Jour 339 ☾ — Aimer, et tout devient lumière
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Résumé : Après avoir gravi les degrés de la réflexion sur les charismes, le frère Paul-Adrien atteint ce qu'il appelle le mont Everest de la première lettre aux Corinthiens : l'hymne à la charité. Il choisit délibérément de ne pas commenter ce chapitre 13, qui n'a pas besoin d'être expliqué mais médité, et invite chacun à le reprendre seul. Son commentaire porte donc sur le chapitre 14 : la glossolalie, que Paul relativise parce qu'elle n'édifie que celui qui la pratique, et le critère d'intelligibilité qu'il applique aussi, en passant, à la messe en latin. Il aborde enfin le verset délicat sur le silence des femmes dans les assemblées, en le confrontant à 1 Corinthiens 11,5 pour montrer qu'il s'agit d'un précepte disciplinaire lié à un contexte, et non d'une règle morale valant pour tous les temps.
Introduction
Première lettre aux Corinthiens : on était en pleine réflexion sur les charismes. On va de sommet en sommet, et là maintenant c'est carrément le mont Everest : l'hymne à la charité. Préparez vos oreilles. Bonne écoute.
Lecture : 1 Corinthiens 13
J'aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, s'il me manque l'amour, je ne suis qu'un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.
J'aurais beau être un prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j'aurais beau avoir toute la foi jusqu'à transporter les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien.
J'aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j'aurais beau me faire brûler vif, s'il me manque l'amour, cela ne me sert à rien.
L'amour prend patience. L'amour rend service. L'amour ne jalouse pas. Il ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil. Il ne fait rien d'inconvenant. Il ne cherche pas son intérêt. Il ne s'emporte pas. Il n'entretient pas de rancune. Il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai. Il supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout.
L'amour ne passera jamais. Les prophéties seront dépassées. Le don des langues cessera. La connaissance actuelle sera dépassée. En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles. Quand viendra l'achèvement, ce qui est partiel sera dépassé.
Quand j'étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j'ai dépassé ce qui était propre à l'enfant.
Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir. Ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle. Ce jour-là, je connaîtrai parfaitement comme j'ai été connu.
Ce qui demeure aujourd'hui, c'est la foi, l'espérance et la charité. Et la plus grande des trois, c'est la charité.
Lecture : 1 Corinthiens 14
Efforcez-vous d'atteindre la charité. Recherchez avec ardeur les dons spirituels, surtout celui de prophétie. En effet, celui qui parle en langue ne parle pas pour les hommes, mais pour Dieu. Personne ne comprend, car sous l'effet de l'inspiration, il dit des choses mystérieuses. Mais celui qui prophétise parle pour les hommes : il est constructif, il réconforte, il encourage. Celui qui parle en langue ne construit que pour lui-même, tandis que celui qui prophétise construit l'assemblée de l'Église.
Moi, je souhaiterais que vous parliez tous en langue, mais plus encore que vous prophétisiez. Car prophétiser vaut mieux que parler en langue, à moins qu'on interprète ce qui a été dit en langue. Ainsi, on aide à la construction de l'Église.
D'ailleurs, frères, si je viens chez vous et que je parle en langue, en quoi vous serais-je utile si ma parole ne vous apporte ni révélation, ni connaissance, ni prophétie, ni enseignement ?
Ainsi des objets inanimés comme la flûte ou la cithare : quand ils produisent des sons, s'ils ne donnent pas des notes distinctes, comment reconnaître l'air joué par l'instrument ? Et si la trompette produit des sons confus, qui va se préparer au combat ? Vous de même, si votre langue ne produit pas un message intelligible, comment reconnaître ce qui est dit ? Vous serez de ceux qui parlent pour le vent.
Il y a dans le monde je ne sais combien d'espèces de langages, et personne n'en est dépourvu. Mais si je ne connais pas le sens de ce langage, je serai un barbare pour celui qui parle, et il le sera pour moi.
Alors vous, puisque vous êtes avides d'inspiration, cherchez à progresser, mais en vue de construire l'Église. Dès lors, celui qui parle en langue, qu'il prie pour être capable d'interpréter. Si je prie en langue, mon esprit assurément est en prière, mais mon intelligence reste sans fruit. Que vais-je donc faire ? Je vais prier selon l'inspiration, mais prier aussi avec l'intelligence. Je vais chanter selon l'inspiration, mais chanter aussi avec l'intelligence.
Car si tu prononces une prière de bénédiction selon l'inspiration seulement, alors celui qui est là et qui n'y connaît rien, comment va-t-il répondre « Amen » à ton action de grâce, puisqu'il ne comprend pas ce que tu dis ? Toi, bien sûr, tu fais une belle action de grâce, mais ce n'est pas constructif pour l'autre.
