CapBibliqueCapBiblique

Jour 351 ☾ — L'Eglise, mystère né du Christ

← J351 ☼ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J352 ☼ →


Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre la lettre aux Éphésiens en rappelant l'importance d'Éphèse, grand centre spirituel du paganisme devenu base arrière de Paul. Il présente cette lettre de captivité sans nom propre, probablement une circulaire destinée à toutes les églises de la région, sans doute écrite par un disciple de Paul. La lecture des chapitres 1 et 2 déploie le mystère du dessein de Dieu, la récapitulation de toutes choses dans le Christ et l'abolition du mur de haine entre juifs et païens. Le commentaire montre comment ce texte, véritable charte de l'Église, fonde les quatre notes du Credo : une, sainte, catholique et apostolique. L'épisode se termine par la reprise de l'hymne des Éphésiens comme prière.

Introduction

Oublions Colosse, oublions Philémon, mais on va quand même rester dans la même région à peu près : allons à Éphèse. On va lire la lettre aux Éphésiens.

Donc, d'abord, petit récap sur Éphèse, d'accord ? On avait dit qu'après Antioche, Éphèse était devenue la base arrière de Paul. Bah si, si, si, souvenez-vous, Éphèse, je vous avais dit que c'était LE grand centre spirituel du paganisme, avec cette grande Artémis où on avait accroché des testicules de taureau. Avec ça, tout le monde s'en souvient quand même. Bon, bah, Paul y est resté trois ans, et c'est à partir de là qu'il a fait rayonner l'Évangile dans toute la région.

La lettre aux Éphésiens. Encore une lettre de captivité. C'est pas dit que ce soit la lettre la plus facile à suivre. Le vocabulaire est assez abstrait, il n'y a pas beaucoup d'anecdotes, Paul ne s'y livre pas énormément. Particularité de cette lettre : il n'y a pas de nom propre, il n'y a personne qui est nommément cité. Donc on pense qu'il s'agirait plutôt d'une lettre, allez, j'allais dire administrative, une circulaire destinée à rayonner dans toutes les églises autour d'Éphèse. Ce qui expliquerait pourquoi il n'y a pas d'anecdotes personnelles, il n'y a pas de destinataire, il n'y a pas d'aspect un peu truculent, parce que c'est censé être un enseignement universel qui vaut pour toutes les églises. En fait, même, en ce moment, on pense que c'est plutôt un disciple de Paul qui l'aurait écrit plutôt que Paul. On appelle ça une épître deutéro-paulinienne.

Maintenant, tout le monde est prêt. Je vous ai parlé du contexte de cette lettre, de ce à quoi elle était destinée. Je vous ai parlé d'Éphèse. On est prêt, on y va. Bonne écoute.

Lecture : Éphésiens 1-2

Paul, apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, à ceux qui sont sanctifiés et habitent Éphèse, eux qui croient au Christ Jésus, à vous la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ.

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l'Esprit au ciel dans le Christ. Il nous a choisis dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui dans l'amour. Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus le Christ. Ainsi l'a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu'il nous donne dans le Fils bien-aimé. En lui, par son sang, nous avons la rédemption, le pardon de nos fautes. C'est la richesse de la grâce que Dieu a fait déborder jusqu'à nous en toute sagesse et intelligence. Il nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l'avait prévu dans le Christ, pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre.

En lui, nous sommes devenus le domaine particulier de Dieu. Nous y avons été prédestinés, selon le projet de celui qui réalise tout ce qu'il a décidé. Il a voulu que nous vivions à la louange de sa gloire, nous qui avons d'avance espéré dans le Christ.

En lui, vous aussi, après avoir écouté la parole de vérité, l'Évangile de votre salut, et après y avoir cru, vous avez reçu la marque de l'Esprit Saint. Et l'Esprit promis par Dieu est une première avance sur notre héritage, en vue de la rédemption que nous obtiendrons, à la louange de sa gloire.

C'est pourquoi, moi aussi, ayant entendu parler de la foi que vous avez dans le Seigneur Jésus et de votre amour pour tous les fidèles, je ne cesse pas de rendre grâce, quand je fais mémoire de vous dans mes prières, que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père dans sa gloire, donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître, qu'il ouvre à sa lumière les yeux de votre cœur, pour que vous sachiez quelle espérance vous ouvre son appel, la gloire sans prix de l'héritage que vous partagez avec les fidèles, et quelle puissance incomparable il déploie pour nous, les croyants.

