Jour 349 ☾ — Le Christ, centre de tout
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Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre la lettre aux Colossiens, écrite depuis la captivité, probablement par un secrétaire de Paul, à destination d'une ville d'Asie mineure évangélisée par Épaphras. La lecture des chapitres 1 et 2 fait entendre la grande hymne christologique — le Christ image du Dieu invisible, premier-né avant toute créature, en qui tout subsiste — puis la mise en garde contre une « philosophie vide et trompeuse ». Le commentaire identifie cette philosophie comme une forme de pré-gnose mêlant observances légales, ascèse et culte des anges, à laquelle Paul oppose trois corrections : la souveraineté du Christ sur toutes les puissances angéliques, le salut par la miséricorde et non par une connaissance secrète, et l'Église ouverte à tous contre l'élitisme spirituel. Une parenthèse retrace l'angélologie de l'époque jusqu'aux neuf chœurs de Denys l'Aréopagite. L'épisode s'achève par la reprise de l'hymne des Colossiens comme prière.
Introduction
Nouvelle lettre de captivité, la lettre aux Colossiens, qui est d'une facture un peu plus tardive que la lettre aux Philippiens. La seule chose qu'on sait, c'est que Colosse va être détruite par un tremblement de terre en 61, donc la lettre serait d'avant 60. Colosse est une ville en Asie mineure, pas très loin d'Éphèse, à 160 km. On se souvient que Paul est resté trois ans à Éphèse et avait, à partir de là, organisé des missions autour d'Éphèse. Donc on est du côté de la Turquie.
Il semblerait que l'Église aurait été fondée par Épaphras, c'est en tout cas ce que la lettre suggère. Et c'est là qu'Épaphras aurait ensuite rapporté à Paul des nouvelles de la communauté qu'il aurait fondée, et surtout des difficultés de cette communauté, ce qui expliquerait la rédaction de cette lettre.
Est-ce que c'est saint Paul qui a écrit la lettre aux Colossiens ? Probablement pas. On pense que Paul est en captivité et que c'est un secrétaire qui l'a écrite pour lui, ce qui expliquerait les différences de style, même si la théologie est très proche de la théologie de Paul. Quant au contenu de la lettre, je vous laisse le découvrir par vous-même. Écoutez, une fois n'est pas coutume.
Lecture : Colossiens 1-2
Paul, apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, et Timothée notre frère, aux frères sanctifiés par la foi dans le Christ, qui habitent Colosse : à vous la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père.
Nous rendons grâce à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus, en priant pour vous tous à tout moment. Nous avons entendu parler de votre foi dans le Christ Jésus et de l'amour que vous avez pour tous les fidèles, dans l'espérance de ce qui vous est réservé au ciel. Vous en avez déjà reçu l'annonce par la parole de vérité, l'Évangile, qui est parvenu jusqu'à vous. Lui qui porte du fruit et progresse dans le monde entier, il fait de même chez vous, depuis le jour où vous avez reçu l'annonce et la pleine connaissance de la grâce de Dieu dans la vérité. Cet enseignement vous a été donné par Épaphras, notre cher compagnon de service, qui est pour vous un ministre du Christ digne de foi. Il nous a fait savoir de quel amour l'Esprit vous anime.
Depuis le jour où nous en avons entendu parler, nous ne cessons pas de prier pour vous. Nous demandons à Dieu de vous combler de la pleine connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle. Ainsi, votre conduite sera digne du Seigneur et capable de lui plaire en toute chose. Par tout le bien que vous ferez, vous porterez du fruit et vous progresserez dans la vraie connaissance de Dieu. Vous serez fortifiés en tout par la puissance de sa gloire, qui vous donnera toute persévérance et patience. Dans la joie, vous rendrez grâce à Dieu le Père, qui vous a rendus capables d'avoir part à l'héritage des saints, dans la lumière.
Nous arrachant au pouvoir des ténèbres, il nous a placés dans le royaume de son Fils bien-aimé. En lui nous avons la rédemption, le pardon des péchés.
Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né avant toute créature. En lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre, les êtres visibles et invisibles, puissances, principautés, souverainetés, dominations. Tout est créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui. Il est aussi la tête du corps, la tête de l'Église. C'est lui le commencement, le premier-né d'entre les morts, afin qu'il ait en tout la primauté. Car Dieu a jugé bon qu'habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.
Et vous, vous étiez jadis étrangers à Dieu, et même ses ennemis, par vos pensées et vos actes mauvais. Mais maintenant, Dieu vous a réconciliés avec lui, dans le corps du Christ, son corps de chair, par sa mort, afin de vous introduire en sa présence, saints, immaculés, irréprochables. Cela se réalise si vous restez solidement fondés dans la foi, sans vous détourner de l'espérance que vous avez reçue en écoutant l'Évangile proclamé à toute créature sous le ciel. Et c'est de cet Évangile, moi, Paul, que je suis devenu ministre.
