Jour 356 ☾ — Lever les yeux : la victoire est déjà là
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Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre le livre de l'Apocalypse, écrit pour une Église confrontée pour la première fois à la persécution non plus d'un empereur isolé mais d'un système impérial. Il rappelle que la grande leçon du livre est que le combat vécu sur terre trouve son origine dans une bataille céleste déjà gagnée, mais dont la victoire n'est pas encore descendue jusqu'à nous. Il discute la question de l'auteur — Jean l'Ancien ou Jean l'Évangéliste — et se range du côté de saint Irénée de Lyon, disciple du disciple de Jean. La lecture du chapitre 1 donne la vision inaugurale du Fils d'homme au milieu des sept chandeliers d'or, que le commentaire relie à la mystique du chariot divin d'Ézéchiel et de Daniel.
Introduction
On a commencé la lettre aux Hébreux. En deuxième partie, je vous propose — à un moment donné, il faut y aller — je vous propose l'Apocalypse. Je vous connais, je suis sûr que vous attendiez ça depuis un bon petit moment. En même temps, c'est touchant, parce que qui dit l'Apocalypse dit la fin de la Bible, dit aussi, quand même — on s'y achemine — la fin du podcast. Ah, sortez les mouchoirs ! Bon, on n'y est pas encore, on n'y est pas encore. Pour l'instant, laissez-moi vivre dans le déni. J'ai pris trop de plaisir à ce podcast pour envisager qu'il puisse se terminer un jour.
Du coup, vite, parlons de ce livre. Déjà, bonne nouvelle : ce n'est pas le premier livre d'Apocalypse qu'on va lire ensemble. Ça va nous simplifier la tâche, parce que vous avez compris que dans ces livres d'Apocalypse, il y avait un énorme travail symbolique, ce qui fait que généralement, comme les gens ne prennent pas la peine de lire la Bible — je le regrette, mais qu'est-ce que vous voulez, c'est comme ça —, eh bien, on fait dire n'importe quoi à ces livres-là, parce qu'on s'imagine qu'on peut y aller comme ça. Pas à vous, pas à nous, pas au bout de 350 jours d'études bibliques, quand même. En fait, là-dedans, vous avez à la fois des événements passés que l'Église primitive a subis, des éléments que nous, nous vivons aussi dans notre vie, et ce qui doit arriver à la fin des temps. Et c'est tout ça en même temps. Et maintenant, sur la date de la fin du monde, je vous rappelle ce que disait Jésus : « Quant à l'heure, il ne vous appartient pas de le savoir. »
En fait, si vous voulez comprendre l'Apocalypse, je reviens toujours à un saint Paul que, décidément, on n'arrête pas d'enterrer. C'est le plan A de saint Paul qui vient de tomber à l'eau, et malheureusement, l'Église avait tout misé là-dessus. Et maintenant, il faut passer à un autre plan. Normalement, le plan A de saint Paul, c'était qu'il aille plaider sa cause devant l'empereur pour que le christianisme soit religio licita. Sauf que manifestement, ça n'a pas marché. Il commence à y avoir les premières persécutions par l'Empire romain — pas par les Juifs, par l'Empire romain — contre les chrétiens. Et ça, ça fait mal.
Alors déjà, il y avait la persécution de Néron. Saint Pierre et saint Paul y ont laissé leur vie, mais on pouvait se dire : c'est Néron. Sauf que pas de chance, il y a un nouvel empereur et ça recommence. Et là, les chrétiens sont obligés de se dire : c'est peut-être pas l'empereur le problème, c'est peut-être l'Empire romain. Mais ce n'est pas du tout ce qu'avait prévu Paul. Donc maintenant, on fait quoi ? Comment est-ce qu'on va réussir à intégrer ça d'un point de vue théologique ? Ça fait quoi, la spiritualité ? Et les chrétiens sont complètement perdus. Et c'est pour résoudre ce problème-là, pour arriver à comprendre ce que veut dire être chrétien dans un empire qui vous persécute, que là, vous allez avoir l'Apocalypse.
Et la grande leçon de l'Apocalypse, c'est de vous dire que le combat que vous vivez sur terre, il trouve son origine dans un autre combat qui a déjà eu lieu dans le ciel, et que, en haut, la victoire a déjà été donnée. Simplement, elle n'est pas encore descendue sur terre. Mais ça vous oblige à lever les yeux et, en levant les yeux, de voir les choses autrement.
