Jour 371 — Psaume 44
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Résumé : Pour des raisons de calendrier, le frère Paul-Adrien propose un petit psaume avant la reprise de la Bible en un an au 1er janvier. Il choisit le psaume 44 (45 dans la numérotation hébraïque), un chant nuptial et royal, le plus beau psaume d'amour et de mariage. Le commentaire décrit les deux figures centrales — le roi idéal, beau, sage, guerrier de justice et consacré d'une onction divine, et la reine étrangère qui quitte son peuple pour s'attacher à lui — en invitant à ne pas spiritualiser trop vite : il faut d'abord vivre ce psaume avec ses tripes, comme l'union d'un homme et d'une femme, avant d'y voir le Christ et l'Église. Le psaume est ensuite relu en entier.
Introduction
Avant de reprendre la Bible en un an et pour des raisons de calendrier, je vous propose aujourd'hui un petit psaume. Courage, ça reprend bientôt, ça reprend le 1er janvier.
Ah bah écoutez, pour une fois, ça va nous changer. La Bible, ce n'est pas uniquement la détresse d'un côté et la louange de l'autre, c'est aussi la vie humaine, la vie quotidienne. Un psaume qui parle d'amour, un psaume qui parle de mariage. Et oui, le plus beau d'ailleurs : le psaume 44, 44 dans la version grecque, 45 dans la version hébraïque. Je vous laisse l'écouter.
Lecture : Psaume 44
D'heureuses paroles jaillissent de mon cœur quand je dis mes poèmes pour le roi, d'une langue aussi vive que la plume du scribe.
Tu es beau, comme aucun des enfants de l'homme, la grâce est répandue sur tes lèvres. Oui, Dieu te bénit pour toujours.
Guerrier valeureux, porte l'épée de noblesse et d'honneur. Ton honneur, c'est de courir au combat pour la justice, la clémence, la vérité.
Ta main jettera la stupeur, les flèches qui déchirent. Sous tes coups, les peuples s'abattront, les ennemis du roi frappés en plein cœur.
Ton trône est divin, un trône éternel. Ton sceptre royal est sceptre de droiture. Tu aimes la justice, tu réprouves le mal. Oui, Dieu, ton Dieu, t'a consacré d'une onction de joie comme aucun de tes semblables.
La myrrhe et l'aloès parfument ton vêtement. Des palais d'ivoire, la musique t'enchante. Parmi tes bien-aimés sont des filles de roi. À ta droite, la préférée sous les ors d'Ophir.
Écoute, ma fille, regarde et tends l'oreille. Oublie ton peuple et la maison de ton père. Le roi sera séduit par ta beauté. Il est ton seigneur, prosterne-toi devant lui.
Alors, filles de Tyr, les plus riches du peuple, chargées de présents, quêteront ton sourire.
Fille de roi, elle est là dans sa gloire, vêtue d'étoffes d'or. On la conduit toute parée vers le roi. Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège. On les conduit parmi les chants de fête. Elles entrent au palais du roi.
À la place de tes pères se lèveront tes fils. Sur toute la terre, tu feras d'eux des princes. Je ferai vivre ton nom pour les âges des âges. Que les peuples te rendent grâce toujours et à jamais.
Commentaire
Alors, techniquement parlant, c'est ce qu'on appelle un chant nuptial, un chant royal. C'est un psaume unique, mais il a réussi à créer un genre : on appelle ça un épithalame, c'est-à-dire un psaume liturgique que normalement, je suppose, on était censé chanter lors de la liturgie de mariage. Il y a un homme, il y a une femme. Comme la vie est bien faite, c'est un roi d'un côté, une reine de l'autre.
Pour nous, chrétiens, il n'est pas impossible d'y voir l'image du Christ et de l'Église, son épouse. Alors, on fera attention à ne pas trop vite spiritualiser. Il est aussi question d'un homme et d'une femme. Il est aussi question d'un roi. Il est aussi question d'une reine. Et il faut d'abord le vivre avec ses tripes avant de le vivre avec sa tête.
Donc, on vous parle d'un roi. Un roi idéal. C'est le prince charmant.
Tu es beau, la grâce est répandue sur tes lèvres. Dieu te bénit pour toujours.
Évidemment qu'aucun roi dans l'histoire du peuple saint n'a correspondu à cet idéal de beauté, de grâce, de bénédiction. Ce n'est pas très grave. On est dans un conte ici. Même plus qu'un conte : on est dans une révélation. Derrière le conte, on imagine une figure divine qui vous parle de sagesse, qui vous parle de paroles vraies, qui vous parle de capacité d'enseigner. « La grâce est répandue sur tes lèvres » : c'est ça, c'est l'enseignement.
