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Rm 11,1-36
Liturgie · samedi, 30ᵉ sem. ordinaire (impaire)
Bible Crampon (1923)

1 Je dis donc : Est-ce que Dieu a rejeté son peuple ? Loin de là ! Car moi aussi, je suis Israélite, de la postérité d'Abraham, de la race de Benjamin.

2 Non, Dieu n'a pas rejeté son peuple, qu'il a connu d'avance. Ne savez-vous pas ce que l'Ecriture rapporte dans le chapitre d'Elie, comment il adresse à Dieu cette plainte contre Israël :

3 " Seigneur, ils ont tué vos prophètes, ils ont renversé vos autels, je suis resté moi seul, et ils en veulent à ma vie. "

4 Mais que lui répond la voix divine ? " Je me suis réservé sept mille hommes qui n'ont pas fléchi le genou devant Baal. "

5 De même aussi, dans le temps présent, il y a une réserve selon un choix de grâce.

6 Or, si c'est par grâce, ce n'est plus par les œuvres ; autrement la grâce cesse d'être une grâce. [Et si c'est par les œuvres, ce n'est plus une grâce ; autrement l'œuvre cesse d'être une œuvre.]

7 Que dirons-nous donc ? Ce qu'Israël cherche, il ne l'a pas obtenu ; mais ceux que Dieu a choisis l'ont obtenu, tandis que les autres ont été aveuglés,

8 selon qu'il est écrit : " Dieu leur a donné un esprit d'étourdissement, des yeux pour ne point voir, et des oreilles pour ne point entendre, jusqu'à ce jour. "

9 Et David dit : " Que leur table leur devienne un piège, un lacet, un trébuchet et un juste châtiment !

10 Que leurs yeux soient obscurcis pour ne point voir ; tiens leur dos continuellement courbé ! "

11 Je demande donc, Ont-ils bronché, afin de tomber pour toujours ? Loin de là ! mais par leur chute, le salut est arrivé aux Gentils, de manière à exciter la jalousie d'Israël.

12 Or, si leur chute a été la richesse du monde, et leur amoindrissement la richesse des Gentils, que ne sera pas leur plénitude !

13 En effet, je vous le dis, à vous, chrétiens nés dans la gentilité : moi-même, en tant qu'apôtre des Gentils, je m'efforce de rendre mon ministère glorieux,

14 afin, s'il est possible, d'exciter la jalousie de ceux de mon sang, et d'en sauver quelques-uns.

15 Car si leur rejet a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration, sinon une résurrection d'entre les morts ?

16 Si les prémices sont saintes, la masse l'est aussi ; et si la racine est sainte, les branches le sont aussi.

17 Mais si quelques-unes des branches ont été retranchées, et si toi, qui n'étais qu'un olivier sauvage, tu as été enté à leur place et rendu participant de la racine et de la sève de l'olivier,

18 ne te glorifie pas à l'encontre des branches. Si tu te glorifies, sache que ce n'est pas toi qui portes la racine, mais que c'est la racine qui te porte.

19 Tu diras donc : Ces branches ont été retranchées, afin que moi je fusse enté.

20 Cela est vrai ; ils ont été retranchés à cause de leur incrédulité, et toi, tu subsistes par la foi ; garde-toi de pensées orgueilleuses, mais crains.

21 Car si Dieu n'a pas épargné les branches naturelles, crains qu'il ne t'épargne pas non plus.

22 Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu : sa sévérité envers ceux qui sont tombés, et sa bonté envers toi, si tu te maintiens dans cette bonté ; autrement toi aussi tu seras retranché.

23 Eux aussi, s'ils ne persévèrent pas dans leur incrédulité, ils seront entés ; car Dieu est puissant pour les enter de nouveau.

24 Si toi, tu as été coupé sur un olivier de nature sauvage, et enté, contrairement à ta nature, sur l'olivier franc, à plus forte raison les branches naturelles seront-elles entées sur leur propre olivier.

