Jour 360 ☼ — Entrer avec Jésus dans le sanctuaire
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 10 de la Lettre aux Hébreux, le frère Paul-Adrien achève la démonstration doctrinale sur la supériorité de l'offrande du Christ : le Verbe s'est fait chair pour avoir quelque chose à offrir, et son unique sacrifice, suivi de la session à la droite de Dieu, rend inutiles les sacrifices répétés de l'ancienne liturgie. Le commentaire relit le psaume 40 (« tu m'as formé un corps ») et la prophétie de Jérémie sur l'alliance nouvelle, puis explique la symbolique du sang comme participation à la vie donnée. À partir du verset 19, le texte bascule dans l'exhortation : entrer avec Jésus dans le sanctuaire par la foi, l'espérance et la charité, et ne pas délaisser les assemblées, c'est-à-dire l'eucharistie, reflet terrestre de la liturgie céleste.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Aujourd'hui, Lettre aux Hébreux, chapitre 10. On était hier dans ce qui fait le cœur de cette lettre : l'Alliance nouvelle, la liturgie céleste que le Fils inaugure dans le sanctuaire céleste, là où il est entré. Nous allons conclure cette démonstration doctrinale en reprenant cette notion de sacerdoce. Le sacerdoce, c'est l'offrande que donne un prêtre et comment il offre ce sacrifice.
Vous sentez que là, on a une manière d'aborder l'œuvre de la rédemption non pas du côté des souffrances du Christ — ça, on l'a dit dans les évangiles —, non pas même du côté de la justification, de la transformation psychologique que ça opère en nous — ça, c'était plutôt la lettre aux Romains. Ici, on est dans la valeur cultuelle. Le sacrifice de Jésus nous sauve parce qu'il nous fait rentrer dans le sanctuaire. Il inaugure un nouveau culte, une nouvelle liturgie, une nouvelle manière de prier, une manière de prier efficace grâce à Jésus.
Une fois qu'on aura conclu cette démonstration sur cette nouvelle liturgie, là, on basculera gentiment vers une exhortation finale. Vous entendrez ces mots, ce sera le verset 19 : « Frères, c'est avec assurance que nous pouvons entrer dans le véritable sanctuaire grâce au sang de Jésus. » Parce que ce n'est pas le tout de parler de la prière et du sacrifice de Jésus : il faut aussi qu'on rentre dedans, qu'on participe à ce culte, que nous entrions dans le sanctuaire céleste.
Bonne écoute.
Lecture : Hébreux 10
La loi de Moïse ne présente que les ébauches des biens à venir et non pas l'expression même des réalités. Elle n'est donc jamais capable, par ces sacrifices qui sont toujours les mêmes, offerts indéfiniment chaque année, de mener à leur perfection ceux qui viennent y prendre part. Si ce culte les avait purifiés une fois pour toutes, ils n'auraient plus aucun péché sur la conscience. Et dans ce cas, n'aurait-on pas cessé d'offrir les sacrifices ? Mais ceux-ci, au contraire, comportent, chaque année, un rappel des péchés. Il est impossible, en effet, que du sang de taureau ou de bouc enlève les péchés.
Aussi, en entrant dans le monde, le Christ dit : « Tu n'as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m'as formé un corps. Tu n'as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché. Alors j'ai dit : me voici. Je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté. »
Le Christ commence donc par dire : « Tu n'as pas voulu ni agréé les sacrifices et les offrandes, les holocaustes et les sacrifices pour le péché », ceux que la loi prescrit d'offrir. Puis il déclare : « Me voici, je suis venu pour faire ta volonté. » C'est ainsi qu'il supprime le premier état de choses pour établir le second. Et c'est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l'offrande que Jésus-Christ a faite de son corps, une fois pour toutes.
Tout prêtre, chaque jour, se tenait debout dans le lieu saint pour le service liturgique, et il offrait à maintes reprises les mêmes sacrifices, qui ne peuvent jamais enlever les péchés. Jésus-Christ, au contraire, après avoir offert pour les péchés un unique sacrifice, s'est assis pour toujours à la droite de Dieu. Il attend désormais que ses ennemis soient mis sous ses pieds. Par son unique offrande, il a mené pour toujours à leur perfection ceux qu'il sanctifie.
L'Esprit Saint, lui aussi, nous l'atteste dans l'Écriture, car, après avoir dit : « Voici quelle sera l'alliance que j'établirai avec eux, quand ces jours-là seront passés », le Seigneur dit : « Quand je leur donnerai mes lois, je les inscrirai sur leur cœur et dans leurs pensées, et je ne me rappellerai plus leurs péchés ni leurs fautes. » Or, quand le pardon est accordé, on n'offre plus le sacrifice pour le péché.
