Jour 361 ☼ — La foi qui fait tenir debout
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit d'une seule traite le chapitre 11 de la lettre aux Hébreux — l'hymne à la foi — et son prolongement au chapitre 12, où l'auteur invite ses lecteurs à courir à leur tour l'épreuve proposée, les yeux fixés sur Jésus. Le commentaire s'arrête d'abord sur la définition célèbre de la foi (« substance des biens espérés, preuve des réalités qu'on ne voit pas ») : par la foi, l'intelligence s'unit à la vérité divine et Dieu vient déjà habiter en nous. Le frère rappelle ensuite la définition classique de la charité, puis explique que la « nuée de témoins » qui nous entoure n'est pas passive : c'est la communion des saints, déjà présente dans le Nouveau Testament. Pas de proverbe aujourd'hui, les six versets du jour seront lus ensemble demain.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Aujourd'hui, un chapitre célébrissime dans la lettre aux Hébreux, ce qu'on appelle l'hymne de la foi. Vous aviez, dans la lettre aux Corinthiens, l'hymne à la charité : « l'amour prend patience, l'amour ne jalouse pas », etc. Eh bien, vous avez de la même manière une hymne à la foi, une hymne extrêmement belle. Son seul désavantage, c'est que l'hymne à la charité l'a comme éclipsée. Mais ce n'est pas tout à fait juste pour la lettre aux Hébreux. Nous allons réparer cette injustice.
Donc, la lecture d'aujourd'hui est un peu longue, mais je ne pouvais pas décemment couper au milieu ce morceau de bravoure. Ça aurait été un crime. Et on ira jusqu'au chapitre 12, qui nous dit comment, à la suite de ces témoins, maintenant, à nous la balle : il faut aussi mettre en pratique. Nous avons une course à mener, une épreuve à endurer.
Régalez-vous, bonne écoute.
Lecture : Hébreux 11 – 12
La foi est une façon de posséder ce que l'on espère, un moyen de connaître des réalités qu'on ne voit pas. Et quand l'Écriture rend témoignage aux anciens, c'est à cause de leur foi.
C'est grâce à la foi que nous comprenons que les mondes ont été formés par une parole de Dieu, et donc que ce qui est visible n'a pas son origine dans ce qui apparaît au regard.
C'est grâce à la foi qu'Abel offrit à Dieu un sacrifice plus grand que celui de Caïn. C'est à cause de sa foi qu'il fut déclaré juste, et Dieu lui-même rendait témoignage à son offrande. À cause de sa foi, bien qu'il soit mort, il parle encore.
C'est grâce à la foi qu'Énoch fut retiré de ce monde, et il ne connut pas la mort. Personne ne le retrouva, parce que Dieu l'avait retiré. Avant cet événement, il avait été agréable à Dieu, l'Écriture en témoigne.
Or, sans la foi, il est impossible d'être agréable à Dieu. Car pour s'avancer vers lui, il faut croire qu'il existe et qu'il récompense ceux qui le cherchent.
C'est grâce à la foi que Noé, averti de choses encore invisibles, accueillit cet oracle avec respect et construisit une arche pour le salut de sa famille. Sa foi condamnait le monde, et il reçut en héritage la justice qui s'obtient par la foi.
C'est grâce à la foi qu'Abraham obéit à l'appel de Dieu. Il partit vers un pays qu'il devait recevoir en héritage, et il partit sans savoir où il allait.
C'est grâce à la foi qu'il vint séjourner en immigré dans la terre promise, comme en terre étrangère. Il vivait sous la tente, ainsi qu'Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse. Car il attendait la ville qui aurait de vraies fondations, la ville dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l'architecte.
C'est grâce à la foi que Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d'être à l'origine d'une descendance, parce qu'elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses. Et c'est pourquoi, d'un seul homme déjà marqué par la mort, a pu naître une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer, une multitude innombrable.
C'est dans la foi, sans avoir connu la réalisation des promesses, qu'ils sont tous morts. Mais ils l'avaient vue et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs. Or, parler ainsi, c'est montrer clairement qu'on est à la recherche d'une patrie. S'ils avaient songé à celle qu'ils avaient quittée, ils auraient eu la possibilité d'y revenir. En fait, ils aspiraient à une patrie meilleure, celle des cieux. Aussi Dieu n'a pas honte d'être appelé leur Dieu, puisqu'il leur a préparé une ville.
C'est grâce à la foi, quand il fut soumis à l'épreuve, qu'Abraham offrit Isaac en sacrifice. Et il offrait le fils unique, alors qu'il avait reçu les promesses et entendu cette parole : « C'est par Isaac qu'une descendance portera ton nom. » Il pensait en effet que Dieu est capable même de ressusciter les morts. C'est pourquoi son fils lui fut rendu : et il y a là une préfiguration.