25 Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère, afin que vous ne soyez pas sages à vos propres yeux : c'est qu'une partie d'Israël est tombée dans l'aveuglement jusqu'à ce que la masse des Gentils soit entrée.

26 Et ainsi tout Israël sera sauvé, selon qu'il est écrit : " Le libérateur viendra de Sion, et il éloignera de Jacob toute impiété ;

27 et ce sera mon alliance avec eux, lorsque j'aurai ôté leurs péchés. "

28 Il est vrai, en ce qui concerne l'Evangile, ils sont encore ennemis à cause de vous ; mais eu égard au choix divin, ils sont aimés à cause de leurs pères.

29 Car les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance.

30 Et comme vous-mêmes autrefois vous avez désobéi à Dieu, et que, par le fait de leur désobéissance, vous avez maintenant obtenu miséricorde,

31 de même, eux aussi, ils ont maintenant désobéi, à cause de la miséricorde qui vous a été faite, afin qu'ils obtiennent également miséricorde.

32 Car Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance, pour faire miséricorde à tous.

33 O profondeur inépuisable et de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont insondables et ses voies incompréhensibles !

34 Car " qui a connu la pensée du Seigneur ou qui a été son conseiller ? "

35 Ou bien " qui lui a donné le premier, pour qu'il ait à recevoir en retour ?

36 De lui, par lui et pour lui sont toutes choses. A lui la gloire dans tous les siècles ! Amen !

— Rm 11,1-36 —
Commentaire

DE LA LETTRE AUX ROMAINS

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Romains est la plus longue, la plus importante et la mieux structurée des lettres de Paul.

Son interprétation a été décisive dans les grands moments de crise de l'Eglise, surtout au 5ème siècle (face à l'hérésie du moine Pélage : l'homme gagne son salut par son effort personnel), et au 16ème siècle (Luther et Calvin se séparent de Rome).

C'est à partir de leur relecture de la Lettre aux Romains que les Réformés et les Luthériens du 16ème siècle ont formulé leurs thèses sur le salut de Dieu par la grâce acceptée dans la foi.

Cette lettre a été écrite par Paul lui-même (en la dictant à un secrétaire-écrivain) au printemps de 57 ou de 58, et probablement depuis Corinthe. On n'a jamais mis en doute son authenticité.

Paul estime avoir terminé son oeuvre apostolique en Orient. Il forme donc le projet de passer par Rome pour aller en Espagne (15, 19 - 31).Il envoie donc d'avance aux chrétiens de Rome ce qui représente le coeur de sa prédication et de son Evangile.

En effet, cette Lettre aborde en profondeur les points les plus centraux du message chrétien : la puissance du salut de Dieu, présenté comme une grâce à recevoir dans la foi, pour en être transformé. C'est une vie avec le Christ ressuscité, mais marquée par l'événement suprême du dessein de salut de Dieu que constituent enemble la prédication, le témoignage, la mort et la résurrection de Jésus. L'Esprit Saint que nous avons reçu insère en nous toute la richesse de vie et de nouveauté, qui est le fruit de cet événement unique.

Cet enseignement à la fois général, et sans doute adapté à des circonstances particulières de l'Eglise de Rome, se réalise en deux parties : - l'une doctrinale (1 - 11), - l'autre exhortative, pour encourager à une manière de vivre avec et selon le Christ, et qui traite de différents aspects de notre existence humaine (12 - 16).

La partie proprement doctrinale de la Lettre de Paul aux Romains (1, 16 - 11, 36), qui commence dès la fin des présentations (1, 1 - 15), est toute entière consacrée à la Bonne Nouvelle ou l'Evangile de Dieu qui nous vient de notre Seigneur Jésus le Christ, et elle se développe en trois thèmes : - La justice de Dieu nous est révélée par l'Evangile comme force de justice pour qui l'accueille avec foi (1, 16 - 4, 25), - L'amour de Dieu assure le salut à ceux qui sont justifiés par la foi (5, 1 - 8, 39), - Cette réalisation du salut de Dieu n'est pas en contradiction avec la promesse de Dieu faite jadis à Israël (9, 1 - 11, 36)

