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Jour 352 ☾ — Revêts la lumière et le combat de Dieu

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Résumé : Le frère Paul-Adrien termine la lettre aux Éphésiens avec les chapitres 5 et 6 : l'appel à vivre en enfants de lumière, la table domestique (femmes et maris, enfants et parents, esclaves et maîtres) et l'équipement de combat donné par Dieu. Le commentaire s'attarde longuement sur le fameux verset « les femmes à leur mari », rappelant que le verbe « se soumettre » n'y figure pas et que tout est commandé par le verset 21 : « soyez soumis les uns aux autres ». Il montre que Paul, féministe, refuse la surenchère idéologique et pose des bornes à son combat pour mieux le préserver. L'épisode s'achève par une prière pour revêtir la panoplie des armes du combat spirituel.

Introduction

Sans transition, on termine la lettre aux Éphésiens. Comme ça, on reste dans le mouvement d'ensemble. Pas mal, non ? On a parlé de l'Église, de ce grand mystère. Voilà que maintenant, on va rentrer dans le concret de nos vies, parce que l'Église, ce n'est pas une grande idée abstraite. L'Église, c'est un lieu où l'on rentre pour apprendre à aimer les hommes. Et c'est à la maison que ça commence. Du coup, on est reparti pour une table domestique.

La seule chose, j'espère quand même que ce grand détour contemplatif, avec Paul qui tombe à genoux devant la beauté de ce qu'il est en train de voir, ça vous montrera que cette morale domestique, ce n'est pas une liste de cases à cocher. Vous êtes en train de réaliser le plan caché de Dieu. Les anges eux-mêmes vous scrutent avec étonnement. C'est pour ça que vous avez des anges gardiens aussi. Je ne dirais pas qu'ils sont jaloux de nous, mais ils découvrent en nous une facette de Dieu qu'ils ignoraient. Bonne écoute.

Lecture : Éphésiens 5-6

Oui, cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés. Vivez dans l'amour, comme le Christ nous a aimés et s'est livré lui-même pour nous, s'offrant en sacrifice à Dieu comme un parfum d'agréable odeur.

Comme il convient aux fidèles, la débauche, l'impureté sous toutes ses formes et la soif de posséder sont des choses qu'on ne doit même plus évoquer chez vous. Pas davantage de propos grossiers, stupides ou scabreux. Tout cela est déplacé, mais qu'il y ait plutôt des actions de grâce.

Sachez-le bien : ni les débauchés, ni les dépravés, ni les profiteurs, qui sont de vrais idolâtres, ne reçoivent d'héritage dans le royaume du Christ et de Dieu. Ne laissez personne vous égarer par de vaines paroles. Tout cela attire la colère de Dieu sur ceux qui désobéissent. N'ayez donc rien de commun avec ces gens-là.

Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière. Conduisez-vous comme des enfants de lumière — or, vous êtes lumière. La lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité. Et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur.

Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres : elles ne produisent rien de bon. Démasquez-les plutôt. Ce que ces gens-là font en cachette, on a honte même d'en parler. Mais tout ce qui est démasqué est rendu manifeste par la lumière, et tout ce qui devient manifeste est lumière. C'est pourquoi l'on dit : « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera. »

Prenez bien garde à votre conduite : ne vivez pas comme des fous, mais comme des sages. Tirez parti du temps présent, car nous traversons des jours mauvais. Ne soyez donc pas insensés, mais comprenez bien quelle est la volonté de Dieu. Ne vous enivrez pas de vin, car il porte à l'inconduite. Soyez plutôt remplis de l'Esprit Saint. Dites entre vous des psaumes, des hymnes et des chants inspirés. Chantez le Seigneur et célébrez-le de tout votre cœur. À tout moment et pour toute chose, au nom de notre Seigneur Jésus Christ, rendez grâce à Dieu le Père.

Par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres. Les femmes à leur mari, comme au Seigneur Jésus, car pour la femme, le mari est la tête, tout comme pour l'Église, le Christ est la tête, lui qui est le sauveur de son corps. Eh bien, puisque l'Église se soumet au Christ, qu'il en soit toujours de même pour les femmes à l'égard de leur mari.

Vous, les hommes, aimez votre femme à l'exemple du Christ : il a aimé l'Église, il s'est livré lui-même pour elle, afin de la rendre sainte en la purifiant par le bain de l'eau baptismale, accompagné d'une parole. Il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel. Il la voulait sainte et immaculée.

C'est de la même façon que les maris doivent aimer leur femme, comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s'aime soi-même. Et jamais personne n'a méprisé son propre corps : au contraire, on le nourrit, on en prend soin. C'est ce que fait le Christ pour l'Église, parce que nous sommes les membres de son corps.

