Jour 350 ☼ — Paul, libre au cœur des chaînes
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le dernier chapitre des Actes des Apôtres : le naufrage à Malte, la vipère qui mord Paul sans l'atteindre, la guérison du père de Publius, puis la remontée vers Rome et les deux années de résidence surveillée où Paul prêche le royaume de Dieu. Le commentaire montre que le naufrage est un récit de passion et l'arrivée sur l'autre rive un récit d'apparition : Paul accomplit les signes annoncés à la fin de l'évangile selon saint Marc, et apparaît comme un homme déjà passé par-delà le voile. Suit un long développement historique sur les deux captivités romaines de Paul — la garde militaire relativement douce de 62-64, puis la prison Mamertine après l'incendie de Rome — et sur les raisons pour lesquelles Luc n'est pas allé jusqu'au martyre.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Aujourd'hui, je fais la tête. C'est le dernier chapitre des Actes des Apôtres. Oh là là, la vie est triste. C'était passionnant. J'ai adoré. J'ai appris plein de trucs. J'espère que ça vous a plu. Mais moi, j'ai découvert un visage de Paul. Pa, pa, pa, pa, pa. Aujourd'hui, l'apothéose finale. Actes des Apôtres, chapitre 28.
Lecture : Actes des Apôtres 28
Une fois sauvés, nous avons découvert que l'île s'appelait Malte. Les indigènes nous ont traités avec une humanité peu ordinaire. Ils avaient allumé un grand feu et ils nous ont tous pris avec eux, car la pluie s'était mise à tomber et il faisait froid.
Or, comme Paul avait ramassé une brassée de bois mort et l'avait jetée dans le feu, la chaleur avait fait sortir une vipère qui s'est accrochée à sa main. À la vue de la bête suspendue à sa main, les indigènes se disaient entre eux : « Cet homme sûrement est un meurtrier. Il est sorti sain et sauf de la mer, mais la justice divine ne permet pas qu'il reste en vie. » Or, Paul a secoué la bête pour la faire tomber dans le feu, et il n'en a éprouvé aucun mal, alors que les gens s'attendaient à le voir enfler ou tomber raide mort. Après avoir attendu un bon moment, et vu qu'il ne lui arrivait rien d'anormal, ils ont changé complètement d'avis. Ils disaient que Paul était un dieu.
Il y avait là une propriété appartenant à Publius, le premier magistrat de l'île. Il nous a accueillis et, pendant trois jours, nous a donné une hospitalité cordiale. Or, son père était au lit, atteint de fièvre et de dysenterie. Paul est allé le voir, il a prié, lui a imposé les mains et lui a rendu la santé. À la suite de cet événement, tous les autres malades de l'île venaient à lui et ils étaient guéris. On nous a comblés d'honneur et, lorsque nous avons pris la mer, on nous a fourni tout ce dont nous avions besoin.
C'est au bout de trois mois que nous avons repris la mer à bord d'un navire d'Alexandrie portant comme emblème les Dioscures et qui avait passé l'hiver dans l'île. Nous avons abordé à Syracuse et nous y sommes restés trois jours. Après avoir levé l'ancre, nous avons atteint Reggio. Le lendemain, il y a eu un vent du sud et, en deux jours, nous sommes arrivés à Pouzzoles. Nous y avons trouvé des frères qui nous ont invités à passer sept jours chez eux.
Voilà comment nous sommes arrivés à Rome. De la ville, les frères qui avaient entendu parler de nous sont venus à notre rencontre jusqu'au lieu dit Forum d'Appius et à celui des Trois-Tavernes. En les voyant, Paul a rendu grâce à Dieu et repris courage. À notre arrivée à Rome, il a reçu l'autorisation d'habiter en ville avec le soldat qui le gardait.
Trois jours après, il fit appeler les notables des Juifs. Quand ils arrivèrent, il leur dit : « Frères, moi qui n'ai rien fait contre notre peuple et les coutumes reçues de nos pères, je suis prisonnier depuis Jérusalem, où j'ai été livré aux mains des Romains. Après m'avoir interrogé, ceux-ci voulaient me relâcher, puisque, dans mon cas, il n'y avait aucun motif de condamnation à mort. Mais devant l'opposition des Juifs, j'ai été obligé de faire appel à l'Empereur, sans vouloir pour autant accuser ma nation. C'est donc pour ce motif que j'ai demandé à vous voir et à vous parler, car c'est à cause de l'espérance d'Israël que je porte ces chaînes. »
Ils lui répondirent : « Pour notre part, nous n'avons pas reçu à ton sujet de lettres en provenance de Judée, et aucun frère venu ici n'a rapporté ou dit du mal de toi. Nous souhaitons pourtant apprendre de toi ce que tu penses, car nous avons été informés que votre groupe est contesté partout. »
Après lui avoir fixé une date, ils vinrent le trouver en plus grand nombre dans son logement. Paul rendait témoignage au royaume de Dieu dans ce qu'il leur exposait, et il s'efforçait de les convaincre à propos de Jésus en partant de la loi de Moïse et des Prophètes. Les uns se laissaient convaincre par ses paroles, les autres restaient incrédules. Comme ils se séparaient sans avoir pu se mettre d'accord, Paul ajouta un seul mot : « Elles sont justes, les paroles que l'Esprit Saint a dites à vos pères par le prophète Isaïe : Va trouver ce peuple et dis-lui : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le cœur de ce peuple s'est alourdi. Ils sont devenus durs d'oreilles. Ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n'entendent, que leur cœur ne comprenne, qu'ils ne se convertissent. Et moi, je les guérirais. »
Paul demeura deux années entières dans le logement qu'il avait loué. Il accueillait tous ceux qui venaient chez lui. Il annonçait le règne de Dieu et il enseignait ce qui concerne le Seigneur Jésus-Christ, avec une entière assurance et sans obstacle.
