Jour 357 ☼ — Aujourd'hui, entre dans le repos de Dieu
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Résumé : Après avoir montré que le Christ est supérieur aux anges, l'auteur de la lettre aux Hébreux affirme sa supériorité sur Moïse : là où Moïse était un serviteur fidèle dans la maison de Dieu, Jésus en est le Fils et l'héritier. Au centre du passage, un long midrash du psaume « Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre cœur » rappelle la génération morte au désert faute d'avoir cru, et lance un avertissement aux chrétiens découragés tentés de revenir à une religion de cases à cocher. Le frère Paul-Adrien situe ce passage dans le mouvement plus large de christianisation de l'Ancien Testament — Adam, Abraham, David, et maintenant Moïse, donc la Torah, la liturgie et le Temple. Il montre que le vrai « repos » n'est plus la Terre promise mais le sabbat de Dieu, le paradis, encore offert aujourd'hui, et termine sur la magnifique amplification de la parole de Dieu « plus coupante qu'une épée à deux tranchants ».
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
On a commencé par dire que le Christ était supérieur aux anges. Bientôt, on dira qu'il est le grand prêtre parfait parce qu'il est miséricordieux. Mais entre ces deux parties, on commence par redire que le Christ est supérieur à Moïse.
Ça, c'est intéressant, parce que Moïse, vous voyez, c'est la loi, c'est la Torah. Et en même temps, l'auteur est en train de parler à des chrétiens découragés qui ont comme envie de retourner à un rapport à la loi, comme si ce qu'on allait chercher dans la religion, c'était des cases à cocher pour être sûr d'avoir bien fait les choses. On parle parfois de religion de la loi par opposition aux religions de la liberté. Alors, je vous laisserai vous-même, à la maison, mettre telle religion dans telle case. C'est un peu caricatural. N'empêche que ça montre aussi deux rapports que l'on peut entretenir à Dieu.
Tiens, je vais le prendre différemment. Souvent, quand les gens se convertissent au christianisme, ce qu'ils vont d'abord chercher, c'est des choses à faire, parce qu'ils veulent montrer à Dieu leur bonne volonté. Ils cherchent une pratique sainte, c'est simple, avec des cases à cocher pour dire à Jésus qu'ils l'aiment. C'est très beau, c'est très touchant, parce qu'il y a énormément de ferveur là-dessus. Mais en même temps, on sent bien que ce n'est qu'un passage. Alors, il se trouve que c'est un passage obligé — c'est ce que disait saint Paul dans la lettre aux Romains : la loi est un tuteur. Mais il y a une relation à Dieu qui lui est supérieure, une relation médiatisée par la liberté et par la grâce. Et c'est dans cette relation nouvelle que le Christ entend nous faire rentrer.
Donc, partie 2 : le Christ supérieur à Moïse. Vous allez juste vous laisser porter par la lecture. On reprendra ça dans les commentaires pour disséquer la logique argumentative. J'attire juste votre attention sur un passage, au milieu : on va faire un midrash, un long commentaire d'un psaume. Alors, pour que tout le monde suive bien. Ce psaume — « Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre cœur » — c'est une référence à un épisode dans l'Ancien Testament, l'Exode. Quand les Juifs avaient été libérés de l'Égypte, ils ont erré quarante ans dans le désert, et faute de n'avoir pas cru à Moïse, ils sont morts dans le désert. Maintenant que je vous ai rappelé la référence, ça vous permettra de mieux suivre. Bonne écoute.
Lecture : Hébreux 3
Ainsi donc, frères saints, vous qui avez en partage une vocation céleste, considérez Jésus, l'apôtre et le grand prêtre de notre confession de foi. Pour celui qui l'a institué, il est, comme Moïse, digne de foi dans toute sa maison. Lui, il a même été jugé digne d'une place plus grande que Moïse, dans la mesure où le constructeur de la maison reçoit plus d'honneur que la maison elle-même. Car toute maison est construite par quelqu'un, et celui qui a tout construit, c'est Dieu.
Moïse, lui, a été digne de foi dans toute la maison de Dieu en qualité d'intendant, afin d'attester ce qui allait être dit. Mais le Christ, lui, est digne de foi en qualité de Fils, à la tête de sa maison. Et nous sommes sa maison, si du moins nous maintenons l'assurance et la fierté de l'espérance.