C'est l'énergie, la force, la vigueur qu'il a mise en œuvre dans le Christ, quand il l'a ressuscité d'entre les morts et qu'il l'a fait asseoir à sa droite dans les cieux. Il l'a établi au-dessus de tout être céleste : puissance, principauté, souveraineté, domination, au-dessus de tout nom que l'on puisse nommer, non seulement dans le monde présent, mais aussi dans le monde à venir. Il a tout mis sous ses pieds et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l'Église qui est son corps, et l'Église, c'est l'accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude.

Et vous, vous étiez des morts, par suite des fautes et des péchés qui marquaient autrefois votre conduite, soumise aux forces mauvaises de ce monde, aux princes du mal qui s'interposent entre le ciel et nous, et dont le souffle est maintenant à l'œuvre en ceux qui désobéissent à Dieu. Et nous aussi, nous étions tous de ceux-là, quand nous vivions selon les convoitises de notre chair, cédant aux caprices de la chair et des pensées, nous qui étions de part nous-mêmes voués à la colère comme tous les autres.

Mais Dieu est riche en miséricorde. À cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ. Et c'est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger au ciel, dans le Christ Jésus. Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. C'est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Cela ne vient pas de vos actes : personne ne peut en tirer orgueil. C'est Dieu qui nous a faits. Il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d'œuvres bonnes qu'il a préparées d'avance pour que nous les pratiquions.

Vous qui étiez autrefois païens, traités de non-circoncis par ceux qui se disent circoncis à cause d'une opération pratiquée dans la chair, souvenez-vous donc qu'en ce temps-là, vous n'aviez pas le Christ. Vous n'aviez pas droit de cité avec Israël. Vous étiez étrangers aux alliances et à la promesse. Vous n'aviez pas d'espérance et, dans le monde, vous étiez sans Dieu.

Mais maintenant, dans le Christ Jésus, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du Christ. C'est lui, le Christ, qui est notre paix. Des deux, le juif et le païen, il a fait une seule réalité. Par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine. Il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul homme nouveau, en faisant la paix, et réconcilier avec Dieu les uns et les autres en un seul corps, par le moyen de sa croix. En sa personne, il a tué la haine. Il est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix pour vous qui étiez loin, la paix pour ceux qui étaient proches. Par lui, en effet, les uns et les autres, nous avons, dans un seul Esprit, accès auprès du Père.

Ainsi donc, vous n'êtes plus des étrangers ni des gens de passage. Vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu, car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondation les apôtres et les prophètes, et la pierre angulaire, c'est le Christ Jésus lui-même. En lui, toute la création s'élève harmonieusement pour devenir un temple saint dans le Seigneur. En lui, vous êtes vous aussi les éléments d'une même construction pour devenir une demeure de Dieu par l'Esprit Saint.

Commentaire

Je suis d'accord pour dire que c'est pas facile à suivre et que parfois c'est un peu abstrait. N'empêche que la tradition y a vu la charte de l'Église. Parce qu'à travers tous les mots un peu compliqués, c'est la première fois quand même que vous avez une vision structurée et cohérente de ce qu'est l'Église. À tel point d'ailleurs que ça va donner des formulations qu'on va quasiment retrouver dans le Credo. En particulier cette petite phrase qu'il y a dans le Credo de Nicée-Constantinople : « Je crois dans l'Église une, sainte, catholique et apostolique. » Et tous les chrétiens le récitent, ce Credo : les catholiques, les protestants et les orthodoxes. On n'est pas toujours d'accord sur ce que veut dire « je crois dans l'Église catholique ». N'empêche que tout le monde croit dans ces quatre notes de l'Église, qui vous viennent du passage que vous venez d'entendre, auquel personne n'a rien compris, mais ça vous montre quand même son importance.

Du coup, je reprends. Et de un, l'unité de l'Église, qui était dans cette lettre suggérée à travers le mot de récapitulation, qui en fait veut dire « réunir ». Parce que le texte vous dit que c'est parce que Dieu est unique qu'il a voulu rassembler, réunir tous les hommes sous un seul chef, le Christ. L'unité de l'Église est en fait une participation à la vie même de Dieu, à l'unité des personnes divines.

