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Jour 348 ☼ — Paul devant Agrippa : libre au milieu des puissants

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Résumé : Festus, incapable de rédiger un chef d'accusation pour envoyer Paul à Rome, fait appel à l'expertise religieuse du roi Agrippa II — et offre ainsi à Paul une tribune inespérée. Le frère Paul-Adrien lit le grand discours d'Actes 26, où Paul raconte son passé de persécuteur, sa vision sur la route de Damas et sa mission auprès des nations. Le commentaire montre que l'enjeu dépasse largement le sort de Paul : il s'agit de faire reconnaître le christianisme par l'empereur comme religion distincte du judaïsme, avant qu'il ne soit rangé parmi les superstitiones illicites. Prisonnier, Paul est pourtant celui qui exerce la vraie autorité : c'est lui qui, par sa parole, finit par juger Festus et Agrippa.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

On est de retour dans les Actes des Apôtres. Nous sommes toujours à Césarée et saint Paul vient de faire appel à l'empereur. Oui, mais Festus, notre bon gouverneur romain, est bien embêté. Parce que pour envoyer Paul à Rome, il faut qu'il rédige un motif de condamnation. Pourquoi il a été arrêté, d'abord ? Et même ça, c'est pas très clair.

Festus n'a aucune accusation claire à transmettre à Rome. Normalement, quand on en appelle à César, ça suppose que le gouverneur envoie un rapport précis, circonstancié, avec des chefs d'accusation, des faits reprochés. Sauf que là, le cas de Paul est tellement flou. C'est des questions religieuses internes, c'est la croyance en un certain Jésus qui est mort et qui est ressuscité. Enfin bref, s'il envoie Paul comme ça à Rome sans dossier solide, le gouverneur Festus va se ridiculiser lui-même.

Du coup, Festus en appelle à Agrippa II. Normalement, Agrippa II n'a aucune juridiction sur Paul, parce qu'il n'est pas gouverneur. Sauf qu'Agrippa II, il a une compétence religieuse reconnue : Rome lui a confié la charge de nommer le grand prêtre et de superviser certains aspects du culte du Temple. Du coup, Festus fait appel à lui comme à un expert juridique. C'est assez habile de la part de Festus, parce que d'une part ça lui permet de se couvrir, et d'autre part ça lui permet de ménager de bons rapports d'amitié avec Agrippa.

Sauf que, pour Paul, c'est un tapis rouge monumental que vous lui offrez. Il va enfin pouvoir déployer tous ses talents oratoires pour convertir tout le monde s'il le peut. Ne sous-estimez jamais Paul. Bonne lecture. Actes des Apôtres, chapitre 26.

Lecture : Actes 26

Alors Agrippa s'adressa à Paul : « Tu es autorisé à plaider ta cause. » Après avoir levé la main, Paul présenta sa défense :

« Sur tous les points dont je suis accusé par les Juifs, je m'estime heureux, roi Agrippa, d'avoir à présenter ma défense aujourd'hui devant toi, d'autant plus que tu es un connaisseur de toutes les coutumes des Juifs et de tous leurs débats. Voilà pourquoi je te prie de m'écouter avec patience.

Ce qu'a été ma vie depuis ma jeunesse, comment dès le début j'ai vécu parmi mon peuple et à Jérusalem, cela, tous les Juifs le savent. Ils me connaissent depuis longtemps et ils témoigneront, s'ils le veulent bien, que j'ai vécu en pharisien, c'est-à-dire dans le groupe le plus strict quant à notre pratique religieuse. Et maintenant, si je suis là en jugement, c'est parce que je mets mon espérance en la promesse faite par Dieu à nos pères, promesse dont nos douze tribus espèrent l'accomplissement, elles qui rendent un culte à Dieu jour et nuit avec persévérance. C'est pour cette espérance, roi, que je suis accusé par les Juifs. Pourquoi, chez vous, juge-t-on incroyable que Dieu ressuscite les morts ?

Pour moi, j'ai pensé qu'il fallait combattre très activement le nom de Jésus le Nazaréen. C'est ce que j'ai fait à Jérusalem : j'ai moi-même emprisonné beaucoup de fidèles, en vertu des pouvoirs reçus des grands prêtres, et quand on les mettait à mort, j'avais apporté mon suffrage. Souvent, je passais de synagogue en synagogue et je les forçais à blasphémer en leur faisant subir des sévices. Au comble de la fureur, je les persécutais jusque dans les villes hors de Judée.

