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Jour 339 ☼ — Dieu enferme pour mieux sauver

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Résumé : Épisode de transition où le frère Paul-Adrien achève avec saint Paul la grande question d'Israël avant d'ouvrir la partie sur la vie nouvelle dans le Christ. La lecture de Romains 11 déploie la théologie du reste, l'image de l'olivier sauvage greffé sur l'olivier cultivé, et culmine dans cette parole : « Dieu a enfermé tous les hommes dans le refus de croire pour faire à tous miséricorde. » Romains 12 enchaîne avec les dons de l'Esprit et les règles concrètes de la charité, jusqu'au « sois vainqueur du mal par le bien ». Le commentaire quitte l'explication de texte pour traiter une question théologique délicate : le statut d'Israël pour un chrétien, entre juifs messianiques, double dispensation de la Bible Scofield, supersessionnisme, et la position de Vatican II dans Nostra Aetate.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Aujourd'hui, ce sera un chapitre de transition. On va boucler la conversation qu'on avait commencée sur Israël, et puis de là, on partira sur une nouvelle partie. Souvenez-vous, avant qu'on parle d'Israël, saint Paul était en train de nous faire le récit de sa propre conversion, vu du point de vue du bouleversement psychologique. Et voilà que maintenant, il va nous parler ensuite des fruits de l'Esprit, la nouvelle manière de vivre dans le Christ.

Vous verrez la dernière phrase de ce chapitre, qui est pour moi une de mes phrases très, très importantes, une de ces phrases qui me font vivre : « Ne soyez pas vainqueur du mal par le mal, mais soyez vainqueur du mal par le bien. » Mais ça, c'est pour la fin du chapitre.

On va recommencer, comme je vous le disais, sur Israël. La conversion d'Israël, qui est envisagée comme un signe de la fin des temps. Alors, c'est peut-être un petit mot, parce que vous allez voir, dans l'argumentaire, il va utiliser ce qu'on appelle la théologie du reste. Souvenez-vous, la théologie du reste, ça nous ramène dans le premier livre des Rois, quand Élie était en haut d'une montagne et que Dieu lui était apparu dans le fin murmure du silence, pour lui dire qu'il allait mettre le plan A de côté. Le plan A, c'était les rois d'Israël — si tant est que la monarchie ait jamais été un plan A. Mais enfin, vu ce que sont devenus les rois, en tout cas, on le met de côté pour passer à un plan B. Le plan B, c'était : on sauve ce qu'on peut, et à partir de là, on va reconstruire tout le reste.

Bonne écoute.

Lecture : Romains 11

Je pose donc la question : Dieu a-t-il rejeté son peuple ? Pas du tout. Moi-même, en effet, je suis israélite, de la race d'Abraham, de la tribu de Benjamin. Dieu n'a pas rejeté son peuple, que d'avance il connaissait.

Ne savez-vous pas ce que dit l'Écriture dans l'histoire d'Élie, lorsqu'il en appelle à Dieu contre Israël ? Il disait : « Seigneur, ils ont tué tes prophètes et renversé tes autels. Je suis le seul à être resté, et ils en veulent à ma vie. » Mais quelle est la réponse divine ? « Je me suis réservé sept mille hommes, ceux qui n'ont pas fléchi le genou devant Baal. »

C'est de la même manière qu'il y a donc aussi, dans le temps présent, un reste choisi par grâce. Et si c'est par grâce, ce n'est pas par les œuvres, autrement la grâce ne serait plus la grâce.

Que dire alors ? Ce qu'Israël recherche, il ne l'a pas obtenu ; mais ceux qui ont été choisis l'ont obtenu, tandis que les autres ont été endurcis. Comme le dit l'Écriture : « Dieu leur a donné un esprit de torpeur, des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre, jusqu'au jour d'aujourd'hui. » Et David ajoute : « Que leur table devienne un piège, une trappe, une occasion de chute, une juste rétribution. Que leurs yeux s'obscurcissent pour qu'ils ne voient plus. Fais-leur sans cesse courber le dos. »

Je pose encore une question : ceux d'Israël ont-ils trébuché pour vraiment tomber ? Pas du tout. Mais leur faute procure aux nations païennes le salut, pour qu'ils en deviennent jaloux. Or, si leur faute a été richesse pour le monde, si leur amoindrissement a été richesse pour les nations, combien plus sera leur rassemblement !

Je vous le dis, à vous qui venez des nations païennes : si je suis, moi, apôtre des nations, j'honore mon ministère, mais c'est dans l'espoir de rendre jaloux mes frères selon la chair et d'en sauver quelques-uns. Si, en effet, le monde a été réconcilié avec Dieu quand ils ont été mis à l'écart, qu'arrivera-t-il quand ils seront réintégrés ? Ce sera la vie pour ceux qui étaient morts.

