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Jour 351 ☼ — Plus qu'un esclave, un frère

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Résumé : Après avoir achevé les Actes des Apôtres, le frère Paul-Adrien poursuit la vie de saint Paul à travers les lettres de la captivité et lit la plus courte d'entre elles : la lettre à Philémon. Il replace le billet dans son contexte — Onésime, esclave en fuite, baptisé par Paul en prison, renvoyé à son maître de Colosses avec cette lettre et sans doute celle aux Colossiens dans sa besace. Le commentaire aborde sans détour la question de l'esclavage : Paul ne le condamne pas frontalement, mais sa vision est restrictive et non permissive, et c'est l'Église antique qui déploiera ce que la lettre contenait encore à l'état caché. L'épisode se termine par les Proverbes 30, 7-9.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Ah, on a fini les Actes des Apôtres. Ah, je suis triste, c'est extraordinaire. Mais une fois qu'on a fait les Actes des Apôtres, qu'est-ce qu'on va faire ? C'est très simple, on va continuer de lire les lettres de la captivité. Eh oui, parce que Paul, en prison, il continue de travailler. Donc on a peut-être terminé les Actes des Apôtres, mais on continue la vie de saint Paul, là. Simplement, ce ne sera pas à travers un récit autobiographique, mais à travers ses lettres.

Bon, on avait déjà lu quelques-unes de ces lettres de captivité. Philippiens, qui est assez joyeux, Colossiens, un peu plus grave. Et on enchaîne tout de suite avec la lettre à Philémon. Saint Paul est prisonnier, on pense à Rome, vers les années 61-63. Et Paul va écrire à Philémon pour lui renvoyer un certain Onésime. Onésime, c'est l'esclave de Philémon. Philémon est un notable de la ville de Colosses. Tiens, Colosses, dont on vient de lire la lettre. Hasard. Coïncidence. Et la maison de Philémon accueille une Église domestique. Tiens, une maison, une oikos, une de ces petites unités sociales que, précisément, cette lettre aux Colossiens que nous venons d'achever, et d'où est issu Onésime, décrivait pour dire comment il fallait s'y comporter, à travers ces fameuses tables domestiques.

Hmm, tout ceci s'entrecroise gentiment. Eh oui, parce qu'on va apprendre que Paul est en train de renvoyer Onésime, l'esclave, à Philémon, son maître. Et que dans la besace d'Onésime, Paul va glisser une lettre, probablement la lettre aux Colossiens que l'on vient d'entendre. Et en fait, c'est pour ça que je vous ai mis la lettre à Philémon juste après la lettre aux Colossiens. Mon Dieu, est-ce que ce podcast est bien construit !

Alors maintenant, reconstituons l'histoire entre Onésime et Philémon. Onésime, esclave, a fui Philémon, son maître. Pourquoi ? On ne sait pas. À qui la faute ? Est-ce que Philémon était un mauvais maître ? Est-ce qu'Onésime était un mauvais esclave ? Impossible de savoir. Ce que l'on sait, c'est qu'Onésime est parti voir Paul pour demander de l'aide. C'était une pratique, j'ose pas dire courante, mais enfin, en tout cas, Onésime ne sera pas le premier et il ne sera pas le dernier à le faire. En cas de conflit, la tradition, c'était d'aller voir un maître réputé qui pouvait faire médiation. Donc Onésime part voir Paul, à Rome, et Paul parle si bien à Onésime qu'Onésime demande le baptême. Ce que saint Paul dira dans la lettre : « Je l'ai engendré dans les chaînes. » Et c'est là que, en renvoyant Onésime vers son maître, il lui écrit une lettre, pour que Philémon, son maître, l'accueille correctement. Et comme je vous le disais, dans la besace en plus, il mettra cette petite lettre aux Colossiens.

Alors, je ne vais pas vous spoiler la lettre. Donc, 25 versets, la lettre la plus courte de Paul. Je vous laisse vous faire vous-même votre propre opinion, et nous, on se retrouve dans les commentaires pour traiter de cette question délicate.

Lecture : Lettre à Philémon

Paul, en prison pour le Christ Jésus, et Timothée, notre frère, à toi, Philémon, notre collaborateur bien-aimé, ainsi qu'à notre sœur Apphia, à notre compagnon de combat Archippe, et à l'Église qui se rassemble dans ta maison. À vous, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.