C'est pourquoi, comme le dit l'Esprit Saint dans un psaume : « Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre cœur comme au temps du défi, comme au jour de l'épreuve dans le désert, quand vos pères m'ont mis à l'épreuve et provoqué, et alors ils m'ont vu à l'œuvre pendant quarante ans. Lui, je me suis emporté contre cette génération et j'ai dit : "Toujours, ils ont le cœur égaré, ils n'ont pas connu mes chemins." Dans ma colère, j'en ai fait le serment : "On verra bien s'ils entreront dans mon repos." »
Frères, veillez à ce que personne d'entre vous n'ait un cœur mauvais, que le manque de foi sépare du Dieu vivant. Au contraire, encouragez-vous les uns les autres, jour après jour, aussi longtemps que retentit l'aujourd'hui de ce psaume, afin que personne parmi vous ne s'endurcisse en se laissant tromper par le péché. Car nous sommes devenus les compagnons du Christ, si du moins nous maintenons fermement, jusqu'à la fin, notre engagement premier.
Il est dit en effet : « Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre cœur comme au temps du défi. » Qui donc a défié Dieu après l'avoir entendu ? N'est-ce pas tous ceux que Moïse avait fait sortir d'Égypte ? Et contre qui Dieu s'est-il emporté pendant quarante ans ? N'est-ce pas contre ceux qui avaient péché, et dont les cadavres sont tombés dans le désert ? À qui a-t-il fait le serment qu'ils n'entreraient pas dans son repos, sinon à ceux qui avaient refusé de croire ? Nous constatons qu'ils n'ont pas pu entrer à cause de leur manque de foi.
Lecture : Hébreux 4
Craignons donc, tant que demeure la promesse d'entrer dans le repos de Dieu, craignons que l'un d'entre vous n'arrive, en quelque sorte, trop tard. Certes, nous avons reçu une bonne nouvelle, comme ces gens-là. Cependant, la parole entendue ne leur servit à rien, parce qu'elle ne fut pas accueillie avec foi par ses auditeurs.
Mais nous, qui sommes venus à la foi, nous entrerons dans le repos dont il est dit : « Dans ma colère, j'en ai fait le serment : on verra bien s'ils entreront dans mon repos. » Le travail de Dieu, assurément, était accompli depuis la fondation du monde, comme le dit l'Écriture à propos du septième jour : « Et Dieu se reposa le septième jour de tout son travail. » Et dans le psaume, de nouveau : « On verra bien s'ils entreront dans mon repos. »
Puisque certains doivent encore y entrer, et que les premiers à avoir reçu une bonne nouvelle n'y sont pas entrés à cause de leur refus de croire, Dieu fixe de nouveau un jour, un aujourd'hui, en disant, bien longtemps après, dans le psaume de David déjà cité : « Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre cœur. » Car si Josué leur avait donné le repos, David ne parlerait pas, après cela, d'un autre jour. Ainsi, un repos sabbatique doit encore advenir pour le peuple de Dieu. Car celui qui est entré dans son repos s'est reposé lui aussi de son travail, comme Dieu s'est reposé du sien.
Empressons-nous donc d'entrer dans ce repos-là, afin que plus personne ne tombe en suivant l'exemple de ceux qui ont refusé de croire.
Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu'une épée à deux tranchants. Elle va jusqu'au point de partage de l'âme et de l'esprit, des jointures et des moelles. Elle juge des intentions et des pensées du cœur. Et pas une créature n'échappe à ses yeux. Tout est nu devant elle, soumis à son regard. Nous aurons à lui rendre des comptes.
Commentaire
On est en train de comparer Moïse et Jésus. Je prends un tout petit peu de recul pour vous mettre ça en perspective. En fait, on essaye de christianiser l'Ancien Testament. Et Moïse, ce ne sera pas le premier patriarche que l'on christianise. On a déjà christianisé Adam — c'était dans la lettre aux Romains, parce qu'on l'a comparé à Jésus-Christ pour dire que c'était le nouvel Adam. On a déjà christianisé Abraham, qui avait été justifié quand il a eu la foi, pas quand il avait eu la circoncision : c'était la lettre aux Galates et la lettre aux Romains. On a déjà christianisé David : ça, ça s'était fait du temps de Jésus, quand la foule l'acclamait comme « fils de David ». Mais on n'avait pas encore christianisé Moïse.
Donc il faut reprendre ce passage dans un mouvement plus large de relecture de l'Ancien Testament. Alors, la seule chose ici qui est un peu différente par rapport aux autres fois, c'est que, un : quand même, Moïse, c'est le personnage central, je m'excuse, mais pour le judaïsme. Et puis, christianiser Moïse, ce n'est pas simplement christianiser la Torah, la loi — ça, on avait déjà commencé à le faire avec Paul dans la lettre aux Romains. Mais c'est aussi et surtout christianiser la liturgie juive, et donc le Temple qui va avec. Et ça, pour le coup, ça n'a pas encore été fait. Donc, allons-y.