Une image qui me parle, c'est — j'imagine — une bataille navale, je ne sais pas pourquoi. Et alors, au début, quand on est nouveau dans la bataille, on s'aperçoit simplement qu'on est pris dans les tirs d'un bateau qui est juste à côté de nous. Puis, au fur et à mesure qu'on devient habitué, on s'aperçoit que le champ de bataille est un peu plus large. Puis, tout d'un coup, on invente les lunettes : on s'aperçoit que ça va encore plus loin. Et puis, tout d'un coup, on invente les radars : on s'aperçoit que c'est la terre entière qui est prise sous le champ de bataille. Et puis, tout d'un coup, on invente un nouvel outil de détection — ça, c'est saint Jean qui a ses visions. Et là, on s'aperçoit qu'il y a une bombe atomique qui a déjà été envoyée, qui a déjà explosé et qui nous a déjà donné la victoire, mais que ce n'est pas encore arrivé jusqu'à nous. Et à ce moment-là, vous revenez à votre petite bataille. C'est toujours la même bataille, mais ce n'est plus du tout la même bataille.
Alors, cette vision, c'est saint Jean qui va la voir. Saint Jean, oui, mais lequel ? Qui a écrit l'Apocalypse ? Il y a un débat sur ce sujet. L'auteur du livre de l'Apocalypse se présente comme étant Jean l'Ancien, qui n'est nulle part formellement associé à Jean l'Évangéliste. On dit c'est le même, c'est pas le même. Il y a un Papias, un évêque de Hiérapolis, aux alentours du IIe siècle, qui vous dit qu'en fait, ce sont deux personnes différentes. Sauf que Papias, on a d'autres témoignages plutôt négatifs de lui : on a Eusèbe de Césarée qui nous dit que Papias, en fait, c'était un homme à l'intelligence assez courte. Super, on fait quoi maintenant ?
Alors, on a un deuxième témoignage. C'est un témoignage qui est assez crédible : c'est Irénée de Lyon. Et Irénée de Lyon, ce n'est pas n'importe qui, pour le coup. Irénée de Lyon, c'est le premier évêque de Lyon, mais qui a été lui-même formé par Polycarpe de Smyrne, qui lui-même a été formé par saint Jean l'Évangéliste. Saint Irénée, premier évêque de Lyon, c'est le disciple du disciple de saint Jean. Et saint Irénée, il nous dit que c'est saint Jean qui a écrit et les évangiles, et les lettres, et l'Apocalypse. Irénée, c'est une vraie autorité. Si jamais on enlève Irénée pour dire qu'on ne le croit pas, on est bien embêté pour dire quoi que ce soit de l'Église primitive. Donc moi, j'avoue, c'est plutôt… je suis quand même du côté de saint Irénée que je vais me ranger, pour dire que c'est à la fois saint Jean qui a écrit les évangiles, l'Apocalypse et les lettres de Jean. Ce qui n'est pas clair, c'est : est-ce que c'est Jean lui-même, ou est-ce que c'était l'école de ses disciples qui gravitait autour de lui ? Parce que de manière claire et nette aussi, il a fondé ce qu'on appelle une école, l'école johannique.
Jean, on l'a vu au début des Actes des Apôtres, il suivait comme son ombre Pierre. Sauf qu'avec le départ de Pierre et Paul à Rome, il faut envoyer quelqu'un à Éphèse. Éphèse, je ne présente plus, on en a parlé en long, en large et en travers. C'est la grande capitale religieuse de l'ouest de la Turquie. Du coup, Jean l'apôtre déménage de Judée et s'installe là-bas. Peut-être qu'il a vu Timothée, ça on ne sait pas, pour le coup. À Éphèse, il fonde une école et, toujours d'après Irénée, rédige les évangiles et les lettres de saint Jean, qu'on entendra plus tard.
