Jour 361 ☾ — La Femme, le Dragon et le grand combat
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Résumé : Nous arrivons au cœur du livre de l'Apocalypse, là où saint Jean dévoile enfin ce qui se joue derrière les fléaux des sept sceaux et des sept trompettes. La lecture donne la vision de la Femme vêtue de soleil, du grand dragon rouge feu, du combat de Michel dans le ciel, puis des deux bêtes montant de la mer et de la terre. Le commentaire décrypte chaque symbole : la Femme comme Israël, Église et Marie, l'enfant enlevé jusqu'au trône qui condense toute la vie de Jésus, l'expulsion de l'accusateur rendue nécessaire par la Rédemption. Le frère montre que les trois monstres forment une contrefaçon de la Trinité, et que 666 est moins une allusion à Néron qu'une image de l'imperfection portée à sa puissance. La prière finale se confie à la Vierge couronnée, femme vêtue du soleil.
Introduction
Le livre de l'Apocalypse. On avait terminé notre chapitre 11 par ces mots très prometteurs : « Alors le sanctuaire de Dieu qui est dans le ciel s'ouvrit. Il y eut des éclairs, des fracas, des coups de tonnerre. » Et voilà que le chapitre 12 va commencer par un grand signe apparu dans le ciel.
Alors là, on s'arrête, parce que maintenant, on arrive dans le cœur du livre de l'Apocalypse. Alors ouvrez bien les oreilles, mes petits bichons. Il fallait bien que ces sept sceaux et ces sept trompettes nous amènent quelque part. Et nous amènent à ce grand dévoilement qu'on va entendre — dévoiler, apokaluptein. Le fond de l'affaire. Qu'est-ce qu'il y a derrière tous ces fléaux, derrière tous ces combats ?
Et c'est là que nous arrivons aux grandes visions centrales. Saint Jean vous dévoile les véritables adversaires, les véritables forces du mal à l'œuvre derrière ce drame. À travers ces épidémies, à travers ces famines, à travers ces conquêtes militaires, qui sont les véritables responsables ? Je vous laisse écarquiller les yeux d'étonnement en découvrant peut-être ce texte pour la première fois.
Lecture : Apocalypse 12
Un grand signe apparut dans le ciel : une femme ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie dans les douleurs et la torture d'un enfantement.
Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et sur chacune des sept têtes un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l'enfant dès sa naissance.
Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L'enfant fut enlevé jusqu'auprès de Dieu et de son trône, et la femme s'enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place pour qu'elle y soit nourrie pendant mille deux cent soixante jours.
Alors, il y eut un combat dans le ciel : Michel, avec ses anges, dut combattre le dragon. Le dragon lui aussi combattait avec ses anges, mais il ne fut pas le plus fort. Pour eux, désormais, nulle place dans le ciel. Oui, il fut rejeté, le grand dragon, le serpent des origines, celui qu'on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier. Il fut jeté sur terre, et ses anges furent jetés avec lui.
Alors, j'entendis dans le ciel une voix forte qui proclamait : « Maintenant, voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ, car il est rejeté, l'accusateur de nos frères, lui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu. Eux-mêmes l'ont vaincu par le sang de l'Agneau, par la parole dont ils furent les témoins ; détachés de leur propre vie, ils sont allés jusqu'à mourir. Cieux, soyez donc dans la joie, et vous qui avez aux cieux votre demeure ! Malheur à la terre et à la mer : le diable est descendu vers vous, plein d'une grande fureur, sachant qu'il lui reste peu de temps. »
Et quand le dragon vit qu'il était jeté sur la terre, il se mit à poursuivre la femme qui avait mis au monde l'enfant mâle. Alors furent données à la femme les deux ailes du grand aigle, pour qu'elle s'envole au désert, à la place où elle doit être nourrie pour un temps, deux temps et la moitié d'un temps, loin de la présence du serpent. Puis, de sa gueule, le serpent projeta derrière la femme de l'eau comme un fleuve, pour qu'elle soit emportée par ce fleuve. Et la terre vint au secours de la femme : la terre ouvrit la bouche et engloutit le fleuve projeté par la gueule du dragon.
Alors le dragon se mit en colère contre la femme. Il partit faire la guerre au reste de sa descendance, ceux qui observent les commandements de Dieu et gardent le témoignage de Jésus. Et il se posta sur le sable, au bord de la mer.
Lecture : Apocalypse 13
Alors j'ai vu monter de la mer une bête ayant dix cornes et sept têtes, avec un diadème sur chacune des têtes, et sur les têtes des noms blasphématoires. Et la bête que j'ai vue ressemblait à une panthère ; ses pattes étaient comme celles d'un ours, et sa gueule comme celle d'un lion. Le dragon lui donna sa puissance, son trône et un grand pouvoir.