À tout moment, je rends grâce à mon Dieu en faisant mémoire de toi dans mes prières, car j'entends parler de ton amour et de la foi que tu as pour le Seigneur Jésus, et à l'égard de tous les fidèles. Je prie pour que la communion dans la foi devienne efficace par la pleine connaissance de tout le bien qui est en nous pour le Christ. En effet, ta charité m'a déjà apporté beaucoup de joie et de réconfort, car grâce à toi, frère, le cœur des fidèles a trouvé du repos.

Certes, j'ai dans le Christ toute liberté de parole pour te prescrire ce qu'il faut faire, mais je préfère t'adresser une demande au nom de la charité. Moi, Paul, tel que je suis, un vieil homme, et qui plus est, prisonnier maintenant à cause du Christ Jésus, j'ai quelque chose à te demander pour Onésime, mon enfant, à qui, en prison, j'ai donné la vie dans le Christ. Cet Onésime, dont le nom signifie « avantageux », a été pour toi inutile à un certain moment, mais il est maintenant bien utile pour toi comme pour moi.

Je te le renvoie, lui qui est comme mon cœur. Je l'aurais volontiers gardé auprès de moi pour qu'il me rende des services en ton nom, à moi qui suis en prison à cause de l'Évangile. Mais je n'ai rien voulu faire sans ton accord, pour que tu accomplisses ce qui est bien, non par contrainte, mais volontiers.

S'il a été éloigné de toi pendant quelque temps, c'est peut-être pour que tu le retrouves définitivement, non plus comme un esclave, mais mieux qu'un esclave, comme un frère bien-aimé. Il l'est vraiment pour moi ; combien plus le sera-t-il pour toi, aussi bien humainement que dans le Seigneur.

Si donc tu estimes que je suis en communion avec toi, accueille-le comme si c'était moi. S'il t'a fait du tort, ou s'il te doit quelque chose, mets cela sur mon compte. Moi, Paul, j'écris ces mots de ma propre main : c'est moi qui te rembourserai. Je n'ajouterai pas que toi aussi tu as une dette envers moi, et cette dette, c'est toi-même. Oui, frère, donne-moi cette satisfaction dans le Seigneur, fais que mon cœur trouve du repos dans le Christ.

Confiant dans ton obéissance, je t'écris en sachant que tu feras plus encore que je ne dis. En même temps, prévois aussi mon logement, car j'espère que, grâce à vos prières, je vous serai rendu.

Épaphras, mon compagnon de captivité dans le Christ, te salue, ainsi que Marc, Aristarque, Démas et Luc, mes collaborateurs. Que la grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit.

Commentaire

Saint Paul a-t-il réussi ? A-t-il réussi à persuader Philémon de libérer Onésime ? On a une lettre d'Ignace d'Antioche aux Éphésiens qui date du début du deuxième siècle et qui salue dans la région un évêque nommé Onésime. Est-ce que c'est le même ? On ne saura jamais, mais vous avez le droit de le penser.

En tout cas, cette lettre que nous avons lue n'était pas une lettre privée. Ce n'est pas Paul qui écrit à Philémon, c'est Paul qui donne une lettre à Philémon pour qu'elle soit lue dans sa maison. C'est une lettre publique, ce qui met un petit coup de pression à Philémon d'une part, et ce qui, d'autre part, va faire d'Onésime un cas de jurisprudence.

Alors maintenant, plongeons tout de suite dans le vif du sujet. Est-ce que saint Paul vous a convaincu sur les questions d'esclavage ? Allons-y simplement, je vais vous dire ce que je pense et puis après on va broder. Ce que je pense, c'est que c'est relativement décevant. Paul, qui est si génial par ailleurs, s'avère sur les questions d'esclavage assez flou.

Là où Paul est le plus pressant, c'était le verset 21, dans lequel il suggère qu'il serait bon de libérer Onésime. Je vous redonne le verset :

Je t'écris en sachant que tu feras plus encore que je ne dis.