Alors, comme dit l'Écriture : à cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un. Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l'Église. Et pour en revenir à vous, chacun doit aimer sa propre femme comme lui-même, et la femme doit avoir du respect pour son mari.

Vous, les enfants, obéissez à vos parents dans le Seigneur, car c'est cela qui est juste. « Honore ton père et ta mère », c'est le premier commandement qui soit assorti d'une promesse : ainsi tu seras heureux et tu auras longue vie sur la terre. Et vous, les parents, ne poussez pas vos enfants à la colère, mais élevez-les en leur donnant une éducation et des avertissements inspirés par le Seigneur.

Vous, les esclaves, obéissez à vos maîtres d'ici-bas comme au Christ, avec crainte et profond respect, dans la simplicité de votre cœur. Ne le faites pas seulement sous leurs yeux, par souci de plaire à des hommes, mais comme des esclaves du Christ qui accomplissent la volonté de Dieu de tout leur cœur, et qui font leur travail d'esclaves volontiers, comme pour le Seigneur et non pas pour des hommes. Car vous savez bien que chacun, qu'il soit esclave ou libre, sera rétribué par le Seigneur selon le bien qu'il aura fait. Et vous, les maîtres, agissez de même avec vos esclaves. Laissez de côté les menaces, car vous savez bien que, pour eux comme pour vous, le Maître est dans le ciel, et il est impartial envers les personnes.

Enfin, puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l'équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les dominateurs de ce monde des ténèbres, les principautés, les souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes.

Pour cela, prenez l'équipement de combat donné par Dieu. Et ainsi vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon. Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l'ardeur à annoncer l'Évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d'éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais. Prenez le casque du salut et le glaive de l'Esprit, c'est-à-dire la parole de Dieu.

En toutes circonstances, que l'Esprit vous donne de prier et de supplier. Restez éveillés, soyez assidus à la supplication pour tous les fidèles. Priez aussi pour moi : qu'une parole juste me soit donnée quand j'ouvre la bouche, pour faire connaître avec assurance le mystère de l'Évangile dont je suis l'ambassadeur dans mes chaînes. Priez donc, afin que je trouve dans l'Évangile pleine assurance pour parler comme je le dois.

Et vous, vous saurez ce que je deviens et ce que je fais, car Tychique, le frère bien-aimé, le fidèle ministre dans le Seigneur, vous informera de tout. Je l'envoie spécialement auprès de vous, afin que vous ayez de nos nouvelles et qu'il réconforte vos cœurs.

Commentaire

Une nouvelle table domestique, caractérisée par les trois relations fondamentales : maître-esclave, homme-femme, parent-enfant. Alors, ce n'est pas la première qu'on voit. Donc je vous rappelle simplement, rapidement, ce qu'on avait vu dans les Colossiens. Paul ne cherche pas à révolutionner les structures sociales, il cherche à les christianiser. Il y avait déjà les Juifs qui les persécutaient, les Romains n'étaient pas loin. Tout le but de Paul, c'est d'essayer de faire du christianisme une religio licita, c'est-à-dire une religion reconnue — et c'est une des raisons qui l'ont amené à faire appel à l'empereur, pour se retrouver à défendre le cas du christianisme devant lui. Ce n'est pas le moment de tout mettre en l'air. En ce moment, Paul, il est en prison et il attend son jugement.

Et on a vu comment, de l'intérieur, il avait rongé l'esprit un peu patriarcal, de hiérarchie et de domination qu'il y avait alors dans l'Antiquité, pour le subvertir en mettant le Christ au milieu de toutes ces relations. Ultimement, c'est cette subversion qu'il a faite. C'est une subversion qui va tout faire éclater. Alors ça, on l'avait déjà vu dans la lettre aux Colossiens.

Maintenant, on va s'attaquer aux versets « Femmes, soumettez-vous à vos maris ». Enfin, vous l'avez entendu, il était là, on y va. Alors d'ailleurs, on va commencer par là. Vous l'avez entendu ? Ah oui ? Vraiment ? Techniquement parlant, c'est marqué :

Les femmes à leur mari, comme au Seigneur Jésus.

Le verbe « se soumettre », il n'est pas dans le fameux verset. Je vous redonne les deux phrases en entier :

Par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres. Les femmes à leur mari, comme au Seigneur Jésus.

Ça veut dire qu'en fait, il faut que tout le monde soit soumis à tout le monde, notamment les femmes envers leur mari. Du coup, ça change tout !