Frères, c'est avec assurance que nous pouvons entrer dans le véritable sanctuaire grâce au sang de Jésus. Nous avons là un chemin nouveau et vivant qu'il a inauguré en franchissant le rideau du sanctuaire ; or, ce rideau, c'est sa chair. Et nous avons le prêtre par excellence, celui qui est établi sur la maison de Dieu. Avançons-nous donc vers Dieu avec un cœur sincère et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de ce qui souille notre conscience, le corps lavé par une eau pure. Continuons sans fléchir d'affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis. Soyons attentifs les uns aux autres pour nous stimuler à vivre dans l'amour et à bien agir. Ne délaissons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l'habitude, mais encourageons-nous, d'autant plus que vous voyez s'approcher le jour du Seigneur.
Car si nous demeurons volontairement dans le péché après avoir reçu la pleine connaissance de la vérité, il ne reste plus pour les péchés aucun sacrifice, mais une attente redoutable du jugement et l'ardeur d'un feu qui va dévorer les rebelles. Si quelqu'un enfreint la loi de Moïse, c'est sans pitié qu'il est mis à mort, sur la parole de deux ou trois témoins. Qu'en pensez-vous ? Ne sera-t-elle pas encore plus grave, la peine que méritera celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, tenu pour profane le sang de l'Alliance par lequel il a été sanctifié, et outragé l'Esprit qui donne la grâce ? Car nous connaissons celui qui a dit : « C'est à moi de faire justice, c'est moi qui rendrai à chacun ce qui lui revient. » Et encore : « C'est le Seigneur qui jugera son peuple. » Il est redoutable de tomber entre les mains du Dieu vivant.
Souvenez-vous de ces premiers jours où vous veniez de recevoir la lumière du Christ. Vous avez soutenu alors le dur combat des souffrances, tantôt donnés en spectacle sous les insultes et les brimades, tantôt solidaires de ceux qu'on traitait ainsi. En effet, vous avez montré de la compassion à ceux qui étaient en prison. Vous avez accepté avec joie qu'on vous arrache vos biens, car vous étiez sûrs alors de posséder un bien meilleur encore, et un bien permanent. Ne perdez pas votre assurance : grâce à elle, vous serez largement récompensés. Car l'endurance vous est nécessaire pour accomplir la volonté de Dieu et obtenir ainsi la réalisation des promesses. En effet, encore un peu, très peu de temps, et celui qui doit venir arrivera ; il ne tardera pas. « Celui qui est juste à mes yeux par la foi vivra ; mais s'il abandonne, je ne trouve plus mon bonheur en lui. » Or, nous ne sommes pas, nous, de ceux qui abandonnent et vont à leur perte, mais nous sommes de ceux qui ont la foi et sauvegardent leur âme.
Commentaire
La lecture d'aujourd'hui commençait par clôturer l'argument commencé la dernière fois, à savoir la supériorité de l'offrande du Christ. On avait parlé du sang des taureaux, qui était incapable d'enlever les péchés. Là, on continue plus loin.
Il y a eu un très beau commentaire du psaume 40 :
Tu n'as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m'as formé un corps.
Ah, tiens : « tu m'as fait un corps ». Ici, il s'agit de réinterpréter d'un point de vue cultuel l'incarnation. Le Verbe s'est fait chair pour avoir quelque chose à offrir à Dieu : sa propre chair.
Le psaume continuait : « Tu n'as agréé ni holocauste ni sacrifice. » Ça, c'est la fin de l'ancienne liturgie sacrificielle, les sacrifices du temple. Et le psaume continue : « Alors j'ai dit : me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté. » C'est assez beau, parce que ce que ce psaume, mine de rien, veut dire, c'est qu'on avait déjà prévu qu'il y aurait un nouveau sacerdoce, et qu'à la place d'offrir des holocaustes et des sacrifices, ce sacerdoce culminerait dans l'obéissance. Faire la volonté de Dieu, ça, c'est le sacrifice qui plaît à Dieu. « Je suis venu faire ta volonté. » Et le psaume, d'ailleurs, continue à la fin — là, ce n'est pas cité — : « Tu ne refuses pas, mon Dieu, un cœur brisé et broyé. » Ça, c'est Dieu qui accepte le sacrifice.
Alors, ça devient de plus en plus subtil, et là, ça continue. C'est peut-être juste un détail pour vous, mais manifestement, ça compte beaucoup pour l'auteur. Il disait qu'avant, le grand prêtre, le grand prêtre selon l'ordre d'Aaron, offrait les sacrifices, mais il les offrait debout, et il en offrait plusieurs. Alors que le Christ, lui, il a offert un seul sacrifice — parce qu'il est comme ça, il n'en avait pas besoin de plusieurs : sacrifice parfait. Et ensuite, il s'est assis : symbole de la complétude et de l'achèvement.
Et de là, on retourne à cette alliance que le Christ a inaugurée. Alors, je suis d'accord pour dire qu'on tourne et on retourne autour des mêmes thèmes, ce n'est pas toujours facile de voir quels sont les nouveaux points. En tout cas, là, il vous redonnait une citation de Jérémie, qui parle de la nouvelle alliance. Et s'il y a une citation dans tout l'Ancien Testament à retenir, c'est celle-là :
Voici quelle sera l'alliance que j'établirai avec eux, quand ces jours-là seront passés, dit le Seigneur. Je leur donnerai mes lois, je les inscrirai sur leur cœur et dans leurs pensées, et je ne me rappellerai plus leurs péchés ni leurs fautes.
