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Jour 349 ☼ — Naufrage et salut : Paul, l'autre Christ

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Résumé : Paul quitte Césarée pour Rome, confié au centurion Julius : c'est le quatrième et dernier voyage, raconté par Luc dans ce que l'on a pu appeler le meilleur récit nautique de l'Antiquité. Le bateau, pris dans l'ouragan Euraquilon, dérive quatorze jours avant de s'échouer, mais tous parviennent à terre sains et saufs. Le commentaire déploie les échos bibliques du récit — Jérémie qu'on n'écoute pas, Jonas et la tempête, la barque de l'Église, l'ange de Gethsémani, la nécessité divine, le pain rompu — pour montrer que Paul est devenu un alter Christus, obtenant par sa docilité le salut de tous ses compagnons. L'épisode se clôt sur un unique verset des Proverbes, énigmatique, sur celui qui est monté au ciel et sur le nom de son fils.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Ça y est, on va quitter Césarée. Cette fois-ci, on repart en chemin. Quatrième et dernier voyage missionnaire, si tant est qu'on puisse parler d'un voyage missionnaire. Paul met les voiles pour Rome. Actes des Apôtres, chapitre 27.

Lecture : Actes 27

Quand notre embarquement pour l'Italie a été décidé, on a confié Paul et quelques autres prisonniers à un centurion nommé Julius, de la cohorte Augusta. Montés à bord d'un bateau d'Adramyttium sur le point d'appareiller pour les côtes de la province d'Asie, nous avons gagné le large, ayant avec nous Aristarque, un Macédonien de Thessalonique. Le lendemain, nous avons abordé à Sidon, et Julius, qui traitait Paul avec humanité, lui permit d'aller voir ses amis et de bénéficier de leurs sollicitudes.

De là, nous avons repris la mer et longé Chypre pour nous abriter des vents contraires. Nous avons traversé la mer qui borde la Cilicie et la Pamphylie et débarqué à Myre, en Lycie. Là, le centurion a trouvé un bateau d'Alexandrie en partance pour l'Italie et nous a fait monter à bord.

Pendant plusieurs jours, nous avons navigué lentement et nous sommes arrivés avec peine à la hauteur de Cnide. Mais le vent ne nous a pas permis d'en approcher. Nous avons alors longé la Crète, à l'abri du vent, au large du cap Salmoné, que nous avons doublé avec peine, et nous sommes arrivés à un endroit appelé Bons-Ports, près de la ville de Lasaïa.

Il s'était écoulé pas mal de temps, puisque même le jeûne du Grand Pardon était déjà passé, et déjà la navigation était devenue dangereuse. Si bien que Paul ne cessait de les avertir : « Mes amis, je vois que la navigation ne se fera pas sans dommage, ni beaucoup de pertes, non seulement pour la cargaison et le bateau, mais encore pour nos vies. » Mais le centurion faisait davantage confiance aux pilotes et à l'armateur qu'aux paroles de Paul.

Et comme le port n'était pas adapté pour y passer l'hiver, la plupart ont été d'avis de reprendre la mer afin d'atteindre si possible Phénix, un port de Crète ouvert à la fois vers le sud-ouest et le nord-ouest, et d'y passer l'hiver. Comme un léger vent du sud s'était mis à souffler, ils s'imaginaient pouvoir réaliser leur projet. Ayant donc levé l'ancre, ils essayaient de longer de près la Crète.

Mais presque aussitôt, venant des hauteurs de l'île, s'est déchaîné le vent d'ouragan qu'on appelle Euraquilon. Le bateau a été emporté sans pouvoir tenir contre le vent. Nous sommes donc partis à la dérive. En passant à l'abri d'un îlot appelé Cauda, nous avons réussi, non sans peine, à garder la maîtrise de la chaloupe. On l'a hissée à bord, puis on a utilisé des câbles de secours pour ceinturer le bateau. Craignant d'aller s'échouer sur les hauts-fonds de la Syrte, on a fait descendre l'ancre flottante et on a continué à dériver.