Ils se prosterneront devant elle, tous ceux qui habitent sur la terre et dont le nom n'est pas inscrit dans le livre de vie de l'Agneau immolé depuis la fondation du monde. Si quelqu'un a des oreilles, qu'il entende ! Si quelqu'un doit aller en captivité, il ira en captivité ; si quelqu'un doit être tué par l'épée, il sera tué par l'épée. C'est ici qu'on reconnaît la persévérance et la foi des saints.
Et puis j'ai vu monter de la terre une autre bête. Elle avait deux cornes comme un agneau, mais elle parlait comme un dragon. Elle exerce tout le pouvoir de la première bête en sa présence, amenant la terre et tous ceux qui l'habitent à se prosterner devant la première bête, dont la plaie mortelle a été guérie. Elle produit de grands signes, jusqu'à faire descendre le feu du ciel sur la terre, aux yeux des hommes. Elle égare les habitants de la terre par les signes qu'il lui a été donné de produire en présence de la bête, et elle dit aux habitants de la terre de dresser une image en l'honneur de la première bête, qui porte une plaie faite par l'épée mais qui a repris vie. Il lui a été donné d'animer l'image de la bête, au point que cette image se mette à parler et fasse tuer tous ceux qui ne se prosternent pas devant elle.
À tous, les petits et les grands, riches et pauvres, hommes libres et esclaves, elle fait mettre une marque sur la main droite ou sur le front, afin que personne ne puisse acheter ou vendre s'il ne porte cette marque-là, le nom de la bête ou le chiffre de son nom. Et c'est ici qu'on reconnaît la sagesse : celui qui a l'intelligence, qu'il se mette à calculer le chiffre de la bête, car c'est un chiffre d'homme. Et ce chiffre, c'est six cent soixante-six.
Commentaire
On vient de vous mettre à nu le conflit cosmique. Ce que nous, nous vivons sur terre est un reflet de ce que saint Jean a vu dans le ciel, cette lutte entre le dragon et la femme. On avait eu les sept sceaux et les sept trompettes comme un appel à la repentance, et personne ne s'était repenti. Pourquoi ? Parce que derrière, il y a quelqu'un qui séduit les hommes. Donc ce qu'on va voir dans ces visions, c'est pourquoi le diable cherche à perdre les hommes et comment il s'y emploie. Et tout ça a commencé en fait dans le ciel, avec cette femme qui voulait mettre au monde un enfant, et le diable a voulu engloutir l'enfant ; et c'est parce qu'il n'y est pas arrivé qu'il a reporté sa rage sur la terre, où nous, nous vivons.
Ok, on rentre dans les détails. Une femme dans le ciel, vêtue du soleil, avec la lune sous ses pieds et les douze étoiles. Image d'Israël, qui vous vient du songe de Joseph dans le livre de la Genèse. Ce qui vous rappelle que l'Église est le nouvel Israël qui, dans la douleur de l'histoire, met au monde des fils de Dieu. Donc cette femme, c'est à la fois Israël, l'Église, c'est aussi Marie qui met au monde le Christ. C'est tout cela en même temps. Ces lectures ne s'excluent pas. La femme devient un symbole collectif, l'Église, mais qui en Marie trouve un visage. Le vêtement solaire, la couronne, vous rappellent que l'Église est une unité royale et cosmique.
Et en face d'elle, un autre signe : le grand dragon rouge feu, l'adversaire par excellence. Rouge, couleur du sang, de la violence. Les sept têtes et les diadèmes, c'est son arrogance, qui prétend régner sur l'univers entier. Les dix cornes, c'est la puissance. Et on vous dit que sa queue précipite un tiers des étoiles, ce qui évoque une rébellion cosmique. On y a vu une allusion traditionnelle à la chute des anges. Un tiers des étoiles, c'est beaucoup, mais c'est quand même moins que la moitié.
Et en face de lui, il y a un enfant qui est en train de naître, qui doit avoir un sceptre de fer. Ça, c'est une allusion au Messie. Et on vous dit que cet enfant fut enlevé jusqu'à Dieu et jusqu'à son trône. On condense en une phrase toute la vie de Jésus. « Elle enfanta un fils » : ça, c'est l'Incarnation. Le diable qui veut le dévorer, c'est Jésus qui est englouti par la mort. Et quand on vous dit que l'enfant fut enlevé jusqu'à Dieu, ça, c'est son exaltation, l'Ascension de Jésus jusqu'au trône.
La femme s'enfuit au désert : image de notre exil sur la terre. Mais le désert, c'est aussi le lieu de la providence divine. Ça dure mille deux cent soixante jours, soit quarante-deux mois, un an, deux ans et la moitié d'une année. Ça veut dire que c'est une épreuve qui est limitée dans le temps.
