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Jour 346 ☼ — La conscience, sanctuaire de Dieu en l'homme

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 23 des Actes des Apôtres : Paul devant le Sanhédrin, la gifle du grand prêtre, la question de la résurrection qui divise sadducéens et pharisiens, le complot des quarante hommes déjoué par le neveu de Paul, et le transfert nocturne vers Césarée sous escorte de quatre cents soldats. Le commentaire éclaire d'abord la stratégie de Paul, qui court-circuite son procès en jetant sur la table la résurrection pour se mettre les pharisiens dans la poche. Il s'attarde ensuite longuement sur un seul mot du verset 1, syneidèsis, « conscience » : une catégorie née au carrefour des mondes sémitique et hellénistique, que la théologie médiévale transformera en syndérèse, cette étincelle de l'âme tournée vers le bien où Dieu seul a accès. C'est là, dit le frère, que s'articulent théologie morale et théologie mystique.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

On retourne à la captivité de saint Paul. Puisque Paul a fait usage de sa citoyenneté romaine pour que son cas soit traité selon les procédures judiciaires normales, eh bien, premier tribunal devant lequel va être déféré Paul : le Sanhédrin. Après tout, il est quand même juif aussi.

Comment Paul va-t-il s'en sortir ? On a vu comment, grâce à sa citoyenneté romaine, il n'avait pas fini lapidé comme Étienne. Quelle botte secrète nous réserve-t-il devant le Sanhédrin ? Parce que le Sanhédrin, on s'en souvient, c'est eux qui ont condamné Jésus à mort. Eh bien, on va voir ça tout de suite. Actes des Apôtres, chapitre 23.

Lecture : Actes des Apôtres 23

Fixant du regard le Conseil suprême, Paul déclara : « Frères, c'est en toute bonne conscience que je me suis comporté devant Dieu jusqu'à ce jour. »

Le grand prêtre Ananias ordonna à ceux qui étaient auprès de lui de le frapper sur la bouche. Alors Paul lui dit : « C'est Dieu qui va te frapper, espèce de mur blanchi ! Tu sièges ici pour me juger conformément à la loi et, contrairement à la loi, tu donnes l'ordre de me frapper. »

Ceux qui étaient là dirent : « Tu insultes le grand prêtre de Dieu ? » Paul reprit : « Je ne savais pas, frères, que c'était le grand prêtre. Il est écrit en effet : "Tu ne diras pas de mal d'un chef de ton peuple." »

Sachant que le Conseil suprême se répartissait entre sadducéens et pharisiens, Paul s'écria devant eux : « Frères, moi, je suis pharisien, fils de pharisiens, et c'est à cause de notre espérance, la résurrection des morts, que je passe en jugement. »

À peine avait-il dit cela qu'il y eut un affrontement entre pharisiens et sadducéens, et l'assemblée se divisa. En effet, les sadducéens disent qu'il n'y a pas de résurrection, pas plus que d'ange ou d'esprit, tandis que les pharisiens professent le contraire.

Il se fit alors un grand vacarme. Quelques scribes du côté des pharisiens se levèrent et protestèrent vigoureusement : « Nous ne trouvons rien de mal chez cet homme. Et si c'était un esprit qui lui avait parlé, ou un ange ? »

L'affrontement devint très violent, et le commandant craignit que Paul ne se fasse écharper. Il ordonna à la troupe de descendre pour l'arracher à la mêlée et le ramener dans la forteresse.

La nuit suivante, le Seigneur vint auprès de Paul et lui dit : « Courage ! Le témoignage que tu m'as rendu à Jérusalem, il faut que tu le rendes aussi à Rome. »

Lorsqu'il se fit jour, les Juifs organisèrent un rassemblement où ils se jurèrent, sous peine d'anathème, de ne plus manger ni boire tant qu'ils n'auraient pas tué Paul. Les auteurs de cette conjuration étaient plus de quarante.

