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Jour 347 ☼ — Paul face au pouvoir : foi contre corruption

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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 24 et 25 des Actes des Apôtres, le frère Paul-Adrien lit la comparution de Paul à Césarée devant le gouverneur Félix, le réquisitoire flatteur de l'avocat Tertullus, les deux années de détention, puis l'arrivée du nouveau gouverneur Festus et l'appel de Paul à l'Empereur. Le commentaire s'attarde sur la sincérité involontaire des accusateurs — « cet homme est une peste » — et sur la corruption de Félix, qui espérait un pot-de-vin d'un homme incorruptible. Le frère montre que le plan de Dieu avance également à travers un gouverneur corrompu et un gouverneur intègre, et rappelle le « il faut » (dei) de la nécessité divine qui pousse Paul vers Rome. L'épisode se clôt sur les Proverbes 29, 25-27.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Nous suivons les pérégrinations de Paul, qui était à Jérusalem et qui s'est fait déférer à Césarée, la grande ville, le haut lieu administratif, devant le gouverneur Félix. Mais à bon chat, bon rat : peut-être que Paul a trouvé son maître. On va voir si vous voyez pourquoi. Bonne lecture.

Lecture : Actes des Apôtres 24-25

Cinq jours plus tard, le grand prêtre Ananias descendit à Césarée avec quelques anciens et un avocat, un certain Tertullus. Ils exposèrent devant le gouverneur leur grief contre Paul. On fit appeler celui-ci et Tertullus commença son discours d'accusation :

« Nous qui jouissons d'une grande paix grâce à toi et aux réformes dont ta prévoyance a fait bénéficier cette nation, nous accueillons de toute manière et en tous lieux ce qui nous vient de toi, très excellent Félix, avec une immense reconnaissance. Mais pour ne pas t'importuner davantage, je te prie de nous écouter un instant avec toute ta bienveillance. Nous avons constaté que cet homme est un fléau. Il suscite l'émeute chez tous les Juifs du monde entier, étant le chef du groupe des Nazaréens. Il a même tenté de profaner le Temple. Alors nous l'avons arrêté. En l'interrogeant toi-même, tu pourras mieux connaître tout ce dont nous l'accusons. »

Les Juifs appuyèrent ce discours en affirmant qu'il en était bien ainsi.

Le gouverneur lui ayant fait signe de parler, Paul répliqua : « Sachant que depuis des années tu as cette nation sous ta juridiction, c'est avec confiance que je présente la défense de ma cause. Tu peux vérifier qu'il n'y a pas plus de douze jours que je suis monté à Jérusalem pour adorer. On ne m'a pas trouvé dans le Temple en train de discuter avec qui que ce soit, ni dans les synagogues ou en ville en train d'ameuter la foule. Et ils ne peuvent alléguer aucun fait à l'appui de ce dont ils m'accusent maintenant. Mais je le déclare devant toi : c'est selon le chemin du Seigneur, ce qu'ils désignent comme un groupe, que je rends un culte au Dieu de nos pères. Je crois à tout ce qu'il y a dans la Loi et à tout ce qui est écrit dans les Prophètes. Mon espérance en Dieu — et c'est ce qu'ils attendent eux-mêmes — c'est qu'il va y avoir une résurrection des justes et des injustes. Et c'est pourquoi, moi aussi, je m'efforce de garder une conscience irréprochable en toutes choses devant Dieu et devant les hommes.

Au bout de plusieurs années, je suis venu apporter le produit des aumônes destinées à ma nation et présenter des offrandes rituelles. Et c'est à cette occasion qu'on m'a trouvé dans le Temple, après une cérémonie de purification, sans qu'il n'y eût ni attroupement ni tumulte. Il y avait ce jour-là des Juifs venus de la province d'Asie. Ils devraient se présenter devant toi et m'accuser s'ils avaient quelque chose contre moi. Ou bien alors, que ceux qui sont là disent quels délits ils ont constatés quand j'ai comparu devant le Conseil suprême, à moins qu'il ne s'agisse de cette seule parole que j'ai criée debout au milieu d'eux : "C'est à cause de la résurrection des morts que je passe aujourd'hui en jugement devant vous." »

Félix, qui avait une connaissance approfondie de ce qui concerne le chemin du Seigneur, ajourna l'audience en disant : « Quand le commandant Lysias descendra de Jérusalem, je rendrai une sentence sur votre affaire. » Il donna l'ordre au centurion de garder Paul en détention, avec un régime adouci et sans empêcher les siens de lui rendre des services.

Quelques jours plus tard, Félix vint avec sa femme Drusille, qui était juive. Il envoya chercher Paul et l'écouta parler de la foi au Christ Jésus. Mais quand l'entretien porta sur la justice, la maîtrise de soi et les jugements à venir, Félix fut pris de peur et déclara : « Pour le moment, retire-toi. Je te rappellerai à une prochaine occasion. » Il n'en espérait pas moins que Paul lui donnerait de l'argent. C'est pourquoi il l'envoyait souvent chercher pour parler avec lui.

