Jour 338 ☾ — Un seul corps, un seul Esprit
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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 11 et 12 de la première lettre aux Corinthiens, le frère Paul-Adrien enchaîne les grands sujets : la tenue des femmes dans l'assemblée, le repas du Seigneur, les dons de l'unique Esprit et l'Église comme corps du Christ. Le commentaire montre que la question du voile est d'abord culturelle et que Paul, en concluant par l'argument de la coutume, inaugure la distinction décisive entre principes dogmatiques et préceptes disciplinaires — une véritable révolution morale. Il relève aussi que ce chapitre 11 contient le plus ancien récit de l'institution de l'eucharistie, antérieur aux évangiles. Enfin, il dégage les critères pauliniens du discernement des charismes : la confession de Jésus comme Seigneur et le bien de la communauté, avec l'amorce d'une réflexion entre charisme et institution.
Introduction
Première lettre aux Corinthiens, chapitres 11 et 12. Là encore, on va enfiler tous les sujets les uns après les autres, on ne sait plus où donner de la tête. On était dans des questions alimentaires, voilà que maintenant on bascule du côté de questions liturgiques.
On a masterclass après masterclass. Vous aurez successivement la tenue des femmes dans l'assemblée, la question assez complexe du voile des femmes. Ensuite, il sera question de la Cène, puis des dons de l'unique Esprit et de l'Église comme corps du Christ. Bonne lecture.
Lecture : 1 Corinthiens 11
Imitez-moi comme moi aussi j'imite le Christ. Je vous félicite de vous souvenir si bien de moi et de garder les traditions que je vous ai transmises.
Mais je veux que vous le sachiez, la tête de tout homme, c'est le Christ, la tête de la femme, c'est l'homme, la tête du Christ, c'est Dieu. Tout homme qui prie ou prophétise ayant quelque chose sur la tête, fait honte à sa tête. Toute femme qui prie ou prophétise sans avoir la tête couverte, fait honte à sa tête. C'est exactement comme si elle était rasée. En effet, si elle ne se couvre pas, qu'elle aille jusqu'à se faire tondre. Et si c'est une honte pour la femme d'être tondue ou rasée, qu'elle se couvre.
L'homme, lui, ne doit pas se couvrir la tête, puisqu'il est image et gloire de Dieu, et la femme est la gloire de l'homme. Ce n'est pas l'homme, en effet, qui a été tiré de la femme, mais la femme qui a été tirée de l'homme. Et ce n'est pas l'homme qui a été créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l'homme. Et c'est pourquoi la femme doit avoir sur la tête un signe de sa dignité, à cause des anges.
D'ailleurs, dans le Seigneur, la femme n'est pas sans l'homme, ni l'homme sans la femme. En effet, de même que la femme a été tirée de l'homme, de même l'homme vient au monde par la femme, et tout cela vient de Dieu.
Jugez-en par vous-mêmes. Est-il convenable qu'une femme prie Dieu sans avoir la tête couverte ? La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas que, pour un homme, il est déshonorant d'avoir les cheveux longs, alors que pour une femme c'est une gloire, car la chevelure lui a été donnée pour s'en draper ? Et si quelqu'un croit devoir ergoter avec nous, nous n'avons pas cette manière de faire. Et les églises de Dieu non plus.
Puisque j'en suis à vous faire des recommandations, je ne vous félicite pas pour vos réunions. Elles vous font plus de mal que de bien. Tout d'abord, quand votre église se réunit, j'entends dire que parmi vous, il existe des divisions, et je crois que c'est assez vrai, car il faut bien qu'il y ait parmi vous des groupes qui s'opposent, afin qu'on reconnaisse ceux d'entre vous qui ont une valeur éprouvée.
Donc, lorsque vous vous réunissez tous ensemble, ce n'est plus le repas du Seigneur que vous prenez. En effet, chacun se précipite pour prendre son propre repas, et l'un reste affamé, tandis que l'autre a trop bu. N'avez-vous donc pas des maisons pour manger et pour boire ? Méprisez-vous l'église de Dieu au point d'humilier ceux qui n'ont rien ? Que puis-je vous dire ? Vous félicitez ? Ah non ! Pour cela, je ne vous félicite pas.
J'ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l'ai transmis. La nuit où il était livré, le Seigneur prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit et dit : « Ceci est mon corps qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe en disant : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »
Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne. Et celui qui aura mangé le pain ou bu la coupe du Seigneur d'une manière indigne devra répondre du corps et du sang du Seigneur. On doit donc s'examiner soi-même avant de manger de ce pain et boire à cette coupe. Celui qui mange et qui boit, mange et boit son propre jugement s'il ne discerne pas le corps du Seigneur. Et c'est pour cela qu'il y a chez vous beaucoup de malades et d'infirmes, et qu'un certain nombre sont endormis dans la mort.