Ils vinrent retrouver les grands prêtres et les anciens pour leur dire : « Nous nous sommes jurés, sous peine d'anathème, de ne prendre aucune nourriture tant que nous n'aurons pas tué Paul. Alors vous, d'accord avec le Conseil suprême, faites un rapport au commandant pour qu'il le fasse comparaître devant vous, sous prétexte de mener une enquête plus approfondie sur ce cas. Nous, nous nous tenons prêts pour le supprimer avant qu'il n'arrive. »

Mais le fils de la sœur de Paul eut connaissance du guet-apens. Il se présenta à la forteresse et, une fois entré, avertit Paul. Paul alors appela l'un des centurions et lui dit : « Emmène ce garçon chez le commandant : il doit l'avertir de quelque chose. »

Le centurion le prit avec lui et le mena chez le commandant, auquel il dit : « Le prisonnier Paul m'a appelé pour me demander de t'amener ce jeune garçon qui a quelque chose à te dire. »

Le commandant prit celui-ci par la main, l'emmena à l'écart et l'interrogea en particulier : « De quoi dois-tu m'avertir ? »

Il répondit : « Les Juifs ont convenu de te demander de faire comparaître Paul demain devant le Conseil suprême, sous prétexte d'une information plus approfondie sur son cas. Mais toi, ne leur fais pas confiance. En effet, parmi eux, plus de quarante hommes préparent un guet-apens contre lui. Ils se sont jurés, sous peine d'anathème, de ne plus manger ni boire tant qu'ils ne l'auront pas supprimé. Et maintenant, ils se tiennent prêts, en attendant le jour. »

Le commandant renvoya le jeune garçon en lui donnant cette consigne : « Ne raconte rien à personne de ce que tu m'as rapporté. »

Il appela alors deux centurions et leur dit : « Que deux cents soldats, soixante-dix cavaliers et deux cents auxiliaires se tiennent prêts à prendre la route de Césarée à partir de la troisième heure de la nuit. On préparera aussi des montures pour transférer Paul en toute sécurité auprès du gouverneur Félix. »

Il écrivit une lettre dont voici le contenu : « Claudius Lysias, au très excellent Félix, gouverneur, salut. L'homme que voici, dont les Juifs se sont emparés, allait être supprimé par eux. Je suis alors intervenu avec la troupe pour le soustraire au danger, ayant appris qu'il est citoyen romain. Voulant connaître le motif pour lequel les Juifs l'accusaient, je l'ai fait comparaître devant leur Conseil suprême. J'ai constaté qu'il était accusé pour des questions relatives à leur loi, sans aucun chef d'accusation méritant la mort ou la prison. Après dénonciation devant moi d'un complot contre cet homme, je te l'ai envoyé immédiatement, en donnant également aux accusateurs la consigne d'exposer devant toi ce qu'ils ont contre lui. »

Les soldats prirent donc Paul, conformément aux ordres reçus, et ils le conduisirent de nuit jusqu'à Antipatris. Le lendemain, ils laissèrent partir avec lui les cavaliers et regagnèrent la forteresse.

Arrivés à Césarée, après avoir remis la lettre au gouverneur, ils lui présentèrent Paul. Le gouverneur lut la lettre et demanda de quelle province il était. Apprenant qu'il était de Cilicie, il dit : « Je t'entendrai quand tes accusateurs se présenteront eux aussi. » Et il ordonna de l'incarcérer au prétoire d'Hérode.

Commentaire

Nous sommes donc devant le Sanhédrin. Le Sanhédrin, composé de soixante et onze membres — une référence aux soixante-dix anciens qui accompagnaient Moïse dans le désert —, initialement composé uniquement des grandes familles sacerdotales, les grands prêtres, les sadducéens, mais qui, peu à peu, avaient dû laisser la place à des laïcs. Et les laïcs, ici, c'étaient les pharisiens. Je vous dis ça parce que ça va avoir son importance.

Paul se fait taper par un garde. Il en profite pour maudire celui qui l'a tapé. Sans le savoir, c'était le grand prêtre. Saint Paul ne le savait pas, ou saint Paul faisait semblant de ne pas le savoir. Il avait la possibilité de jouer la carte de l'ignorance : il ne pouvait le faire qu'une fois. Il ne s'est pas privé du plaisir, et hop, il s'est mis à maudire le grand prêtre. Probablement que le Sanhédrin non plus n'était pas dupe des excuses de saint Paul, mais il n'a rien pu dire.