C'est ainsi que j'allais à Damas, muni d'un pouvoir et d'une procuration des grands prêtres. En plein midi, sur la route, ô roi, j'ai vu, venant du ciel, une lumière plus éclatante que le soleil, qui m'enveloppa, moi et ceux qui m'accompagnaient. Tous, nous sommes tombés à terre, et j'ai entendu une voix qui me disait en araméen : « Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? Il est dur pour toi de résister à l'aiguillon. » Et moi, je dis : « Qui es-tu, Seigneur ? » Le Seigneur répondit : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes. Mais relève-toi et tiens-toi debout. Voici pourquoi je te suis apparu : c'est pour te destiner à être serviteur et témoin de ce moment où tu m'as vu et des moments où je t'apparaîtrai encore, pour te délivrer de ton peuple et des non-Juifs. Moi, je t'envoie vers eux pour leur ouvrir les yeux, pour les ramener des ténèbres vers la lumière et du pouvoir de Satan vers Dieu, afin qu'ils reçoivent, par la foi en moi, le pardon des péchés et une part d'héritage avec ceux qui ont été sanctifiés. »

Dès lors, roi Agrippa, je n'ai pas désobéi à cette vision céleste, mais j'ai parlé d'abord aux gens de Damas et à ceux de Jérusalem, puis à tout le pays de Judée et aux nations païennes. Je les ai exhortés à se convertir et à se tourner vers Dieu en adoptant un comportement accordé à leur conversion. Et voilà pourquoi les Juifs se sont emparés de moi dans le Temple pour essayer d'en finir avec moi. Fort du secours que j'ai reçu de Dieu, j'ai tenu bon jusqu'à ce jour pour rendre témoignage devant petits et grands. Je n'ai rien dit en dehors de ce que les prophètes et Moïse avaient prédit, à savoir que le Christ, exposé à la souffrance et premier ressuscité d'entre les morts, devait annoncer la lumière à notre peuple et aux nations. »

Il en était là de sa défense quand Festus déclara : « Tu délires, Paul ! Ta grande érudition te fait délirer ! » Mais Paul répliqua : « Je ne délire pas, très excellent Festus, mais je parle un langage de vérité et de bon sens. Le roi, à qui je m'adresse avec assurance, est au courant de ces événements, et je suis convaincu qu'aucun d'eux ne lui a échappé, car ce n'est pas dans un coin perdu que j'ai fait cela. Roi Agrippa, crois-tu aux prophètes ? Je sais bien que tu y crois. »

Agrippa dit alors à Paul : « Encore un peu, et tu me persuades de me faire chrétien. » Paul répliqua : « Plaise à Dieu que, tôt ou tard, non seulement toi, mais encore tous ceux qui m'écoutent aujourd'hui, vous deveniez tels que je suis, sauf les chaînes que voici. »

Le roi se leva, puis le gouverneur, ainsi que Bérénice et ceux qui étaient assis avec eux. S'étant retirés, ils se disaient entre eux : « Cet homme ne fait rien qui mérite la mort ou la prison. » Et Agrippa dit à Festus : « Cet homme aurait pu être relâché s'il n'en avait pas appelé à l'empereur. »

Commentaire

Alors, est-ce que tu penses que Festus a trouvé son motif d'accusation ? Eh bien, c'est pas dit, hein. Verset 26 :

Je n'ai rien de certain à écrire à l'empereur à son sujet. C'est pourquoi je l'ai présenté devant vous, surtout devant toi, roi Agrippa, afin qu'après cet interrogatoire, j'aie quelque chose à écrire.

Sauf que, manifestement, Festus reconnaît avoir fait chou blanc et n'avoir aucun chef d'accusation valable. Vous noterez qu'en parallèle, ça fait aussi penser au procès de Jésus, qui avait été condamné sans motif clair non plus. À nouveau, un lien entre les deux personnes.

Donc, en fait, la seule raison pour laquelle Paul va être amené à Rome, c'est parce qu'il a demandé à être déféré à César. On n'a rien à lui reprocher : c'est librement. Et vous voyez comment la situation vient de se retourner, de se renverser ? Paul va voir Rome, non pas parce qu'il est convoqué, parce qu'il a fait le mal, mais parce que c'est lui qui a demandé à voir l'empereur. Et même, il se rendra à Rome, si je puis dire, aux frais de la princesse. Qui est le chef ici ? L'empereur ou Paul ? Eh bien, réfléchissez à la question. La Providence conduit Paul à Rome, non pas parce qu'il est coupable, mais parce qu'il doit témoigner au cœur de l'Empire.

Alors, c'est peut-être le moment qu'on parle de ce plan divin. Pourquoi Paul doit aller à Rome ? C'est quoi l'idée que tout le monde a en tête ? Alors, la première raison, on l'a compris, c'est parce que Rome est la capitale du monde païen et que Rome prêche aux païens. Oui, mais il y a quelque chose de plus.

Alors, d'abord, commençons par dire que tout citoyen romain avait effectivement le droit d'en appeler à l'empereur. Ce n'était peut-être pas l'empereur directement qui vous recevait, mais en tout cas, il y avait des tribunaux pour ça. Mes notes de bas de page disent : « Il s'agissait de la plus haute cour d'appel, et un verdict favorable à l'apôtre Paul aurait pu mener bien au-delà de son simple acquittement. Le christianisme aurait pu être reconnu officiellement en tant qu'entité distincte du judaïsme. »

Et il est là, le plan. Oubliez Paul. Il est question de quelque chose de beaucoup plus important. Il est question de faire reconnaître le christianisme par l'empereur comme religion distincte. Le but, ce n'est pas que Paul présente sa défense ; le but, c'est que Paul présente la défense du christianisme devant l'empereur.

