Jour 359 ☾ — Les sept sceaux : voir le monde avec les yeux du Christ
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit d'une traite la série des sept sceaux de l'Apocalypse et en donne d'abord la structure : quatre cavaliers, deux catastrophes cosmiques, un interlude liturgique, puis le septième sceau qui ouvre sur les sept trompettes. Le commentaire explique que l'ouverture des sceaux n'est pas un catalogue de châtiments mais un diagnostic posé par le Christ sur le monde : soif de domination, violence intestine, injustice économique, mort et épidémies — les conséquences du péché des hommes, et non des maux créés par Dieu. L'interlude du chapitre 7 offre un espace de répit et de protection, où les élus sont marqués au front et où la foule immense adore l'Agneau. Deux parenthèses éclairent la liturgie catholique : les reliques de martyrs dans la pierre d'autel et le signe de croix comme geste eschatologique d'appartenance à Dieu.
Introduction
On retourne à l'Apocalypse. On s'était quittés la dernière fois avec un livre scellé. Qui allait l'ouvrir ? L'Agneau immolé, évidemment. Dans ce chapitre-là, on va ouvrir les sept sceaux.
Je vous avais dit que, pour les besoins de la cause et pour ne pas être perdu dans le livre de l'Apocalypse, quand il y avait une série, c'était bien de la lire en entier. Du coup, on va lire les sept sceaux en entier, d'une traite.
Cette série de sept sceaux est intéressante parce qu'elle est typique de l'Apocalypse. Vous aurez d'abord l'ouverture des six premiers sceaux, puis un interlude, puis l'ouverture du septième sceau, qui va en fait permettre de tuiler sur une nouvelle série. Ça, c'est typique de l'Apocalypse. On le retrouvera plus tard.
Même d'ailleurs, si on rentrait dans les détails, la structure vraiment fine, c'est quatre, plus deux, plus un interlude, plus le dernier. Donc ici, vous aurez quatre premiers sceaux qui vont amener quatre chevaliers, puis vous aurez deux sceaux qui vont amener deux catastrophes cosmiques, plus un interlude, pause — pour offrir un espace de répit et de salut. Et enfin, le dernier sceau, et cette fois-ci ce sera grand silence liturgique, parce qu'on va basculer sur une autre série. Je vous dis ça au début parce que ça vous permettra de mieux vous y retrouver : quatre, plus deux, plus un interlude, plus un.
Vous vous souvenez aussi de ce que je vous ai dit la dernière fois : l'ouverture des sceaux, ce n'est pas le plaisir de décrire des catastrophes gratuites. Ici, le but, c'est de poser un diagnostic sur la situation. Qu'est-ce qui se passe dans le monde ? Comment on peut se défendre ? Comment ce qui a été reconnu au ciel, la dignité de l'Agneau, va commencer à apparaître sur la terre à travers des sceaux qu'on va ouvrir ? Le tout en gardant une perspective liturgique d'adoration. Et ça, ce sera notre interlude du chapitre 7. C'est important, là, mes petits bichons, ce que je viens de vous dire.
Bon, et maintenant, on y va, on plonge dedans.
Lecture : Apocalypse 6 – 8,1
Alors j'ai vu : quand l'Agneau ouvrit l'un des sept sceaux, j'entendis l'un des quatre Vivants dire : « Viens ! » Alors j'ai vu, et voici un cheval blanc. Celui qui le montait tenait un arc. Une couronne lui fut donnée, et il sortit vainqueur pour vaincre à nouveau.
Et quand il ouvrit le deuxième sceau, j'entendis le deuxième Vivant qui disait : « Viens ! » Alors surgit un autre cheval, rouge feu. À celui qui le montait, il fut donné d'enlever la paix à la terre, pour que les gens s'entretuent. Et une grande épée lui fut donnée.
Et quand il ouvrit le troisième sceau, j'entendis le troisième Vivant qui disait : « Viens ! » Alors j'ai vu, et voici un cheval noir. Celui qui le montait tenait à la main une balance. Et j'entendis comme une voix au milieu des quatre Vivants. Elle disait : « Un denier, la mesure de blé. Un denier, les trois mesures d'orge. Et ne fraude pas sur l'huile et sur le vin. »
Et quand il ouvrit le quatrième sceau, j'entendis la voix du quatrième Vivant qui disait : « Viens ! » Alors j'ai vu, et voici un cheval verdâtre. Celui qui le montait se nomme la Mort, et le séjour des morts l'accompagnait. Et il leur fut donné pouvoir sur un quart de la terre, pour tuer par le glaive, par la famine et par la peste, et par les fauves de la terre.