Et là, ensuite, on retourne dans le ciel : le combat entre les anges et les anges déchus. Parce qu'avec l'exaltation de Jésus, Jésus qui est entré au ciel après sa résurrection, le diable qui accusait les hommes a perdu sa place dans le ciel. Dieu s'est réconcilié avec l'humanité. Les accusations que le diable portait contre nous ont été effacées. Le diable a perdu sa place dans le ciel. Et vous avez l'archange Michel qui vient pour appliquer ce décret divin en chassant Satan du ciel. Et l'enjeu est juridique et cultuel. C'est-à-dire qu'il ne peut plus s'approcher de Dieu : enjeu cultuel. Et enjeu juridique : il ne peut plus nous accuser, parce qu'en Jésus-Christ nous avons été pardonnés.
De là, vous aviez un petit hymne interprétatif : « Maintenant, le salut, la puissance, le règne de notre Dieu et l'autorité de son Christ. » Sauf que ça se terminait par : « Malheur à la terre et à la mer. » Et c'est là que vous aviez le chapitre 13, qui était comme une sorte de zoom pour vous montrer comment est-ce que la colère de Satan allait s'abattre sur la terre, et comment elle allait se structurer dans l'histoire avec deux bêtes. La première bête qui sort de la mer, puis une deuxième bête qui sort de la terre, et qui deviennent les instruments du dragon pour imposer un culte mondial.
Dans la bête de la mer, généralement, on voit le pouvoir politique, le pouvoir impérial sacralisé. C'est le bras armé du dragon. Et là, vous la voyez qui singe la geste du Christ : elle a une blessure mortelle qui fut guérie. C'est un simulacre de résurrection qui déclenche l'adoration des masses. Je vous épargne l'allusion à Néron, qui, dit-on, avait été mort pour ensuite revivre. Vous la voyez qui réplique la physionomie du dragon : ces têtes, ces cornes, c'est son mandat et sa puissance politique.
Alors, vous notez aussi que tout ça, ces dragons, ces bêtes, ces cornes, on l'avait déjà vu dans le livre de Daniel, qui lui-même reprenait le livre d'Ézéchiel. C'est toujours cette grande vision inaugurale du chariot divin que l'on reprend. On en a disséminé une partie au tout début, la vision du Fils de l'homme. Ensuite, on avait les quatre Vivants. Et maintenant, on a les bêtes démoniaques qui surgissent dans l'histoire. C'est la vision de toutes les visions. L'Apocalypse, c'est le sommet.
Et de là, on arrive à la bête de la terre, une autre bête qu'on assimile cette fois-ci non plus au pouvoir politique, mais au pouvoir religieux. Vous la voyez avoir deux cornes comme un agneau, c'est-à-dire qu'elle a une apparence de douceur, mais qu'elle possède une parole démoniaque. Ce sont les faux prophètes. C'est l'antichrist, qui sacralise la première bête et qui organise son culte. On la voit produire des signes, des miracles mensongers. On la voit donner le souffle à une image pour l'animer : donc là, on a une contrefaçon de l'Esprit. Et, comme l'Esprit Saint qui marque normalement de son sceau l'âme des fidèles, on la voit marquer du chiffre de la bête le front des infidèles.
Donc trois bêtes qui, quand même, reprennent une contrefaçon de la Trinité. Le dragon devient l'image du père pervers, qui donne naissance à deux bêtes monstrueuses, dont la première singe le Fils, et la deuxième l'Esprit Saint. Ce qui vous donne la marque de la bête : 666. On voit souvent là une allusion à Néron. Moi, j'ai quelques petits problèmes avec ça, parce que, d'abord, il est probable que les persécutions soient sous Domitien et pas sous Néron. Et puis, ensuite, pour arriver à Néron, il faut passer par l'hébreu, ça ne marche pas tout à fait, il faut pas mal de circonvolutions. 666, c'est plutôt une image de la Trinité inversée : sept étant le chiffre de la plénitude, de la perfection divine, là, c'est l'arrogance qui essaye d'imiter Dieu, c'est l'imperfection de l'imperfection de l'imperfection.
Pour notre prière : comme on a pu voir dans ce texte une allusion à l'Assomption de la Vierge Marie, la Vierge Marie qui est couronnée, nous nous confions à elle dans la prière.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur Jésus, Agneau vainqueur, toi qui as dépouillé l'accusateur et confié à Michel la garde de tes saints, garde-nous au désert et nourris-nous de ta parole.
À l'exemple et à l'intercession de la Vierge Marie, femme vêtue du soleil, que tu as élevée en ta gloire, apprends-nous la fidélité humble et donne-nous sa foi.
Pose ton sceau sur nos fronts, affermis notre témoignage, et donne-nous de résister au diable.