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Jour 356 ☼ — Plus grand que les anges

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Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre la lettre aux Hébreux, ce chef-d'œuvre du Nouveau Testament longtemps attribué à Paul, probablement une homélie d'un judéo-chrétien hellénistique — Luther pensait à Apollos — adressée à des chrétiens déjà fatigués d'être chrétiens. La lecture des chapitres 1 et 2 déploie le prologue en une seule grande période rhétorique et la chaîne de citations qui démontre la supériorité du Fils sur les anges, donc sur la Torah donnée par leur intermédiaire. Le commentaire montre comment on passe de la doctrine à l'exhortation pratique par un argument a minori ad maius, puis comment le chapitre 2 retourne la démonstration : le Fils accepte volontairement une condition inférieure aux anges, et c'est précisément cet abaissement qui fonde sa supériorité. En prenant notre chair, il vainc la mort et le diable de l'intérieur et devient un grand prêtre miséricordieux, frère de ceux qu'il sanctifie.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Vous croyez en avoir terminé avec Paul ? Grave erreur ! On y retourne ! Ou presque. La lettre aux Hébreux. Un des chefs-d'œuvre du Nouveau Testament. La dernière grande lettre, qui est une sorte de traité liturgico-théologique.

Eh bien, cette lettre aux Hébreux a été, dans toute une partie de l'Orient, attribuée à Paul. Eh oui ! Mais dès le début, dans l'Église occidentale, cette attribution à Paul a été remise en cause. Déjà au IIIe siècle, Origène disait : « Quant à savoir qui a écrit cette lettre, Dieu seul le sait. » Un style grec très différent, beaucoup plus soigné, presque de la rhétorique classique ; des thèmes très hébraïsants. Tout cela fait penser à un judéo-chrétien de facture hellénistique formé à Alexandrie.

C'est probablement la raison pour laquelle, au XVIe siècle, Luther a attribué cette lettre à Apollos. Rien ne permet de le prouver, et c'est même peu probable, mais cette attribution à Apollos est très intéressante. Parce que cette figure d'Apollos, on l'a vue, on l'a déjà rencontrée à Corinthe, à Éphèse, à la fois concurrent et ami de Paul. Je dis concurrent dans le bon sens du terme, les deux se complétant bien, mais ce n'était pas toujours perçu comme ça par les fidèles. Eh bien, cette lettre correspondrait bien à ce qu'on attendrait d'un Apollos. Un juif chrétien qui écrit pour des juifs chrétiens, et depuis le monde de la diaspora, depuis la culture hellénistique, le tout teinté d'une théologie paulinienne, mais qui s'exprime dans les catégories juives. Et c'est là où, en fait, on retrouve saint Paul. Parce que la plus belle synthèse entre la sensibilité pagano-chrétienne et la sensibilité judéo-chrétienne, eh bien, en fait, ce n'est pas Paul qui l'a faite, c'est l'auteur de cette lettre aux Hébreux. Ce que Paul aurait rêvé de faire, c'est Apollos qui l'a fait.

Maintenant, parlons de cette lettre. Déjà, commençons : cette lettre, ce n'est pas une lettre. Ça commence bien ! Il n'y a pas d'adresse, on ne nomme pas de destinataire. Il s'agit très, très, très probablement d'une homélie. Une homélie tellement géniale qu'on a fini par la coucher par écrit et la mettre dans le Nouveau Testament. En 13,15, l'auteur parle de son écrit comme d'une « parole d'exhortation », qui est un terme technique employé dans les Actes des Apôtres pour désigner une homélie. On retrouve parfois aussi un langage oral : « L'Esprit Saint témoigne », « Dieu dit »… On introduit ainsi ses citations, ce qui est typique d'un orateur qui veut enseigner et réveiller son auditoire.

À qui, maintenant, cette lettre est-elle adressée ? Vous allez me dire : aux Hébreux. On l'a dit : aux judéo-chrétiens. Oui, mais on peut même être un peu plus précis. L'auteur écrit à des judéo-chrétiens qui en ont marre d'être chrétiens. Et oui, ça existe ! De manière étonnante, le christianisme n'a pas encore une génération, et vous avez des chrétiens qui sont déjà un peu lassés. Le Christ n'est pas revenu. Et puis, c'est quoi cette Église qu'on leur propose ? Au moins, le Temple de Jérusalem, ça, c'était quelque chose ; il y avait des beaux sacrifices là-bas. Du coup, l'auteur rappelle quand même certaines choses, pour ne pas fantasmer un rapport à la Torah qu'on a quitté et une liturgie qui n'est plus la nôtre.

Vous allez donc commencer par le prologue, qui va vous donner la thèse centrale. Ce prologue, c'est vraiment très beau, c'est très, très bien écrit, mais c'est… une seule phrase qui dure quatre versets. Ce qu'on appelle une période. C'est-à-dire une grande construction rhétorique avec une lente montée en puissance et une fin qui claque. Cette affirmation que l'on donne sur le Fils, jusqu'à ce qu'on arrive à : le Christ est supérieur aux anges.