On vous parle aussi d'un roi guerrier qui part au combat pour la justice. Mais c'est assez beau de se dire que ce roi, avant d'être un roi guerrier, est un roi sage. En attendant, c'est aussi un roi guerrier, on vous le dit par la suite. On vous parle de son épée qui frappe en plein cœur les ennemis. L'image de la justice, mais aussi de la clémence et de la vérité. C'est beau de se dire que la plus belle des victoires, ce n'est pas par la violence, ce n'est pas par la force, c'est par la vertu, la justice, la vérité.
Et ensuite, on vous parle — c'est d'ailleurs le cœur théologique du psaume — d'un trône divin, d'une onction.
Ton trône est divin. Dieu, ton Dieu, t'a consacré d'une onction de joie.
Langage quasi divin pour parler de ce roi idéal.
Et de là, on arrive ensuite à la description de la reine. La reine, autre figure centrale. C'est une reine étrangère. Est-ce qu'il s'agit de Salomon et de ses concubines ? Ou alors, est-ce qu'il s'agit de louer l'audace d'une femme qui quitte son peuple pour s'attacher à un roi qui n'est pas le sien, qui rompt avec les alliances anciennes, qui commence une vie nouvelle pour adhérer à une religion ? Et là, si vous voulez, cette image de la reine, ça devient l'image de notre âme, pour tout un chacun, qui épouse dans le secret de la foi Dieu.
Alors, encore une fois, ne spiritualisons pas trop vite, trop tôt. N'empêche qu'il y a ça aussi derrière. Quand on vous parle d'une procession nuptiale faite d'or, de parure, de cortège, de gloire, de fécondité à venir, eh bien évidemment, on pense à une famille. On pense à un homme et une femme. On pense à la gloire d'un royaume. Mais on a aussi le droit de penser à la gloire éternelle. La parure, ce sont aussi nos belles œuvres. Et quand on vous parle du fruit de l'union, qui est une dynastie bénie, alors évidemment, on pense à nouveau aux enfants, mais on pense aussi à tous les miracles que la foi est capable d'engendrer.
C'est quelque chose qui est très beau, et je ne pense pas qu'il faille dissocier les deux. C'est souvent ce que je dis : nous, quand on pense à l'Église, on pense tout de suite aux papes, aux cardinaux, aux évêques. Ce n'est pas l'image que l'Église emploie. Normalement, quand on pense à Dieu et à l'Église, on devrait d'abord penser à ce mystère d'union et d'amour qui unit un homme et une femme. Et je pense qu'il y aurait peut-être là une manière de renouveler notre regard sur l'Église.
En attendant, ce psaume est tellement beau que vous ne résisterez pas au plaisir de l'entendre à nouveau.
Psaume 44
D'heureuses paroles jaillissent de mon cœur quand je dis mes poèmes pour le roi, d'une langue aussi vive que la plume du scribe.
Tu es beau, comme aucun des enfants de l'homme, la grâce est répandue sur tes lèvres. Oui, Dieu te bénit pour toujours.
Guerrier valeureux, porte l'épée de noblesse et d'honneur. Ton honneur, c'est de courir au combat pour la justice, la clémence, la vérité.
Ta main jettera la stupeur, les flèches qui déchirent. Sous tes coups, les peuples s'abattront, les ennemis du roi frappés en plein cœur.
Ton trône est divin, un trône éternel. Ton sceptre royal est sceptre de droiture. Tu aimes la justice, tu réprouves le mal. Oui, Dieu, ton Dieu, t'a consacré d'une onction de joie comme aucun de tes semblables.
La myrrhe et l'aloès parfument ton vêtement. Tes palais d'ivoire, la musique t'enchante. Parmi tes bien-aimés sont des filles de roi. À ta droite, la préférée sous les ors d'Ophir.
Écoute, ma fille, regarde et tends l'oreille. Oublie ton peuple et la maison de ton père. Le roi sera séduit par ta beauté. Il est ton seigneur, prosterne-toi devant lui.
Alors, filles de Tyr, les plus riches du peuple, chargées de présents, quêteront ton sourire.
Fille de roi, elle est là dans sa gloire, vêtue d'étoffes d'or. On la conduit toute parée vers le roi. Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège. On les conduit parmi les chants de fête. Elles entrent au palais du roi.
À la place de tes pères se lèveront tes fils. Sur toute la terre, tu feras d'eux des princes. Je ferai vivre ton nom pour les âges des âges. Que les peuples te rendent grâce toujours et à jamais.