous avez ici la pensée théologique qui l'accompagne.
Bonne écoute et souvenez-vous, mes petits bichons, si vous paniquez, moi je suis là, je vous récupère dans les commentaires.
Lecture : Romains 9-10
Romains, chapitre 9
C'est la vérité que je dis dans le Christ. Je ne mens pas. Ma conscience m'en rend témoignage dans l'Esprit Saint. J'ai dans le cœur une grande tristesse, une douleur incessante. Moi-même, pour les Juifs, mes frères de race, je souhaiterais être anathème, séparé du Christ. Ils sont en effet israélites. Ils ont l'adoption, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses de Dieu. Ils ont les patriarches. Et c'est de leur race que le Christ est né, lui qui est au-dessus de tout, Dieu béni pour les siècles. Amen.
Cela ne veut pas dire que la Parole de Dieu ait été mise en échec. Car ceux qui sont nés d'Israël ne sont pas tous Israël. Et tous ceux qui sont la descendance d'Abraham ne sont pas pour autant ses enfants, car il est écrit : « C'est par Isaac qu'une descendance portera ton nom. » Autrement dit, ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont les enfants de Dieu, mais ce sont les enfants de la promesse qui sont comptés comme descendance. Car telle est la Parole de la promesse : « À la même époque, je reviendrai et Sarah aura un fils. »
Et ce n'est pas tout. Il y a aussi Rébecca. Elle ne s'était unie qu'à un seul homme, Isaac, notre père. Ses enfants n'avaient pas encore été mis au monde et n'avaient donc fait ni bien ni mal. Or, afin que demeure le projet de Dieu qui relève de son choix et ne dépend pas des œuvres, mais de celui qui appelle, il fut dit à cette femme : « L'aîné servira le plus jeune », comme il est écrit : « J'ai aimé Jacob et je n'ai pas aimé Ésaü. »
Que dire alors ? Y a-t-il de l'injustice en Dieu ? Pas du tout. En effet, il dit à Moïse : « À qui je fais miséricorde, je ferai miséricorde. Pour qui j'ai de la tendresse, j'aurai de la tendresse. » Il ne s'agit donc pas du vouloir ni de l'effort humain, mais de Dieu qui fait miséricorde. En effet, l'Écriture dit au Pharaon : « Si je t'ai suscité, c'est pour montrer en toi ma puissance et pour que mon nom soit proclamé sur toute la terre. » Ainsi donc, il fait miséricorde à qui il veut et il endurcit qui il veut.
Alors tu vas me dire : « Pourquoi est-ce que Dieu m'adresse encore des reproches ? Qui en effet a pu s'opposer à sa volonté ? » Mais toi, homme, qui es-tu pour entrer en contestation avec Dieu ? L'œuvre dira-t-elle à l'ouvrier : « Pourquoi m'as-tu faite ainsi ? » Le potier n'est-il pas maître de son argile pour faire avec la même pâte un objet pour un usage honorable et un autre pour un usage méprisable ? Et si Dieu, voulant manifester sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec beaucoup de patience des objets de colère voués à la perte, s'il l'a fait, n'est-ce pas aussi pour faire connaître la richesse de sa gloire en faveur des objets de miséricorde que, d'avance, il avait préparés pour la gloire ?