C'est grâce à la foi encore qu'Isaac bénit Jacob et qu'il lui a donné la vie.
C'est grâce à la foi que Jacob mourant bénit l'un et l'autre des fils de Joseph, et il se prosterna, appuyé sur l'extrémité de son bâton.
C'est grâce à la foi que Joseph, à la fin de sa vie, évoqua l'exode des fils d'Israël et donna des ordres au sujet de ses ossements.
C'est grâce à la foi que Moïse, après sa naissance, fut caché pendant trois mois par ses parents, car ils avaient vu que l'enfant était beau, et ils n'eurent pas peur du décret du roi.
C'est grâce à la foi que Moïse, devenu grand, renonça au titre de fils de la fille du Pharaon, choisissant d'être maltraité avec le peuple de Dieu plutôt que de connaître une éphémère jouissance du péché. Il considéra l'injure subie par le Christ comme une richesse plus grande que les trésors de l'Égypte. En effet, il regardait plus loin, vers la récompense.
C'est grâce à la foi qu'il quitta l'Égypte sans craindre la colère du roi. Et il tint ferme, comme s'il voyait celui qui est invisible.
C'est grâce à la foi qu'il a fait célébrer la Pâque et appliqué du sang sur les portes, pour que l'exterminateur des premiers-nés ne touche pas ceux d'Israël.
Grâce à la foi, ils passèrent la mer Rouge comme sur une terre sèche, alors que les Égyptiens, essayant d'en faire autant, furent engloutis.
C'est grâce à la foi que les remparts de Jéricho tombèrent, après qu'on en eut fait le tour pendant sept jours.
C'est grâce à la foi que Rahab, la prostituée, ne périt pas avec ceux qui avaient résisté, car elle avait accueilli pacifiquement les hommes envoyés en reconnaissance.
Que dire encore ? Le temps me manquerait pour rappeler l'histoire de Gédéon, Baraq, Samson, Jephté, David, Samuel et les prophètes. C'est par leur foi qu'ils ont conquis des royaumes, pratiqué la justice. Ils ont obtenu la réalisation de certaines promesses. Ils ont fermé la gueule des lions, éteint la flamme des brasiers, échappé au tranchant de l'épée, retrouvé leur force après la maladie, montré du courage à la guerre, mis en fuite des armées étrangères. Des femmes dont les enfants étaient morts les ont retrouvés ressuscités.
Mais certains autres ont été torturés. Ils n'ont pas accepté la libération qui leur était proposée, car ils voulaient obtenir une meilleure résurrection. D'autres ont subi l'épreuve des moqueries et des coups de fouet, des chaînes et de la prison. Ils furent lapidés, sciés en deux, massacrés à coups d'épée. Ils allèrent çà et là, vêtus de peaux de mouton ou de toisons de chèvre, manquant de tout, harcelés et maltraités. Mais en fait, c'est le monde qui n'était pas digne d'eux. Et ils menaient une vie errante, dans les déserts et les montagnes, dans les grottes et les cavernes de la terre.
Et bien que par leur foi ils aient tous reçu le témoignage de Dieu, ils n'ont pas obtenu la réalisation de la promesse. En effet, pour nous, Dieu avait prévu mieux encore, et il ne voulait pas les mener, sans nous, à la perfection.
Ainsi donc, nous aussi, entourés de cette immense nuée de témoins, et débarrassés de tout ce qui nous alourdit, en particulier du péché qui nous entrave si bien, courons avec endurance l'épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l'origine et au terme de la foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré la croix, en méprisant la honte de ce supplice, et il siège à la droite du trône de Dieu.
Méditez l'exemple de celui qui a enduré, de la part des pécheurs, une telle hostilité, et vous ne serez pas accablés par le découragement.
Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang dans votre lutte contre le péché, et vous avez oublié cette parole de réconfort qui vous est adressée comme à des fils : « Mon fils, ne néglige pas les leçons du Seigneur. Ne te décourage pas quand il te fait des reproches. Quand le Seigneur aime quelqu'un, il lui donne de bonnes leçons. Il corrige tous ceux qu'il accueille comme ses fils. »
Ce que vous endurez est une leçon. Dieu se comporte envers vous comme envers des fils. Et quel est le fils auquel son père ne donne pas des leçons ? Si vous êtes privés des leçons que tous les autres reçoivent, c'est que vous êtes des bâtards et non des fils. D'ailleurs, nos parents, selon la chair, nous faisaient la leçon, et nous les respections. Ne devons-nous pas d'autant plus nous soumettre au Père de nos esprits, pour avoir la vie ?