Alors, juste avant qu'on y aille — je sais que mon introduction est longue, mais vous serez contents que je vous aie dit tout ça, je vous assure — pourquoi est-ce qu'on commence par dire que le Christ est supérieur aux anges ? On avait déjà vu comment, dans des églises à tendance pré-gnostique, le culte des anges commençait à se répandre. Donc, c'était bien de rappeler la supériorité du Christ. Dans un contexte judéo-chrétien, les anges avaient aussi un rôle très élevé : c'étaient des intermédiaires, des gardiens de la Loi. Et puis surtout, d'après la tradition juive, au mont Sinaï, Dieu avait donné la Loi à Moïse par l'intermédiaire des anges — Deutéronome 32,2. Sous-entendu : quand on vous dit que Jésus-Christ est supérieur aux anges, ça veut aussi dire qu'il est supérieur à la Torah.

Essayez d'ailleurs d'élargir le propos. Parce que là, on parle de judéo-chrétiens fatigués d'être chrétiens, mais on pourrait penser à tous ceux qui sont fatigués d'être chrétiens parce qu'ils trouvent que les liturgies sont ennuyeuses, ou qui préfèrent aller du côté de l'islam parce qu'au moins là-bas les choses sont plus simples, etc. Il est question de ça aussi dans cette lettre, à mots couverts. Quand bien même la Torah, la révélation mosaïque, est d'origine céleste, avec le Christ, c'est encore une révélation supérieure.

Maintenant, vous êtes prêts ? On y va !

Lecture : Hébreux 1

À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes.

Rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être, le Fils, qui porte l'univers par sa parole puissante, après avoir accompli la purification des péchés, s'est assis à la droite de la Majesté divine dans les hauteurs des cieux ; et il est devenu bien supérieur aux anges, dans la mesure même où il a reçu en héritage un nom si différent du leur.

En effet, Dieu déclara-t-il jamais à un ange : « Tu es mon Fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré » ? Ou bien encore : « Moi, je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils » ?

À l'inverse ! Au moment d'introduire le premier-né dans le monde à venir, il dit : « Que se prosternent devant lui tous les anges de Dieu. »

À l'adresse des anges, il dit : « Il fait de ses anges des esprits, et de ses serviteurs des flammes ardentes. »

Mais à l'adresse du Fils, il dit : « Ton trône, à toi, Dieu, est pour les siècles des siècles, le sceptre de la droiture est ton sceptre royal. Tu as aimé la justice, tu as réprouvé le mal. C'est pourquoi, toi, Dieu, ton Dieu t'a consacré d'une onction de joie, de préférence à tes compagnons. »

Et encore : « C'est toi, Seigneur, qui au commencement as fondé la terre, et le ciel est l'ouvrage de tes mains. Ils passeront, mais toi, tu demeures. Ils s'useront comme un habit, l'un et l'autre, et comme un habit, tu les enrouleras ; comme un manteau, ils seront remplacés. Mais toi, tu es le même, tes années n'auront pas de fin. »

Dieu a-t-il jamais dit à l'adresse d'un ange : « Siège à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis le marche-pied de ton trône » ? Les anges ne sont-ils pas tous des esprits chargés d'une fonction, envoyés pour le service de ceux qui doivent avoir en héritage le salut ?

Lecture : Hébreux 2

Il nous faut donc d'autant plus prêter attention à ce que nous avons entendu, afin de ne pas nous fourvoyer. En effet, si la parole annoncée par des anges s'est trouvée confirmée, et si toute transgression ou désobéissance a reçu une juste sanction, comment pourrons-nous sortir d'affaire si nous négligeons un pareil salut ? Celui-ci a été annoncé par le Seigneur au commencement ; ceux qui l'avaient entendu ont confirmé pour nous ce salut, et Dieu a joint son témoignage par des signes, des prodiges, toutes sortes de miracles, et le partage des dons de l'Esprit Saint selon sa volonté.

Car ce n'est pas à des anges que Dieu a soumis le monde à venir dont nous parlons. Un psaume l'atteste en disant : « Qu'est-ce que l'homme, pour que tu penses à lui, le fils d'un homme, que tu en prennes souci ? Tu l'as abaissé un peu au-dessous des anges, tu l'as couronné de gloire et d'honneur, tu as mis toutes choses sous ses pieds. »

Quand Dieu lui a tout soumis, il n'a rien exclu de cette soumission. Maintenant, nous ne voyons pas encore que tout lui soit soumis, mais Jésus, qui a été abaissé un peu au-dessous des anges, nous le voyons couronné de gloire et d'honneur à cause de sa passion et de sa mort. Si donc il a fait l'expérience de la mort, c'est par grâce de Dieu, au profit de tous.

