CapBibliqueCapBiblique

Jour 350 ☾ — Revêts-toi de l'homme nouveau

← J350 ☼ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J351 ☼ →


Résumé : Dans ce dernier épisode consacré aux Colossiens, le frère Paul-Adrien lit la partie pratique et morale de la lettre, aux chapitres 3 et 4. Le commentaire s'arrête d'abord sur le thème du vieil homme dépouillé et de l'homme nouveau revêtu, image directement liée au baptême, puis sur le verset qu'il relit depuis ses vingt ans : « Revêtez-vous de tendresse et de compassion… » Il explique ensuite longuement le genre littéraire des « tables domestiques », ces codes gréco-romains réglant les relations maître-esclave, mari-femme et père-enfant, que le christianisme ne renverse pas d'emblée mais christianise de l'intérieur en plaçant le Christ au centre de la maison. L'épisode se termine par une prière tirée de ce verset fétiche.

Introduction

Aujourd'hui, deuxième et dernière partie de Colossiens, les deux derniers chapitres, 3 et 4. C'est la partie pratique et morale de la lettre. C'est une structure qui est assez classique : dans les chapitres 1 et 2, on avait une partie plus dogmatique, la lettre affirmait la primauté du Christ contre les dérives ascétiques et le culte des anges. Et maintenant, chapitres 3 et 4, on passe à la conséquence : puisque vous êtes morts et ressuscités dans le Christ, vivez en ressuscités. Je vous laisse découvrir Colossiens 3 et 4.

Lecture : Colossiens 3-4

« Priez en même temps pour nous, afin que Dieu ouvre une porte à notre parole et que nous annoncions le mystère du Christ, pour lequel je suis en prison ; et ainsi je le manifesterai comme je me dois d'en parler.

Conduisez-vous avec sagesse envers ceux du dehors, en tirant parti du moment présent. Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu'elles ne manquent pas de sel, et vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut.

Le frère bien-aimé, fidèle ministre, est mon compagnon de service dans le Seigneur. Je l'envoie spécialement auprès de vous, afin que vous ayez de nos nouvelles et qu'il réconforte vos cœurs. Je l'envoie avec Onésime, le frère fidèle et bien-aimé, qui est de chez vous. Ils vous informeront de tout ce qui se passe ici.

S'il vient chez vous, accueillez-le. Vous avez aussi les salutations de Jésus, appelé Justus. Ces trois-là sont les seuls d'origine juive à travailler avec moi au règne de Dieu, et ils ont été pour moi une consolation.

Vous avez les salutations d'Épaphras, qui est de chez vous, un serviteur du Christ Jésus, qui mène sans cesse pour vous le combat de la prière, afin que vous teniez debout, comme des gens parfaits et pleinement accordés à la volonté de Dieu. Je lui rends ce témoignage : il se donne beaucoup de peine pour vous, pour ceux de Laodicée et ceux de Hiérapolis.

Vous avez les salutations de Luc, le médecin bien-aimé, et de Démas. Saluez les frères de Laodicée, et aussi Nympha, et l'Église qui se rassemble dans sa maison. Et quand on aura lu cette lettre chez vous, faites en sorte qu'on la lise dans l'Église de Laodicée. Lisez aussi vous-mêmes celle qui vous viendra de Laodicée. »

Commentaire

On avait d'abord le thème du vieil homme, qui va être promis à une longue postérité. Dépouiller le vieil homme, dans l'image du baptême, c'est enlever ses habits pour aller dans l'eau et mourir avec le Christ. Et revêtir l'homme nouveau, c'est quand on sort de l'eau : en tout cas, dans les liturgies contemporaines, on vous donne le vêtement blanc, qui est le symbole de l'innocence et de la grâce retrouvée, parce que vous êtes ressuscité avec le Christ.

Alors, ce n'est pas seulement au baptême que ça se joue, c'est tout un style de vie. Il faudra faire mourir, comme dit saint Paul, tout ce qui est terrestre : fornication, impureté, cupidité. Tiens, petite parenthèse : « faites mourir ce qui est terrestre en vous », nekrôsate. Ça vous a donné le vocabulaire de la mortification. Sauf qu'il faut se souvenir que, le chapitre d'avant, Paul vous avait quand même mis en garde contre les pratiques ascétiques sauvages. Il y a un juste équilibre à trouver ici.

Bon, je ne résiste pas au plaisir de vous redonner ce verset. Moi, quand j'avais vingt ans, je le lisais, je le relisais, je le relisais, tellement je le trouvais extraordinaire.

Revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d'humilité, de douceur et de patience. Supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement si vous avez des reproches à vous faire. Par-dessus tout cela, ayez l'amour, qui est le lien le plus parfait, et que dans vos cœurs règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés, vous qui formez un seul corps.

C'est extraordinaire.

Alors après, nouvelle partie : il était question des relations avec les proches, comment est-ce qu'on pouvait les vivre dans le Seigneur. Et là, on vous parlait des femmes, on vous parlait des enfants, on vous parlait des parents. Et ça, ça reprend un genre particulier : c'est ce qu'on appelle les tables domestiques. Comme on en retrouvera une plus tard dans la lettre aux Éphésiens, ça vaut peut-être le coup que je m'arrête un instant ici.

Donc, vous aviez, dans la lettre aux Colossiens, du chapitre 3, verset 18, jusqu'au chapitre 4, verset 1, un ensemble de préceptes, de manières de se comporter en société : « Vous, les femmes, soyez soumises à votre mari », « Vous, les enfants, obéissez en toutes choses à vos parents », etc.

Alors, avant que tout le monde n'explose pour me dire : « Ah, il a dit : femmes, soyez soumises à votre mari ! » — on le retrouvera plus tard. On ne peut pas parler tout le temps, toujours ; il en faut un peu pour tout le monde. On garde ça pour la lettre aux Éphésiens.