Ces objets de miséricorde, c'est nous, qu'il appelait non seulement d'entre les Juifs, mais aussi d'entre les nations, comme précisément il le dit dans le livre du prophète Osée : « Celui qu'on n'appelait pas mon peuple, je l'appellerai mon peuple. Celle qu'on n'appelait pas aimée, je l'appellerai aimée. Et là même où Dieu leur avait dit : "Vous n'êtes pas mon peuple", là ils seront appelés fils du Dieu vivant. »
Quant à Isaïe, il s'exclame au sujet d'Israël : « Même si le nombre des fils d'Israël est comme le sable de la mer, seul le reste d'Israël sera sauvé, car le Seigneur réalisera sa parole jusqu'au bout et promptement sur la terre. » Et comme Isaïe l'a dit par avance : « Si le Seigneur de l'univers ne nous avait pas laissé une descendance, nous serions devenus comme Sodome, nous serions semblables à Gomorrhe. »
Que dire alors ? Des païens, qui ne cherchaient pas à devenir des justes, ont obtenu de le devenir, mais il s'agissait de la justice qui vient de la foi. Israël, au contraire, qui cherchait à observer une loi permettant de devenir juste, n'y est pas parvenu. Pourquoi ? Parce qu'au lieu de compter sur la foi, ils comptaient sur leurs œuvres. Ils ont buté sur la pierre d'achoppement dont il est dit dans l'Écriture : « Voici que je pose en Sion une pierre d'achoppement, un roc qui fait trébucher ; celui qui met sa foi en lui ne connaîtra pas la honte. »
Romains, chapitre 10
Frères, le vœu de mon cœur et ma prière à Dieu pour eux, c'est qu'ils obtiennent le salut, car je peux en témoigner, ils ont du zèle pour Dieu, mais un zèle que n'éclaire pas la pleine connaissance. En ne reconnaissant pas la justice qui vient de Dieu et en cherchant à instaurer leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu, car l'aboutissement de la loi, c'est le Christ, afin que soit donnée la justice à toute personne qui croit.
Au sujet de la justice qui vient de la loi, Moïse écrit : « L'homme qui mettra les commandements en pratique y trouvera la vie. » Mais la justice qui vient de la foi parle ainsi : « Ne dis pas dans ton cœur : "Qui montera aux cieux ?" — c'est-à-dire pour en faire descendre le Christ — ou bien : "Qui descendra au fond de l'abîme ?" — c'est-à-dire pour faire remonter le Christ d'entre les morts. » Mais que dit cette justice ? « Tout près de toi est la parole, elle est dans ta bouche, elle est dans ton cœur. » Et cette parole, c'est le message de la foi que nous proclamons.
En effet, si de ta bouche tu affirmes que Jésus est Seigneur, si dans ton cœur tu crois que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts, alors tu seras sauvé. Car c'est avec le cœur que l'on croit pour devenir juste, c'est avec la bouche que l'on affirme sa foi pour parvenir au salut. En effet, l'Écriture dit : « Quiconque met en lui sa foi ne connaîtra pas la honte. »
Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n'y a pas de différence. Tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l'invoquent. En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Or, comment l'invoquer si on n'a pas mis sa foi en lui ? Comment mettre sa foi en lui si on ne l'a pas entendu ? Comment entendre si personne ne proclame ? Comment proclamer sans être envoyé ? Il est écrit : « Comme ils sont beaux, les pas des messagers qui annoncent les bonnes nouvelles. » Et pourtant, tous n'ont pas obéi à la bonne nouvelle. Isaïe demande en effet : « Qui a cru, Seigneur, en nous entendant parler ? » Or, la foi naît de ce que l'on entend, et ce que l'on entend, c'est la parole du Christ.
Alors, je pose la question : n'aurait-on pas entendu ? Mais si, bien sûr. Un psaume le dit : « Sur toute la terre se répand leur message et leur parole jusqu'aux limites du monde. » Je pose encore la question : Israël n'aurait-il pas compris ? Moïse, le premier, dit : « Je vais vous rendre jaloux par une nation qui n'en est pas une. Par une nation stupide, je vais vous exaspérer. » Et Isaïe a l'audace de dire : « Je me suis laissé trouver par ceux qui ne me cherchaient pas. Je me suis manifesté à ceux qui ne me demandaient rien. » Mais à propos d'Israël, il dit : « Tout le jour, j'ai tendu les mains vers un peuple qui refuse de croire et qui conteste. »
Commentaire
C'est un thème qui travaille Paul. Là, il est au sommet de son art avec une caténa, c'est-à-dire une chaîne de citations bien choisies : Osée, Isaïe, Deutéronome. Un homme qui multiplie à l'envi les typologies, les figures : Isaac, Jacob, le potier, la pierre. Là, on sent qu'il y a passé du temps. Ça le travaille. Ça, c'est la chose que je trouve fabuleuse.
La chose que j'ai du mal à comprendre, c'est quand Paul parle de l'endurcissement de cœur. Il dit qu'il y a des personnes qui ont été endurcies en Israël, comme Pharaon, et d'autres personnes à qui il a fait miséricorde. Et on ne peut pas s'empêcher, malgré toutes les dénégations que dit Paul, d'y sentir comme une sorte d'arbitraire divin.
