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Jour 355 ☼ — Paul, au soir de sa vie, ravive le feu

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Résumé : Dernier écrit de Paul, la deuxième lettre à Timothée est un véritable testament spirituel, écrit d'une prison romaine sous Néron, alors que l'apôtre sait qu'il va mourir et que presque tous l'ont abandonné. Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 1 et 2 : l'appel à raviver le don reçu par l'imposition des mains, à garder le dépôt de la foi, à prendre sa part de souffrance comme un bon soldat du Christ. Le commentaire s'attarde sur la gratitude de Paul enchaîné, sur sa conscience pure « à la suite de mes ancêtres », et surtout sur l'hymne « si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons », probable chant de la liturgie primitive. La dernière image de Paul avant le martyre est celle d'un prisonnier qui chante son action de grâce nuit et jour. L'épisode se termine par un verset des Proverbes, sans transition.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

La dernière lettre de Paul. Mais non, on termine en beauté ! Sa lettre la plus tardive, le dernier écrit de Paul, qui est un véritable testament spirituel — et si jamais vous ne pleurez pas, c'est que vous n'avez pas de cœur. Elle est considérée comme la plus intime de ses lettres.

Paul y apparaît au soir de sa vie, prisonnier à Rome, dans des conditions beaucoup plus difficiles qu'avant. Je vous ai parlé de plusieurs captivités à Rome, et cette fois-ci, c'est la fin. Contrairement à la captivité précédente, quand il écrivait aux Philippiens, aux Colossiens, à Philémon, la première à Timothée, là, pour le coup, il ne s'attend plus à être libéré. Il sait qu'il va mourir. Il parle de son sang prêt à être répandu. Il parle de son départ imminent. Il a froid : il demande à Timothée de lui apporter un manteau quand il reviendra. Il dit que ses compagnons l'ont abandonné. Il ne peut pas leur en vouloir — c'est vrai que dans les périodes de persécution, il faut penser à soi. Il n'y a plus que Luc, le médecin fidèle, qui reste. On est dans le dur, là.

On se souvient du grand plan de saint Paul, qui était de plaider la cause du christianisme devant l'empereur pour qu'il soit déclaré religio licita. Pas de chance : l'empereur, à l'époque de saint Paul, c'était Néron.

Vous sentirez tout au long de cette lettre l'urgence et le sentiment de la mort qui va arriver. La deuxième lettre à Timothée. C'est la dernière lettre de Paul.

Lecture : 2 Timothée 1

Paul, apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, selon la promesse de la vie que nous avons dans le Christ Jésus, à Timothée, mon enfant bien-aimé : à toi la grâce, la miséricorde et la paix de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Seigneur.

Je suis plein de gratitude envers Dieu, à qui je rends un culte avec une conscience pure, à la suite de mes ancêtres, et je lui rends grâce en me souvenant continuellement de toi dans mes prières, nuit et jour. Me rappelant tes larmes, j'ai un très vif désir de te revoir pour être rempli de joie. J'ai souvenir de la foi sincère qui est en toi : c'était celle qui habitait d'abord Loïs, ta grand-mère, et celle d'Eunice, ta mère, et j'ai la conviction que c'est aussi la tienne.

Voilà pourquoi je te le rappelle : ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis que je t'ai imposé les mains. Car ce n'est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d'amour et de pondération. N'aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur, et n'aie pas honte de moi qui suis son prisonnier. Mais avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l'annonce de l'Évangile.

Car Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. Cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles, et maintenant elle est devenue visible, car notre Sauveur, le Christ Jésus, s'est manifesté : il a détruit la mort, et il a fait resplendir la vie et l'immortalité par l'annonce de l'Évangile, pour lequel j'ai reçu la charge de messager, d'apôtre et d'enseignant.

Et c'est pour cette raison que je souffre ainsi. Mais je n'en ai pas honte, car je sais en qui j'ai cru, et j'ai la conviction qu'il est assez puissant pour sauvegarder, jusqu'au jour de sa venue, le dépôt de la foi qu'il m'a confié.

Tiens-toi au modèle donné par les paroles solides que tu m'as entendu prononcer, dans la foi et dans l'amour qui est dans le Christ Jésus. Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l'aide de l'Esprit Saint qui habite en nous.