Ce qui est une vraie question, parce que dès que le christianisme va attirer l'œil des gouverneurs et des autorités romaines, il sera catégorisé non pas comme religio licita, religion permise, mais comme superstitio, c'est-à-dire un culte d'origine étrangère et étrange, potentiellement subversif. Et de fait, le christianisme sera rapidement caricaturé. Son refus de se cantonner aux pratiques juives le fait sortir hors des cadres.

Deux choses en particulier ne passeront pas. Le fait que Jésus soit considéré comme un Seigneur, avec un culte de la personnalité qui lui est voué, ce qui, dans la tête des Romains, entrait en concurrence avec le culte impérial. À l'époque de Jésus, il n'est pas encore pleinement développé, mais il va aller en s'affirmant ; ça va poser de plus en plus de problèmes. Et la deuxième chose qui ne passera pas, de manière très intéressante, c'est la fraternité, la charité, l'amour universel. Parce que normalement, un bon citoyen romain, c'était quelqu'un qui aimait les Romains et qui détestait les barbares. Et voilà que le christianisme prétend aussi aimer les barbares. C'est donc vu comme étant anti-patriote.

Alors, est-ce qu'il y avait déjà ça qui était en germe ? En tout cas, ça fait comprendre différemment le plan de Paul : la docilité et la déférence de Paul envers l'Empire romain, qui était vraie, qui n'était pas feinte, mais c'est aussi pour montrer comment Paul joue le jeu de l'Empire et qu'il veut jouer à plein la carte de la citoyenneté romaine pour essayer de se faire accepter par eux.

Ça montre aussi, sous un nouveau jour, la réaction de Festus qui, en entendant Paul, déclare : « Mais tu es fou ! » Ce qui vous montre bien qu'on est du côté de la superstitio. Ce qui contraste curieusement avec Agrippa qui, lui, ne sait pas très bien quoi en penser et qui est assez fasciné par ce nouveau courant religieux.

Alors bon, quitte à spoiler — mais enfin, vous qui connaissez l'histoire, c'est pas non plus un grand spoil — de fait, au deuxième siècle, le christianisme ne sera plus considéré seulement comme une superstitio, mais il sera considéré comme une superstitio illicita, une déviance religieuse qu'il faut bannir. Et c'est aussi ça, ce qui se cache derrière les pérégrinations judiciaires de Paul. Est-ce qu'il avait entrevu ce qui allait venir ? C'est pas impossible : de fait, Paul était un génie.

En tout cas, c'est dans cette cour de Césarée que le christianisme aura pu proposer sa plus belle défense sous forme apologétique. Paul l'expose de manière très, très belle. Manifestement, le discours était travaillé. N'en doutez pas : vous avez ici une répétition de ce qu'aurait dû être le discours de Paul devant l'empereur. Le langage est plus théologique que dans les autres récits. On parle de libération, on parle de salut, de pardon, d'héritage. On parle de la lumière. On parle de la fidélité aux Écritures. On est bien dans la grande tradition de Moïse et des prophètes qui annonçaient qu'un Messie devait souffrir. Mais en même temps, on parle bien aussi de l'Empire romain, de sa vocation à l'universalité : c'est Dieu qui, par amour de l'Empire romain, envoie Paul leur prêcher la lumière. Enfin, tout le monde peut y trouver son compte. Agrippa qui dit : « Tu vas bientôt finir par me convaincre. » Paul est peut-être prisonnier, mais en attendant, c'est quand même lui qui exerce la vraie autorité. C'est lui qui, par son discours et les réactions qu'il suscite, finit par juger Festus et Agrippa.

Et puis… c'est la panique. C'est la panique ! Parce qu'en fait, les Proverbes, c'est un texte continu et je suis censé les découper. Ces versets, ça va jamais marcher. C'était déjà la panique, parce que je n'ai plus assez à en dire, donc j'étais passé de cinq versets à quatre versets, de quatre versets à trois versets, et là maintenant, il fallait que je descende à deux versets — et voilà que je tombe sur le chapitre 30, que je suis censé lire d'une traite, parce que sinon on va rien comprendre. C'est la panique, je sais pas comment je vais faire. On s'arrête là aujourd'hui, laissez-moi la nuit pour réfléchir.

Proverbes 30,1-3

Paroles d'Agour, fils de Yaqué, de Massa. Oracle de cet homme pour Itiel, pour Itiel et Oukal.

Oui, je suis le plus stupide des hommes, aucune intelligence humaine en moi. Je n'ai pas étudié la sagesse, mais la science du Dieu Saint, je la connais.


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