A côté de cette répartition de cette Lettre en deux parties, comme il vient d'être indiqué, on peut tout aussi bien n'y voir, d'un bout à l'autre que le développement, en trois temps successifs, d'une seule idée force très prégnante : - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière selon laquelle Dieu traite les Juifs et les paiens (1 - 8), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la manière dont Dieu traite le peuple d'Israël (9 - 11), - la justice miséricordieuse de Dieu se manifeste dans la vie de ceux qui croient au Christ. (12 - 15).


Selon le premier découpage de cette Lettre, que nous continuons de suivre, Paul développe maintenant une 3ème série d'arguments autour d'un 3ème thème : L'amour de Dieu assure le salut à ceux qui sont justifiés par la foi (9, 1 - 11, 36).

Ce thème est développé successivement en quatre points :

  • Paul nous partage d'abord sa lamentation sur ses frères, les Juifs, dont il s'est séparé en suivant Jésus (9, 1 - 5),
  • Ce que vit maintenant Israël n'est pas en contradiction avec le Projet de salut de Dieu depuis Abraham, à travers l'histoire des hommes, (9, 6 - 29),
  • L'échec d'Israël vient de son propre refus du salut de Dieu en Jésus Christ (9, 30 - 10, 21).
  • Cet échec d'Israël n'est, en définitive, que partiel et temporaire (11, 1 - 36).

Nous nous trouvons ainsi aujourd'hui au terme de la 3ème section de cette grande partie "doctrinale" de cette Lettre aux Romains : l'achèvement du salut de Dieu en Jésus, qui nous est communiqué comme une force transformante de notre être tout entier par la foi qui justifie, ne contredit pas pour autant les promesses faites par Dieu à l'ancien Israël.

En conséquence, Paul va conclure que cette séparation présente d'Israël est partielle et temporaire et que l'unité se fera, au moins à la fin des temps, entre Israël et I'Eglise de Jésus (11, 1 - 36).

C'est ce chapitre 11 que nous lisons dans notre page couvrant les lectures liturgiques Catholiques Romaines de ces deux jours. (11, 1 - 36).

2. Message

Même si Paul, dans son argumentation, a écrit des choses désagréables à propos d'lsraël, n'hésitant pas à dire, d'une part, que l'incroyance présente de ce peuple élu demeure en accord avec le plan de Dieu qui appelle tous les hommes tout-à-fait gratuitement (chapitre 9), et que, d'autre part, l'incroyance d'lsraël n'est dûe qu'à son endurcissement (chapitre 10), Paul s'oriente cependant vers une solution positive.

Déjà, en 9, 27, il avait laissé entendre qu'un reste d'lsraël serait sauvé. C'est ce point qu'il développe de nouveau dans l'ensemble de ce chapitre 11 qui forme notre passage, en affirmant que l'incroyance d'Israël n'est que partielle (11, 1 - 10), qu'elle n'est tout au plus que temporaire (11, 11 - 24), et que, selon le plan de Dieu, sa miséricorde se manifestera à l'égard de tous les hommes quels qu'ils soient, donc, y compris les Juifs qui n'acceptent pas Jésus comme Messie.

Et Paul de conclure par une hymne à la miséricorde inimaginable et suprême de Dieu (11, 33 - 36).

En effet, cette miséricorde de Dieu sera manifestée à tous à la fin des temps. En conséquence, les païens devenus chrétiens doivent dépasser une vision facile et étroite de l'histoire du salut et accepter de découvrir des aspects insoupçonnés du mystère de Dieu et de ses secrets.

Selon ce mystère, de même qu'en corrélation avec le refus d'Israël de croire en Jésus, les païens ont pu accueillir la prédication apostolique et sont devenus membres de l'Eglise, de même tout Israël finira par être sauvé, lorsque l'évangélisation de l'ensemble de I'humanité aura atteint le niveau de plénitude qui convient à Dieu et qu'il lui appartient, à lui seul, d'estimer.