Celui pour qui et par qui tout existe voulait conduire une multitude de fils jusqu'à la gloire ; c'est pourquoi il convenait qu'il mène à sa perfection, par des souffrances, celui qui est à l'origine de leur salut. Car celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir une même origine. Pour cette raison, Jésus n'a pas honte de les appeler ses frères, quand il dit : « Je proclamerai ton nom devant mes frères, je te chanterai en pleine assemblée. » Et encore : « Moi, je mettrai ma confiance en lui. » Et encore : « Me voici, moi, et les enfants que Dieu m'a donnés. »

Donc, puisque les enfants des hommes ont en commun le sang et la chair, Jésus a partagé lui aussi pareille condition. Ainsi, par sa mort, il a pu réduire à l'impuissance celui qui possédait le pouvoir de la mort, c'est-à-dire le diable ; et il a rendu libres tous ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d'esclaves.

Car ceux qu'il prend en charge, ce ne sont pas les anges, c'est la descendance d'Abraham. Il lui fallait donc se rendre en tout semblable à ses frères, pour devenir un grand prêtre miséricordieux et digne de foi pour les relations avec Dieu, afin d'enlever les péchés du peuple. Et parce qu'il a souffert jusqu'au bout l'épreuve de sa passion, il est capable de porter secours à ceux qui subissent une épreuve.

Commentaire

La lettre aux Hébreux, vous avez vu, c'est magnifique ! Mais en même temps, on a du mal à suivre.

Le but était de montrer que le Christ était supérieur aux anges. On commence, en bon juif, par enfiler des perles : une catena, une chaîne de citations. Alors là, on ne va pas toutes les faire. Vous aviez 2 Samuel 7,14, Deutéronome 32,43, psaume 104,4, etc.

La logique argumentative, c'était de dire qu'aux anges, Dieu n'a jamais dit « tu es mon fils » ; il n'a jamais dit aux anges « que tous se prosternent devant vous » ; et il a donné aux anges des rôles de serviteurs. Mais au Fils, dans l'Écriture, on a attribué des titres divins : « Ton trône, ô Dieu », et on l'a assis à sa droite. Donc, par l'Écriture, on vient de prouver que ce Fils était supérieur aux anges.

Ce qui a une conséquence très pratique — et vous voyez comment on passe de la doctrine à l'exhortation pratique. C'est que si déjà les anges sont vénérables, si déjà la parole qu'ils ont donnée à Moïse, il faut la respecter, la Torah, si le Fils est au-dessus d'eux — ce qu'on appelle un argument a minori ad maius — combien plus le Christ, qui est au-dessus d'eux, nous engage, et sa parole entraîne de notre part une responsabilité grave.

Sauf que, pour l'instant, on a parlé du Fils éternel, de la Parole, de la Sagesse. On n'a pas encore parlé de Jésus. Pour passer du Fils à Jésus, il faut parler de l'incarnation. Alors, ça veut dire quoi ? Parce que ça veut dire que dans ce cas-là, la Parole de Dieu se fait plus bas que les anges. Et donc maintenant, il va falloir parler de l'incarnation pour savoir comment se module cette supériorité dans l'incarnation. Le Christ dans la chair, il est encore supérieur aux anges ou pas ? Ce n'est pas évident, cette affaire.

Et là, l'auteur vous disait que le Fils, par nature, est supérieur aux anges — chapitre 1 — mais qu'il a volontairement accepté, pendant un temps et un temps seulement, une condition inférieure aux anges — chapitre 2. Et, bizarrement, c'est ça qui fonde sa supériorité.

Alors, cette supériorité, là, ne va plus s'exprimer en termes de nature, d'essence, mais en termes de pédagogie, de combat spirituel. C'est-à-dire que pour vaincre la mort et le diable, eh bien, c'est encore plus beau de vaincre la mort si vous prenez, vous, une condition mortelle ; et c'est encore plus beau si vous arrivez à vaincre le diable en partageant le sort de ceux qui ont succombé au diable. 2,14 :

Ainsi, par sa mort, il a pu réduire à l'impuissance celui qui possédait le pouvoir de la mort, c'est-à-dire le diable.

Et supériorité pédagogique, c'est-à-dire qu'en devenant un homme, il est devenu pour nous un frère, et donc il peut être un grand prêtre miséricordieux. Alors ça, ça amorce toute une partie à venir qui va être le cœur du propos de l'auteur, mais on va intercaler juste entre les deux une toute petite partie, demain, sur Moïse.

Livre des Proverbes, chapitre 30, versets 18 à 20. Si vous regardez bien, en ce moment, on est dans des proverbes qu'on appelle des proverbes numériques. Vous allez tout de suite comprendre.

Proverbes 30,18-20

Il y a trois merveilles qui me dépassent, quatre dont je ne sais rien : le chemin de l'aigle dans le ciel, le chemin du serpent dans les rochers, le chemin du navire en haute mer, et le chemin de l'homme chez la fille.

Et puis il y a le chemin de la femme adultère : comme si, après y avoir goûté, elle pouvait s'essuyer la bouche et déclarer : « Je n'ai rien fait de mal. »


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