Jour 354 ☾ — Garder la foi saine, bâtir un peuple fervent
← J354 ☼ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J355 ☼ →
Résumé : Le frère Paul-Adrien intercale la lettre à Tite entre les deux lettres à Timothée, puisqu'elle a vraisemblablement été écrite entre les deux. Il présente Tite, Grec converti dès le premier voyage missionnaire, preuve vivante que l'Évangile est ouvert aux païens, et agent spécial que Paul envoie en mission délicate, ici en Crète. La lettre est lue d'un seul tenant : critères pour établir les anciens, mise en garde contre les marchands d'illusions, code domestique, et cette grâce qui fait de nous un peuple ardent à faire le bien. Le commentaire s'arrête sur le mot « hérétique » — littéralement celui qui choisit son parti, qu'il traduirait volontiers par « idéologue » — et dresse un panorama des premières déviations chrétiennes : judaïsants, gnosticisme naissant, docétisme, montanisme, avant l'arianisme.
Introduction
Qui dit première lettre à Timothée dit deuxième lettre à Timothée. Donc après la première, normalement, on devrait lire la deuxième lettre à Timothée. Eh bien, pas du tout ! J'ai choisi d'intercaler la lettre à Tite entre les deux. Alors il y a une raison extrêmement simple pour cela : on pense que la lettre à Tite a été écrite entre les deux lettres à Timothée. Du coup, petite pause entre nos deux lettres à Timothée, et on fait un zoom sur ce nouveau personnage dont on n'a pas entendu parler jusqu'ici, Tite.
Mais qui est Tite ? Tite, comme Timothée, est un compagnon fidèle de Paul, qui est mentionné treize fois dans le Nouveau Testament. Treize fois, ce n'est pas mal ! On en parle dans énormément de lettres, mais on n'en parle jamais dans les Actes des Apôtres, ce qui est assez curieux. Petite différence avec Timothée qui était, lui, juif par sa mère et grec par son père : Tite est un Grec 100 %. C'est saint Paul qui nous le raconte dans la lettre aux Galates, chapitre 2. On nous dit que lors du premier voyage missionnaire, donc au tout début de la prédication paulinienne, Tite fut un des païens convertis, un des premiers, et Paul l'a pris comme exemple. Il l'a amené jusqu'à Jérusalem pour dire : « Voyez Tite, ce qui se passe en lui est extraordinaire, et c'est bien la preuve que l'Évangile est aussi ouvert aux païens. » Tite, c'est l'homme qui n'a pas été circoncis. La preuve vivante que Paul a montrée aux colonnes de l'Église pour montrer que la foi suffit.
Comme Timothée, il fait partie de ces personnes que Paul envoie dans des missions délicates. Il fait partie des négociateurs, des agents spéciaux de Paul. Notamment, il a été envoyé à Corinthe, toujours pour réconcilier avec lui cette Église qui lui était si chère. Là, maintenant, il l'envoie en Crète, et où, vous allez entendre, vu tout ce que dit Paul des Crétois, manifestement il ne les porte pas dans son cœur. C'est presque même un peu malaisant. Donc cette lettre est un biais de recommandation, pour que Tite voie son autorité affermie parmi les Crétois. C'est une lettre de recommandation, c'est une lettre de mission.
On va revoir pas mal de choses qu'on a déjà vues. Par exemple, qu'il faut établir des anciens : on va vous donner des critères pour établir les responsables. Ça, on l'avait vu dans la première lettre à Timothée. On va vous dire qu'il faut faire attention aux faux docteurs qui s'embarquent dans des généalogies sans fin. On va vous redonner une sorte de code domestique — vous savez, toujours ces fameuses lois où on parle des relations homme-femme, vieillard-enfant, et puis maître-esclave. Donc pas mal de choses, comme je vous disais, qu'on a déjà vues. Ceci dit, le style de la lettre fait qu'on les écoute à nouveau avec plaisir. Donc, une lettre courte qu'on va lire en une seule fois. Bonne écoute.
Lecture : Tite 1
Paul, serviteur de Dieu, apôtre de Jésus Christ, au service de la foi de ceux que Dieu a choisis et de la pleine connaissance de la vérité qui est en accord avec la piété. Nous avons l'espérance de la vie éternelle promise depuis toujours par Dieu qui ne ment pas. Au temps fixé, il a manifesté sa parole dans la proclamation de l'Évangile, l'Évangile qui m'a été confié par ordre de Dieu notre Sauveur.
Je m'adresse à toi, Tite, mon véritable enfant selon la foi qui nous est commune. À toi la grâce et la paix de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Sauveur.