Et maintenant que j'ai semé le doute en vous, on reprend gentiment, cette fois-ci en faisant attention au texte. Ça commence avec la soumission générale, verset 21 : « Par respect pour le Christ, soumettez-vous les uns aux autres. » En fait, le problème, ce n'est pas « femmes, soyez soumises à vos maris ». Le problème, c'est « soyez soumis » tout court. Personne n'a envie d'être soumis. Et on oublie que dans la tête de saint Paul, la soumission est une vertu. Derrière se jouent deux choses : la charité, parce que vous voulez le bien de la personne en face de vous ; et l'obéissance, qui est une manière d'imiter le Christ. Ça, c'est ce qu'il dit en introduction. Et forcément, ça colore tout le reste. Et le but de toutes les relations que nous allons avoir à l'intérieur de la maison, ça va être de montrer comment on se met au service de chacune des personnes qu'on a devant soi.

Alors, pourquoi est-ce qu'il commence par les femmes, pour leur rappeler que ce principe général de soumission réciproque, on leur demande à elles en premier de l'appliquer ? Probablement parce qu'il devait régner un tel air de liberté et d'émancipation dans les premières communautés chrétiennes… On avait vu comment saint Paul avait introduit l'égalité sexuelle. On avait vu comment il avait permis aux femmes de se marier ou pas. Eh bien, c'était peut-être bien aussi de rappeler qu'il fallait aussi respecter son mari.

Ah tiens, si : pause, petite analyse philosophique. En fait, j'avais étudié ça, c'est dans la sociologie des mouvements militants : il y a toujours un moment où ça finit par partir dans tous les sens, parce qu'il y a un phénomène de surenchère. C'est quand vous avez une élite morale qui est en train de se constituer. Et là, avec Paul, on est en plein dedans. Généralement, cette élite morale cherche à légitimer son autorité en adoptant des positions toujours de plus en plus fermes ou radicales, pour se distinguer de la base et garder le contrôle. Vous regarderez les grands mouvements militants du XXe, du XXIe siècle : tout ce que je vous dis là, eh bien, on est en plein dedans. À la fin, ça fait des combats qui finissent par se retourner contre vous-même si vous ne les maîtrisez pas. On a pu appeler ça la loi d'airain de l'oligarchie, parce que normalement, toutes les élites morales finissent par connaître ce problème de surenchère. Voilà, ça, c'est Robert Michels, 1911. C'est pour montrer que ces phénomènes de surenchère sont parfaitement documentés.

Et ce qu'il y a de très beau, c'est que Paul, qui est féministe — là, il faut quand même être parfaitement clair là-dessus —, ne rentre pas dans ce qu'on a pu appeler cette fuite en avant dans la pureté idéologique. Paul, il n'a peut-être pas été génial quand il a parlé de l'esclavage, mais sur la question du féminisme, il a été génial. Dans l'émancipation des femmes, Paul a vu jusqu'où il pouvait aller et jusqu'où il ne pouvait pas aller. Paul met des bornes à son combat pour mieux le préserver.

Alors maintenant, si vous n'êtes pas convaincus par ce que je vous ai dit, on peut quand même retourner au texte, parce qu'il y a des limites qui sont présentes dans le texte. Par exemple, la première limite, c'est que cette soumission générale — dont les femmes doivent être un exemple particulier — c'est pour autant que le mari est l'image du Christ. Si le mari fait n'importe quoi, la femme n'est pas tenue de se soumettre. Et deuxième correctif : vous regarderez tout ce que saint Paul dit sur l'homme, qui, lui, pour le coup, a encore plus de devoirs. Bon, eh bien voilà quoi : ce fameux verset sexiste, je pense qu'on l'a enterré, non ? Vous êtes d'accord ?

Ah, je note qu'en parlant du mariage, Paul dit ceci :

Ce mystère est grand, je le dis en référence au Christ et à l'Église.

Alors, « ce mystère est grand », ça va être traduit en latin par « ce sacrement est grand », et donc vous avez ici la base de la théologie sacramentelle du mariage. Mais « ce mystère est grand », c'est aussi ce mystère, ce dessein, ce plan de Dieu, ce Christ total dont on avait parlé dans l'épisode d'avant : c'est la vie conjugale qui en est la plus belle image. Vous mettez ça dans un coin de votre tête, d'accord ?

Pour la prière finale, je vous propose que nous demandions à Dieu de nous revêtir de sa panoplie des armes du combat spirituel.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, s'il te plaît, fortifie-moi dans ta puissance, mets sur mes reins ta vérité, revêts-moi de la cuirasse de la justice, mets à mes pieds le zèle de l'Évangile, et mets dans ma main le bouclier de la foi. Alors, Seigneur, je pourrai éteindre les traits enflammés du Malin.

Je te demande, Seigneur, de mettre sur ma tête le casque du salut, et sur mes lèvres l'esprit de vérité, ta parole vivante. Apprends-moi à prier en tout temps, à veiller sans relâche, à intercéder pour les chrétiens. Fais-moi tenir debout, Seigneur, jusqu'à ce que se lève l'aurore, le jour de ta venue.


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