Et quand il ouvrit le cinquième sceau, je vis, sous l'autel, les âmes de ceux qui furent égorgés à cause de la parole de Dieu et du témoignage qu'ils avaient porté. Ils crièrent d'une voix forte : « Jusqu'à quand, Maître saint et vrai, resteras-tu sans juger, sans venger notre sang sur les habitants de la terre ? » Et il fut donné à chacun une robe blanche, et il leur fut dit de patienter encore quelque temps, jusqu'à ce que soit au complet le nombre de leurs compagnons, de leurs frères, qui allaient être tués comme eux.
Alors j'ai vu : quand il ouvrit le sixième sceau, il y eut un grand tremblement de terre. Le soleil devint noir comme une étoffe de crin, et la lune entière comme du sang. Et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre, comme un figuier, quand il est secoué par un grand vent, jette ses fruits. Le ciel se retira comme un livre qu'on referme. Toutes les montagnes et les îles furent déplacées. Les rois de la terre et les grands, les chefs d'armée, les riches et les puissants, tous les esclaves et les hommes libres allèrent se cacher dans les cavernes et les rochers des montagnes. Et ils disaient aux montagnes et aux rochers : « Cachez-nous du regard de Celui qui siège sur le Trône, et aussi de la colère de l'Agneau, car il est venu le grand jour de leur colère, et qui pourrait tenir ? »
Après cela, j'ai vu quatre anges debout aux quatre coins de la terre, maîtrisant les quatre vents de la terre pour empêcher le vent de souffler sur la terre, sur la mer et sur tous les arbres. Puis j'ai vu un autre ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant. D'une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de faire du mal à la terre et à la mer : « Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, avant que nous n'ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. »
Et j'entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d'Israël. De la tribu de Juda, douze mille marqués du sceau ; de la tribu de Ruben, douze mille ; de la tribu de Gad, douze mille ; de la tribu d'Aser, douze mille ; de la tribu de Nephtali, douze mille ; de la tribu de Manassé, douze mille ; de la tribu de Siméon, douze mille ; de la tribu de Lévi, douze mille ; de la tribu d'Issakar, douze mille ; de la tribu de Zabulon, douze mille ; de la tribu de Joseph, douze mille ; de la tribu de Benjamin, douze mille marqués du sceau.
Après cela, j'ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l'Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s'écriaient d'une voix forte : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône, et à l'Agneau ! »
Tous les anges se tenaient debout autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants. Se jetant devant le Trône, face contre terre, ils se prosternèrent devant Dieu, et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu pour les siècles des siècles ! Amen ! »
L'un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils et d'où viennent-ils ? » Je lui répondis : « Monseigneur, c'est toi qui le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve. Ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l'Agneau. C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu et le servent jour et nuit. »
Il ouvrit le septième sceau. Il y eut dans le ciel un silence d'environ une demi-heure. Et j'ai vu les sept anges qui se tiennent devant Dieu, et il leur fut donné sept trompettes.
Commentaire
Les quatre premiers sceaux nous ont donné quatre cavaliers. Ceci dit, ce n'était pas la première fois qu'on les avait vus. Dans l'Ancien Testament, on les avait vus dans le prophète Zacharie, et dans un autre prophète aussi. Donc ces quatre cavaliers, ils existent ; ce n'est pas la première fois qu'on les voit apparaître.
Ils ont permis de poser un diagnostic sur ce qui se passait sur terre. Ce diagnostic, c'est le Christ qui le pose : c'est lui qui ouvre les sceaux. C'est quand on regarde le Christ qu'on comprend l'histoire du monde. C'est lui le grand mystère de Dieu qui se déploie et qui se révèle.
Le Christ nous révèle qu'il y a quatre cavaliers qui parcourent la terre. Le premier cavalier, c'est la soif de pouvoir et de domination, qui notamment s'exprime à travers l'expansion militaire des empires. C'est le cavalier blanc qui s'élance pour être conquérant et encore victorieux.
Mais le Christ nous révèle qu'il y a aussi un deuxième cavalier, un cavalier rouge, couleur de la violence. Cette fois-ci, c'est la guerre civile, les tensions à l'intérieur même d'une société, les révoltes sociales. Bon, il y en avait plein à l'époque de l'Empire romain ; il y en a d'autres dans la nôtre.