Je reviens sur mes préceptes sociaux, parce que ces quelques versets forment un tout cohérent qu'on appelle les codes domestiques, ou bien encore, parfois, les tables domestiques. Par exemple, dans Aristote, Politique, livre 1 : « La maison est composée d'esclaves et d'hommes libres. Le premier lien nécessaire est celui de l'homme et de la femme pour la reproduction, ensuite celui du maître et de l'esclave pour la subsistance. Et Hésiode a eu raison de dire : maison d'abord, femme, puis bœuf de labour. »

On pourrait multiplier les exemples. Ce que je veux dire par là, c'est que c'était un genre, et que, typiquement, on distinguait trois relations fondamentales dans la société : il y avait la relation maître-esclave, mari-femme, père-enfant. Et que si ces trois relations étaient bien respectées, en bon ordre, c'était non seulement la maison, l'oïkos, mais c'était aussi la cité tout entière qui allait être bien gouvernée.

Tiens, d'ailleurs, maison, oïkos : souvent, dans les Actes des Apôtres, on vous a dit que Corneille s'était fait baptiser, lui et toute sa maison. Alors, merci de ne pas me confondre la maison, l'oïkos dans l'Antiquité, avec ce que nous, on appellerait maison au sens d'appartement. Une maison, dans l'Antiquité, c'est une unité sociale de base. C'est trente, quarante personnes sous la direction d'un pater familias. Et donc, comme c'est une unité sociale de base, il y a un code de lois, il y a un code de coutumes qui les régit. La morale chrétienne, ce n'est pas simplement la morale individuelle, ou alors les questions de théologie politique : c'est aussi déjà une manière de se comporter en société, et ça commence avec cette unité sociale. C'est quoi, un oïkos, une maison chrétienne ?

Alors, attention, c'est juste le début de la christianisation de la société. Donc c'est un certain modèle social, il n'est pas encore parfait. On n'est pas dans le patriarcat, on n'est pas dans la pleine égalité non plus : on est dans un stade intermédiaire. Donc on a repris les relations hommes-femmes, qui sont classiques dans l'Antiquité — « Femmes, soyez soumises à vos maris » —, on a repris les relations enfants-pères, où en gros on demande aux enfants d'obéir aux pères, et esclaves-maîtres : « Vous, les esclaves, obéissez en toutes choses à vos maîtres d'ici-bas. » On reparlera de cette question de l'esclavage à l'occasion de la lettre à Philémon. Et « Femmes, soyez soumises à vos maris », on le retrouvera en Éphésiens.

Mais ce n'est pas d'abord là-dessus qu'il faut se focaliser, c'est pour ça que je le garde pour plus tard. Ici, il faut d'abord voir le souci d'intégration. On ne cherche pas à abolir tout de suite les structures sociales qui ne vont pas. Le premier but, c'est de montrer que la communauté chrétienne doit chercher à s'intégrer dans la société où elle vit. Je vous rappelle qu'un des premiers objectifs des communautés chrétiennes, c'était de ne pas se faire persécuter : donc on allait la jouer tranquille. Ce qu'on va faire à la place, c'est qu'on va les reprendre et on va subvertir les institutions sociales qui existent déjà. Mais ça prendra du temps.

Par exemple, tout est toujours rapporté au Christ. La petite mention en passant : « comme il convient dans le Seigneur », verset 18. On avait parlé des femmes qui devaient être soumises, et tout de suite après on dit aux maris : « Aimez vos femmes. » Une réciprocité qui est suffisamment rare dans l'oïkos antique pour qu'on la souligne. Verset 20 : obéissez, car cela plaît au Seigneur. Verset 22 : craignez le Seigneur. Ça veut dire qu'en gros, on reprend comment, à l'époque, le mari et la femme devaient se comporter, le père avec ses enfants et le maître avec l'esclave, mais en mettant au centre de la maison le Christ. Et toutes les relations deviennent relativisées et médiatisées par le Christ.

Du coup, tout de suite, première conséquence : ça responsabilise les supérieurs. Les maris n'ont pas le droit de s'aigrir contre leur femme, les pères n'ont pas le droit d'exaspérer leurs enfants, et les maîtres doivent rendre ce qui est juste et équitable. Ça tempère l'autorité, et on essaye de toujours mettre la réciprocité à chaque fois. Et ça donne aussi aux subordonnés une nouvelle dignité.

Alors là, on en est juste au début, ce n'est pas encore bien développé, on retrouvera ça dans la lettre aux Éphésiens, mais je le redis, c'est important. Un : la maison devient une petite église, ça devient un lieu où on pratique la religion, le Christ est au centre de toutes les relations. Deux : d'accord, on ne renverse pas les hiérarchies sociales, mais on est déjà en train de les christianiser, et à long terme, c'est ce qui permettra de remplacer tout ça. Mais on n'y est pas encore, on en est juste au début du christianisme. Donc patience, mes petits bichons : comme dit le proverbe, Rome ne s'est pas faite en un jour.

Nous terminons par une prière. Pour la prière, je reprends mon verset fétiche.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, revêts-moi de tendresse et de compassion. Revêts-moi de bonté et d'humilité. Revêts-moi de douceur et de patience.

Apprends-moi à supporter les gens qui vivent avec moi. Apprends-moi à leur pardonner.

Et par-dessus tout cela, Seigneur, donne-moi l'amour, qui est le lien le plus parfait. Que dans mon cœur règne la paix du Christ, à laquelle tu m'as appelé. Seigneur, que je puisse vivre dans l'action de grâce.


← J350 ☼ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J351 ☼ →