Si je t'ai laissé en Crète, c'est pour que tu finisses de tout organiser et que, dans chaque ville, tu établisses des anciens comme je te l'ai commandé moi-même. L'ancien doit être quelqu'un qui soit sans reproche, époux d'une seule femme, ayant des enfants qui soient croyants et ne soient pas accusés d'inconduite ou indisciplinés. Il faut en effet que le responsable de la communauté soit sans reproche, puisqu'il est l'intendant de Dieu. Il ne doit être ni arrogant, ni coléreux, ni buveur, ni brutal, ni avide de profits malhonnêtes, mais il doit être accueillant, ami du bien, raisonnable, juste, saint, maître de lui. Il doit être attaché à la parole digne de foi, celle qui est conforme à la doctrine, pour être capable d'exhorter en donnant un enseignement solide et aussi de réfuter les opposants.
Car il y a beaucoup de réfractaires, des gens aux discours inconsistants, des marchands d'illusions, surtout parmi ceux qui viennent du judaïsme. Et il faut fermer la bouche à ces gens qui, pour faire des profits malhonnêtes, bouleversent des maisons entières en enseignant ce qu'il ne faut pas. Car l'un d'entre eux, un de leurs prophètes, l'a bien dit : « Crétois, toujours menteurs, mauvaises bêtes, gloutons fainéants. » Et ce témoignage est vrai. Pour cette raison, réfute-les vigoureusement, afin qu'ils retrouvent la santé de la foi, au lieu de s'attacher à des récits légendaires du judaïsme et à des préceptes de gens qui se détournent de la vérité.
Tout est pur pour les purs. Mais pour ceux qui sont souillés et qui refusent de croire, rien n'est pur. Leur intelligence, aussi bien que leur conscience, est souillée. Ils proclament qu'ils connaissent Dieu, mais par leurs actes, ils le rejettent. Abominables qu'ils sont, révoltés, totalement inaptes à faire le bien.
Lecture : Tite 2
Quant à toi, dis ce qui est conforme à l'enseignement de la saine doctrine. Hommes âgés, soyez sobres, dignes de respect, pondérés et solides dans la foi, la charité et la persévérance. De même, que les femmes âgées mènent une vie sainte, ne soient pas médisantes, ni esclaves de la boisson, et qu'elles soient de bons conseils pour apprendre aux jeunes femmes à aimer leur mari et leurs enfants, à être raisonnables et pures, bonnes maîtresses de maison, aimables, soumises à leur mari, afin que la parole de Dieu ne soit pas exposée au blasphème. Les jeunes aussi, exhorte-les à être raisonnables en toutes choses.
Toi-même, sois un modèle par ta façon de bien agir, par un enseignement sans défaut et digne de respect, par la solidité inattaquable de ta parole, pour la plus grande confusion de l'adversaire, qui ne trouvera aucune critique à faire sur nous.
Que les esclaves soient soumis à leur maître en toutes choses, qu'ils se rendent agréables, qu'ils ne soient pas contestataires, qu'ils ne dérobent rien et qu'ils montrent une parfaite fidélité, pour faire honneur en tout à l'enseignement de Dieu notre Sauveur.
Car la grâce de Dieu s'est manifestée pour le salut de tous les hommes, et elle nous apprend à renoncer à l'impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. Car il s'est donné pour nous, afin de nous racheter de toutes nos fautes et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.
Voilà comment tu dois parler, exhorter et réfuter en toute autorité, que personne n'ait lieu de te mépriser.
Lecture : Tite 3
Rappelle à tous qu'ils doivent être soumis aux gouvernants et aux autorités, qu'ils doivent leur obéir et être prêts à faire tout ce qui est bien, qu'ils n'insultent personne, ne soient pas violents, mais bienveillants, montrant une douceur constante à l'égard de tous les hommes.
Car nous aussi, autrefois, nous étions insensés, révoltés, égarés, esclaves de toutes sortes de convoitises et de plaisirs, nous vivions dans la méchanceté et la jalousie, nous étions odieux et remplis de haine les uns pour les autres. Mais lorsque Dieu notre Sauveur a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l'Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l'a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle.
Voilà une parole digne de foi, et je veux que tu t'en portes garant, afin que ceux qui ont mis leur foi en Dieu aient à cœur d'être les premiers pour faire le bien. C'est cela qui est bon et utile pour les hommes. Mais les recherches folles, les généalogies, les disputes et les polémiques sur la loi, évite-les, car elles sont inutiles et vaines. Quant à l'hérétique, après un premier et un second avertissement, écarte-le, sachant qu'un tel homme est perverti et pécheur : il se condamne lui-même.
Lorsque je t'aurai envoyé Artémas ou Tychique, efforce-toi de me rejoindre à Nicopolis, c'est là que j'ai décidé de passer l'hiver. Prends soin de fournir au juriste Zénas, ainsi qu'à Apollos, ce qu'il faut pour leur voyage, afin qu'ils ne manquent de rien. Que ceux de chez nous apprennent aussi à être les premiers pour faire le bien et répondre aux nécessités urgentes. Ainsi, ils ne manqueront pas de produire du fruit.