Tu sais bien que tous ceux de la province d'Asie se sont détournés de moi, et entre autres Phygèle et Hermogène. Que le Seigneur fasse miséricorde à la famille d'Onésiphore, qui m'a plusieurs fois réconforté et qui n'a pas eu honte de mes chaînes de prisonnier. Arrivé à Rome, il s'est empressé de me chercher, et il m'a trouvé. Que le Seigneur lui donne de trouver miséricorde auprès de Dieu au jour de sa venue. Et tous les services qu'il a rendus à Éphèse, tu les connais mieux que personne.

Lecture : 2 Timothée 2

Toi donc, mon enfant, trouve ta force dans la grâce qui est en Jésus-Christ. Ce que tu m'as entendu dire en présence de nombreux témoins, confie-le à des hommes dignes de foi, qui seront capables de l'enseigner aux autres à leur tour.

Prends ta part de souffrance, comme un bon soldat du Christ Jésus. Celui qui est dans l'armée ne s'embarrasse pas des affaires de la vie ordinaire : il cherche à satisfaire celui qui l'a enrôlé. De même, dans une compétition sportive, on ne reçoit la couronne de laurier que si l'on a observé les règles de la compétition. Le cultivateur qui se donne de la peine doit être le premier à recevoir une part de la récolte. Réfléchis à ce que je dis, car le Seigneur te donnera de tout comprendre.

Souviens-toi de Jésus-Christ, ressuscité d'entre les morts, le descendant de David. Voilà mon Évangile. C'est pour lui que j'endure la souffrance, jusqu'à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n'enchaîne pas la parole de Dieu. Et c'est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu'ils obtiennent eux aussi le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle.

Voici une parole digne de foi : si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l'épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Et si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même.

Voilà ce que tu dois rappeler, en déclarant solennellement devant Dieu qu'il faut bannir les querelles de mots : elles ne servent à rien, sinon à perturber ceux qui les écoutent. Toi-même, efforce-toi de te présenter devant Dieu comme quelqu'un qui a fait ses preuves, un ouvrier qui n'a pas à rougir de ce qu'il a fait, et qui trace tout droit le chemin de la parole de vérité.

Quant aux bavardages impies, évite-les. Leurs auteurs progressent sans cesse en impiété, et leurs paroles se propagent comme la gangrène. Tels sont Hyménée et Philète, qui se sont écartés de la vérité en prétendant que la résurrection est déjà arrivée, et ils bouleversent la foi de quelques-uns.

Cependant, le fondement solide posé par Dieu tient bon. Il est marqué du sceau de ses paroles : « Le Seigneur connaît les siens », et aussi : « Qu'il se détourne de l'iniquité, celui qui prononce le nom du Seigneur. »

Dans une grande maison, il n'y a pas seulement des instruments d'or et d'argent, mais il y en a aussi en bois et en terre cuite, les premiers pour ce qui est honorable, et les autres pour ce qui ne l'est pas. Si donc quelqu'un se purifie des travers dont j'ai parlé, il sera un instrument pour ce qui est honorable, sanctifié, utile au maître et prêt à faire tout ce qui est bien.

Fuis les passions de la jeunesse. Cherche à vivre dans la justice, la foi, la charité et la paix avec ceux qui invoquent le Seigneur d'un cœur pur. Évite les discussions folles et simplistes : tu sais qu'elles provoquent des querelles. Or, un serviteur du Seigneur ne doit pas être querelleur. Il doit être attentionné envers tous, capable d'enseigner et de supporter la malveillance. Il doit reprendre avec douceur les opposants, car Dieu leur donnera peut-être de se convertir, de connaître pleinement la vérité, et ils retrouveront alors leur bon sens et se dégageront des pièges du diable qui les retient captifs, soumis à sa volonté.

Commentaire

C'est une lettre qu'il est difficile de commenter, mais je vais quand même vous la commenter, parce que — je ne sais pas comment vous dire — moi, c'est une de mes lettres préférées.

Me rappelant tes larmes, j'ai un très vif désir de te revoir pour être rempli de joie.

Saint Paul, qui est dans sa prison, et qui vous dit qu'il passe ses journées dans la prison à prier continuellement, nuit et jour :

Je lui rends grâce en me souvenant continuellement de toi dans mes prières, nuit et jour.

Donc on imagine Paul dans une cellule glauque, noire — je vous avais parlé de la prison Mamertine — n'ayant pour d'autre occupation que ses prières, parce que de toute façon, il n'a plus de livre, il ne peut plus lire, il ne peut plus rien faire. Et donc priant comme seuls les prisonniers peuvent prier.