Deux années s'écoulèrent. Félix reçut comme successeur Porcius Festus. Voulant accorder une faveur aux Juifs, Félix avait laissé Paul en prison.

Trois jours après avoir rejoint sa province, Festus monta de Césarée à Jérusalem. Les grands prêtres et les notables juifs exposèrent devant lui leur grief contre Paul. Avec insistance, ils demandaient comme une faveur le transfert de Paul à Jérusalem : en fait, ils préparaient un guet-apens pour le supprimer en chemin. Festus répondit que Paul était détenu à Césarée, que lui-même allait repartir incessamment. Il déclara : « Que ceux d'entre vous qui sont experts en la matière descendent avec moi et présentent leur accusation, s'il y a quelque chose à reprocher à cet homme. »

Ayant passé chez eux huit à dix jours au plus, il redescendit à Césarée. Le lendemain, il siégea au tribunal et ordonna d'amener Paul. Quand celui-ci fut arrivé, les Juifs descendus de Jérusalem l'entourèrent et multiplièrent contre lui de graves motifs d'accusation qu'ils ne pouvaient pas démontrer, tandis que Paul se défendait : « Je n'ai commis de faute ni contre la loi des Juifs, ni contre le Temple, ni contre l'Empereur. »

Festus, voulant accorder une faveur aux Juifs, s'adressa à Paul : « Veux-tu monter à Jérusalem pour y être jugé sur cette affaire en ma présence ? » Paul répondit : « Je suis ici devant le tribunal impérial ; c'est là qu'il me faut être jugé. Je ne suis coupable de rien contre les Juifs, comme toi-même tu t'en rends fort bien compte. Si donc je suis coupable, si j'ai fait quelque chose qui mérite la mort, je ne refuse pas de mourir. Et s'il ne reste rien des accusations que ces gens-là portent contre moi, personne ne peut leur faire la faveur de me livrer à eux. J'en appelle à l'Empereur. »

Alors, après avoir conféré avec son conseil, Festus déclara : « Tu en as appelé à l'Empereur, tu iras devant l'Empereur. »

Quelques jours plus tard, le roi Agrippa et Bérénice vinrent à Césarée saluer le gouverneur Festus. Comme ils passaient là plusieurs jours, Festus exposa au roi la situation de Paul en disant : « Il y a ici un homme que mon prédécesseur, Félix, a laissé en prison. Quand je me suis trouvé à Jérusalem, les grands prêtres et les anciens des Juifs ont exposé leur grief contre lui en réclamant sa condamnation. J'ai répondu que les Romains n'ont pas coutume de faire la faveur de livrer qui que ce soit lorsqu'il est accusé, avant qu'il soit confronté avec ses accusateurs et puisse se défendre du chef d'accusation. Ils se sont donc retrouvés ici et, sans aucun délai, le lendemain même, j'ai siégé au tribunal et j'ai donné l'ordre d'amener cet homme. Quand ils se levèrent, les accusateurs n'ont mis à sa charge aucun des méfaits que, pour ma part, j'aurais supposés. Ils avaient seulement avec lui certains débats au sujet de leur propre religion et au sujet d'un certain Jésus qui est mort, mais que Paul affirmait être en vie. Quant à moi, embarrassé devant la suite à donner à l'instruction, j'ai demandé à Paul s'il voulait aller à Jérusalem pour être jugé sur cette affaire. Mais Paul a fait appel, pour être gardé en prison jusqu'à la décision impériale. J'ai donc ordonné de le garder en prison jusqu'au renvoi de sa cause devant l'Empereur. »

Agrippa dit à Festus : « Je voudrais bien, moi aussi, entendre cet homme. » Il répondit : « Demain, tu l'entendras. »

Le lendemain, Agrippa et Bérénice arrivèrent donc en grand apparat et firent leur entrée dans la salle d'audience, escortés par les autorités militaires et les principaux personnages de la cité. Sur l'ordre de Festus, Paul fut amené. Festus prit la parole : « Roi Agrippa, et vous tous qui êtes là avec nous, vous voyez devant vous l'homme au sujet duquel toute la multitude des Juifs m'a sollicité, tant à Jérusalem qu'ici même, en criant qu'il ne devait plus rester en vie. Quant à moi, j'ai compris qu'il n'avait rien fait qui mérite la mort. Comme lui-même en a appelé à l'Empereur, j'ai pris la décision de l'envoyer à Rome, et je n'ai rien de précis à écrire sur son compte au Seigneur l'Empereur. C'est pourquoi je l'ai fait comparaître devant vous, et surtout devant toi, roi Agrippa, afin qu'après cette audience j'aie quelque chose à écrire. En effet, il ne me semble pas raisonnable d'envoyer un prisonnier sans signifier les charges retenues contre lui. »

Commentaire

Cette fois-ci, nous sommes à Césarée, le grand lieu administratif où il y avait un gouverneur romain qui, à partir d'un palais-forteresse qu'on appelait le Prétoire, gouvernait une région entière. Ici, il s'agit de Félix, qui reçoit un dénommé Tertullus, un Juif avec un nom latin.