Saint Jean est à Éphèse quand éclate une nouvelle persécution. Cette fois-ci, ce n'était plus Néron l'empereur, c'était Domitien, un homme brutal et autoritaire, et qui va renforcer le culte impérial. Donc là, la persécution ne devient plus uniquement liée à un empereur, mais à un système impérial. C'est ça, la grande différence. D'où les premières persécutions — pas des persécutions globales, mais des persécutions localisées. Et saint Jean, qui était à Éphèse, se retrouve exilé dans une petite île au milieu de la mer Égée, en Grèce, qu'on appelle Patmos. Et c'est là que notre saint Jean a eu sa vision, et qu'il comprend que les combats de l'Église sur terre sont liés à une autre bataille dans le ciel, une autre bataille qui a déjà été gagnée, sauf que personne ne s'en est encore rendu compte. Alors plus tard, il sera libéré, il mourra à Éphèse, mais ça, c'est un autre sujet.
Aujourd'hui, on y va tranquillement, j'avais beaucoup de choses à vous dire, donc juste le chapitre 1, la grande vision inaugurale. D'accord ? Bonne écoute.
Lecture : Apocalypse 1
Révélation de Jésus-Christ, que Dieu lui a confiée pour montrer à ses serviteurs ce qui doit bientôt advenir. Cette révélation, il la fait connaître à son serviteur Jean par l'envoi de son ange. Jean atteste comme parole de Dieu et témoignage de Jésus-Christ tout ce qu'il a vu. Heureux celui qui lit, heureux ceux qui écoutent les paroles de la prophétie et gardent ce qui est écrit en elle, car le temps est proche.
Jean, aux sept Églises qui sont en Asie : à vous la grâce et la paix, de la part de celui qui est, qui était et qui vient, de la part des sept esprits qui sont devant son trône, de la part de Jésus-Christ, le témoin fidèle, le premier-né d'entre les morts, le prince des rois de la terre.
À lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père, à lui la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen.
Voici qu'il vient avec les nuées. Tout œil le verra. Ils le verront, ceux qui l'ont transpercé, et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre. Oui, Amen.
« Moi, je suis l'alpha et l'oméga », dit le Seigneur Dieu, « celui qui est, celui qui était et qui vient, le Souverain de l'univers. »
Moi, Jean, votre frère, partageant avec vous la détresse, la royauté et la persévérance en Jésus, je me trouvais dans l'île de Patmos à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus. Je fus saisi en esprit, le jour du Seigneur, et j'entendis derrière moi une voix forte, pareille au son d'une trompette. Elle disait : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre et envoie-le aux sept Églises : à Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée. »
Je me retournai pour regarder quelle était cette voix qui me parlait. M'étant retourné, j'ai vu sept chandeliers d'or, et au milieu des chandeliers, un être qui semblait un Fils d'homme, revêtu d'une longue tunique, une ceinture d'or à la hauteur de la poitrine. Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme la laine blanche, comme la neige, et ses yeux étaient comme une flamme ardente. Ses pieds semblaient d'un bronze précieux, affiné au creuset, et sa voix était comme la voix des grandes eaux. Il avait dans la main droite sept étoiles. De sa bouche sortait un glaive acéré à deux tranchants. Son visage brillait comme brille le soleil dans sa puissance.
Quand je le vis, je tombai à ses pieds, comme mort. Mais il posa sur moi sa main droite en disant : « Ne crains pas. Moi, je suis le premier et le dernier, le vivant. J'étais mort, et me voilà vivant pour les siècles des siècles. Je détiens les clés de la mort et du séjour des morts. Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, ce qui va ensuite advenir. Quant au mystère des sept étoiles que tu as vues sur ma main droite et celui des sept chandeliers d'or : les sept étoiles, ce sont les anges des sept Églises, et les sept chandeliers, ce sont les sept Églises. »
Commentaire
Ça va être difficile de tout dire. Chaque verset est surchargé de sens. Regardez juste le premier verset :
Révélation de Jésus-Christ.
Apocalypse de Yeshoua ha-Mashiah. Apocalypse, le dévoilement de quoi ? Du mystère. Saint Paul, le grand dessein de Dieu sur les siècles, il culmine dans quoi ? Il culmine dans une personne, Jésus-Christ, que Dieu va enfin dévoiler et révéler, mais cette fois-ci dans la gloire et non plus dans la souffrance de la croix, et dont Dieu est le mode — la gloire, l'Esprit Saint —, qu'il va confier à Jean par l'intermédiaire des anges, schéma classique de l'apocalyptique juive, pour qu'il en témoigne au reste de l'assemblée des chrétiens.