Je parle en langue plus que vous tous, et j'en rends grâce à Dieu. Et quand l'Église est rassemblée, je préfère dire cinq paroles avec mon intelligence, de manière à instruire les autres, plutôt que d'en dire dix mille en langue.
Frères, pour le bon sens, ne soyez pas des enfants. Pour le mal, oui, soyez des petits enfants. Et pour le bon sens, soyez des adultes.
Dans la loi, il est écrit : « C'est par des gens de langue étrangère, par des lèvres d'étrangers que je parlerai à ce peuple, et même ainsi ils ne m'écouteront pas », parole du Seigneur. Cela veut dire que parler en langue est un signe, non pour les croyants, mais pour ceux qui ne croient pas, alors que la prophétie est un signe, non pour ceux qui ne croient pas, mais pour les croyants.
Quand donc l'Église tout entière est rassemblée, si tous parlent en langue et qu'il arrive des gens qui ne sont pas initiés ou ne sont pas croyants, ne vont-ils pas dire que vous délirez ? Si au contraire tous prophétisent, et qu'il arrive un non-croyant ou un non-initié, il se sent mis en question par tous, comme soumis à un examen par tous. Les secrets de son cœur sont mis au grand jour. Il tombera face contre terre pour se prosterner devant Dieu et pour proclamer : « Vraiment, Dieu est parmi vous. »
Alors, frères, quand vous vous réunissez et que chacun apporte un cantique, ou un enseignement, ou une révélation, ou une intervention en langue, ou une interprétation, il faut que tout serve à construire l'Église. Si l'on parle en langue, qu'il y en ait deux à le faire, trois tout au plus, chacun à son tour, et qu'il y ait quelqu'un pour l'interpréter. Mais s'il n'y a pas d'interprète, qu'on se taise dans l'assemblée, qu'on parle pour soi-même et pour Dieu.
Quant aux prophètes, que deux ou trois prennent la parole, et que les autres exercent le discernement. Et si quelqu'un d'autre dans l'assistance reçoit une révélation, que le premier se taise. Vous pouvez tous prophétiser l'un après l'autre : il faut que tous en retirent instruction et réconfort. Les inspirations des prophètes sont sous le contrôle des prophètes, car Dieu n'est pas un Dieu de désordre, mais de paix.
Comme cela se fait dans toutes nos églises, que les femmes gardent le silence dans les assemblées, car elles n'ont pas la permission de parler, mais qu'elles restent dans la soumission, comme le dit la loi. Et si elles veulent obtenir un éclaircissement, qu'elles interrogent leur mari à la maison, car pour une femme, c'est une honte de parler dans l'assemblée.
La parole de Dieu serait-elle venue de chez vous ? Ne serait-elle arrivée que chez vous ? Si quelqu'un pense être prophète ou inspiré par l'Esprit, qu'il reconnaisse dans ce que je vous écris un commandement du Seigneur. S'il ne le reconnaît pas, lui-même ne sera pas reconnu. Ainsi, mes frères, recherchez le don de prophétie, et n'empêchez pas de parler en langue, et que tout se passe dans la dignité et dans l'ordre.
Commentaire
L'hymne à la charité qu'on a entendu… Vous l'aurez lu, hein ? Enfin, ça vous montre qui est saint Paul. Et le but, c'est l'amour. L'amour avec lequel vous aimez sur terre, c'est l'amour avec lequel vous aimerez plus tard au ciel. Aimez, aimez, aimez jusqu'à la folie. Après, il sera trop tard.
Je ne vais pas le commenter plus. Il n'a pas besoin d'être expliqué, il a besoin d'être médité. Mais ça, les enfants, je ne pourrai pas le faire à votre place. Donc, s'il vous plaît, faites-moi plaisir, posez-vous deux secondes et reprenez 1 Corinthiens chapitre 13. Moi, je vais vous parler de ce qu'il y avait dans la suite du texte, le chapitre 14.
D'abord, la glossolalie, le fait de parler en gémissements ineffables. Ce langage inarticulé que le gémissement de l'Esprit Saint en nous suscite, mais qui est difficilement compréhensible. C'est un charisme qui est très apprécié dans certaines églises, même si je note que dans ce passage, Paul a plutôt tendance à le relativiser. Eh oui, parce que ça édifie la personne elle-même. Et c'est vrai que c'est très beau de voir dans certaines assemblées des gens qui se mettent à exprimer ce qu'ils ont dans le fond de leur cœur. Et bien malin qui trouvera les mots exacts pour dire ce que l'Esprit Saint met en nous. Ça vous montre le bouillonnement intérieur, la consolation que l'Esprit Saint leur apporte. Et ça, c'est quand même très, très beau. Par contre, vu que ça n'a pas vocation à être compréhensible par les autres, ça ne bénéficie pas à la communauté tout entière. D'où la petite relativisation que saint Paul opère sur ce charisme. On évitera donc d'en faire le panache de la vie charismatique.