Ce qu'il disait, c'était d'accueillir Onésime comme un frère, avec une relation nouvelle. Non plus d'abord maître à esclave, mais frère à frère, ce qui est assez nouveau. Et puis, sans tenir compte des dommages financiers qu'Onésime a pu lui causer : si jamais il y en avait, Paul, lui, se porte garant pour rembourser Philémon. Ce qui est quand même assez généreux de la part de Paul qui est en ce moment en prison. Alors ça, c'était les versets juste avant, et pour Paul, ce n'était pas négociable, c'était un ordre. Et là maintenant, il lui dit, sous forme de suggestion : « Je suis confiant en toi et tu feras mieux encore. » Sous-entendu : tu le libéreras. Mais c'est une exhortation, pas un ordre. D'ailleurs, plus qu'une exhortation, c'est une suggestion, une forme de délicatesse. Peut-être après tout que Philémon avait mauvais caractère et qu'il ne fallait pas le prendre trop de front, ça on ne saura pas. Mais en tout cas, il n'y a pas de condamnation de l'esclavage.

Alors, c'est vrai que Paul, dont le souci premier était d'intégrer les chrétiens dans le reste de l'Empire, n'allait pas remettre en cause une des bases du système économique de l'Empire romain. Saint Paul, ce n'est pas Spartacus, ce n'est pas un révolutionnaire, et on a vu comment la méthode que privilégiait saint Paul, c'était de subvertir de l'intérieur pour permettre aux chrétiens de diffuser leurs idées. À ceci, vous pouvez rajouter que saint Paul était en prison, donc ses lettres étaient lues, et il n'allait pas s'amuser à prêcher des idées sociales révolutionnaires. Et je note aussi que dans l'Antiquité romaine, quand un esclave en fuite venait vous voir, si vous ne le renvoyiez pas à son propriétaire, c'était vous qui étiez en faute.

Donc saint Paul a droit à toutes les circonstances atténuantes, mais saint Paul est tellement génial qu'on aurait aimé qu'il nous dise quelque part que l'esclavage, ça posait quand même un problème de fond. Il ne le dit pas.

Je note aussi que si la possession d'esclaves n'est pas décriée, en revanche, être marchand d'esclaves, être trafiquant d'êtres humains, ça, pour saint Paul, il y aura un passage dans les lettres pastorales où il dira que si vous faites ça, si vous êtes trafiquant d'êtres humains, vous n'hériterez pas du Royaume des cieux. Ce qui sera d'ailleurs repris aussi dans l'Apocalypse. Donc je suppose qu'il y a quand même une condamnation implicite de l'esclavage, même si c'est indirect, et même si c'est en fermant le tuyau d'arrivée. Bon, ça reste quand même… enfin, Paul nous habituait à autre chose.

Parvenu à ce stade-là, je pense qu'il est bon de se dire deux choses. Un : Paul n'est pas le sommet de la Révélation. Ça me fait de la peine parce que je suis un fan inconditionnel de saint Paul, mais c'est vrai que saint Paul n'est pas le sommet de la Révélation. Même si je pense que sur ces questions-là, si on avait été à la place de saint Paul, on aurait fait beaucoup moins bien que lui.

Et de deux. Le deux est un peu plus subtil, mais je pense qu'il est là, le problème de fond. Je pense que là, on va faire de l'exégèse fine. Alors attention, parce que je vais introduire une petite distinction, et ça va permettre de cerner mieux le problème. Je pense que Paul n'avait pas les moyens d'être contre l'esclavage. Dans la tête des gens de l'Antiquité, ils avaient toujours vécu comme ça. Ils n'imaginaient même pas qu'une société ait pu fonctionner sans esclaves. Et puis on l'a dit, Paul en prison, ses lettres sont lues, et puis sa stratégie, c'est d'infiltrer la société en l'intégrant. Par contre, ce que Paul aurait pu faire, c'était restreindre l'esclavage.

Et c'est là où j'introduis ma petite distinction exégétique. En exégèse, on distingue les lois permissives des lois restrictives. Les lois permissives, c'est pour vous dire : allez-y les petits gars, ce que vous faites, c'est génial. Par exemple, dans l'Ancien Testament, toujours sur l'esclavage, on vous disait que les années jubilaires, on devait remettre les dettes, et on devait libérer les esclaves. Loi permissive : allez-y, c'est génial, libérez-moi tout ce beau monde.