Si la partie de la pâte prélevée pour Dieu est sainte, toute la pâte l'est. Si la racine de l'arbre est sainte, les branches le sont aussi.

De ces branches, quelques-unes ont été coupées, alors que toi, olivier sauvage, tu as été greffé parmi les branches, et tu as part désormais à la sève que donne la racine de l'olivier. Alors, ne sois pas plein d'orgueil envers les branches. Malgré tout ton orgueil, ce n'est pas toi qui portes la racine, c'est la racine qui te porte.

Tu vas me dire : « Les branches ont été coupées pour que moi je sois greffé. » Fort bien. Mais c'est à cause de leur manque de foi qu'elles ont été coupées, tandis que toi, c'est par la foi que tu tiens bon. Ne fais donc pas le fanfaron, sois plutôt dans la crainte. Car si Dieu n'a pas épargné les branches d'origine, il ne t'épargnera pas non plus.

Observe donc la bonté et la rigueur de Dieu : rigueur pour ceux qui sont tombés, et bonté de Dieu pour toi, si tu demeures dans cette bonté ; autrement, toi aussi tu seras retranché. Quant à eux, s'ils ne demeurent pas dans leur manque de foi, ils seront greffés, car Dieu est capable de leur redonner leur place en les greffant. En effet, toi qui étais par ton origine une branche d'olivier sauvage, tu as été greffé, malgré ton origine, sur un olivier cultivé. À plus forte raison, ceux-ci, qui sont d'origine, seront greffés sur leur propre olivier.

Frères, pour vous éviter de vous fier à votre propre jugement, je ne veux pas vous laisser dans l'ignorance de ce mystère : l'endurcissement d'une partie d'Israël s'est produit pour laisser à l'ensemble des nations le temps d'entrer. Et c'est ainsi qu'Israël tout entier sera sauvé, comme dit l'Écriture.

Certes, par rapport à l'Évangile, ils sont des adversaires, et cela à cause de vous ; mais par rapport au choix de Dieu, ils sont des bien-aimés, et cela à cause de leurs pères. Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance.

Jadis, en effet, vous avez refusé de croire en Dieu, et maintenant, par suite de leur refus de croire, vous avez obtenu miséricorde. De même, maintenant, ce sont eux qui ont refusé de croire, par suite de la miséricorde que vous avez obtenue, mais c'est pour qu'ils obtiennent miséricorde eux aussi. Dieu, en effet, a enfermé tous les hommes dans le refus de croire pour faire à tous miséricorde.

Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu ! Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables. Qui a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été son conseiller ? Qui lui a donné en premier et mériterait de recevoir en retour ? Car tout est de lui, et par lui, et pour lui. À lui la gloire pour l'éternité. Amen.

Lecture : Romains 12

Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps — votre personne tout entière — en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c'est là, pour vous, le culte rationnel. Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait.

Par la grâce qui m'a été accordée, je dis à chacun d'entre vous : n'ayez pas de prétention déraisonnable, mais pensez à être raisonnable, chacun dans la mesure de la mission que Dieu lui a confiée. Prenons une comparaison : en un corps unique, nous avons plusieurs membres, qui n'ont pas tous la même fonction. De même, nous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul corps dans le Christ, et membres les uns des autres, chacun pour sa part.

Et selon la grâce que Dieu nous a accordée, nous avons reçu des dons qui sont différents. Si c'est le don de prophétie, que ce soit à proportion du message confié. Si c'est le don de servir, que l'on serve. Si l'on est fait pour enseigner, que l'on enseigne ; pour réconforter, que l'on réconforte. Celui qui donne, qu'il soit généreux. Celui qui dirige, qu'il soit empressé. Celui qui pratique la miséricorde, qu'il ait le sourire.

Que votre amour soit sans hypocrisie. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien. Soyez unis les uns aux autres par l'affection fraternelle. Rivalisez de respect les uns pour les autres. Ne ralentissez pas votre élan, restez dans la ferveur de l'Esprit, servez le Seigneur. Ayez la joie de l'espérance, tenez bon dans l'épreuve, soyez assidus dans la prière. Partagez avec les fidèles qui sont dans le besoin, pratiquez l'hospitalité avec empressement.

Bénissez ceux qui vous persécutent ; souhaitez-leur du bien et non pas du mal. Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. Soyez bien d'accord les uns avec les autres. N'ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. Ne vous fiez pas à votre propre jugement.

Ne rendez à personne le mal pour le mal. Appliquez-vous à bien agir aux yeux de tous les hommes. Autant que possible, pour ce qui dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. Bien-aimés, ne vous faites pas justice vous-mêmes, mais laissez agir la colère de Dieu. Car l'Écriture dit : « C'est à moi de faire justice, c'est moi qui rendrai à chacun ce qui lui revient, dit le Seigneur. » Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s'il a soif, donne-lui à boire. En agissant ainsi, tu entasseras sur sa tête des charbons ardents. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien.

