Jour 369 — Psaume 22
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Résumé : Dans cet épisode de la série consacrée aux psaumes pendant quinze jours, le frère Paul-Adrien s'arrête sur le psaume 22 (21 en numérotation hébraïque), « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ». Il invite à redonner au mot « Seigneur » toute sa hauteur métaphysique — YHWH, celui qui est — et déplie la relation personnelle, presque possessive, que le psalmiste entretient avec son guide. Il explique l'image orientale du berger, les prés d'herbes fraîches, le bâton qui protège et qui corrige, puis le basculement du psaume vers le banquet royal où Dieu se fait hôte. Pour les chrétiens, ces versets anticipent l'Eucharistie et le banquet messianique.
Introduction
Alors ça, c'est le psaume que tout le monde connaît. En fait, c'est simple : si jamais il y a un psaume à apprendre par cœur, c'est probablement celui-là, parce qu'il est à la fois court, extrêmement beau, extrêmement profond. Il s'agit du psaume 22 en numérotation grecque, 21 en numérotation hébraïque.
Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. C'est un peu le psaume tarte à la crème. Oui, mais il est tellement beau qu'on lui pardonne. Je vous laisse l'écouter à nouveau pour le plaisir des oreilles.
Lecture : Psaume 22
Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer.
Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre. Il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de son nom.
Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure.
Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis. Tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.
Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie. J'habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.
Commentaire
Ok, allons-y. Commençons déjà avec la première phrase, qui vous donne le ton de tout le psaume.
Le Seigneur est mon berger.
Alors là, je propose qu'au mot de « Seigneur », on redonne toutes ses lettres de noblesse. Derrière le Seigneur, c'est YHWH, c'est Yahvé, celui qui est, l'être à l'état pur. Le sommet, le fondement de la réalité, celui duquel ont jailli tous les mondes et toute la lumière. Donc : YHWH est mon berger. Alors évidemment, ce n'est pas très joli de dire comme ça, mais c'est une manière de vous dire qu'on se place ici à une hauteur métaphysique. Ce n'est pas seulement le Dieu qui a vaincu la mort, ce n'est pas seulement le Dieu qui va vaincre vos ennemis, c'est Celui qui est, qui est mon berger.
Voilà, on comprend la suite. Rien ne saurait me manquer. YHWH est mon berger, je ne manque de rien, parce que le sens de votre vie, c'est Dieu. Donc si vous êtes avec Dieu, il ne vous manque rien. Il est celui qui satisfait le désir. Vous ne manquez de rien.
Et là, ce qu'on vous dit, c'est qu'il est votre berger. Il est votre guide. C'est-à-dire que là, c'est une relation personnelle. Il est mon guide. C'est un possessif. Il m'appartient. Ce n'est pas le guide qui s'occupe de moi : c'est moi qui ai un guide, c'est moi qui possède un Seigneur qui me protège. C'est une relation personnelle unique.
C'est vrai que nous appartenons à Dieu. Mais vous savez, parfois, presque, on pourrait le dire dans l'autre sens : Dieu nous appartient. Il nous appartient dans la foi. Il nous appartient dans la charité. Il nous appartient dans l'espérance. Mais quand je vous dis ça, ça veut dire que la confiance qui nous unit à Dieu est telle que l'on peut dire à bon droit que Dieu nous appartient. Il est notre ami.
Derrière, vous avez la notion de berger. Alors là, qui est un lieu commun aussi dans tout le Proche-Orient. On retrouve ça dans la Bible, on trouve ça dans toutes les religions mésopotamiennes. Ce n'est pas d'abord une image romantique, c'est d'abord une métaphore de la divinité. Le berger, c'est celui qui gouverne le troupeau. Le berger, c'est celui qui protège le troupeau. Et le berger, c'est celui qui prend sur lui la responsabilité du troupeau : c'est-à-dire que si jamais ça se passe mal, c'est au berger à qui on va demander des comptes.
Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer.
Les prés d'herbe fraîche. Alors, vous avez un jumeau dans les lettres de saint Pierre : on vous parle du paradis comme un lieu de fraîcheur, refrigerium. C'est l'image de la vie éternelle. Mais vous notez aussi que c'est sur des prés d'herbe fraîche que Jésus a fait la multiplication des pains. Et oui : il me fait reposer. C'est l'image du shabbat, la vie éternelle, le repos ultime.
Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre.
On étanche le désir, et il me fait revivre. C'est-à-dire que la manière dont Dieu vous guide, c'est en restaurant votre âme, en réparant ce qui était abîmé. Ce n'est pas une guidance extérieure, c'est un renouvellement intérieur. La manière dont Dieu guérit votre corps, c'est en guérissant votre âme. Dieu ne va pas changer les circonstances de votre vie : il va vous changer, vous.
Il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de son nom.
Le juste chemin, c'est le chemin de la justice. Alors, c'est très beau, parce qu'il vous mène par le juste chemin : c'est aussi une manière de vous rappeler que le but premier de votre vie, ce n'est pas votre confort, c'est l'honneur du nom de Dieu. Et c'est pour ça que Dieu va intervenir pour vous : c'est pour sauver, et pour manifester sa fidélité à son alliance.
Ensuite, on évoque l'ombre de la mort, les ravins de la détresse. On vous parle d'un bâton. Alors, le bâton, ce n'est pas une canne de promenade. Le bâton, c'est l'instrument de défense du berger contre les bêtes sauvages : c'est avec ça qu'il va repousser les loups et les chiens. Et je note aussi que ce bâton, cette houlette, parfois, chez les bergers, c'est aussi ce qu'ils vont utiliser pour corriger, pour discipliner la brebis perdue. C'est-à-dire que Dieu vous protège, d'accord, mais il va peut-être aussi vous corriger.
Et puis là, le psaume bascule. Dieu était un berger, il devient maintenant un hôte royal. Vous étiez au service de Dieu ; c'est lui maintenant qui va devenir à votre service.
Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis. Tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.
C'est l'image du banquet royal, de la victoire. La table, l'huile parfumée, la coupe débordante. Pour nous, chrétiens, ces versets-là anticipent l'Eucharistie, la grâce surabondante qu'il y a en Jésus ; ça anticipe le banquet messianique.
Et ensuite, cette phrase-là :
Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie.
La grâce, c'est ce qui rend l'homme beau aux yeux de Dieu. Le bonheur, c'est le bien moral, mais qui habite en vous d'une telle façon qu'il procure votre joie. C'est, de manière anticipée, la vie éternelle, mais sur terre. « Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie. J'habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours. »
Bon, extraordinaire. Là encore, comme d'habitude, avant de nous retrouver demain, faites-moi plaisir si vous voulez : relisez-le, méditez-le.
Psaume 22
Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer.
Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre. Il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de son nom.
Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure.
Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis. Tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.
Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie. J'habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.