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Jour 368 — Psaume 21

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Résumé : Pour des raisons de calendrier, en attendant la reprise de la Bible en un an au 1er janvier, le frère Paul-Adrien propose un psaume par jour. Il lit ici le psaume 21 (22 en hébreu), la grande lamentation ouverte par le cri « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » que Jésus reprend sur la croix. Le commentaire détaille la tension entre l'histoire sainte reçue des pères et l'expérience personnelle du délaissement, puis la description presque physique de la crucifixion : moqueries des adversaires, fauves et chiens, os comptés, mains et pieds percés, vêtements tirés au sort. Il montre enfin le pivot du psaume, « Tu m'as répondu », basculement mystérieux vers la louange universelle et l'espérance de la vie éternelle.

Introduction

Avant de reprendre la Bible en un an, et pour des raisons de calendrier, je vous propose aujourd'hui un petit psaume. Courage, ça reprend bientôt, ça reprend le 1er janvier.

Alors celui-là aussi, c'est un psaume, c'est un passage obligé. Le psaume 21 en grec, 22 en hébreu. Un psaume de détresse extraordinaire. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Vous allez entendre ce mot-là quasiment au début du psaume. On se souvient du cri sur la croix quand il a dit ces mots : Eli, Eli, lama sabachthani. Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Le psaume s'ouvre par le verset probablement le plus célèbre de toutes les lamentations. C'est un psaume où ça ne triche pas : on dit la détresse de l'homme qui est abandonné.

Vous noterez, parce que je ne voudrais pas que ça vous empêche de regarder tout le reste, que ce n'est pas un rejet de Dieu. Jésus n'a pas cru que Dieu voulait son mal. On continue de dire « mon Dieu » et on continue de s'adresser à Dieu. C'est-à-dire qu'en fait, malgré la douleur, c'est un psaume où l'on refuse de rompre la relation avec Dieu. D'accord ? On n'a pas la solution. Donc on dit sa détresse, on dit ce que l'on ressent, mais on veut quand même maintenir la relation avec Dieu.

Et en fait, quand le Christ, en haut de la croix, a dit ce verset, lui qui connaissait les psaumes par cœur — parce que tous les Juifs priaient les psaumes ; je vous ai dit que les psaumes, c'était la grande prière, c'est pour ça que nous, moines et religieux, nous disons les psaumes, parce que c'est une manière de rentrer dans la prière de Jésus — Jésus, en haut de la croix, quand il a dit ce premier verset, il avait en tête toute la suite de ce psaume. C'est la suite de ce psaume que nous allons aussi écouter.

Lecture : Psaume 21

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Le salut est loin de moi, loin des mots que je rugis. Mon Dieu, j'appelle tout le jour et tu ne réponds pas. Même la nuit, je n'ai pas de repos.

Toi pourtant, tu es saint, toi qui habites les hymnes d'Israël. C'est en toi que nos pères espéraient. Ils espéraient et tu les délivrais. Quand ils criaient vers toi, ils échappaient. En toi, ils espéraient et n'étaient pas déçus.

Et moi, je suis un ver, pas un homme, raillé par les gens, rejeté par le peuple. Tous ceux qui me voient me bafouent. Ils ricanent et hochent la tête : « Il comptait sur le Seigneur, qu'il le délivre, qu'il le sauve, puisqu'il est son ami. »

C'est toi qui m'as tiré du ventre de ma mère, qui m'as mis en sûreté entre ses bras. À toi, je fus confié dès ma naissance. Dès le ventre de ma mère, tu es mon Dieu.

Ne sois pas loin, l'angoisse est proche. Je n'ai personne pour m'aider. Des fauves nombreux me cernent. Des torrents de Basan m'encerclent. Des lions qui déchirent et rugissent ouvrent leur gueule contre moi.

Je suis comme l'eau qui se répand. Tous mes membres se disloquent. Mon cœur est comme la cire, il fond au milieu de mes entrailles. Ma vigueur a séché comme l'argile. Ma langue colle à mon palais. Tu me mènes à la poussière de la mort.

Oui, des chiens me cernent. Une bande de vauriens m'entoure. Ils me percent les mains et les pieds. Je peux compter tous mes os. Ces gens me voient, ils me regardent. Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement.

Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin. Ô ma force, viens vite à mon aide. Préserve ma vie de l'épée. Arrache-moi aux griffes du chien. Sauve-moi de la gueule du lion et de la corne des buffles.

Tu m'as répondu.

Et je proclame ton nom devant mes frères. Je te loue en pleine assemblée. Vous qui le craignez, louez le Seigneur. Glorifiez-le, vous tous, descendants de Jacob. Vous tous, redoutez-le, descendants d'Israël. Car il n'a pas rejeté, il n'a pas réprouvé le malheureux dans sa misère. Il ne s'est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte.

Tu seras ma louange dans la grande assemblée. Devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses. Les pauvres mangeront, ils seront rassasiés. Ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent. À vous toujours, la vie et la joie.

La terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur. Chaque famille des nations se prosternera devant lui. Oui, au Seigneur, la royauté, le pouvoir sur les nations.