L'auteur commence par rappeler que Moïse était un serviteur, alors que le Fils, lui, par définition, il est fils, donc héritier. Là où Moïse avait la fidélité d'un serviteur dans la maison de Dieu, Jésus, lui, a la fidélité d'un fils qui doit hériter de la maison. Donc il est supérieur. Il est supérieur parce qu'il est plus digne en tant que fils qu'en tant que serviteur. Il est plus digne aussi parce que sa fidélité a été exemplaire. Là, c'est curieux : dans la lettre aux Hébreux, on n'en parle pas, mais enfin, on aurait pu rappeler l'épisode des eaux de Mériba, les eaux amères, quand Moïse avait failli. Jésus, lui, il n'a pas failli, il est allé jusqu'au bout. Alors là, c'est Moïse, mais on aurait pu prendre Bouddha, on aurait pu prendre Mohamed : Jésus, c'est le seul qui n'ait commis aucun péché.
Alors maintenant, OK, très bien Jésus, très bien Moïse, très bien tous les autres, tous ceux qui ont construit une maison — et par « maison », ici, il faut entendre une religion, un endroit où on peut habiter avec Dieu. Mais nous, ce qui nous intéresse, c'est de rentrer dans cette maison. Et toute la suite, c'est comment est-ce qu'on peut rentrer dans cette maison de Dieu que le Christ a construite, dont il va hériter parce qu'il est le Fils, et sur laquelle les autres n'étaient que des intendants, des serviteurs.
Et c'est là où vous avez un appel à persévérer dans la foi. Ce qui vous a introduits dans cette maison, ce n'est pas la loi, c'est la foi. Alors là, il y aurait tout ce thème immense à reprendre — enfin, on en a déjà suffisamment parlé dans la lettre aux Romains. Donc on va aller un peu plus loin dans la lettre aux Hébreux, là, maintenant.
D'où le psaume que je vous avais dit :
Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre cœur.
Sous-entendu : n'imitez pas vos grands-pères, qui sont restés quarante ans dans le désert parce qu'ils n'ont pas cru en Moïse, ils n'ont pas voulu le suivre. Ça a provoqué la colère de Dieu, et ils furent exclus du repos de la Terre promise. Bon. Si Jésus est supérieur à Moïse, à plus forte raison faut-il lui faire confiance et lui obéir.
Maintenant, petite parenthèse : cette notion de repos dont on vient de parler, c'est quoi exactement ? Dans le contexte de l'Ancien Testament, ce repos, c'est rentrer dans la Terre promise. Mais le véritable repos — et c'est là où l'auteur reprend —, c'est rentrer dans le sabbat de Dieu.
Et Dieu se reposa le septième jour de tout son travail. […] Et dans le psaume, de nouveau, il est dit : « On verra bien s'ils entreront dans mon repos. »
Ce repos, il est encore offert. Le véritable sabbat, c'est ce que nous, on appellerait le paradis. Mais c'est de ça, en fait, dont il était question. D'où le verset 11 :
Empressons-nous donc d'entrer dans ce repos-là, afin que plus personne ne tombe en suivant l'exemple de ceux qui ont refusé de croire.
Si vous voulez, moi, je trouve que — alors, je suis d'accord pour dire que la lettre aux Hébreux, ce n'est pas facile, facile à suivre —, mais quand on est tenté par une autre religion, ça vous donne quand même quelques clés. Ça vous dit qu'est-ce qu'il faut comparer. Vous pouvez comparer les personnes qui fondent ces religions, ce qu'elles valent. Vous pouvez comparer le type de relation qu'elles vous proposent pour rentrer jusqu'à Dieu : la loi ou la foi. Vous pouvez aussi comparer le paradis qu'elles vous promettent. Et puis vous pourrez aussi comparer les cultes, les sacrifices, la liturgie qu'il y a derrière. Ça, on n'y est pas encore, ce sera pour d'autres chapitres. D'accord ?
Et de là, pour clôturer cette première partie, petite envolée, amplification rhétorique, très, très belle d'ailleurs :
Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu'une épée à deux tranchants. Elle pénètre au plus profond de l'âme et de l'esprit, aux jointures et aux moelles. Elle juge les intentions et les pensées des cœurs. Pas une créature n'échappe à ses yeux.
C'est vraiment magnifique. C'est-à-dire : la parole de Dieu qui pénètre au plus profond de nous-mêmes, la syneidesis, la conscience, qui permet de faire la différence entre le bien et le mal. C'est pour ça que ça se sépare en nous, c'est pour ça que ça nous divise de l'intérieur. D'où le symbole chrétien : quand vous voyez une épée dans les vitraux, ça signifie toujours la parole de Dieu.
Proverbes 30,21-23
Il y a trois causes au tremblement de terre, quatre situations que la terre ne peut supporter : un esclave qui se prend pour le roi, un abruti qui a la panse pleine, une peste qui trouve un mari, et une servante qui supplante sa maîtresse.