Cette fois-ci, le Sanhédrin a décidé de bien faire les choses, et cela commence, il faut bien le dire, avec une immense flatterie :

Nous qui jouissons d'une grande paix grâce à toi et aux réformes dont ta prévoyance a fait bénéficier cette nation…

Félix sera plus tard rappelé par Rome pour mauvaise gestion de la Palestine.

Nous avons constaté que cet homme est un fléau.

Littéralement : que cet homme est une peste. Et c'est vrai que Paul est une peste ! C'est impossible de l'éradiquer. Il s'est fait lapider je ne sais pas combien de fois, on lui a cassé la figure je ne sais pas combien de fois, et à chaque fois il trouve le petit moyen pour échapper à la vie et à la mort et appuyer là où ça fait mal. Vous êtes content de l'avoir avec vous, et quand vous l'avez contre vous… mais Paul, je ne sais pas si on se rend compte. C'est peut-être le seul moment de sincérité de ce discours : que cet homme était une peste. Vous l'avez compris, je suis un fan inconditionnel de Paul. Moi, il me fascine.

Argument de la caricature : on le présente comme étant le chef d'une secte. Et puis argument de la caricature aussi : on le présente comme ayant attenté à la sainteté du Temple. Vous vous souvenez qu'au début des Actes des Apôtres, c'était quand même pour ce motif-là qu'on avait mis à mort Étienne. Eh bien voilà qu'à nouveau on retente la chance.

Ceci dit, Paul ne se laisse pas démonter et rappelle que le dossier monté contre lui est singulièrement maigre. Lui, il vient d'arriver à Jérusalem, et on peut difficilement le taxer de subversion contre le Temple. Et Paul, lui aussi, retente sa chance : c'est passé une fois, pourquoi ça ne passerait pas deux fois ? Et le voilà qui remet le sujet de la résurrection sur le tapis. Sauf que, pas de chance : pour une fois, Félix est informé. Ça tombe à plat.

Paul se retrouve en prison, et ne perd pas une occasion pour parler de Dieu. Souvenez-vous de la phrase de Jésus : « Vous serez amenés à comparaître devant des gouverneurs. Ne vous inquiétez pas de ce que vous devrez dire ni de comment vous devrez le dire. Ce n'est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit de mon Père qui parlera en vous. » Paul parle tellement bien au gouverneur Félix de justice, de maîtrise de soi, de jugement dernier, qu'il finit par lui faire peur — et Paul, à nouveau, se retrouve en prison. On pense cette fois-ci à Hérode, qui allait écouter Jean le Baptiste avec plaisir et pourtant qui le redoutait.

Toujours est-il que c'est là où je dis que Paul a peut-être trouvé son maître. Félix redevient la petite crapule qu'il était, et la seule chose qu'il espère, c'est qu'on lui passe un pot-de-vin pour relâcher Paul. Sauf que, pas de chance : Paul, il n'a pas d'argent. Et puis Paul, de toute façon, c'est un incorruptible.

Deux ans ! Dans le texte, c'est une seule phrase, mais enfin, deux ans, c'est quand même 700 jours. Félix est remplacé par un nouveau gouverneur, Festus, qui reprend le dossier en main et qui propose de ramener Paul à Jérusalem pour y être jugé. C'est là qu'on s'aperçoit que les tentatives d'assassinat continuent d'avoir lieu, et c'est là que Paul sort son va-tout : « J'en appelle à l'Empereur. »

Et ainsi se déroule le plan de Dieu, dont on s'aperçoit que réellement rien ne peut l'arrêter, que ce soit à travers des gouverneurs corrompus — Félix — ou à travers des gouverneurs intègres — Festus. C'était un tout petit mot qui était dans un chapitre précédent, Actes des Apôtres, chapitre 20. C'est ainsi que parlait Paul :

Et maintenant, voici qu'il m'est impossible de ne pas annoncer l'Évangile de la grâce de Dieu, et il faut que je monte à Jérusalem.

« Il faut. » Dei, en grec. Je le dis parce que c'est exactement en utilisant ce mot-là que Jésus parlait de sa passion qui devait accomplir les Écritures : ce mot qui indique la nécessité divine. Alors, en quoi comparaître devant l'Empereur est-il un plan que Paul a en tête et qui correspond au plan divin ? Je n'ai pas encore tout dit. Je n'ai pas encore dit l'enjeu ultime.

En attendant, vous aurez vu apparaître comme une ombre fugitive Bérénice, la fille d'Hérode Agrippa Ier, qui sera plus tard la maîtresse de l'empereur Titus, au temps de la destruction du Temple de Jérusalem. Mais ça, les enfants, c'est une autre histoire.

Proverbes 29,25-27

Les peurs d'un homme lui sont autant de pièges, qui se fie au Seigneur restera hors d'atteinte.

Beaucoup recherchent la faveur d'un chef, mais c'est du Seigneur que chacun tient son droit.

Les justes ont horreur des gens pervers, le méchant a horreur de qui marche droit.


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