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AELF · Bible liturgique

Frères,
    vous étiez des morts,
par suite des fautes et des péchés
    qui marquaient autrefois votre conduite,
soumise aux forces mauvaises de ce monde,
au prince du mal qui s’interpose entre le ciel et nous,
et dont le souffle est maintenant à l’œuvre
en ceux qui désobéissent à Dieu.
    Et nous aussi, nous étions tous de ceux-là,
quand nous vivions suivant les convoitises de notre chair,
cédant aux caprices de la chair et des pensées,
nous qui étions, de par nous-mêmes, voués à la colère
comme tous les autres.
    Mais Dieu est riche en miséricorde ;
à cause du grand amour dont il nous a aimés,
    nous qui étions des morts par suite de nos fautes,
il nous a donné la vie avec le Christ :
c’est bien par grâce que vous êtes sauvés.
    Avec lui, il nous a ressuscités
et il nous a fait siéger aux cieux,
dans le Christ Jésus.
    Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs,
la richesse surabondante de sa grâce,
par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.
    C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés,
et par le moyen de la foi.
Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu.
    Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil.
    C’est Dieu qui nous a faits,
il nous a créés dans le Christ Jésus,
en vue de la réalisation d’œuvres bonnes
qu’il a préparées d’avance
pour que nous les pratiquions.

            – Parole du Seigneur.

— Ep 2,1-10 —
Commentaire

DE LA LETTRE AUX EPHESIENS

Commentaire

1. Situation

La Lettre aux Ephésiens est l'un des documents les plus attirants du Nouveau Testament, en raison de l'élévation spirituelle de son approche, et de son "climat" de prière, dans une totale confiance en Dieu. D'autre part, sa vision de l'Eglise aux chapitres 2, 4 et 5, a beaucoup enrichi les croyants et leurs communautés depuis les débuts du christianisme.

L'adresse de cette Lettre "aux Ephésiens" ne figurant dans la plupart des meilleurs manuscrits, cette "Lettre" ne semble pas avoir été destinée à une Eglise particulière.

La comparaison de cette "Lettre" avec l'épître de Paul aux Colossiens fait apparaître la grande similitude de nombreux passages. On en a conclu que l'auteur d'"Ephésiens" a utilisé "Colossiens", au moins en partie, pour écrire son texte.

Il est donc légitime de nous demander si nous nous trouvons devant une "lettre", ou, de préférence, devant une belle méditation résumant le coeur de la pensée de Paul, qui aurait été mise artificiellement enforme de "lettre" par l'ajout d'une introduction et d'une conclusion épistolaires.

L'on s'accorde aujourd'hui pour penser que ce document n'a pas été écrit par Paul, et qu'il appartient à la 2ème génération d'écrits mis sous son nom. Un disciple et admirateur de Paul l'aurait donc rédigé, après la mort de l'apôtre, dans les années 70 ou 80, et en se servant de "Colossiens" comme canevas et modèle, pour célébrer la foi et le ministère apostolique de Paul.

Entre l'introduction et les salutations d'usage (1, 1 - 2) et la conclusion (6, 21 - 24), se trouvent 2 grandes parties : - une grande prière et une méditation (1, 3 - 3, 21)sur Dieu et son projet, centré sur le Christ et réalisé par lui, de nous donner d'avoir part à sa vie, dans la communauté écclésiale, - une partie exhortative (4, 1 - 6, 20), nous présentant l'Eglise sous l'image privilégiée de "Corps" du Christ, avec ses ministres, et sa manière d'être présente au monde par les croyants qui "marchent dans la lumière" du Christ ressuscité.

2. Message

Paul rappelle ici que l'adhésion au Christ dans la conversion est un passage de la mort à la vie qu'ont effectué tous les croyants, aussi bien Juifs ("nous tous d'ailleurs"), que les païens ("vous").

Ensuite, dans les versets 4 - 10, il reprend en très grande partie le message qu'il avait largement développé dans ses lettres aux Galates et aux Romains : Dieu nous sauve tout-à-fait gratuitement en sa grâce et sa miséricorde, sans que nos "oeuvres" ou engagements personnels y soient pour quelque chose, sauf à être les fruits du don de Dieu, épanoui en nous.

Ce salut qui nous est ainsi accordé est déjà notre entrée dans le mystère, qui nous est communiqué, de la résurrection du Christ et de la fin des temps, mystère "déjà là" pour nous aujourd'hui en sa réalité inaugurée. Ce qui fait dire à Paul que nous sommes ressuscités avec le Christ, ayant part mystérieusement à son ascension céleste.

3. Decouvertes

Cette page est l'une des déclarations les plus ramassées etles plus fortes, pour ne pas dire la plus ramassée et la plus forte, montrant notre impuissance radicale face au salut de Dieu, si nous ne recevons pas la grâce de Dieu en nous et ce que cette grâce accomplit.

Relire à ce sujet : Romains, 3, 19 - 20. 27 - 31; 5, 6. 8 - 10. 30 - 32; 6, 5 - 11; 7, 7 - 11; 11, 30 - 32; Galates, 2, 15 - 16.

Avec toutefois cette nuance que Paul parle maintenant de cette oeuvre-action de Dieu comme d'une réalité présente déjà accomplie, alors que dans ses grandes lettres précédentes, elle était présentée comme en cheminement vers un accomplissemnt futur.

De plus, nos oeuvres humaines dont Paul fait ici état pour en souligner l'impuissance vers le salut, ne sont plus seulement les oeuvres de la Loi Juive, mais toutes les productions de nos efforts humains, quels qu'il soient.

4. Prolongement

Un des problèmes centaux de la vie chrétienne est la conciliation de notre création à l'image de Dieu, accompagnée du commandement du récit des deux premiers chapitres de la Genése : "croissez ... soumettez la terre", et de notre incapacité radicale de parvenir, de nous-mêmes, au salut de Dieu qui est totalement don gratuit et grâce du Seigneur, dans un passage de cette image de Dieu à l'image du Christ, et de l'homme initial à l'homme nouveau transfiguré par le Christ, qui nous intègre à son mystère de résurrection.

Comment vivre cela concrètement ?

Les Pères de l'Eglise et tous les grands auteurs spirituels se sont tous, d'une manière ou d'une autre, penchés sur ce double appel de Dieu à nous réaliser, tout en nous abandonnant à lui. Citons à titre d'exemple le conseil fameux d'Ignace de Loyola, fondateur des Jésuites : "Faire comme si tout dépendait de moi, et prier dans l'humilité car tout dépend de Dieu".

Prière

*Seigneur Jésus, tu nous as donné la clé des béatitudes, que Paul nous redit à sa façon dans ce passage : apprends-moi, dans ton Esprit Saint, à devenir toujours plus pauvre de moi pour être riche seulement de toi qui me saisis et me transformes à ton image. AMEN.

18.10.2004.*