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Rm 13,8-10
Liturgie · 23ᵉ dim. ordinaire A · 6 septembre 2026
AELF · Bible liturgique

Frères,

8 ne gardez aucune dette envers personne,

sauf la dette de l'amour mutuel,

car celui qui aime les autres

a parfaitement accompli la Loi.

9 Ce que dit la Loi :

Tu ne commettras pas d'adultère,

tu ne commettras pas de meurtre,

tu ne commettras pas de vol,

tu ne convoiteras rien,

ces commandements et tous les autres

se résument dans cette parole :

Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

10 L'amour ne fait rien de mal au prochain.

Donc l'accomplissement parfait de la Loi,

c'est l'amour.

Rm 13,8-10
Commentaire

Pour comprendre cette lecture d'aujourd'hui sans la réduire, il faut la replacer dans son contexte. Depuis le chapitre 12 de sa lettre aux Romains, Paul donne des conseils aux Chrétiens sur la question la plus difficile peut-être à toutes les époques : comment vivre concrètement en Chrétiens dans un monde qui ne l'est pas ? Vivre en chrétien, c'est, comme il l'a dit plus haut, faire de toute notre vie quotidienne un véritable hommage à Dieu, un « sacrifice saint », une chose sacrée ; c'était notre lecture de dimanche dernier, et il avait ajouté : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu. » C'était logique : un Chrétien cherche en permanence à « reconnaître quelle est la volonté de Dieu ».

Aujourd'hui, nous sommes au chapitre 13 de cette même lettre ; Paul entre dans le concret de la vie sociale, le rapport avec les autorités. Quand on lit l'ensemble du chapitre, on constate presque avec étonnement les précisions qu'il donne sur les obligations des citoyens : le respect des tribunaux, le paiement de l'impôt et des taxes, la soumission à toutes les autorités. Pour résumer, on pourrait dire : un bon Chrétien se doit d'être un bon citoyen. D'entrée de jeu, il affirme : « Que tout homme soit soumis aux autorités qui exercent le pouvoir ». Soyons francs, cette consigne a dû en surprendre plus d'un.

Dans le monde juif de l'Ancien Testament, de tels propos n'auraient surpris personne, car le pouvoir politique était entre les mains des autorités religieuses ; la loi civile ne se distinguait pas de la Loi de Dieu. C'est dans cette optique-là que Jésus avait pu dire à la foule et à ses disciples : « Les scribes et les Pharisiens siègent dans la chaire de Moïse ; faites donc et observez tout ce qu'ils peuvent vous dire... » (Mt 23, 1)

Mais on ne pouvait pas en dire autant du monde romain ; les autorités en question étaient les empereurs romains et toute la hiérarchie de leurs gouverneurs, magistrats et soldats dont la volonté de Dieu était évidemment le moindre souci ! Et si Paul avait pu écrire : « Ne vous conformez pas au monde présent », c'est bien parce que l'idéal de la société romaine était, sur certains points, aux antipodes de l'idéal chrétien. Alors, obéir à une autorité baignant dans le paganisme était-il possible ? C'est la question qui a été posée à Paul certainement, et qui est à l'origine de notre texte.

Paul répond en deux points :

Premièrement, ne prenez pas prétexte de votre appartenance chrétienne pour fuir vos responsabilités de citoyens ; son argument est le suivant : « Il n'y a d'autorité que par Dieu et celles qui existent sont établies par Lui. » (On trouve cela au début de ce chapitre). On entend résonner ici la phrase de Jésus à Pilate : « Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir s'il ne t'avait été donné d'en haut. » (Jn 19, 11). Autre argument, les lois civiles poursuivent le bien elles aussi ; dans tous les pays du monde, la loi est normalement au service de la justice et de la défense des faibles. Paul dit : « L'autorité civile est au service de Dieu pour t'inciter au bien... et elle poursuit les malfaiteurs. » Visiblement, Paul ne traite pas ici du problème des lois iniques. D'autre part, il faut se souvenir que les Juifs (et avec eux les premiers Chrétiens, puisque les Romains ne faisaient pas encore la différence) étaient dispensés des lois romaines qui choquaient leur conscience : par exemple brûler de l'encens devant la statue de l'empereur, ou bien faire le service militaire. Donc premier point, obéissez sans hésiter aux lois romaines qui vous sont imposées (puisque vous êtes exemptés de celles qui sont contraires à notre religion).

Deuxième point, il ne suffit pas d'être un bon citoyen et d'être parfaitement en règle avec l'autorité civile pour être un bon Juif ou un bon Chrétien ; quand vous êtes en règle avec la loi civile, nous dit Paul, vous n'êtes pas allés jusqu'au bout de la charité ; c'est le sens de la première phrase de notre lecture d'aujourd'hui : « Ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l'amour mutuel » : « ne gardez aucune dette envers personne », c'est-à-dire soyez en règle avec tous ; « sauf la dette de l'amour mutuel », c'est-à-dire « quand vous serez en règle avec tous » il faudra aller encore plus loin. Car, déjà dans l'Ancien Testament, on avait compris que le fin mot de la Loi donnée par Dieu, c'est d'aimer nos frères. Pour le dire autrement, on avait compris qu'il ne suffit pas de dire : je n'ai pas tué, pas volé, pas commis l'adultère... on savait bien qu'il faut encore aller plus loin ; je cite Paul : « Ce que dit la Loi de Moïse : Tu ne commettras pas d'adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, tu ne convoiteras rien, ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Cela veut bien dire que pour être en règle avec la Loi de Moïse, il ne suffisait pas de ne pas faire de mal, il fallait surtout aimer. Cela exige une conversion profonde, on le sait bien.

C'est pourquoi Paul a dit un peu plus haut : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. » Et là, nous aurons peut-être des surprises : c'est l'histoire de celui que Matthieu appelle le jeune homme riche. Il avait demandé à Jésus : « Que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? » Et Jésus avait répondu « Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements. » Là-dessus, le jeune homme était parfaitement en règle ; alors Jésus l'avait appelé à aller plus loin et à le suivre au service des hommes : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres... puis viens, suis-moi. »

Une chose est sûre, la décision de suivre le Christ peut nous mener très loin !

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