Si nous avions du discernement envers nous-mêmes, nous ne serions pas jugés. Mais lorsque nous sommes jugés par le Seigneur, c'est une correction que nous recevons afin de n'être pas condamnés avec le monde. Ainsi donc, mes frères, quand vous vous réunissez pour ce repas, attendez-vous les uns les autres. Si quelqu'un a faim, qu'il mange à la maison. Pour que vos réunions ne vous attirent pas le jugement du Seigneur. Quant au reste, je le réglerai quand je viendrai.
Lecture : 1 Corinthiens 12
Frères, au sujet des dons spirituels, je ne veux pas vous laisser dans l'ignorance. Quand vous étiez païens, vous étiez entraînés sans contrôle vers les idoles muettes. C'est pourquoi je vous le rappelle. Si quelqu'un parle sous l'action de l'Esprit de Dieu, il ne dira jamais « Jésus est anathème », et personne n'est capable de dire « Jésus est Seigneur » sinon dans l'Esprit.
Les dons de la grâce sont variés, mais c'est le même Esprit. Les services sont variés, mais c'est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c'est le même Dieu qui agit en tout et en tous.
À chacun est donnée la manifestation de l'Esprit en vue du bien. À celui-ci est donné par l'Esprit une parole de sagesse. À un autre une parole de connaissance selon le même Esprit. Un autre reçoit dans le même Esprit un don de foi. Un autre encore dans l'unique Esprit des dons de guérison. À un autre est donné d'opérer des miracles. À un autre de prophétiser. À un autre de discerner les inspirations. À l'un de parler diverses langues, mystérieuses. À l'autre de les interpréter. Mais celui qui agit en tout cela, c'est l'unique et même Esprit. Il distribue ses dons comme il le veut à chacun en particulier.
Prenons une comparaison. Le corps ne fait qu'un. Il a pourtant plusieurs membres. Et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ. C'est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit.
Le corps humain se compose, non pas d'un seul, mais de plusieurs membres. Le pied aurait beau dire : « Je ne suis pas la main, donc je ne fais pas partie du corps. » Il fait cependant partie du corps. L'oreille aurait beau dire : « Je ne suis pas l'œil, donc je ne fais pas partie du corps. » Elle fait quand même partie du corps. Si dans le corps il n'y avait que les yeux, comment pourrait-on entendre ? S'il n'y avait que les oreilles, comment pourrait-on sentir les odeurs ? Mais dans le corps, Dieu a disposé les différents membres comme il l'a voulu. S'il n'y avait en tout qu'un seul membre, comment cela ferait-il un corps ? En effet, il y a plusieurs membres et un seul corps.
Et l'œil ne peut pas dire à la main : « Je n'ai pas besoin de toi. » La tête ne peut pas dire au pied : « Je n'ai pas besoin de vous. » Bien plus, les parties du corps qui paraissent les plus délicates sont indispensables, et celles qui passent pour les moins honorables, ce sont elles que nous traitons avec le plus d'honneur. Celles qui sont le moins décentes, celles que nous traitons le plus décemment. Pour celles qui sont décentes, ce n'est pas nécessaire, mais en organisant le corps, Dieu a accordé plus d'honneur à ceux qui en sont dépourvus. Il a voulu ainsi qu'il n'y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres. Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance. Si un membre est à l'honneur, tous partagent sa joie.
Or vous, vous êtes corps du Christ, et chacun pour votre part, vous êtes des membres de ce corps. Parmi ceux que Dieu a placés ainsi dans l'Église, il y a premièrement les apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement ceux qui ont charge d'enseigner, ensuite il y a les miracles, puis les dons de guérison, d'assistance, de gouvernement, le don de parler diverses langues mystérieuses. Tout le monde évidemment n'est pas apôtre, tout le monde n'est pas prophète, ni chargé d'enseigner. Tout le monde n'a pas à faire des miracles, à guérir, à dire des paroles mystérieuses, ou à les interpréter. Recherchez donc avec ardeur les dons les plus grands. Et maintenant, je vais vous indiquer le chemin par excellence.
Commentaire
On reprend au fil de la lecture. D'abord la question du voile de la femme. Alors, on va la faire simple. Le voile dont il est question est un accessoire liturgique. C'est une manière de s'habiller quand on va à l'assemblée chrétienne. Saint Paul n'est pas en train de vous dire qu'il faut porter le voile à la maison. Ça, il s'en fiche éperdument, ça ne l'intéresse pas.
Bon, maintenant, pourquoi est-ce qu'il en parle ? Il en parle parce que les tenues vestimentaires des femmes, et en particulier les coiffures, étaient devenues un signe de richesse. C'étaient les coiffures des très riches matrones romaines, par opposition aux femmes pauvres, qui elles, étaient voilées. Ce que Paul ne voulait surtout pas, c'est qu'il y ait les riches d'un côté, les pauvres de l'autre. Et c'est pour ça qu'il dit : bon, bah écoutez, maintenant, tout le monde met le voile, comme ça, ce sera réglé.
