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Jour 355 ☾ — La couronne promise à ceux qui aiment le Christ

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 3 et 4 de la deuxième lettre à Timothée, c'est-à-dire les tout derniers mots de saint Paul : l'annonce des temps difficiles, l'exhortation à proclamer la parole « à temps et à contre-temps », la certitude d'avoir mené le bon combat, puis les salutations d'un prisonnier qui réclame son manteau et ses parchemins. Le commentaire s'arrête d'abord sur 2 Timothée 3,14-16, qui fonde la lectio divina et articule lecture personnelle et lecture en Église. Il développe ensuite la couronne de justice : une gloire commune, la vision béatifique promise à tous ceux qui ont aimé la manifestation du Christ, et des gloires particulières selon les œuvres — l'image du grand verre et du petit verre, les auréoles du martyr, de la vierge et du docteur. L'épisode se clôt sur l'hymne que Paul chantait dans sa prison.

Introduction

Ah mon Dieu, ce que c'est triste ! C'était la dernière lettre de Paul, ce sont les deux derniers chapitres. Et moi, ce chapitre-là, il fait ma vie ! Notamment, vous entendrez, début du chapitre 4 : « Devant Dieu et devant le Christ Jésus, qui va juger les vivants et les morts, je t'en conjure au nom de sa manifestation et de son règne. » Là, c'est Paul qui demande par ce qu'il a de plus cher, de plus précieux. « Proclame la parole, interviens à temps et à contre-temps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage. » C'est cette phrase-là que je relis, parce que dedans, je retrouve le récit de ma vocation.

Et puis à la fin, vous entendrez, verset 13 : « En venant, rapporte-moi le manteau que j'ai laissé à Troas chez Carpos, apporte-moi aussi mes livres, surtout les parchemins. » C'est Paul qui a froid dans sa prison, qui n'a plus rien, il n'a plus de livres, il n'a plus rien du tout, et qui est en train de quémander une petite visite à son Timothée, son jeune Timothée.

Mes amis, sortez les mouchoirs, pleurons ensemble. Le grand Paul fait ses adieux.

Lecture : 2 Timothée 3-4

Sache-le bien, dans les derniers jours surviendront des moments difficiles. En effet, les gens seront égoïstes, cupides, fanfarons, orgueilleux, blasphémateurs, révoltés contre leurs parents, ingrats, sacrilèges, sans cœur, implacables, médisants, incapables de se maîtriser, intraitables, ennemis du bien, traîtres, emportés, aveuglés par l'orgueil, amis du plaisir plutôt que de Dieu. Ils auront des apparences de piété, mais rejetteront ce qui fait sa force. Détourne-toi aussi de ces gens-là.

Parmi eux, il y en a qui s'introduisent dans les maisons et captivent des bonnes femmes chargées de péchés, entraînées par toutes sortes de convoitises, toujours en train d'apprendre et jamais capables de parvenir à la pleine connaissance de la vérité. De la même façon que Jannès et Jambrès se sont opposés à Moïse, ceux-là aussi s'opposent à la vérité. Et ces gens ont un esprit corrompu et une foi sans valeur. Cependant, ils n'iront pas bien loin, car leur stupidité sera évidente pour tous, comme le fut celle des deux autres.

Mais toi, tu m'as suivi pas à pas dans l'enseignement, la manière de diriger et les projets, dans la foi, la patience, la charité et la persévérance, dans les persécutions et les souffrances, celles qui me sont arrivées à Antioche, à Iconium et à Lystre, toutes les persécutions que j'ai subies, et de tout cela le Seigneur m'a délivré. D'ailleurs, tous ceux qui veulent vivre en hommes religieux dans le Christ Jésus subiront la persécution. Quant aux hommes mauvais et aux charlatans, ils iront toujours plus loin dans le mal, ils seront à la fois trompeurs et trompés.

Mais toi, demeure ferme dans ce que tu as appris. De cela, tu as acquis la certitude, sachant bien de qui tu l'as appris. Depuis ton plus jeune âge, tu connais les saintes Écritures. Elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse en vue du salut par la foi que nous avons en Jésus Christ. Toute l'Écriture est inspirée par Dieu. Elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice. Et grâce à elle, l'homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toutes sortes de biens.

Devant Dieu et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t'en conjure au nom de sa manifestation et de son règne : proclame la parole, interviens à temps et à contre-temps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d'instruire. Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l'enseignement de la saine doctrine, mais au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d'entendre du nouveau. Ils refuseront d'entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques.

Mais toi, en toutes choses, garde la mesure, supporte la souffrance, fais ton travail d'évangélisateur, accomplis jusqu'au bout ton ministère.