Dieu continue d'aimer les Juifs à cause des promesses qu'il a faites à leurs pères, car son appel et ses dons sont irrévocables. Dieu est toujours fïdèle, quelle que soit la réponse de l'homme, comme tous les prophètes de l'Ancien Testament I'ont toujours souligné.

Toutes les paroles, initiatives et gestes de Dieu font partie de son unique projet et concernent ainsi le salut de tous : c'est pourquoi, la miséricorde de Dieu, offerte aux païens qui ont reçu dans leur vie le témoignage de Jésus, sera de nouveau offerte mystérieusement à tout Israël.

Ainsi, païens et Juifs qui, tour à tour, et à leur façon, ont tous désobéi à Dieu par leur incroyance, leur péché ou le refus du Royaume annoncé par Jésus, seront tous enveloppés et saisis définitivement par la miséricorde de Dieu.

On comprend que Paul soit ainsi conduit à chanter son hymne à la sagesse extraordinairement miséricordieuse de Dieu, hymne toute d'admiration et d'action de grâces. Dieu fait toujours bien toutes choses, sa prise en charge de tous les hommes est sans limites et s'étend bien au-delà de nos conceptions.

Paul cite conjointement Isaïe, 40, 13 et Job (peut-être Job, 41, 3, ou encore Job, 35, 7 ou 41, 1), pour situer Dieu au delà de toutes nos logiques et approches, mais comme celui dont tout dépend. D'où la grande affirmation qui précède la doxologie finale : tout est de lui, par lui et pour lui.

3. Decouvertes

Paul exprime sa ferme conviction du salut collectif du peuple Juif, en écho à Isaïe, 60, 21 - 22. Comme il n'explicite pas le "comment" de cette réalisation, deux explications différentes en ont été données :

  • l'une, théologique, admet que Dieu sauvera Israël, en pure miséricorde, et indépendamment de toute acceptation par Israël de Jésus comme Messie. Ce qui revient à dire que Dieu lui-même viendra sauver Israël d'une manière particulière, sans la participation de Jésus.

  • la seconde explication, christologique, fait du Christ de la fin des temps le "libérateur" mentionné au verset 26, dans la citation d'Isaïe 59, 20 - 21. Ainsi s'achèvera, en plénitude et de manière étendue à tous les hommes sans distinction, la Nouvelle Alliance déjà accomplie par Jésus en sa mort-résurrection (voir Jérémie, 31, 33). Ce qui implique une conversion de l'ensemble d'Israël au Christ à la fin ultime des temps.

Cette seconde explication semble bien être la seule qui respecte la pensée de Paul, qui n'a jamais envisagé un salut opéré par Dieu pour les Juifs, qui serait différent d'un salut accompli par le Christ pour le reste de l'humanité. Sinon, comment aurait-il pu parler, comme il l'a fait avec tant de force, de la justification accomplie chez tous les hommes par la grâce de Dieu accueillie dans la foi ?

4. Prolongement

L'inconcevable mystère de Dieu, c'est qu'il nous sauve, qu'il nous offre sa grâce et son Esprit Saint, quel qu'ait pu être, ou soit encore, notre péché, notre refus de son salut.

A tous les hommes, son Amour miséricordieux et sa proximité (qui a jusqu'au partage de sa vie) sont proposés dans l'accueil de l'accomplissemnt de la mission de Jésus le Christ.

Ce que Dieu attend de nous, et de tous, c'est cette ouverture à la communication de la richesse de son don. Ouverture qui s'appelle "pauvreté du coeur" et "remise de soi dans l'abandon plein de confiance" à Celui qui nous demande de l'appeler "Père".

Prière

Seigneur Jésus, que ton Esprit Saint grave en nos coeurs cet accueil de l'au-delà infini de Dieu, et chante sans cesse en nous, et avec nous, la louange de Dieu liée à cette extrordinaire découverte :