En tout cas, le procès peut commencer. Sauf que, tout de suite, saint Paul va le court-circuiter en amenant directement sur la table la question de la résurrection. Il est quand même très fort, saint Paul, parce que quand il s'agit de calmer le jeu, il sait le faire — on l'avait vu à Lystre et à Athènes, quand il parlait à des païens et ne parlait que de théologie naturelle pour faire le consensus. Et là, pour mettre le bazar : la résurrection. Ce qui, c'est vrai, lui permet de rester fidèle à l'Évangile, qui doit prêcher la résurrection, mais surtout, ça lui permet de se mettre les pharisiens dans la poche.

C'est pour ça que je vous ai dit que le Sanhédrin, à cette époque-là, était composé et des sadducéens, qui ne croyaient pas à la résurrection, et des pharisiens, qui, eux, y croyaient mordicus. C'est un peu l'alliance de la carpe et du lapin. Pour une fois, on va voir les pharisiens qui défendent les chrétiens. Enfin, n'oubliez pas que saint Paul est un ancien pharisien.

Vous avez déjà vu les sadducéens attaquer Jésus sur cette question-là : une femme avait eu sept maris, de qui sera-t-elle la femme au paradis ? Les sadducéens ne reconnaissaient que la Torah. C'étaient les conservateurs de l'époque, et la résurrection passait pour une innovation théologique. Les pharisiens, eux, avaient un canon des Écritures beaucoup plus tardif, et ils avaient dans leur panoplie théologique des anges, des séraphins ; la résurrection et l'au-delà commençaient à avoir un visage particulier.

Bref, exit Paul. Là, tout le monde se dit : mince, on a laissé passer notre occasion. Du coup, comme on a échoué sur le plan légal et judiciaire, les Juifs vont tenter les actes terroristes. Quarante hommes — chiffre de la plénitude spirituelle — qui font un vœu, le naziréat, qui promettent de ne pas manger — le jeûne, pratique ascétique de piété — jusqu'à ce qu'ils aient tué Paul. On n'est même plus dans les zélotes, dans le terrorisme : là, on est vraiment dans le fanatisme.

A contrario, ça vous montre aussi l'importance de Paul, qui est perçu comme une menace intellectuelle, comme une menace communautaire. C'est devenu l'ennemi à abattre. Et on s'aperçoit que devant cet homme, qui est remarquablement subtil et remarquablement intelligent, les Juifs, les sadducéens et les pharisiens n'ont pas beaucoup de cartouches.

Finalement, la famille de Paul est au courant. C'est la première et seule fois où Paul nous parle de sa famille. En tout cas, là, on se dit que derrière Paul, il y a peut-être plus que Paul : il y a peut-être aussi une famille qui ne dit pas son nom.

Du coup, on exfiltre Paul. Il y a quatre cents personnes dans l'escouade. Quatre cents personnes ! Je ne sais pas si vous vous représentez ce que ça veut dire, mais même l'empereur, quand il se trimballe dans les rues impériales, il n'a pas forcément toujours avec lui quatre cents personnes pour le protéger. Ça vous montre l'enjeu qu'est devenu Paul.

Bon, ok, c'est bon pour tout le monde ? Ça, c'était l'explication narrative du passage. Je vais faire un petit laïus, parce que pour une fois j'ai du temps, sur un mot qui est apparu dans ce chapitre et qui est pour moi extrêmement important. Verset 1 :

« Mes frères, c'est en toute bonne conscience que je me suis conduit devant Dieu jusqu'à aujourd'hui. »

C'est en toute bonne conscience. En grec, syneidèsis, qu'on traduira par « conscience » : syn, « avec », et eidenai, « savoir », « connaître » — conscience. Et je commence mon explication.