Le lendemain, comme la tempête nous secouait avec violence, on a jeté le superflu par-dessus bord. Le troisième jour, les matelots ont lancé de leurs propres mains le gréement du bateau à la mer. Et pendant plusieurs jours, ni le soleil, ni les étoiles ne se montraient, et une tempête d'une violence peu commune continuait à sévir. Désormais, tout espoir d'être sauvés nous était enlevé.

Les gens n'avaient plus rien à manger depuis longtemps. Alors Paul, debout au milieu d'eux, prit la parole : « Mes amis, il fallait m'obéir et ne pas quitter la Crète pour gagner le large. On aurait évité ces dommages et ces pertes. Mais maintenant, je vous exhorte à garder confiance, car aucun de vous n'y laissera la vie. Seul le bateau sera perdu. Cette nuit, en effet, s'est présenté à moi un ange de Dieu, à qui j'appartiens et à qui je rends un culte. Il m'a dit : “Sois sans crainte, Paul. Il faut que tu te présentes devant l'Empereur, et voici que pour toi, Dieu fait grâce à tous ceux qui sont sur le bateau avec toi.” Alors, gardez confiance, mes amis. J'ai foi en Dieu, et il en sera comme il m'a été dit. Nous devons échouer sur une île. »

Or, la quatorzième nuit que nous dérivions sur la mer Adria, vers minuit, les matelots ont pressenti l'approche d'une terre. Ils ont lancé la sonde et trouvé vingt brasses. Un peu plus loin, ils l'ont lancée de nouveau et trouvé quinze brasses. Craignant que nous n'allions échouer sur des rochers, ils ont jeté quatre ancres à l'arrière et ils appelaient de leurs vœux la venue du jour.

C'est alors qu'ils ont cherché à s'enfuir du bateau et qu'ils ont descendu la chaloupe à la mer, sous prétexte d'aller tirer les ancres de la proue. Paul a dit alors au centurion et aux soldats : « Si ces gens-là ne restent pas sur le bateau, vous ne pouvez pas être sauvés. » À partir de ce moment, les soldats ont coupé les filins de la chaloupe et l'ont laissée partir.

En attendant que le jour se lève, Paul exhortait tout le monde à prendre de la nourriture : « Voilà aujourd'hui le quatorzième jour que vous restez dans l'expectative, sans manger, ni rien prendre. Je vous exhorte donc à prendre de la nourriture, car il y va de votre salut. Aucun de vous ne perdra un cheveu de sa tête. » Ayant dit cela, il a pris du pain, il a rendu grâce à Dieu devant tous, il l'a rompu et il s'est mis à manger. Alors tous, retrouvant confiance, ont eux aussi pris de la nourriture. Nous étions en tout deux cent soixante-seize personnes sur le bateau. Une fois rassasiés, on cherchait à alléger le bateau en jetant les vivres à la mer.

Quand il fit jour, on ne reconnaissait pas la terre, mais on apercevait une baie avec une plage, vers laquelle on voulait si possible faire avancer le bateau. Les matelots ont alors décroché les ancres pour les abandonner à la mer. Ils ont détaché les câbles des gouvernails et hissé une voile au vent pour gagner la plage. Mais, ayant touché un banc de sable, ils ont fait échouer le navire. La proue, qui s'était enfoncée, restait immobile, tandis que la poupe se disloquait sous la violence des vagues.

Les soldats ont eu alors l'intention de tuer les prisonniers, pour éviter que l'un d'eux s'enfuie à la nage. Mais le centurion, voulant sauver Paul, les a empêchés de réaliser leur projet. Il a ordonné de gagner la terre, à ceux qui savaient nager en se jetant à l'eau les premiers, aux autres soit sur des planches, soit sur des débris du bateau. Et c'est ainsi que tous sont parvenus à terre, sains et saufs.

Commentaire

On a pu parler, à propos de ce passage, du meilleur récit nautique de l'Antiquité. Excusez du peu : un passage dont la valeur littéraire le rend comparable aux descriptions de Thucydide ou même de Virgile. Le texte regorge de détails : on vous parle des vents, des ports, des manœuvres, des ancres, des sondes. On vous mentionne la chaloupe hissée à bord, les câbles passés sous le navire. On vous parle de la peur des bancs de la Syrte. En plus, Luc utilise le « nous », ce qui renforce l'impression d'un témoin oculaire, ce qui nous fait plonger dans l'action. On a l'impression de voir la scène se dérouler devant nous.