Alors là, il faut comprendre ce que ça veut dire. Encore une fois — je me répète, mais ce n'est pas grave, tant pis — si le Christ accomplit les prophéties, c'est que les prophéties avaient prévu qu'un jour, il y aurait un nouveau culte. Ce n'est pas une nouveauté radicale, ce n'est pas une nouvelle religion, on reste fidèle à l'Ancien Testament. Et en même temps, quand Jérémie vous dit « Je répandrai sur eux mon esprit », l'esprit, c'est le symbole de la plénitude, c'est le symbole de l'achèvement. Et quand il vous dit « Je ne me souviendrai plus des péchés », ça veut dire que les péchés sont pardonnés, quoi. Ça veut dire que tout est accompli, il n'y a plus besoin maintenant d'un nouveau culte. Qu'est-ce que vous voulez demander de plus ? Du coup, c'est la preuve que le sacrifice du Christ, il est au-dessus de tout ça.
Fin de l'argumentation scripturaire. Du coup, on bascule sur une nouvelle partie, une exhortation. On vous dit : « Maintenant, ça va bien, quoi, on y va. On s'approche avec Jésus pour offrir avec lui des sacrifices et prier Dieu. » Citation, c'était le verset 19 : « Ainsi donc, frères, nous avons, par le sang de Jésus… »
Alors, j'ouvre une petite parenthèse sur cette effusion de sang, parce que c'est important pour comprendre comment marche un sacrifice. Le sang symbolise la vie. Quand le Christ a donné son sang, ça veut dire qu'il a donné sa vie ; et quand son sang arrive jusqu'à nous, ça veut dire qu'on participe à cette vie qui a été donnée. C'est pour ça que, dans l'Ancien Testament, quand on sacrifiait des animaux, on aspergeait de sang la foule : ça veut dire qu'elle participait à ce sacrifice. C'est pour ça que le Christ nous a donné son sang à boire : « Voici mon corps et mon sang, prenez, mangez et buvez. » Et c'est pour ça qu'à la messe, il faut que le sang du Christ soit le sang du Christ, parce que sinon, ça veut dire que, d'un point de vue cultuel, on ne participe pas à son sacrifice. Bon, fin de la parenthèse, on retourne aux Hébreux.
Donc : « Frères, nous avons, par le sang de Jésus, une libre entrée dans le sanctuaire. » Il ne suffit pas que Jésus soit entré dans le sanctuaire céleste : il faut que nous aussi, on rentre avec lui. « Nous avons là un chemin nouveau » — je vous rappelle qu'au début, le christianisme était appelé la Voie, le Chemin — « qu'il a inauguré en franchissant le rideau du sanctuaire ». Ça, c'est le symbole de la mort du Christ : en traversant la mort, il allait jusqu'au ciel. Le rideau du sanctuaire, on en avait parlé, il avait toute une symbolique, il représentait le cosmos ; et lorsque Jésus est mort, il s'est fendu de haut en bas : ça veut dire que ça venait de Dieu, cette affaire.
On continue : « Et nous, nous avons le prêtre par excellence, celui qui est établi sur la maison de Dieu. Avançons-nous donc vers Dieu. » Alors ça, il faut bien comprendre : si on n'arrête pas de vous dire que Jésus est un grand prêtre, ça veut dire aussi qu'il y a des petits prêtres. Les petits prêtres, c'est nous, qui allons avancer avec Jésus-Christ pour offrir nos offrandes avec lui.
Et là, l'auteur vous disait que pour s'approcher avec Jésus-Christ et pénétrer dans le sanctuaire, on avait besoin de trois choses : de la foi, de l'espérance et de la charité. La foi, c'était le verset 22 : « Approchons-nous donc avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi. » L'espérance, c'était le verset 23 : « Retenons fermement la confession de notre espérance. » La charité, c'était le verset 24 : « Veillons les uns sur les autres pour nous inciter à l'amour et aux belles œuvres. »
Et l'auteur de conclure : « Ne délaissons pas nos assemblées de prières. » Et si, les assemblées de prières, il faut comprendre ce que c'est : c'est la fraction du pain, ce sont les premières eucharisties de l'Église primitive. Parce que c'est là que, d'un point de vue cultuel, nous participons à l'offrande, au sacerdoce du Christ. La messe, c'est le lieu sur terre où se reflète la liturgie céleste. C'est le lieu où se donne à voir sur terre la prière que, pour nous, Jésus a dans le ciel. Et c'est à travers la fraction du pain et du vin que c'est ce même geste d'offrande dans l'amour que nous revivons. La messe, c'est le mémorial : c'est là où on fait remonter à la mémoire, pour rendre présents à la fois le sacrifice du Christ et la joie qui a été la nôtre quand nous avons été sauvés.
Proverbes 30, 32-33
Si tu t'es emporté sottement et si tu t'en rends compte, mets la main sur ta bouche, car du lait battu sort du beurre, d'un coup sur le nez sort du sang, d'un coup de colère sort un procès.