C'est un principe moral qui est assez important chez saint Paul, qu'on a retrouvé à de nombreuses occasions, par exemple dans la lettre aux Romains, quand on vous parle des païens qui délibèrent en eux-mêmes dans le tribunal de leur conscience. Ça vient de la philosophie grecque : on parlait d'un tribunal de la conscience, la voix de la raison qui se parlait avec elle-même. Mais c'est une catégorie anthropologique qui n'existe pas dans la Bible, laquelle, elle, parle de cœur. Et le cœur, c'est là où on s'adresse à Dieu, où on le rencontre. C'est comme si, entre guillemets, au carrefour entre les deux mondes sémitique et hellénistique, Paul avait inventé une nouvelle faculté spirituelle dans l'homme : le tribunal intérieur dans lequel l'homme rencontre son Créateur à travers la loi.

Je le dis et j'insiste sur ce mot parce que, petit à petit, cette conscience, cette syneidèsis, va devenir, pour les chrétiens, la partie la plus noble de l'âme, la partie la plus importante de l'homme. Vatican II, Gaudium et spes, paragraphe 16 : la conscience, syneidèsis, est le sanctuaire le plus secret de l'homme, où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. Même le diable n'y a pas accès. Même votre ange gardien. C'est le lieu où vous êtes à nu devant Dieu.

Cette syneidèsis grecque va connaître une curieuse histoire dans la théologie médiévale latine. Les copistes vont se tromper : ils vont voir d'un côté la syneidèsis, de l'autre côté la conscientia, alors que c'est le même mot qui traduit l'un et l'autre. Ils vont croire que ce sont deux mots différents, et ils vont inventer ce qu'on appelle la syndérèse, qui est une traduction maladroite de syneidèsis.

Ce qui vous donne, chez saint Thomas d'Aquin — tout le monde se prépare — la syndérèse : c'est l'orientation fondamentale de l'âme vers le bien, le fond de l'âme. Quelque chose qui ne peut pas être cassé. C'est la manière dont Dieu vous a créé : il vous a orienté vers le bien. Il y aura toujours en vous quelque chose, que vous le vouliez ou pas, qui sera tourné spontanément vers le bien. C'est par exemple quand quelqu'un dit : « Je sais bien qu'au fond de moi, ça n'était pas bien, ce que je faisais. » Eh bien ça, c'est la syndérèse.

Alors tout le monde est en train de se dire : mais pourquoi est-ce qu'il nous parle de tout ça, le frère Paul-Adrien ? Je vous dis ça parce que c'est très important. C'est exactement sur ce mot-là de syneidèsis que vous pouvez articuler théologie morale et théologie spirituelle. Parce qu'on a un peu marre d'avoir, d'un côté, que la théologie morale, qui nous dit : il y a le bien, il y a le mal, comme s'il y avait des cases à cocher ; et puis de l'autre côté, d'avoir que la théologie spirituelle, qui part parfois assez vite dans des considérations assez brumeuses. Et à un moment donné, il faut articuler les deux. Eh bien, c'est exactement sur la syndérèse, la syneidèsis, que ça se fait.

La syneidèsis, la syndérèse, ça appartient à la théologie morale, parce que c'est en vous l'orientation spontanée vers le bien, qui ne peut pas être corrompue. Oui, mais comme ça ne peut pas être corrompu, parce que c'est tellement intérieur que même le diable n'y a pas accès, c'est aussi le lieu où Dieu vient toucher votre âme. Et là, vous basculez du côté de la théologie mystique. Le lieu de la rencontre. C'est pour ça qu'on appelle ça la scintilla animae, l'étincelle de l'âme, la fine pointe de l'âme.

Ça méritait d'être dit. Ça nous a amenés un petit peu loin, mais il y a tout ça derrière cette phrase de saint Paul, qui se retrouvait devant le Sanhédrin : « C'est en toute bonne conscience que j'ai agi devant Dieu. »

Proverbes 29,22-24

Un coléreux provoque des querelles et un fou furieux multiplie les crimes.

L'orgueil d'un homme l'humiliera, l'esprit humble obtiendra la gloire.

Le complice d'un voleur met sa vie en danger si, appelé à témoigner, il ne le dénonce pas.


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