OK. Passons à la deuxième note : la sainteté de l'Église. L'Église est sainte, et de un parce qu'elle trouve son origine en Dieu, et de deux parce qu'elle a été sanctifiée par le sang de Jésus, et de trois parce que l'Esprit Saint habite dans cette Église. Et à nouveau, on voit comment la Trinité, c'est la vie de l'Église. Je vous laisserai relire la lettre aux Éphésiens, mais tout est dedans.

Alors, comment ça se fait qu'une Église aussi sainte puisse avoir autant de pécheurs qui commettent autant de scandales dans son sein ? La réponse est très simple : la faute ne vient pas de Dieu, elle vient de nous. Et je vous renvoie à tout ce qu'on a déjà dit en long, en large et en travers sur les scandales et la manière de les gérer. Ça n'a pas empêché, malgré tous ces scandales, Jésus de mourir pour son Église comme une épouse bien-aimée. Et hors de question qu'on laisse l'Église, cette épouse sainte, aux mains de ceux qui commettent l'iniquité.

Et de trois, la catholicité de l'Église — en grec, son universalité. Et ça, c'est ce que vous dit la lettre aux Éphésiens quand on vous dit que le Christ a fait tomber le mur de la haine qui séparait les juifs et les païens. Ça va même plus loin, cette affaire, d'ailleurs. L'universalité, c'est pas simplement les hommes entre eux : c'est qu'on est aussi unis aux anges et aux saints qui sont dans le ciel. L'universalité de l'Église dépasse la frontière de la mort. Et même, ça va encore plus loin, parce que la catholicité, c'est pas simplement l'universalité, c'est aussi l'intégrité, au sens de la plénitude. Dans l'Église catholique est contenue la plénitude des moyens de salut. Dans l'Église, il y a la plénitude de la foi, il y a la plénitude des moyens de salut, que sont le témoignage, la prière, les sacrements, tout ce que vous voulez. Parce que le Christ, qui est la plénitude de Dieu, est la tête de l'Église, qui est son corps. S'il y a la plénitude dans la tête, cette plénitude vient habiter son corps aussi.

Et quatrième note : l'Église est apostolique. Apostolique, vous reconnaissez le mot apôtre. Et Éphésiens vous dit : l'Église a été fondée sur les apôtres, à titre personnel, parce que ce sont les apôtres qui se sont déplacés en personne dans les différentes villes ; sur la doctrine des apôtres, parce que ce sont eux qui ont témoigné et qui ont donné leur enseignement ; et aussi parce qu'à travers la succession apostolique, nous sommes en continuité humaine avec eux.

Au total, pour donner vraiment la vision maximaliste, l'Église correspond au projet, au mystère de Dieu sur le monde. Ça vous donne des phrases qu'il y avait dans l'Église primitive, très bizarres, mais extrêmement belles, et qui en fait trouvent leur source dans la lettre aux Éphésiens. « Le monde fut créé en vue de l'Église » : ça, c'est dans le Pasteur d'Hermas. Ou alors Clément d'Alexandrie : « De même que la volonté de Dieu est un acte, et qu'elle s'appelle le monde, ainsi l'intention de Dieu est le salut des hommes, et elle s'appelle l'Église. »

Nous terminons par une prière, et ça va être très simple : on va reprendre la prière qu'il y avait dans la lettre aux Éphésiens, c'était les toutes premières lignes. C'est un cantique du Nouveau Testament. Moi, je suis désolé, mais je ne vais pas composer des prières qui sont plus belles et mieux que celles-là. En fait, on pense que c'était une prière de la première Église. Donc, écoutez, on écoute à nouveau cet hymne, et on replonge dans la prière de nos frères aînés dans la foi.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l'Esprit au ciel dans le Christ. Il nous a choisis dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui dans l'amour. Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus le Christ. Ainsi l'a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu'il nous donne dans le Fils bien-aimé. En lui, par son sang, nous avons le pardon des péchés. C'est la richesse de sa grâce que Dieu a fait déborder jusqu'à nous en toute sagesse et intelligence. Et c'est ainsi qu'il nous a dévoilé le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l'avait prévu dans le Christ, pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre.

Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.


← J351 ☼ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J352 ☼ →