Jour 362 ☼ — La sainteté qui fait tenir la communauté
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Résumé : Le frère Paul-Adrien achève la lecture de la lettre aux Hébreux avec les chapitres 12 et 13 : après la grande section doctrinale, l'auteur élargit le regard vers la communauté et la sainteté sans laquelle personne ne verra Dieu, puis termine par des recommandations pratiques et des salutations fraternelles. Le commentaire fait un arrêt sur image sur le mot « saint » : héritier du « juste » de l'Ancienne Alliance, il désigne celui qui est mis à part, consacré, habité par la vie divine reçue du Christ — et c'est la vocation commune de tous les baptisés. Le frère relit ensuite l'opposition entre le Sinaï terrifiant, où Israël refusa d'entrer dans la nuée, et la montagne de Sion, Pentecôte réussie où l'Esprit descend et où l'on contemple la Jérusalem céleste. L'épisode se termine par les premiers versets du chapitre 31 des Proverbes.
Introduction
Lettre aux Hébreux, suite et fin : le chapitre 12 et le chapitre 13. On change de registre après la grande section doctrinale et l'exhortation à la persévérance. On élargit le regard : cette fois-ci, on va parler de la communauté, et comment il faut chercher la sainteté à l'intérieur de celle-ci. On terminera alors par une série de recommandations pratiques et de salutations fraternelles finales.
Bravo à vous : le sermon le plus long du Nouveau Testament ne sera pas le sermon sur la montagne de Jésus-Christ, ça aura été la lecture de la lettre aux Hébreux. Mais vous y êtes arrivés, pas mal.
Lecture : Hébreux 12-13
Recherchez activement la paix avec tous, et la sainteté sans laquelle personne ne verra le Seigneur. Soyez vigilants que personne ne se dérobe à la grâce de Dieu, qu'il ne pousse chez vous aucune plante aux fruits amers : cela causerait du trouble et beaucoup en seraient infectés. Qu'il n'y ait pas de débauchés ni de profanateurs comme Ésaü, qui vendit son droit d'aînesse en échange d'un seul plat. Vous savez que, par la suite, quand il voulut recevoir en héritage la bénédiction, il fut rejeté, car il ne trouva aucune possibilité de changement à son égard, malgré ses réclamations et ses larmes.
Vous n'êtes pas revenus vers une réalité palpable, embrasée par le feu, comme la montagne du Sinaï. Pas d'obscurité, de ténèbres ni d'ouragans, pas de sons de trompettes ni de paroles prononcées par cette voix que les fils d'Israël demandèrent à ne plus entendre, car ils ne supportaient pas cette interdiction : « Quiconque touchera la montagne, même si c'est un animal, sera lapidé. » Le spectacle était si effrayant que Moïse dit : « Je suis effrayé et tremblant. »
Mais vous, vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des myriades d'anges en fête, et vers l'assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous, et vers les esprits des justes amenés à leur perfection. Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d'une alliance nouvelle, et vers le sang de son aspersion, son sang qui parle plus fort que celui d'Abel.
Prenez garde, ne refusez pas d'entendre celui qui vous parle. Car si les fils d'Israël n'ont pas échappé au châtiment quand ils ont refusé d'entendre celui qui les avertissait par un oracle sur la terre, à plus forte raison nous n'y échapperons pas non plus, si nous nous détournons de celui qui nous a parlé depuis les cieux. Sa voix a jadis ébranlé la terre. Maintenant, il fait cette annonce solennelle : « Une seule fois encore, moi, je ferai trembler non seulement la terre, mais aussi le ciel. » Ces mots, « une seule fois encore », montrent clairement qu'il y aura une transformation de ce qui sera ébranlé, parce que ce sont des choses créées, afin que subsiste ce qui ne sera pas ébranlé. C'est pourquoi, nous qui recevons une royauté inébranlable, soyons reconnaissants, et rendons ainsi notre culte à Dieu d'une manière qui lui est agréable, avec grand respect et crainte, car notre Dieu est un feu dévorant.
Que demeure l'amour fraternel. N'oubliez pas l'hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges. Souvenez-vous de ceux qui sont en prison, comme si vous étiez prisonniers avec eux. Souvenez-vous de ceux qui sont maltraités, car vous aussi vous avez un corps.
Que le mariage soit honoré de tous. Que l'union conjugale ne soit pas profanée, car les débauchés et les adultères seront jugés par Dieu.