Tout ceci commence parce que le centurion refuse de faire confiance à Paul. Et derrière Paul, cette fois-ci, revit l'ombre prophétique d'un Jérémie qui a annoncé, en son temps, en son heure, une catastrophe à venir — la destruction de Jérusalem — et personne ne l'écoutait. Mais on revit aussi derrière Paul l'aventure de Jonas qui, pour aller prêcher à une nation païenne, subit une tempête sur un bateau. La mer redevient le symbole de la mort. La barque redevient le symbole de l'Église. On a l'impression d'assister à nouveau au récit de la tempête apaisée, quand Jésus était sur la barque avec ses disciples. D'ailleurs, le seul qui est calme dans le bateau, c'est Paul, qui décidément ressemble de plus en plus à Jésus.

Verset 23 :

Cette nuit, en effet, s'est présenté à moi un ange de Dieu, à qui j'appartiens et à qui je rends un culte.

Un ange de Dieu qui vient réconforter Paul au milieu de la détresse. Et à nouveau, on pense à cet ange qui était apparu à Jésus à Gethsémani pour lui redonner courage. Et cet ange qui lui dit, verset 24 :

Sois sans crainte, Paul, il faut que tu te présentes devant l'Empereur, et voici que pour toi, Dieu fait grâce à tous ceux qui sont sur le bateau avec toi.

« Il faut que tu te présentes devant l'Empereur » : à nouveau ce fameux dei en grec, qui symbolise la nécessité divine. C'était cette même nécessité divine dont Jésus parlait au moment de sa passion : il faut que s'accomplissent les Écritures. Quand je vous dis que Paul ou Jésus, c'est en train de devenir la même chose… « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi. »

Donc Paul réconforte tout le monde de la même manière que Jésus réconfortait ses disciples avant de mourir, en leur disant : « Ne vous inquiétez pas, personne ne va mourir, seul le bateau sera perdu. » Et cette fois-ci, le bateau devient l'image du corps qui va mourir, mais l'âme, elle, sera sauvée. Et c'est ainsi que le naufrage devient le symbole de la mort, et le fait que tous, vaille que vaille, arrivent à parvenir jusqu'à une île devient le symbole du salut offert à tous.

Et vous notez au passage comment Paul, par la docilité qu'il montre envers la mission que lui a confiée Jésus — comparaître devant l'Empereur à Rome —, parce qu'il est docile, il attire sur lui la puissance de grâce et de salut non seulement pour lui, mais pour tous les compagnons du bateau. À sa manière à lui, Paul obtient aussi, pour la multitude et les captifs, le pardon des péchés. Et des fois que vous vous poseriez des questions : les soldats romains voulaient égorger tous les prisonniers, mais par égard pour Paul, ils leur laissèrent la vie sauve.

Et on pourrait continuer comme ça longtemps, les parallèles. Vous notez que pendant trois jours la tempête a duré : les trois jours de la mort de Jésus. Vous notez aussi comment, pour réconforter et rassurer tout le monde, Paul a pris un repas. Verset 34 :

Je vous exhorte donc à prendre de la nourriture, car il y va de votre salut.

C'est une nourriture qui donne le salut.

Et ayant dit cela, il prit du pain, rendit grâce à Dieu devant tous, il l'a rompu, et il s'est mis à manger.

Enfin quand même, je sais bien que parfois on a tendance à surinterpréter les textes, mais Paul est devenu un alter Christus, un autre Christ.

Livre des Proverbes. Alors tout le monde se demande comment est-ce que je vais faire maintenant ? Je ne sais pas encore. On va faire ça au cas par cas, d'accord les enfants ? Pour l'instant, ce sera un seul verset. Un seul verset, mais celui-là, il est quand même assez étrange.

Proverbes 30,4

Qui est monté au ciel et en est descendu ? Qui a retenu le vent au creux de sa main ? Qui a serré les eaux dans son manteau ? Qui a fixé toutes les limites de la terre ? Quel est son nom ? Quel est le nom de son fils ? Sans doute, tu le sais.


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