Maintenant, je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous. Ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ dans ma propre chair, je l'accomplis pour son corps qui est l'Église. De cette Église, je suis devenu ministre, et la mission que Dieu m'a confiée, c'est de mener à bien pour vous l'annonce de sa parole, le mystère qui était caché depuis toujours à toutes les générations, mais qui maintenant a été manifesté à ceux qu'il a sanctifiés. Car Dieu a bien voulu leur faire connaître en quoi consiste la gloire sans prix de ce mystère parmi toutes les nations : le Christ est parmi vous, lui, l'espérance de la gloire. Ce Christ, nous l'annonçons : nous avertissons tout homme, nous instruisons chacun en toute sagesse, afin de l'amener à sa perfection dans le Christ. Et c'est pour cela que je m'épuise à combattre avec la force du Christ dont la puissance agit en moi.
Je veux en effet que vous sachiez quel dur combat je mène pour vous, et aussi pour les fidèles de Laodicée et pour tant d'autres qui ne m'ont jamais vu personnellement. Je combats pour que leur cœur soit rempli de courage et pour que, rassemblés dans l'amour, ils accèdent à la plénitude de l'intelligence dans toute sa richesse et à la vraie connaissance du mystère de Dieu. Ce mystère, c'est le Christ, en qui se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance. Je vous dis cela pour que personne ne vous égare par des arguments trop habiles. Car si je suis absent physiquement, je suis toujours spirituellement avec vous, et je me réjouis de voir l'ordre qu'il y a chez vous et la fermeté de votre foi au Christ.
Menez donc votre vie dans le Christ Jésus, le Seigneur, tel que vous l'avez reçu. Soyez enracinés, édifiés en lui, restez fermes dans la foi, comme on vous l'a enseigné ; soyez débordants d'action de grâce.
Prenez garde à ceux qui veulent faire de vous leur proie par une philosophie vide et trompeuse, fondée sur la tradition des hommes, sur les forces qui régissent le monde, et non pas sur le Christ. Car en lui, dans son propre corps, habite toute la plénitude de la divinité. En lui vous êtes pleinement comblés, car il domine toutes les puissances de l'univers.
En lui vous avez reçu une circoncision qui n'est pas celle que pratiquent les hommes, mais celle que réalise l'entier dépouillement de votre corps de chair : telle est la circoncision qui vient du Christ. Dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l'a ressuscité d'entre les morts. Vous étiez des morts, parce que vous aviez commis des fautes et n'aviez pas reçu de circoncision dans votre chair. Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné toutes nos fautes. Il a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous ; il l'a annulé en le clouant à la croix. Ainsi, Dieu a dépouillé les puissances de l'univers ; il les a publiquement données en spectacle et il les a traînées dans le cortège triomphal du Christ.
Alors, que personne ne vous juge pour des questions de nourriture et de boisson, ou à propos de fêtes, de nouvelle lune ou de sabbat : tout cela n'est que l'ombre de ce qui devait venir, mais la réalité, c'est le Christ. Ne vous laissez pas frustrer de votre récompense par ceux qui veulent vous humilier par un culte des anges, et qui s'évadent dans des visions et se laissent vainement gonfler d'orgueil par des idées purement humaines. Ces gens-là ne sont pas en union avec la tête, avec celui par qui tout le corps poursuit sa croissance en Dieu, grâce aux articulations et aux ligaments qui maintiennent sa cohésion.
Si, avec le Christ, vous êtes morts aux forces qui régissent le monde, pourquoi subir des prescriptions légales comme si votre vie dépendait encore du monde ? « Ne prends pas ceci, ne goûte pas cela, ne touche pas cela », alors que toutes ces choses sont faites pour disparaître quand on s'en sert. Ce ne sont là que des préceptes et des enseignements humains, qui ont des airs de sagesse, de religion personnelle, d'humilité et de rigueur pour le corps, mais qui ne sont d'aucune valeur pour maîtriser la chair.
Commentaire
On va partir de ce verset, Colossiens 2, 8 :
Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie, par la philosophie, par une vaine tromperie, selon la tradition des hommes, selon les éléments du monde, et non selon le Christ.
Alors, on évitera de voir ici une critique contre la tradition philosophique, avec tout ce qu'on vient de dire dans la lettre aux Philippiens. Ici, « philosophie » désigne une école de sagesse précise, qui manifestement fascine les Colossiens, mais qui n'enchante pas du tout Paul, et dans laquelle il y aurait des assises légales. Chapitre 2, on vous parlait d'observances alimentaires, de fêtes, de sabbat. On vous parlera aussi de pratiques mystiques liées au culte des anges. Bref, une philosophie au sens de doctrine, d'initiation intellectuelle, qui apporterait une sagesse supérieure, et il faudrait purifier son esprit pour accéder à des révélations.