Moi, en effet, je suis déjà offert en sacrifice. Le moment de mon départ est venu. J'ai mené le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi. Je n'ai plus qu'à recevoir la couronne de la justice : le Seigneur, le juste juge, me la remettra en ce jour-là, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation glorieuse.

Efforce-toi de me rejoindre au plus vite, car Démas m'a abandonné par amour de ce monde : il est parti pour Thessalonique. Crescens est parti pour la Galatie, et Tite pour la Dalmatie. Luc est seul avec moi. Amène Marc avec toi, il m'est très utile pour le ministère. J'ai envoyé Tychique à Éphèse. En venant, rapporte-moi le manteau que j'ai laissé à Troas chez Carpos. Apporte-moi aussi mes livres, surtout les parchemins.

Alexandre, le forgeron, m'a fait beaucoup de mal. Le Seigneur lui rendra selon ses œuvres. Toi aussi, prends garde à cet individu, car il s'est violemment opposé à nos paroles.

La première fois que j'ai présenté ma défense, personne ne m'a soutenu, tous m'ont abandonné. Que cela ne soit pas retenu contre eux. Le Seigneur, lui, m'a assisté. Il m'a rempli de force pour que, par moi, la proclamation de l'Évangile s'accomplisse jusqu'au bout et que toutes les nations l'entendent. J'ai été arraché à la gueule du lion. Et le Seigneur m'arrachera encore à tout ce que l'on fait pour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer dans son royaume céleste. À lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

Salue Prisca et Aquilas, ainsi que tous ceux de la maison d'Onésiphore. Éraste est resté à Corinthe. J'ai laissé Trophime à Milet : il était malade. Efforce-toi de venir avant l'hiver. Eubule et Pudens te saluent, ainsi que Linus, Claudia et tous les frères. Que le Seigneur soit avec ton esprit. Que la grâce soit avec vous.

Commentaire

Tiens, un verset qui mérite d'être noté. Chapitre 3, verset 14 :

Mais toi, demeure ferme dans ce que tu as appris. De cela, tu as acquis la certitude, sachant bien de qui tu l'as appris. Depuis ton plus jeune âge, tu connais les saintes Écritures. Elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse en vue du salut par la foi que nous avons en Jésus Christ. Toute l'Écriture est inspirée par Dieu. Elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice.

C'est une phrase qui est très belle parce qu'à la fois elle fonde la lectio divina, c'est-à-dire la lecture savoureuse des Écritures comme exercice spirituel. Parce que c'est vrai qu'il y a une puissance dans les Écritures : on lit les Évangiles, on lit les lettres de saint Paul, et on se sent remis d'équerre à l'intérieur de soi, aimé, compris et justifié.

Et c'est une phrase aussi qui est très belle parce qu'elle articule la lecture personnelle avec la lecture en Église. Saint Paul qui dit à Timothée : « Lis les Écritures, tout en sachant bien qui t'a appris à les lire. » On ne lit jamais tout à fait l'Écriture tout seul : on la lit en Église, on la lit dans une tradition, et on met les deux ensemble, l'un éclaire l'autre.

Alors ça, c'était une première phrase. Moi, la phrase sur laquelle je voudrais m'attarder un peu plus longtemps, parce que c'est le dernier chapitre de Paul, c'est quand il parle du ciel et quand il parle de la récompense qui va l'attendre, parce que maintenant c'est là où il a le regard fixé, c'est ça qu'il attend. Il est en prison, il attend le ciel. C'est… Ah, ça, Paul, Paul, Paul ! Chapitre 4, verset 6 :

Moi, en effet, je suis déjà offert en sacrifice. Le moment de mon départ est venu. J'ai mené le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi. Je n'ai plus qu'à recevoir la couronne de la justice : le Seigneur, le juste juge, me la remettra en ce jour-là, et non seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation glorieuse.

On reprend, pour rester avec Paul en prison. « Je suis déjà offert en sacrifice » : Paul ne subit pas sa mort, mais il l'assume et il y voit une offrande liturgique. « Le moment de mon départ est arrivé » : analusis, en grec, qui évoque l'image d'une tente qui se défait. Ça, une image qui devait parler à saint Paul : Paul, il était fabricant de tentes. Nous sommes ici sur terre comme sous des tentes, des demeures passagères et temporaires.