Les leçons que nos parents nous donnaient, en croyant bien faire, n'avaient qu'un effet passager. Mais celles de Dieu sont vraiment pour notre bien : il veut nous faire partager sa sainteté. Quand on vient de recevoir une leçon, on n'éprouve pas de la joie, mais plutôt de la tristesse. Mais plus tard, quand on s'est repris grâce à la leçon, celle-ci produit un fruit de paix et de justice.
C'est pourquoi, redressez les mains inertes et les genoux qui fléchissent, et rendez droits pour vos pieds les sentiers tortueux. Ainsi, celui qui boite ne se fera plus d'entorse ; bien plus, il sera guéri.
Commentaire
Je reviens sur une phrase qui était au tout début du chapitre, 11,1 :
La foi est une façon de posséder ce que l'on espère, un moyen de connaître des réalités qu'on ne voit pas.
C'est une phrase extrêmement célèbre. Et moi, j'aime bien les phrases extrêmement célèbres. Donc on va la commenter ensemble. Ici, on la traduit pour que ça sonne mieux à l'oreille, mais dans le grec, c'est un peu plus compliqué que ça. Je vous la donne littéralement :
La foi est la substance des biens que l'on espère, la preuve des réalités qu'on ne voit pas.
La foi est la substance — hypostasis —, le fondement des choses que l'on espère. Ça veut dire que la foi fait déjà exister en nous ce que nous n'avons pas vu, ce que nous n'avons pas encore. La foi rend présent en nous, mais comme de manière voilée, Dieu, il est dans notre âme, et son amour, et sa présence. Avoir foi en la vie éternelle, c'est déjà une manière de la posséder en nous. Elle nous permet de déjà participer, de manière cachée mais quand même, à la béatitude promise, à la vie éternelle.
Alors, comment ça se fait ? C'est quoi le mécanisme de la foi qui permet de rendre présentes en nous les choses à venir ? Pour bien comprendre ça, il faut comprendre que la foi, c'est un assentiment de l'intelligence à la vérité. Si jamais vous dites à Dieu que vous croyez, ça veut dire que vous unissez votre intelligence à la vérité divine. Et cette vérité divine, c'est déjà Dieu lui-même. Donc si vous unissez votre intelligence à Dieu, Dieu vient déjà habiter en vous par votre intelligence. Croire en Dieu, c'est déjà le toucher par son intelligence et le posséder, mais sans le voir ni le comprendre.
Ensuite, deuxième partie de la phrase qu'on est en train de commenter : la foi est la preuve des réalités qu'on ne voit pas. Autrement dit, la foi, ce n'est pas une opinion, c'est une conviction. Ça ne repose pas sur des questions de probabilité, mais ça repose sur l'autorité de Dieu qui se révèle. C'est la lumière de Dieu qui est en vous et qui rend plus forte, plus stable et plus ferme la lumière de votre intelligence. Il y a un instinct de Dieu en vous qui fait autorité. Vous savez que c'est vrai.
Tiens, j'en profite, petit aparté, tant qu'on y est : je vous ai donné la définition classique de la foi, voici celle de la charité. La charité est la vertu théologale par laquelle nous aimons Dieu par-dessus tout pour lui-même — c'est-à-dire gratuitement, aimer Dieu pour Dieu, pour ce qu'il est — et le prochain comme nous-mêmes, pour l'amour de Dieu. C'est-à-dire qu'on reconnaît dans notre prochain le reflet de Dieu. On voit Dieu en toutes choses.
Bon, ça, c'était pour interpréter avec vous cette première phrase qui est très connue, qui est classique, sur ce qu'est la foi d'après l'auteur de la lettre aux Hébreux.
Et après, vous avez vu cette immense fresque qui se déroulait devant vos yeux, tous ces témoins qui existaient avant nous et qui nous ont donné le témoignage de la foi. Et en 12,1, l'auteur dit :
Ainsi donc, nous aussi, entourés de cette immense nuée de témoins, courons avec endurance.
« Entourés de cette immense nuée de témoins » : ça veut dire qu'ils sont là. C'est-à-dire qu'Abraham, David, Moïse, tous ces témoins sont là autour de vous, prient et vous encouragent. Eh bien ça, c'est ce qu'on appelle la communion des saints. Nous sommes unis par la foi et dans la prière à tous les anges, à tous les saints qui sont dans le ciel. Il n'y a pas eux d'un côté, nous de l'autre. Et quand on dit qu'ils nous entourent, il faut prendre ça dans un sens actif : ils ne restent pas là sans rien faire. Ils nous aident, ils nous encouragent, ils nous exhortent, ils prient pour nous. La communion des saints, elle est là, dans le Nouveau Testament.
Allez, aujourd'hui, exceptionnellement, pas de proverbe, parce que pour une fois, ça ne valait pas le coup de séparer deux, trois versets. Il fallait faire les six versets d'ensemble. On les aura demain.