Ceux qui sont avec moi te saluent tous. Salue nos amis dans la foi. Et que la grâce soit avec vous tous.
Commentaire
Un verset parmi tant d'autres, chapitre 3, verset 9 :
Mais les recherches folles, les généalogies, les disputes et les polémiques sur la loi, évite-les, car elles sont inutiles et vaines. Quant à l'hérétique, après un premier et un second avertissement, écarte-le.
Et c'est là que j'ai découvert, en fait, que le mot « hérétique », c'était un mot biblique, qui signifie hairesis, ceux qui choisissent, au sens de ceux qui choisissent une école, ceux qui choisissent un parti. Alors dans le Nouveau Testament, ça pouvait désigner une secte, un groupe, par exemple les pharisiens, les sadducéens. Mais là, c'est la première fois qu'on le trouve appliqué à une personne qui s'obstine dans son propre parti, dans un enseignement déviant, et qui par là rompt l'unité de la communauté chrétienne.
Je pense que la meilleure traduction ne serait pas tellement « hérétique », mais serait le mot « idéologue ». C'est-à-dire : vous avez une idée, qui n'est pas forcément mauvaise d'ailleurs à la base, mais vous allez l'ériger en absolu et vous allez tout interpréter à partir de là. Et à la fin, pour justifier votre idée première, vous allez finir par tordre les Écritures pour tout faire rentrer dans votre sens.
À noter que la réponse de Paul, en face de ce qu'il faut bien appeler des hérétiques, est un lointain écho de la correction fraternelle héritée de Jésus. Si ton frère a péché, va et reprends-le seul à seul ; s'il t'écoute, tu auras gagné un frère ; s'il ne t'écoute pas, prends un ou deux témoins ; et s'il ne les écoute pas, prends l'Église tout entière à témoin, et là, considère-le comme un publicain. Bon, chez saint Paul, ça devient : qu'il soit retranché, qu'il soit anathème. Ça aussi, j'ai découvert : anathème, c'est un mot biblique.
Bon, moi je me dis que c'est peut-être l'occasion rêvée pour faire un petit point sur les premières idéologies, les premières hérésies. Parce qu'en fait, on voit que dès le début, ça commence à apparaître. Alors, dans les hérésies, ça permettra de faire un petit récap. On a vu par exemple ce qu'on appelle les judaïsants. Ça, c'était l'ennemi principal de Paul : ceux qui voulaient imposer leur circoncision. On a vu aussi que dans beaucoup d'autres lettres — Colossiens, là encore aujourd'hui — il y avait ceux qui partaient dans des philosophies un peu bizarres, du côté de la généalogie sans fin, du côté des anges, et qui avaient une sorte de gnosticisme naissant, qui commençait à apparaître dès le premier siècle.
Alors, vous aurez encore une autre hérésie qu'on appelle le docétisme. Là, on ne l'a pas encore vue, ce sera plutôt quand on lira les lettres de saint Jean. Ce serait de dire que le Christ n'a eu qu'une apparence humaine. D'où cette phrase dans la première lettre de saint Jean, chapitre 4 : « Tout esprit qui confesse Jésus venu dans la chair est de Dieu. » C'est une hérésie qu'on pourrait peut-être trouver un peu bizarre, mais qui visait à sauvegarder la divinité de Jésus Christ : on considérait que ce n'était pas digne pour Dieu de s'abaisser dans un corps humain.
Tiens, et puis encore, une dernière hérésie qu'on appelle le montanisme, qui sera un peu plus tardive. Ceci dit, dans la première aux Thessaloniciens, on n'en était pas loin : qui vous disait que l'Esprit Saint, le royaume, les temps derniers, c'était là, là, là, là, tout de suite. Et du coup, ça permettait de court-circuiter l'autorité des évêques.
Ça vous donne les différents courants chrétiens déviants qui sont apparus quasiment dès l'origine, et contre lesquels vous voyez Paul former la relève. Alors, il y en aura d'autres après, la plus grande étant l'arianisme, parce qu'avec les Wisigoths, ça va prendre une ampleur insoupçonnée. Et vous pouvez déjà noter la solution que vous donne Paul : le respect des institutions, de la tradition, du dépôt de la foi que les apôtres ont commencé à inscrire dès le début dans l'Église.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, je te confie l'Église. Je te demande de lui donner de rester fidèle à sa mission, fidèle au dépôt de la foi, et d'arriver à reprendre les gens qui s'écartent avec douceur, mais aussi avec fermeté : avec douceur pour qu'ils reviennent vers nous, mais avec fermeté pour qu'ils n'éloignent pas les gens du Christ.
Je te confie l'Église, avec ses grandes et ses petites heures, ton épouse immaculée, et qui est ma mère.