Tous ceux qui festoyaient s'inclinent. Promis à la mort, ils plient en sa présence. Et moi, je vis pour lui. Ma descendance le servira. On annoncera le Seigneur aux générations à venir. On proclamera sa justice au peuple qui va naître. Voilà son œuvre.

Commentaire

Ce que vous vivez et ce que vos pères ont vécu : il y a une tension avec ce que la Bible dit. On vous parle d'une histoire sainte, on vous parle de miracles, on vous parle de Dieu qui délivre.

C'est en toi que nos pères espéraient. Ils espéraient et tu les délivrais.

Donc vous savez que ça existe. Vous savez que vos pères, c'est ce qu'ils ont vécu. Et puis vous vous retournez vers vous et vous n'avez rien. L'expérience personnelle, c'est que vous n'êtes pas délivré. Alors vous faites quoi en face de cette tension ?

Après, on vous parle de l'humiliation : « Moi, je suis un ver, pas un homme. » On vous parle des moqueries, on vous parle des ricanements, des gestes de mépris. Vous serez peut-être étonné, mais il y a certaines phrases de ce psaume que l'on retrouve dans l'Évangile tel quel. Par exemple quand on vous dit qu'il y a des personnes qui se moquent de vous pour dire : « Où est-il son Dieu ? Puisqu'il est ami de Dieu, que Dieu le sauve. » Et en fait, c'est exactement ces mots-là que les pharisiens diront à Jésus. Lui, Jésus, en haut de la croix, et eux, les pharisiens à côté de lui, se moquant de Jésus. C'est vraiment le psaume qu'on a utilisé pour se moquer de Jésus.

Et on vous parle des ennemis qui sont représentés comme des lions — ça, c'est la menace de mort ; comme des chiens — ça, c'est les troupes hostiles, impures ; les torrents de Basan — ça, c'est la puissance brutale. Donc c'est l'homme, quand il fait le mal, qui est réduit à l'état de bête. Sauf que, pas de chance, en ce moment c'est contre vous que se déchaînent les bêtes. Vous qui êtes comme un insecte, comme un ver, comme une eau qui se répand, comme les membres qui se disloquent.

Alors, l'eau qui se répand, c'est la perte d'énergie. Les membres disloqués, la croix, c'est l'effondrement musculaire. Le cœur comme la cire, c'est la défaillance cardiaque sous le coup de l'angoisse. La langue collée, c'est sous l'effet de la déshydratation. La poussière de la mort, c'est la tombe. « Il me transperce les mains et les pieds » : si on ne pense pas à Jésus, je ne sais pas à qui d'autre on peut penser. « Il compte mes os » : ça vous rappelle qu'en haut de la croix, les os de Jésus ne seront pas brisés, mais que lui-même sera transpercé par une lance. Donc c'est vraiment le psaume qui décrit l'homme torturé, l'homme en proie aux méchants, en proie aux mauvais, et qui le ressent dans sa chair et dans son corps. Et vous sentez — c'est ça quand même qu'il y a de très curieux — on sent que celui qui a écrit ce psaume parle d'expérience.

Et puis, vous avez le pivot :

Tu m'as répondu.

C'est le tournant dramatique. Alors on ne sait pas pourquoi, on ne sait pas comment, on ne sait pas ce que ça veut dire. On ne sait même pas trop, quand le psaume s'écrit « Tu m'as répondu », si c'est un désir ou si c'est la réalité. Mais en tout cas, il y a un basculement. On passe du moment où l'on se plaint au moment où l'on reconnaît l'action de Dieu et où la louange explose dans l'assemblée.

On vous parle des pauvres qui seront rassasiés : ça, c'est la prophétie messianique. On parle de la conversion universelle, tous les pauvres qui se prosternent. Et là, on vous parle de l'eschatologie, de la fin du monde, les vivants et les morts : « Promis à la mort, ils plient en sa présence. Voilà son œuvre. » C'est un psaume qui vous oblige à regarder par-delà votre vie, vers l'éternité.

Ce n'est pas un hasard si le Christ a cité ce psaume en haut de la croix. C'est d'abord parce que, probablement, c'était le psaume qui par excellence pouvait exprimer sa douleur et ce que lui vivait, quasiment une description physique de sa crucifixion. Mais aussi parce que c'est quelque chose qui vous oblige à regarder vers l'éternité, vers la vie éternelle, et que c'est là que se situe la victoire de Dieu. Et ce mystérieux « Tu m'as répondu », dont on ne sait pas très bien d'où il vient, c'est le moment où le Christ se réveille, ouvre à nouveau les yeux dans son tombeau pour ressusciter.

Ce que le Christ a vécu, c'est ce que nous connaîtrons un jour. Alors peut-être au futur, peut-être plus tard. Mais c'est un psaume qui vous rappelle, un, que Dieu connaît votre détresse ; deux, que vous n'êtes pas le premier à le vivre et que Dieu sait ce que ça fait ; et trois, qu'il n'a pas dit son dernier mot. La vie éternelle, ça existe. Et vos souffrances ont du prix aux yeux de Dieu.


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