Commentaire
Quand je vous dis que Paul est devenu autre chose : il y a un serpent qui le mord et ce n'est pas lui qui meurt, c'est le serpent qui meurt. Comment ne pas penser à Jésus qui, après la croix, la mort et le diable n'ont plus aucun pouvoir sur lui. Et la population locale qui est toute étonnée parce qu'en fait, ils pensaient que c'était une malédiction, le diable qui vient le mordre. Et on pense à Jésus qui était sur la croix et on disait que c'était la malédiction de Dieu qui était venue sur lui. Mais voilà qu'il ne succombe pas et tout le monde le prend pour un dieu.
Ce que vous venez de lire à travers le récit du naufrage, c'est un récit de la passion. Et ce que vous venez de lire avec Paul qui arrive sur le rivage, c'est un récit d'apparition. D'ailleurs, le rivage, l'autre rive, c'est le symbole par excellence de la résurrection. On pense à la finale de l'évangile selon saint Marc, chapitre 16 :
Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils expulseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils prendront des serpents dans leurs mains, et s'ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal, ils imposeront les mains aux malades et les malades s'en trouveront bien.
C'est exactement ce que Paul réalise dans cette île. En disant tout cela, ça ne veut pas dire que Paul ne va pas mourir, parce que le plan de Dieu, c'est qu'il rende témoignage à Rome. Et que témoin, en grec, ça se dit martyr. Le but est de vous montrer la totale liberté de cet homme. Il est enchaîné, il est en prison. Et pourtant, c'est lui le plus libre d'entre eux. Et à nouveau, on pense à Jésus au moment d'entrer librement dans sa passion. L'évangile vous rend libre. Libre à la manière de saint Paul.
De là, on arrive à Rome, où Paul est accueilli par la communauté chrétienne locale, où il se met à nouveau à prêcher en synagogue. En apparence, rien n'a changé : il y en a qui croient, il y en a qui ne croient pas. Et en même temps, il y a une certaine forme de sérénité. On a l'impression que Paul est passé par-delà le voile.
Pendant les quelque temps qu'a duré le voyage par mer, Paul a trouvé un moyen assez génial de présenter l'ouverture du judaïsme aux nations païennes. On se souvient que c'était ce qui faisait l'objet d'un scandale à Jérusalem. Voilà que maintenant, Paul le présente de manière totalement nouvelle. Il vous dit qu'il est là pour rendre compte de l'espérance. L'espérance d'Israël, c'est que l'Israël porte en son sein de quoi sauver le monde. Et que c'est ce qui avait été prédit par les prophètes.
On termine avec une dernière citation, Isaïe : « Vous aurez beau écouter, vous ne verrez pas. » Qui est une des citations les plus employées dans tout le Nouveau Testament, et qui nous replace chacun devant nos propres responsabilités. C'est toujours de cette même manière un peu grave, un peu solennelle, que les prophètes — et Paul en fait partie — terminent toujours leur discours : non pas par des flatteries, mais par le rappel des véritables enjeux, les bénédictions d'un côté, les malédictions de l'autre. Et c'est ainsi que nous quittons Paul, captif à Rome, captif mais entièrement libre.
Ça vaut peut-être le coup qu'on déborde un peu des Actes des Apôtres et que je vous parle de la captivité de Paul à Rome, parce qu'il va y en avoir plusieurs. Vous êtes ici dans la première captivité. Paul vient d'arriver à Rome après le naufrage à Malte. Il n'est pas enfermé dans une prison classique, mais il est plutôt assigné à résidence. Vers le verset 30 : « Paul demeura deux ans entiers dans une maison qu'il avait louée. Il y recevait tous ceux qui venaient le voir. » Il peut écrire, il peut recevoir. Il est gardé par un soldat, ce qu'on appelle la custodia militaris, la garde militaire : un soldat de la garde prétorienne qui est attaché à lui par une chaîne. Mais Paul garde une certaine liberté. C'est une captivité relativement douce, plutôt de l'ordre de la résidence surveillée. Alors, ceci dit, financée par ses propres moyens : c'est lui-même qui doit louer sa maison. Pas non plus exagéré.
Pourquoi est-ce que Paul bénéficie d'une condition de captivité relativement clémente ? D'abord parce qu'il est citoyen. Ensuite, parce qu'il a fait bonne impression devant le gouverneur Festus et Agrippa II. Donc tout cela fait qu'à ses arrêts, déjà, il était probablement non pas en prison, mais en résidence surveillée. Et ça a continué.