Maintenant, je vous donne un autre exemple, ce qu'on appelle la loi du talion. Œil pour œil, dent pour dent. Est-ce que c'est une loi permissive, au sens de « allez-y les petits gars, c'est génial », ou est-ce que c'est une loi restrictive ? En fait, quand on regarde l'Ancien Testament, on s'aperçoit que c'est une loi restrictive, c'est parce qu'avant, on se vengeait soixante-dix fois. Donc œil pour œil, dent pour dent, c'est pour rétablir une proportion. Et à la fin, parce que c'était juste une étape, à la fin, c'est le Christ qui vous dira : « Moi maintenant je vous dis, si on te frappe sur la joue gauche, tends la joue droite. » Donc œil pour œil, dent pour dent, c'est une loi restrictive.

Maintenant, Paul, dans tout ce qu'il nous a dit sur l'esclavage, est-ce qu'il avait une vision permissive ou restrictive ? Alors là, pour le coup, il faut être clair : Paul n'a pas une vision permissive de l'esclavage. On sent bien, quand on lit la lettre à Philémon, qu'il n'est pas en train de dire « allez-y les petits gars, c'est génial ce que vous faites d'avoir des esclaves. » Donc ça veut dire qu'il a une vision restrictive. Et de fait, quand on regarde bien, il est en train de demander à Philémon de bien accueillir Onésime et de le traiter comme un frère ; et on avait vu, en son temps, en son heure, comment il commençait à mettre des devoirs aux propriétaires d'esclaves. Colossiens 4, 1 :

Vous, les maîtres, assurez à vos esclaves la justice et l'équité, sachant que vous aussi, vous avez un Maître dans le ciel.

Donc on peut dire, de manière relativement honnête, que Paul a une vision restrictive de l'esclavage. Mais je vais quand même le dire, même si je comprends qu'il ne pouvait pas s'opposer frontalement : on aurait aimé qu'il ait une vision explicitement plus restrictive, pour qu'on puisse s'appuyer sur ce texte et éviter toute ambiguïté. Suggérer à Philémon de libérer Onésime, ce n'est pas assez fort. On aurait aimé que ce soit un peu plus explicite. On ne peut pas en vouloir à Paul, on ne peut pas être génial sur tous les versets, mais celui-là, il était important.

Donc, formellement, le mouvement qui un jour amènera la libération des esclaves, il est contenu dans la lettre à Philémon : les relations fraternelles, la justice. Mais il est comme encore un peu trop caché. Parce que, concrètement, qu'est-ce qui va se passer ? Eh bien… ce qui va se passer, c'est qu'il n'y a que ceux qui voudront le voir qui le verront.

Alors, maintenant, ça, c'est saint Paul. Ce qui est bien aussi, c'est de lire saint Paul à la lumière de l'Église antique. Parce que les Pères de l'Église, la première Église, vont scruter ces lettres-là pour savoir, concrètement, comment il faut se comporter avec les esclaves. C'est aussi eux qui vont nous aider à interpréter saint Paul. Et là, pour le coup, c'est plutôt rassurant. Ce dont on s'aperçoit de manière propre, claire et nette, sans ambiguïté, c'est que ce sont les chrétiens qui, pendant l'Antiquité romaine, vont être à la pointe du combat pour protéger, voire libérer les esclaves. Donc, peut-être, après tout, que saint Paul avait écrit les bonnes choses. Enfin, je ne sais pas.

Alors maintenant, il y aurait toute une histoire à faire sur la manière dont les chrétiens ont porté le mouvement abolitionniste, depuis l'Antiquité jusqu'au XIXᵉ siècle, XXᵉ siècle. Mais ça, les enfants, je suis désolé, c'est une autre histoire qui dépasse le podcast « La Bible en un an ». Vous regarderez, je ferai une vidéo là-dessus, d'accord ? Ce sera sur YouTube.

Proverbes 30,7-9

Seigneur, je n'ai que deux choses à te demander, ne me les refuse pas avant que je meure.

Éloigne de moi mensonges et faussetés, ne me donne ni pauvreté ni richesse, accorde-moi seulement ma part de pain.

Car dans l'abondance, je pourrais te renier, en disant : « Le Seigneur, qui est-ce ? » Ou alors la misère ferait de moi un voleur, et je profanerais le nom de mon Dieu.


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