Alors, je note que le même argument vaut pour d'autres types de liturgies. Un coup à gauche, un coup à droite : la messe en latin, c'est difficilement compréhensible par n'importe qui. Du coup, saint Paul la relativiserait de même. Le critère de l'intelligibilité — il faut quand même le noter par souci de vérité historique — c'était ça qui avait amené la réforme grégorienne : on avait imposé la messe en latin partout parce que c'était la langue universelle la plus compréhensible. Alors, avant de m'allumer dans tous les commentaires, moi, je suis désolé, mais je fais juste mon boulot. Je ne m'empêche pas de voir ce qu'il peut y avoir de beau chez les uns comme chez les autres, et comment Dieu a agi et chez les uns et chez les autres. Je ne suis pas en train de poser un jugement. Mais de temps en temps, c'est bien qu'on fasse redescendre un peu la pression aussi. Arrêtons de nous prendre pour quelque chose. C'est juste ça que ça veut dire.
Alors, puisqu'on est dans les sujets délicats, autant qu'on y est, un peu plus, un peu moins : il y avait un autre verset, chapitre 14, verset 33, où Paul dit que les femmes se taisent dans les assemblées. Euh, ce n'est pas la peine de tirer sur moi, moi je n'y suis pour rien, ce n'est pas moi qui l'ai écrite, cette lettre. Je fais simplement mon boulot, j'essaye de faire au mieux avec ce que Paul a écrit.
Simplement, ce que j'essaye de vous dire, c'est que Paul est tellement subtil, tellement génial, qu'en fait il faut toujours éviter d'avoir une interprétation trop rigide. Saint Paul, il ne sera jamais tout à fait de votre côté, il sera toujours un peu ailleurs. Par exemple, « que les femmes se taisent dans les assemblées » : quatre chapitres plus tôt, en 1 Corinthiens 11,5, Paul venait de dire que les femmes prient et prophétisent dans l'assemblée. Alors, elles se taisent ou elles prophétisent ? Donc Paul n'interdit pas, en général, la prise de parole des femmes. C'est certaines manières qu'il interdit, ou en tout cas qu'il veut encadrer.
Donc ici, on ressort les deux critères qu'il faut toujours se poser à propos de Paul. Un : est-ce qu'il donne son avis particulier, ou est-ce qu'il engage toute l'Église ? Ici, on est plutôt légèrement du côté de l'opinion de Paul, même si on ne peut pas en être sûr. Et deux : est-ce qu'il s'agit d'un argument moral, dogmatique, valant pour tout temps, pour toute époque ? Ou d'une mesure disciplinaire liée à un contexte précis, et qui donc peut changer ? Donc je pense qu'on peut dire qu'il s'agit plutôt d'un précepte disciplinaire. Sinon, il faudra qu'on m'explique comment est-ce qu'on articule ça avec 1 Corinthiens chapitre 11, que je viens de vous citer.
Moi, mon interprétation, pour ce que ça vaut, c'est que Paul était en train d'apporter une telle émancipation de la femme — vous avez quand même vu comment il a abordé la question de l'égalité sexuelle — qu'il ne fallait pas non plus que ça vire au désordre social. Un des buts de saint Paul, c'était que les chrétiens soient acceptés par le reste de la cité. Je me souviens aussi de mes anciens cours de théologie, où on m'expliquait que si jamais, dans les assemblées cultuelles, on allait avoir du mal à faire la différence entre les assemblées de prières chrétiennes et les cultes à mystères…
Après, vous avez le droit de ne pas être d'accord avec Paul, vous avez le droit aussi de ne pas être d'accord avec mes commentaires. On n'a jamais dit que Paul, c'était le sommet de la révélation ; on n'a jamais dit que mes commentaires, c'était le sommet de l'exégèse. Regardez, c'est ce même Paul qui avait je ne sais pas combien de collaboratrices féminines. Donc je suppose qu'il a simplement fait au mieux avec ce qu'il avait, et que quand il a écrit, il n'a pas imaginé que cette lettre aux Corinthiens serait canonisée dans le Nouveau Testament. Donc on se calme. Et je rajouterais simplement qu'une femme avec un micro en train de faire un enseignement dans les églises en France en 2025, ça s'est déjà vu, et ça ne choque personne, et c'est très bien, et en même temps, ça ne nous empêche pas de continuer à lire saint Paul.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, donne-moi un amour patient. Donne-moi un amour qui rend service. Donne-moi un amour qui ne jalouse pas, un amour qui ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil, ne fait rien d'inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s'emporte pas, n'entretient pas de rancune.
Seigneur, donne-moi d'aimer de manière gratuite, patiemment, joyeusement, attentivement. Donne-moi d'aimer sur terre comme plus tard je t'aimerai dans le ciel. Donne-moi d'aimer sur terre comme les anges t'aiment dans le ciel.
Amen.