Que votre conduite ne soit pas inspirée par l'amour de l'argent. Contentez-vous de ce que vous avez, car Dieu lui-même a dit : « Jamais je ne te lâcherai, jamais je ne t'abandonnerai. » C'est pourquoi nous pouvons dire en toute assurance : « Le Seigneur est mon secours, je n'ai rien à craindre. Que pourrait me faire un homme ? »
Jésus-Christ, hier et aujourd'hui, est le même. Il l'est pour l'éternité. Ne vous laissez pas égarer par toutes sortes de doctrines étrangères. Il est bon de fortifier nos cœurs par la grâce, et non par des observances alimentaires qui n'ont jamais profité à leurs adeptes. Nous avons un autel auquel n'ont pas le droit de se nourrir ceux qui rendent un culte selon l'ancienne alliance. Les animaux offerts en sacrifice pour le péché : c'est en dehors de l'enceinte que leur corps était brûlé. Et c'est pourquoi Jésus, lui aussi, voulant sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert sa passion à l'extérieur des portes de la ville.
Cherchons la ville qui doit venir. En toutes circonstances, offrons à Dieu, par Jésus, un sacrifice de louange, c'est-à-dire les paroles de nos lèvres qui proclament son nom. N'oubliez pas d'être généreux et de partager : c'est par de tels sacrifices que l'on plaît à Dieu.
Faites confiance à ceux qui vous dirigent et soyez-leur soumis. Ainsi, ils accompliront leurs tâches avec joie, sans avoir à se plaindre, ce qui ne vous serait d'aucun profit. Priez pour nous. En effet, nous sommes convaincus d'avoir une conscience pure, puisque nous voulons en toutes circonstances avoir une bonne conduite. Je vous demande instamment de le faire, pour que je vous sois rendu plus vite.
Le Dieu de l'alliance éternelle, le berger des brebis, le pasteur par excellence, notre Seigneur Jésus : que ce Dieu vous forme en tout ce qui est bon pour accomplir sa volonté, qu'il réalise en nous ce qui est agréable à ses yeux, par Jésus-Christ, à qui appartient la gloire pour les siècles des siècles. Amen.
Je vous invite, frères, à supporter cette parole d'exhortation. D'ailleurs, je ne vous envoie que quelques mots. Sachez que notre frère Timothée est libéré. J'irai vous voir avec lui, s'il vient assez vite. Saluez tous ceux qui vous dirigent, et tous les fidèles. Ceux d'Italie vous saluent. La grâce soit avec vous tous.
Commentaire
12, 14 :
Recherchez activement la paix avec tous, et la sainteté sans laquelle personne ne verra Dieu.
C'est peut-être le moment de parler un peu de cette fameuse sainteté dont il est question dans toutes les lettres du Nouveau Testament. Vous avez entendu, dans toutes ces lettres de saint Paul, où il parlait des saints qui sont à Éphèse, des saints qui sont à Corinthe. « Saint », au début, ça désignait quasiment le mot de « chrétien ». Quand le mot n'était pas apparu, on parlait des saints qui sont à Jérusalem. Du coup, arrêt sur image sur ce mot de « saint ».
Alors déjà, son ancêtre, c'était quoi ? Cette sainteté, avant, dans l'Ancien Testament, l'équivalent, c'était le mot de « juste ». Être juste, ça signifiait vivre en conformité avec l'Alliance. Et c'est pour ça que, par exemple, on qualifiait Joseph d'homme juste. Mais vous voyez, « juste », c'était encore par rapport à la loi. C'est la loi de Moïse. C'est quelqu'un qui accomplit les préceptes de la loi, ce qui est le plus beau qualificatif que vous pouviez avoir dans l'Ancienne Alliance.
Mais nous, on est dans une nouvelle alliance. Donc on n'essaie plus d'être justifié par la loi — si tant est que ce soit jamais possible — mais on est dans une nouvelle alliance où on est justifié par la foi. Eh bien, le plus grand qualificatif, ce n'est plus « juste », c'est « saint ». Passage à une nouvelle alliance. Ça ne veut pas dire que la justice n'existe plus, mais précisément, on y arrive par un autre chemin.
Dans le langage usuel, « saint », ça veut dire qu'il mène une vie authentiquement bonne. C'est pas faux, mais ça ne rentre pas en profondeur de ce qu'est la sainteté. On va décortiquer ça. Dans l'Ancien Testament, le « saint », ça signifie d'abord celui qui est mis à part, celui qui a été consacré. Ce qui veut dire que, par le baptême, on a été racheté pour appartenir à quelqu'un d'autre. On a un nouveau maître, qui nous met à part du monde. Ça, c'est le premier sens étymologique de « sainteté », c'est celui qu'on retrouvait dans tout l'Ancien Testament.
Alors, cette sainteté, elle ne vient pas de nous-mêmes, elle est donnée par le Christ — Hébreux 10, 10. Et du coup, ça en vient à désigner une manière de vivre. Parce que cette sainteté, c'est cette vie divine qui a été répandue en nous. La sainteté, on l'avait vu dans l'Ancien Testament, c'était quasiment quelque chose de contagieux. C'est cette transcendance, cette plénitude qui habitait le corps de Jésus, et qui tout d'un coup passe en nous. Et c'est cette vie de Dieu qui nous fait accomplir la vie divine. C'est-à-dire que, puisqu'on appartient à Dieu, il faut se comporter comme Dieu veut. D'où tous les préceptes moraux qu'il y avait dans la suite du chapitre.