Et il doit dire ce qui doit arriver bientôt. Ce qui doit arriver bientôt, non pas au sens d'un calendrier, mais au sens de l'imminence, de l'urgence. C'est quoi, l'urgence, pour une Église qui pour la première fois est confrontée à la persécution d'un empire ? Je vous l'avais dit, ces persécutions, c'est une nouveauté qu'il faut intégrer d'un point de vue théologique.
Ce que vous dit le verset 3, c'est que le but de ces visions, c'est de pouvoir introduire ces fidèles persécutés dans la béatitude sur terre. Verset 3 :
Heureux celui qui lit, heureux celui qui écoute les paroles de la prophétie et garde ce qui est écrit en elle.
Heureux celui qui lit, c'est-à-dire celui qui médite ; heureux celui qui écoute, c'est-à-dire qui croit ; heureux celui qui garde ce qui est écrit en elle, c'est-à-dire qui les pratique.
Alors, on va aller tout de suite à ce qui, moi, me paraît être le cœur de ce chapitre : la vision inaugurale, Jean qui voit le Fils d'homme.
Je me retournai pour regarder quelle était cette voix qui me parlait, j'ai vu sept chandeliers d'or, et au milieu des chandeliers, un être qui semblait un Fils d'homme, revêtu d'une longue tunique.
Alors, on vous le décrit après. La tête qui est blanche, c'est le symbole de l'éternité ; les yeux comme des flammes, c'est le symbole de l'omniscience ; les pieds en bronze — littéralement en orichalque —, c'est le symbole de la stabilité, de la puissance ; la voix comme le fracas des grandes eaux, c'est la voix créatrice qui avait ordonné le ciel et la terre. Dans la main droite, il y a sept étoiles : c'est l'autorité souveraine sur les anges, mais aussi sur les Églises. La ceinture en or, c'est le pectoral du grand prêtre. Dans la bouche, il y a l'épée aiguë, qui est le jugement par la parole. Enfin, n'en jetez plus ! Vous voyez, on peut le prendre et simplement le méditer verset après verset.
Ce que je remarque, et ça vous a peut-être frappés aussi, c'est qu'en fait, cette vision, on l'avait déjà vue. Souvenez-vous, dans l'Ancien Testament — c'est là où on est content de l'avoir vue —, on l'a déjà vue dans le livre d'Ézéchiel, repris par Daniel : ce Fils d'homme qui arrivait, cette grande vision. Je vous avais dit qu'il y avait dans l'Ancien Testament une vision par-dessus toutes les autres visions, la vision de la gloire divine, la mystique du chariot divin. Ézéchiel, la grande vision inaugurale, quand on avait vu les quatre vivants avec le trône de Dieu, et puis sur le trône, un Fils d'homme qui arrivait : ça, c'était le livre d'Ézéchiel. Et comment est-ce que cette vision avait été reprise par Daniel, qui avait commencé à parler des bêtes qui arrivaient avec des grandes cornes à gauche et à droite, c'était la lutte du bien contre le mal. Cette grande vision qui hante l'Ancien Testament, c'est celle que saint Jean a eue.
Sauf que lui l'a eue dans la pleine gloire, et que, ayant le Christ comme clé de lecture, il a vu des choses que ni Ézéchiel ni Daniel n'avaient vues. Et ce qu'il va faire, c'est qu'il va reprendre cette grande vision, mais qu'il va la disséminer tout au long du livre de l'Apocalypse. Là, on a vu le Fils d'homme ; plus tard, on aura les quatre vivants, on aura encore le trône, et on verra comment cette vision qu'avaient eue les plus grands prophètes de l'Ancien Testament, le sommet de la mystique juive, culmine en fait dans le retour du Christ sur terre.
Oh ! Bienvenue dans l'Apocalypse.
Prière
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur Jésus, toi le premier et le dernier, toi qui étais mort et qui es vivant pour les siècles, ouvre mes yeux à ta gloire. Mets en ma bouche ton évangile, garde-moi dans ton nom, car c'est toi qui as les clés de la mort et de la vie. À toi l'honneur, la gloire et la puissance pour les siècles des siècles.