Alors maintenant, quand Paul essaye de justifier sa position, c'est assez amusant, vous le voyez enfiler à l'envi les arguments, c'est comme s'il n'était pas vraiment convaincu lui-même. Parce que, je dirais, quand vous en êtes réduits à invoquer les anges du chapitre de la Genèse, à mon avis, c'est que vous n'avez plus grand-chose en stock.
Par contre, alors c'est ça, c'est ça ce qui est intéressant, c'est la manière dont il conclut son argument. Verset 16. Il en a ras le bol, il dit :
Et si quelqu'un croit devoir ergoter avec nous, nous n'avons pas cette manière de faire. Et les églises de Dieu non plus.
Point à la ligne. Et donc là, en fait, ce qu'il vous dit, c'est que le seul argument qui tienne vraiment la route, c'est la coutume. Merci de respecter les coutumes locales.
Ça va beaucoup plus loin que ça n'en a l'air, parce que ça nous oblige à distinguer dans Paul ce qui est de l'ordre de déclarations dogmatiques, c'est-à-dire des choses qui vaudraient pour toutes les cultures, pour tous les temps, et ce qui est de l'ordre du précepte disciplinaire, ce qui est lié à un contexte donné, et qui donc peut changer. Bon, bah de manière claire, cette question du voile de la femme à l'assemblée, c'est une question culturelle.
Et là, c'est assez génial, parce que, écoutez, moi, je le dis, c'est la première fois dans l'histoire de l'humanité, dans tout ce que j'ai vu, que j'ai vu quelqu'un qui était capable de faire la différence entre le culturel et le cultuel. Je ne sais pas si tout le monde voit bien, mais… là-dedans, vous avez toute la liberté chrétienne qui est en train de s'instaurer. Ce paragraphe sur le voile chrétien, si jamais on en a une lecture un peu au ras des pâquerettes, on trouve que c'est hyper contraignant. Si jamais on a vraiment une analyse fine du texte, c'est une révolution morale qui est en train d'arriver. Ce qu'on appelle la distinction entre les principes et les préceptes.
Je reprends un petit peu dans le texte : il était question du repas du Seigneur. Je note, en passant, que c'est le récit le plus ancien de l'institution eucharistique. Ça, ça a été écrit avant les évangiles. C'est un passage important pour parler de la transsubstantiation, le fait que le pain, au cours de la messe, devienne le corps du Christ. Verset 29 :
Celui qui mange et qui boit, mange et boit son propre jugement, s'il ne discerne pas le corps du Christ.
J'en arrive au chapitre 12, le passage célébrissime sur la diversité des charismes. On s'arrête deux secondes. L'église de Corinthe était une église extrêmement fervente, qui était caractérisée par des manifestations de l'Esprit extraordinaires. Il y avait des extases, il y avait des dons pour parler en langues, il y avait des guérisons. Et non seulement ça avait tendance parfois à partir un peu dans tous les sens, mais aussi c'est comme si on avait le sentiment que les Corinthiens y prêtaient un peu trop d'importance et cherchaient d'abord l'extraordinaire avant la rigueur de l'Évangile.
D'où quelques principes que rappelle Paul. Le signe le plus sûr de l'Esprit, ce n'est pas la puissance spectaculaire, mais c'est la confession de Jésus comme Seigneur. C'était le verset 3. Ensuite, deuxième critère : les charismes ou les manifestations extraordinaires ne sont pas d'abord des expériences individuelles, mais doivent être tournés vers le bien de la communauté.
Et de là, saint Paul développe l'image centrale de tout son raisonnement. L'Église doit être pensée comme un corps, et pas n'importe lequel, le corps du Christ. Vous aviez un passage extraordinaire sur la description du corps du Christ. Comme il était assez simple, je vais me permettre de ne pas trop le commenter pour passer tout de suite à la suite.
Pour bien organiser tout ça, Paul établissait une sorte de hiérarchie qui n'est pas à prendre trop au pied de la lettre, mais quand même, quand il vous dit : « Dieu a placé dans l'Église premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les docteurs, puis les miracles, les dons de guérison, l'aide, le gouvernement, la diversité des langues », Paul commence à distinguer entre les charismes individuels et les charismes de l'institution. C'est toute une réflexion entre charisme d'un côté et institution de l'autre que Paul est en train d'inaugurer.
Prière
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur Jésus, tu nous as rassemblés en un seul corps par l'unique Esprit. Apprends-nous à reconnaître la dignité de chaque membre, à honorer ceux qui paraissent faibles, à mettre nos dons au service de tous. Donne-nous d'accueillir la diversité comme une richesse et de demeurer unis dans ton amour, pour que ton Église soit le reflet de ton corps vivant dans le monde. Amen.