Voilà pourquoi je te le rappelle : ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis que je t'ai imposé les mains.

Est-ce qu'il s'agit de la confirmation ? Est-ce qu'il s'agit de l'ordination ? On ne sait pas très bien.

Tu sais bien que tous ceux de la province d'Asie se sont détournés de moi, et entre autres Phygèle et Hermogène.

Eh oui, parce que ça sentait les persécutions, et que se réclamer de Paul, ça commençait à devenir dangereux. Est-ce qu'on peut leur en vouloir ? Eh bien… En attendant, Paul est tout seul, et il vous dit qu'il n'a pas honte.

Cette très belle phrase : « Je suis plein de gratitude envers Dieu. » Paul qui est dans la prison, et qui continue d'être dans la joie, et qui rend grâce à Dieu : « à qui je rends un culte avec une conscience pure, à la suite de mes ancêtres ». La conscience, le sanctuaire intérieur, le lieu où l'homme rencontre son Créateur. « À la suite de mes ancêtres » : on voit que Paul est réconcilié avec tout son héritage juif.

Cette phrase encore, au verset 8 du chapitre 2 : « Souviens-toi de Jésus-Christ ressuscité d'entre les morts », qui a donné naissance à un chant que l'on chante pendant les enterrements. « C'est pour lui que j'endure la souffrance, jusqu'à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n'enchaîne pas la parole de Dieu. » Vous sentez Paul qui est encore fier.

Et puis cette phrase :

Voici une parole digne de foi : si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l'épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Et si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même.

Elle est construite d'une telle manière qu'on a l'impression d'entendre une des premières hymnes de la liturgie de l'Église primitive. Ça, on le sait, parce que cette hymne est introduite par l'expression « c'est une parole digne de foi », qui introduit souvent des formules liturgiques déjà connues. Vous avez une structure en quatre versets parallèles très forte, vraiment marquée, qui correspond bien à un rythme poétique ou chanté. Et puis, à mots couverts, vous avez la reprise du kérygme pascal initial.

« Si nous sommes morts avec lui, nous vivrons aussi avec lui » : allusion au baptême, qui nous fait participer à la mort et à la résurrection. C'est une phrase d'attente eschatologique de Jésus.

« Si nous persévérons, nous régnerons aussi avec lui » : la fidélité dans l'épreuve, qui conduit à la royauté. Vous savez, quand vous vivez en vous le mystère de la Croix, vous êtes déjà sur le chemin de la glorification. Cette royauté, ici, c'est la gloire.

« Si nous le renions, lui aussi nous reniera » : c'est un écho direct à Matthieu 10, 33 — « Celui qui me reniera devant les hommes, je le renierai devant mon Père. » Ça, cette fois-ci, on insiste sur la responsabilité humaine. Il ne s'agit pas simplement de renier verbalement Jésus-Christ, mais aussi de le renier dans nos actes, avec les péchés que nous commettons.

Et dernière phrase : « Si nous sommes infidèles, lui demeure fidèle, car il ne peut se renier lui-même. » Dernière phrase qui rompt la construction, et qui du coup la met en valeur. On ne sait pas très bien ce que ça veut dire. Ça veut peut-être dire que si nous le renions, lui ne reniera pas sa justice. Mais en même temps, ça veut aussi dire que malgré nos péchés, il reste notre Sauveur, et qu'il nous attend toujours à la maison.

Donc une hymne, un chant. Et là, en fait, il ne faut pas imaginer autre chose que Paul qui chante dans la prison. Là-dedans, il retrouve tout ce qu'il est, tout ce qu'il vit, tout ce qu'il a toujours prêché. Vous savez, comme nous, parfois dans les épreuves : quand on loue Dieu, ça nous fait vivre, ça nous fait rentrer dans l'action de grâce.

C'est la dernière image qu'on aura de saint Paul avant qu'il soit martyrisé : c'est Paul qui chante nuit et jour, dans une prison, son action de grâce. Ah, j'ai envie de pleurer.

Eh bien, sans transition avec ce qu'on vient de lire sur Timothée…

Proverbes 30,17

L'œil qui toise un père, qui dédaigne d'obéir à une mère, les corbeaux du torrent le crèveront, les vautours le dévoreront.


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