Commentaire

Une fois n'est pas coutume, on ne va pas faire un commentaire de texte. On va partir du côté d'une question théologique délicate, qui correspond bien à ce que nous venons de lire : c'est la question du statut d'Israël quand on est chrétien.

Et pour aborder cette question, je pars de ce verset, le verset 24 :

L'endurcissement d'une partie d'Israël s'est produit pour laisser à l'ensemble des nations le temps d'entrer. Et c'est ainsi qu'Israël tout entier sera sauvé.

Ce que saint Paul vous dit, c'est qu'un jour, Israël se convertira, et que ce sera un des signes de la fin des temps. Pour saint Paul, c'est une manière de mettre du baume sur son petit cœur blessé. Oui, mais regardez les interprétations qu'on a faites de ce verset.

Par exemple, XIXe-XXe siècle : ça a amené tout un mouvement d'évangélisation, principalement de la part d'Églises protestantes, pour convertir Israël et hâter la fin des temps. Ça a donné naissance, par exemple, aux juifs messianiques. Alors, les juifs messianiques, c'est à la fois très bien, et en même temps ce n'est pas sans poser de questions sur leur rapport avec l'Église. Mais ça, ça vous donne une première manière d'interpréter ce verset.

Mais il y en a d'autres, et là, ça devient un peu plus délicat. On reprend ce verset, qu'on va isoler de tout le reste de la pensée paulinienne, et on va dire, par exemple, que c'est la preuve que Dieu va rétablir à la fin des temps le royaume israélite pour sauver les juifs. Comme s'il allait y avoir, à la fin des temps, une double alliance : une alliance de Dieu avec les chrétiens pour sauver les chrétiens, et une alliance de Dieu avec les juifs, qui va recommencer, pour sauver les juifs en tant que juifs. Ça, c'est ce qu'on appelle la double dispensation. C'est apparu au XIXe siècle dans une secte protestante qu'on appelle la Communauté fraternelle de Plymouth, avec Darby.

Alors ça, pour l'instant, ça ne vous dit rien. Mais attendez la suite. Cette théologie de la double dispensation va être introduite dans les notes de bas de page de la Bible Scofield. La Bible Scofield, ça va être LA plus grande Bible américaine au début du XXe siècle. Et c'est ainsi que, maintenant, vous avez des millions et des millions de dollars qui sont subventionnés par des Églises évangéliques pour aider Israël dans sa politique en Terre sainte. Bon, inutile de vous dire que cette théorie des deux alliances parallèles, ce n'est pas franchement la pensée de saint Paul. En tout cas, vous voyez comment, tout de suite, ça devient beaucoup plus délicat.

Mais attendez, ce n'est pas fini, parce qu'on pourrait aller encore de l'autre côté. Par exemple, en disant que l'Église a remplacé Israël. On appelle ça le supersessionnisme, qui est un mot assez compliqué, assez barbare. Tout simplement, c'est ce qu'on appelle : Israël avait un rôle, oui, mais un rôle provisoire, et Dieu lui a substitué maintenant l'Église. Eh bien, d'un point de vue historique, c'est ce qui a nourri, en bonne partie, l'antisémitisme chrétien.

Bon, maintenant, là aussi, il faut quand même dire les choses de manière claire : ce n'est pas ce que dit saint Paul. Saint Paul n'a jamais dit que l'Église avait remplacé Israël. Saint Paul dit que l'Église a été greffée sur Israël. Est-ce que Dieu a rejeté le peuple juif ? Réponse : non. Les dons de Dieu sont sans repentance.

Donc, au concile Vatican II, les Pères conciliaires se sont explicitement penchés sur cette question — ça vous donne Nostra Aetate — pour vous dire que l'Église ne remplace pas Israël, mais que l'Église accomplit Israël, dans le sens où les promesses qui ont été faites à Israël trouvent leur accomplissement dans le Christ.

Eh bien, vous voyez, ça, ça méritait d'être dit. Parce qu'en même temps il faut proposer l'Évangile à la terre entière, juifs compris, et en même temps il faut le faire bien. Et vous voyez que, quand vous ne le faites pas bien, en particulier quand il est question du peuple juif, ça peut devenir tout de suite très délicat et très problématique.

Je vous redonne la phrase de saint Paul à propos de tout ce beau monde, qui est encore une de ces phrases qui, moi, font ma vie :

Dieu a enfermé tous les hommes dans le péché pour leur faire à tous miséricorde.

Proverbes 29,1-3

Qui raidit la nuque sous la critique sera brisé soudain, sans appel.

Quand se multiplient les justes, le peuple est en joie ; sous la domination des méchants, il gémit.

Qui a la sagesse pour amie réjouit son père, et qui fréquente les prostituées y perdra son bien.


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