Le troisième cavalier, le cavalier noir qui a une balance dans la main : ça, c'est la famine et la flambée des prix. Et dans les détails, on s'aperçoit qu'il y a une pénurie dans les biens essentiels, ce qui nous permet de manger, mais que par contre le luxe, lui, curieusement, il reste intouché. Ça vous montre le déséquilibre, l'injustice économique.
Et puis le quatrième sceau, le cavalier verdâtre qui personnifiait la mort : ça, c'étaient les épidémies, la peste. C'était vrai de l'Antiquité, c'est vrai aussi de la nôtre. Et on commence à introduire les morts. Ce sont des fléaux, ça coûte des vies. On vous parle d'une proportion d'un quart.
Alors maintenant, ces sept sceaux : c'était un diagnostic. Ce ne sont pas des châtiments, ce n'est pas encore un avertissement. C'est Jésus qui vous dit : voilà ce qui se passe dans votre monde. En fait, c'est le moment où on remet nos lunettes de soleil sur le nez. Quand on voit Dieu, sa splendeur, l'Agneau immolé en face de nous, et qu'on regarde le monde, on s'aperçoit que le monde dans lequel nous vivons est un monde défiguré par le péché. Une humanité déchue. C'est quoi, l'histoire de l'homme quand elle refuse Dieu ? Ça amène des problèmes, ça amène des fléaux.
L'ouverture de ces quatre sceaux n'a pas créé le mal sur terre. Mais elle a dévoilé les conséquences que notre péché a amenées sur terre. C'est nous qui avons appelé ces fléaux.
Et c'est d'ailleurs de là qu'on arrivait aux sceaux 5 et 6, qui nous décrivaient un monde qui n'en peut plus de ce péché, un monde qui est à l'agonie. Et vous aviez les martyrs qui criaient. Et vous aviez la nature qui était à bout de souffle, avec le soleil qui s'obscurcit, la lune qui pâlit.
Petite parenthèse qui n'a rien à voir : on vous parlait des martyrs qui criaient sous l'autel. C'est de là que vient la tradition catholique d'avoir des pierres d'autel. Quand on célèbre la messe, on la célèbre sur une pierre qui contient des reliques de martyrs. Ça vous vient de ce passage de l'Apocalypse. Voilà, fin de parenthèse.
Bon, ici, vous les entendez qui crient, comme si leur cri devenait une prière liturgique qui orientait l'histoire et toutes ses calamités vers un jugement final. Et de là, on entendait le cri, chapitre 6, verset 17 :
Car il est venu le grand jour de leur colère, et qui pourrait tenir ?
Et là, pouf, interlude. Ça va bien, deux secondes, le diagnostic ; on en a pris plein la figure. Petite pause. On offre un espace de protection et un temps de répit liturgique. Alors ça, d'ailleurs, ça permet de ne pas quitter le climat d'adoration qu'on avait instauré dans nos visions. Le but, en dévoilant tout ça, ce n'est pas d'avoir peur, c'est de continuer à adorer Dieu dans ses œuvres.
Donc on voyait un ange qui arrivait et qui marquait les élus d'un signe. C'était chapitre 7, verset 2 :
Puis j'ai vu un autre ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant.
Du côté où le soleil se lève, du côté de la résurrection. Alors, petite parenthèse là encore : c'est de là que vient le signe de croix. Le signe de croix, c'est la reprise de ce geste de l'ange qui marque au front les fidèles, qui lui-même est une reprise d'une ancienne prophétie d'Ézéchiel. Quand on se signe, c'est un signe eschatologique pour dire qu'on appartient à Dieu et qu'on se met sous sa protection en attendant la fin du monde et le jugement. Fin de la parenthèse — je ne peux pas m'en empêcher, je suis désolé.
Et puis là, on voyait la grande foule des vivants, les cent quarante-quatre mille : douze fois douze fois mille, c'est-à-dire la plénitude de la plénitude du peuple. Et on retrouvait là les Anciens, les Vivants, les anges, la grande liturgie céleste.
Et puis après, vous avez entendu le septième sceau : silence d'environ une demi-heure, coupure dramatique. Et là, on prépare la nouvelle scène à venir, les sept trompettes.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, toi qui envoies ton ange marquer le front de tes serviteurs, pose aussi ton sceau sur ma vie. Protège-moi au jour de l'épreuve. Purifie mon cœur, pour que je sois digne de me tenir debout devant ton trône. Et donne-moi d'être trouvé dans la grande foule des rachetés.
Père éternel, je t'appartiens.