« J'ai mené le bon combat » : Paul qui n'a pas arrêté d'envisager sa vie comme un combat spirituel — vous vous souvenez de toutes les métaphores ? Il vous dit qu'il ne s'est pas trompé en choisissant cette cause-là. « J'ai achevé ma course » : « achevé », ça veut dire malheureusement « terminé ». Cette course, c'est l'image de la mission que lui avaient confiée les colonnes de l'Église : évangéliser les païens. Une mission dans laquelle « j'ai gardé la foi » — non seulement la sienne, mais celle qu'il a donnée aux autres, le dépôt de la foi. « Désormais m'est réservée la couronne de justice » : en grec stephanos, qui désigne la couronne que l'on donne aux athlètes quand ils remportent une victoire.

Et saint Paul termine en disant : « et non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront aimé son avènement ». C'est-à-dire que cette récompense, cette couronne, n'est pas seulement réservée à Paul. Elle est promise à tout croyant qui vit dans l'amour. C'est une espérance universelle. Alors, la tradition dira que comme c'est une couronne, c'est quelque chose qu'on met sur la tête, et ça symbolise la vision béatifique.

Alors, c'est à mettre en lien aussi avec là où saint Paul dit que Dieu récompensera chacun selon ses œuvres. On a vu qu'il y avait énormément de passages comme ça dans saint Paul, dans les Évangiles, dans l'Apocalypse. On ne va pas tous les refaire. On se souvient de Jésus qui disait : « celui qui respecte le plus petit de ses commandements sera tenu pour grand dans le royaume des cieux. » Saint Paul a distingué une couronne pour tout le monde et une récompense selon les œuvres de chacun. Ce qui est assez curieux, mais on se souvient de cette lettre où saint Paul disait : « Autre est l'éclat du soleil, autre est l'éclat de la lune, autre est l'éclat des étoiles, et chacune a son éclat particulier. »

Donc, remettons tout ça dans l'ordre. La théologie médiévale scolastique a distingué ce qu'on appelle une gloire commune, le bonheur essentiel : c'est la vision béatifique, la fameuse couronne de vie dont parle saint Paul. Mais pas seulement saint Paul : saint Jacques aussi. Saint Jacques en parle en 1,12 :

Heureux l'homme qui endure l'épreuve, car après avoir été éprouvé, il recevra la couronne de vie que le Seigneur a promise à ceux qui l'aiment.

Donc ça, c'est la récompense commune : voir Dieu, ce qu'on appelle la couronne de justice, la couronne de gloire. Mais à côté, il peut y avoir aussi des récompenses, des gloires particulières, un éclat propre à chacun selon nos œuvres. C'est ce que je vous disais : l'amour avec lequel on aimera sur terre, c'est l'amour avec lequel on aimera plus tard dans le ciel, et plus on a dilaté son cœur sur la terre, plus il sera capable d'accueillir l'amour de Dieu au ciel. C'est l'image du grand verre et du petit verre : le grand verre et le petit verre sont remplis d'eau, il ne manque rien ni à l'un ni à l'autre, et en attendant, il y a quand même plus d'eau dans le grand verre que dans le petit. On appelle ça mériter un surcroît de gloire au ciel.

L'auteur par excellence pour parler de ça, c'est saint Augustin. Je vous donne sa citation : « Dieu, dans sa justice, couronne ses propres dons. » Ça a même donné un concile, le concile de Florence en 1439 : tous les saints jouissent de la vision béatifique, mais les uns plus parfaitement que les autres, selon la diversité de leurs mérites.

Alors, en parlant de ces récompenses particulières, parfois on parle non plus de couronne, mais d'auréoles. Et les auréoles, cette fois-ci, sont ajoutées pour honorer certains combats spirituels exceptionnels. Alors, on vous dit qu'il y a une auréole pour les martyrs : ça, ça vient du livre de l'Apocalypse, « Sois fidèle jusqu'à la mort et je te donnerai la couronne de vie », Apocalypse 2,10. On dit qu'il y a aussi une couronne pour les vierges : ça, ça viendrait d'Apocalypse 14,4. Et on vous dit qu'il y a une couronne encore pour les docteurs : ça, ça vient du livre de Daniel, « Les savants brilleront comme la splendeur du firmament, et ceux qui ont enseigné la justice à la multitude, comme des étoiles à jamais. »

Je vous dis ça parce qu'au moment où nous quittons saint Paul, je pense qu'on peut lui accorder non seulement la couronne de vie, mais l'auréole des martyrs, l'auréole des docteurs, et très probablement aussi l'auréole des vierges.

Eh bien, c'était Paul. Il est maintenant au ciel. Et moi, laissez-moi pleurer dans mon coin. En guise de prière, nous redisons cet hymne que saint Paul chantait dans sa prison.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l'épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même.

Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.


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