Alors, cette sainteté, le magistère me demande de vous rappeler que vous y êtes appelés. C'est la vocation commune de tous les baptisés. On ne pourra pas rentrer au ciel sans être saint. Donc du coup, si jamais on ne devient pas saint sur terre, il faudra qu'on trouve un moyen. Alors heureusement, il y a le purgatoire — mais je rappelle quand même que le purgatoire, a priori, vous n'avez pas trop envie d'y aller.
J'enfonce le clou : Dieu nous demande de rechercher la perfection chrétienne. Par l'Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » C'est d'ailleurs ce que vous aviez dans le texte : dans la lettre aux Hébreux, la sainteté est présentée aussi comme une condition pour voir Dieu. Je cite : « la sainteté sans laquelle personne ne verra Dieu ». Et c'est pour ça que les personnes qui sont dans le ciel, et qui donc voient Dieu, c'est pour ça qu'on les appelle les saints.
Ah tiens, aussi, un très beau verset. Ça, c'est intéressant, vous allez voir où ça va nous emmener. Verset 18 :
Une réalité palpable, embrasée par le feu, comme la montagne du Sinaï. Pas d'obscurité, de ténèbres, ni d'ouragans, pas de sons de trompettes, ni de paroles prononcées par cette voix que les fils d'Israël demandèrent à ne plus entendre, car ils ne supportaient pas cette interdiction : « Quiconque touchera la montagne, même si c'est un animal, sera lapidé. » Le spectacle était si effrayant que Moïse lui-même dit : « Je suis effrayé et tremblant. »
Ça, si vous vous souvenez bien, c'était quand le peuple recevait la loi sur le mont Sinaï. Il y avait toute une pyrotechnie : il y avait des éclairs, il y avait des tonnerres, il y avait la montagne du Sinaï qui était toute fumante. C'était Dieu qui voulait donner sa loi, pour l'inscrire dans les cœurs d'Israël. Et les Israélites ont eu tellement peur qu'ils ont refusé de monter dans la montagne. Ils ne sont pas rentrés dans la nuée. C'est ce qui expliquait pourquoi Moïse était rentré tout seul. Et puis ensuite, on avait dit : on va trouver un moyen. On avait gravé la loi sur les tables de pierre, à défaut de les graver sur les tables de la chair.
Et ça, je vous l'avais dit au tout début des Actes des Apôtres — on va voir si vous avez une bonne mémoire — je vous avais dit que ça, c'était la Pentecôte. La Pentecôte israélite, elle est arrivée cinquante jours après la libération. Et cette Pentecôte ratée, mille ans plus tard, alors que des Israélites la fêtaient à Jérusalem, c'est là où Dieu donna son Esprit Saint. Et on est passé à une autre Pentecôte, cette fois-ci réussie : c'est quand l'Esprit Saint descendit comme des langues de feu sur les apôtres, qui, eux, pénétrèrent dans la nuée.
Cette Pentecôte réussie, c'est celle dont l'auteur vous parlait juste après. Et si les Israélites avaient pénétré dans la nuée, voilà ce qu'ils auraient vu. Parce que voilà ce que l'auteur décrit, verset 22 :
Mais vous, vous êtes venus vers la montagne de Sion — ça, c'est Jérusalem — et vers la ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des myriades d'anges en fête, et vers l'assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous, et vers les esprits des justes amenés à leur perfection. Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d'une alliance nouvelle, et vers le sang de l'aspersion, son sang qui parle plus fort que celui d'Abel.
C'est tellement beau que je n'ai pas osé arrêter au milieu. Aller sur cette montagne, pénétrer dans la nuée et recevoir l'Esprit Saint, c'est contempler cette Jérusalem céleste, notre patrie.
Proverbes 31,1-9
Paroles de Lemouël, roi de Massa, instruit par sa mère.
Non, mon fils ! Non, fils de mes entrailles ! Non, fils de mes vœux ! Ne livre pas aux femmes ta vigueur, ta conduite à celles qui perdent les rois.
Jamais les rois, Lemouël, jamais les rois ne doivent boire de vin, ni les princes, de boisson forte, de peur qu'en buvant ils n'oublient les lois et ne lèsent tous les miséreux de leurs droits.
Mais donne une boisson forte à qui va mourir, du vin à qui trouve la vie trop amère : qu'il boive et qu'il oublie sa misère, qu'il cesse de remâcher ses tourments.
Prends la parole en faveur du muet, pour la cause de tous les affligés. Prends la parole et dis le droit, pour la cause du pauvre et du malheureux.