« J'ai aimé Jacob, je n'ai pas aimé Ésaü. Que dire alors ? Y aurait-il de l'injustice en Dieu ? Pas du tout ! En effet, il dit : "À qui je fais miséricorde, je ferai miséricorde." »
Et saint Paul conclut en disant :
« Ainsi donc, il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. »
Ce qui, moi, me donne plutôt l'impression que Paul a réussi simplement à s'enfoncer plutôt que de sauver Dieu d'un sentiment d'arbitraire. Du coup, j'ai fait mes petites recherches. Bon, quelques petites observations, donc.
Un. La miséricorde est le point de départ, et c'est le point d'arrivée. L'endurcissement, c'est pas la fin de l'histoire. C'est la miséricorde. C'est ce qu'on entendra demain : Dieu a enfermé tout le monde dans la désobéissance pour faire miséricorde à tous. Il est là, le point d'arrivée. L'endurcissement est partiel, et Dieu espère qu'il ne soit que temporaire.
Deux. L'endurcissement, c'est pas un caprice. C'est l'homme qui choisit la dureté de cœur en s'obstinant librement dans le péché. Et Dieu le laisse aller à cette dureté de cœur. En fait, c'est comme si Dieu laissait l'homme s'enfoncer dans le péché pour que l'homme comprenne l'impasse dans laquelle il est en train de s'enfoncer. L'endurcissement de cœur, normalement, c'est pas pour condamner l'homme, c'est pour lui montrer ce qu'il est en train de devenir.
Trois. Il y a toujours des portes de sortie possibles. D'ailleurs, regardez la métaphore du potier qui travaille la pâte. Normalement, le potier est toujours capable de travailler ou de retravailler la pâte selon la réaction du peuple. D'ailleurs, dans l'Ancien Testament, en fonction de la réaction des gens, on a vu Dieu qui revenait sur le mal qu'il projetait de faire.
Quatre. Paul ne parle pas de la même manière des vases de colère et des vases de gloire. Sur les vases de gloire, Dieu dit qu'il les a préparés d'avance. Les vases de colère préparés pour la perdition, on ne dit pas qu'ils ont été préparés d'avance. Je dis ça parce que ça veut dire que Dieu n'a pas destiné certains hommes à aller au ciel, comme il aurait destiné certains autres hommes à aller en enfer. Lettre à Timothée : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. Simplement, tous les hommes ne le veulent pas.
Ah, il y avait aussi — je n'ai pas eu le temps d'en parler — sur « susciter la jalousie du peuple israélite ». Ça vous donnait cette phrase-là, verset 19 :
« Je vais vous rendre jaloux par une nation qui n'en est pas une, par une nation stupide. Je vais vous exaspérer. »
Ça, ça veut dire que dans la tête de Paul, il y a un plan secret pour sauver Israël. Ce qu'il espère, c'est que quand il va dans une synagogue, dans une ville, pour prêcher l'Évangile et que ça se passe mal, que les juifs le rejettent, à ce moment-là il se tourne vers les païens qui, eux, l'acceptent. Et dans la tête de Paul, ça devrait susciter la jalousie du peuple juif.
Ça fait un peu penser à cette sorte de guéguerre qu'il peut y avoir parfois entre les protestants et les catholiques. Parfois, les catholiques voient la manière dont les protestants lisent la Bible, ça les énerve, ils deviennent jaloux, et alors, là, ils se mettent à lire la Bible. Bon, ben, c'est un peu de ça dont il est question, là. Et de fait, les païens qui vivaient dans une superstition crasse — c'était un naufrage intellectuel, leur religion — voilà que tout d'un coup, en devenant chrétiens, ils surpassent la sagesse des pharisiens qui, pourtant, avaient passé leur vie à méditer la Bible.
Allez, on termine par quelques proverbes.
Proverbes 28,26-28
Ne se fier qu'à soi-même, c'est folie. Seul le chemin de la sagesse permet d'en réchapper.
Qui donne aux pauvres ne manquera de rien. Qui détourne les yeux sera chargé de malédiction.
Quand surgissent les méchants, on se cache. Quand ils périssent, nombreux sont les justes.