Paul attend son procès. On nous dit qu'il l'a attendu deux ans. Le délai de deux ans reflète probablement les lenteurs de la justice romaine. En tout cas, c'est aussi ce qui a permis à Paul de continuer à organiser ses communautés à distance. Probablement que le procès s'est bien passé, parce qu'au bout de deux ans, on sait qu'il va être relâché. On est entre 62 et 64. Il n'est pas impossible que pendant ce délai de deux ans, entre 62 et 64, il se soit rendu en Espagne. Dans la lettre aux Romains, il parlait déjà de ce grand projet de se rendre aux colonnes d'Hercule.
C'est probablement aussi dans cette période-là que va le rejoindre Pierre à Rome, parce que Pierre aussi va terminer à Rome. Le Vatican a été construit au-dessus de son tombeau. Je vous rappelle qu'on a retrouvé le tombeau de saint Pierre. Et pas seulement Pierre, d'ailleurs, mais aussi Silvain, qui avait été l'auteur des lettres de Pierre et l'auteur de lettres de saint Paul. Et aussi Marc, ce fameux Marc qui avait causé tant de rififi entre lui et Barnabé. Il est très probable qu'il soit lui aussi allé à cette époque-là à Rome, où il va devenir secrétaire de Pierre. C'est lui qui va rédiger l'évangile selon saint Marc. Et Paul en fait mention dans une de ses lettres. Donc ils se sont réconciliés. C'est beau de se dire ça. Tout est bien qui finit bien.
Enfin, qui finit bien, je ne sais pas, parce qu'il y aura l'incendie de Rome dans les années 64-67. Parmi les coupables que va désigner Néron, il y aura les chrétiens, transformés en torches vivantes dans les jardins de l'Empereur. On nous dit que ça a été tellement cruel que même la foule qui haïssait les chrétiens s'est mise à avoir pitié d'eux. Et parmi les victimes, Pierre et Paul, qui vont tous les deux être jetés cette fois-ci dans une captivité beaucoup plus dure, dans une prison qu'on a retrouvée, qui s'appelle la prison Mamertine, qu'on peut visiter, que j'ai visitée et qui est glauque.
C'est suggéré dans la deuxième lettre à Timothée : on évoque une captivité beaucoup plus dure. D'autres témoignages de Pères de l'Église confirment une deuxième captivité : Eusèbe de Césarée et Irénée. Cette deuxième captivité, la prison Mamertine, on n'est plus dans la résidence surveillée. Je ne sais pas comment vous dire. Ça n'a de prison que le nom. C'est plutôt une sorte de grotte, de fosse dans laquelle on jetait les prisonniers. Parfois même, on les jetait avec tellement de violence qu'en arrivant en bas, ils se cassaient les deux jambes. Dans un endroit qui devait faire, allez, je ne sais pas moi, 30 mètres carrés, on pouvait entasser une quarantaine de détenus. Aucune fenêtre. Vous êtes dans la pénombre. Dans la deuxième lettre à Timothée, on voit que Paul dit avoir froid. Il demande un manteau et il raconte comment tout le monde, ou presque, l'a abandonné. Ce n'était pas forcément de la méchanceté de la part des autres chrétiens, mais à cette époque-là, je suppose que c'était chacun pour sa peau et sauve qui peut.
En tout cas, les Actes des Apôtres n'en parlent pas. Ils s'arrêtent à cette première captivité. Pourquoi est-ce qu'on ne va pas jusqu'au bout ? Pourquoi est-ce qu'on n'a pas montré le discours que saint Paul a tenu devant l'Empereur ? Pourquoi est-ce qu'on n'a pas parlé de son martyre ? Parce qu'en fait, on en avait déjà parlé : c'était le discours devant Festus, c'était le naufrage, le chapitre d'avant. C'est vraiment très curieux, si bien que quand il arrive à Rome, on a l'impression d'avoir un homme qui est déjà passé par-delà la vie et la mort. Il arrive à Rome, il prêche l'évangile, les juifs qui sont d'accord, les juifs qui ne sont pas d'accord. Et en même temps, on sent que Paul est maintenant passé au-dessus de ça. Je ne sais pas comment vous dire, mais il est passé de l'autre côté du voile. C'est comme si c'était quelqu'un qui était déjà dans le royaume de Dieu et qui maintenant vous parle du royaume de Dieu. Il est devenu saint. C'est extraordinaire.
Dernière raison pour laquelle on ne va pas jusqu'au bout, à parler du martyre de Paul : c'est que le grand projet de Paul, c'était de faire accepter le christianisme comme religio licita. Si on parle de son martyre, on aura fermé la porte, et c'est une porte que Luc aimerait bien garder ouverte. Le plan de Dieu dépasse saint Paul.
Proverbes 30,5-6
Toute parole de Dieu est éprouvée au feu. Il est un bouclier pour qui s'abrite en lui. N'ajoute rien à ce qu'il dit. Il te le reprocherait comme un mensonge.