On a pu parler, à propos de cette philosophie, d'une sorte de pré-gnose. La gnose, c'est une initiation secrète qui vous apporte le salut par une connaissance, par une tradition qui était cachée. Généralement, il y a un mépris de la matière là-dedans, c'est pour ça qu'il y a beaucoup de pratiques ascétiques. Il y aurait des médiations cosmiques, il y aurait des savoirs cachés. Il y a des anges, des archontes, qui sont tantôt bons, tantôt mauvais, en veux-tu en voilà, et qui parfois même sont au-dessus, en dessous de Dieu. Et puis il y a le sentiment d'appartenir à une élite spirituelle. Alors, on n'est pas encore dans les grands systèmes gnostiques qui vont se développer au deuxième siècle — Valentin, Basilide, Marcion — mais quand même, là, on est dans un milieu favorable à l'éclosion de cette gnose qui va venir.
Notamment, on vous parle d'un culte rendu aux anges. L'angélologie était très développée à cette époque-là. On en a déjà suffisamment parlé en parlant d'Hénoch, mais je pourrais vous parler de Qumrân, les écrits de la mer Morte. Enfin, les anges étaient mis à peu près à toutes les sauces. Donc, il y avait des catégories d'anges. D'ailleurs, Paul les reprend, ces catégories d'anges, quand il vous parle des êtres visibles et invisibles, puissances, principautés, souverainetés, dominations. Ça, c'était le verset 16.
D'ailleurs, petite parenthèse : Paul parle beaucoup de ces catégories d'anges. Par exemple, dans la lettre aux Romains, dans la première aux Corinthiens, dans les Éphésiens — le Christ qui est au-dessus de toute principauté, autorité, puissance, souveraineté et de tout nom qu'il peut se donner. Tout ça, ce sont des catégories d'anges. Il y en a à peu près partout. Il faudra attendre Denys l'Aréopagite, un auteur chrétien néo-platonicien, pour arriver à remettre tout ça à peu près d'équerre. Il va vous distinguer les neuf chœurs angéliques : les Séraphins, les Chérubins et les Trônes, c'est la première triade, qui contemple Dieu ; les Dominations, les Vertus et les Puissances, ça, c'est la deuxième triade, qui est affectée au gouvernement de l'univers ; et puis les Principautés, les Archanges et les Anges, troisième triade, qui, eux, sont affectés au gouvernement des hommes. Fin de parenthèse.
On retourne aux Colossiens. On a dit que les Colossiens, ils adoraient les anges, ils leur vouaient un culte. Et le problème, c'est que ça commence à prendre un peu trop de place. Ça commence à prendre même la place du Christ. Et du coup, c'est pour ça que vous aviez l'hymne au début, chapitre 1, verset 15 :
Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né avant toute créature. En lui, tout fut créé dans le ciel et sur la terre, les êtres visibles et invisibles, puissances, principautés, souverainetés, dominations.
Donc, il n'y a pas de puissance autonome. Les anges ne sont pas des médiateurs indépendants pour arriver jusqu'à Dieu. Ils sont soumis au Christ, et le Christ leur est supérieur :
Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui.
Et puis, Paul vous rajoute aussi, dans cet hymne-là, que le salut ne passe pas par une connaissance secrète ou par de l'ascèse, mais par la miséricorde, par le pardon, par la réconciliation :
En lui nous avons la rédemption, le pardon des péchés.
Et puis, troisième correction, contre les tendances gnostiques qui consistent à se constituer en élite morale et spirituelle — il y a ceux qui savent et il y a ceux qui ne savent pas : Paul rappelle que le Christ est venu fonder une communauté, l'Église, dans laquelle tout le monde est le bienvenu.
En guise de prière, je vous propose tout simplement de reprendre l'hymne qui était contenu dans la lettre aux Colossiens. Ça fait partie des prières officielles de l'Église, donc je vais difficilement faire mieux.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Rendons grâce à Dieu le Père, qui nous a rendus capables d'avoir part à l'héritage des saints, dans la lumière. Nous arrachant au pouvoir des ténèbres, il nous a placés dans le royaume de son Fils bien-aimé. En lui nous avons la rédemption, le pardon des péchés.
Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né avant toute créature. En lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre, les êtres visibles et invisibles, puissances, principautés, souverainetés, dominations. Tout est créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui.
Il est aussi la tête du corps, la tête de l'Église. C'est lui le commencement, le premier-né d'entre les morts, afin qu'il ait en tout la primauté. Car Dieu a jugé bon qu'habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.