1 L'Éternel répondit à Job du milieu de la tempête et dit:
...
12 Depuis que tu existes, as-tu commandé au matin? As-tu montré sa place à l'aurore,
13 Pour qu'elle saisisse les extrémités de la terre, Et que les méchants en soient secoués;
14 Pour que la terre se transforme comme l'argile qui reçoit une empreinte, Et qu'elle soit parée comme d'un vêtement;
15 Pour que les méchants soient privés de leur lumière, Et que le bras qui se lève soit brisé?
16 As-tu pénétré jusqu'aux sources de la mer? T'es-tu promené dans les profondeurs de l'abîme?
17 Les portes de la mort t'ont-elles été ouvertes? As-tu vu les portes de l'ombre de la mort?
18 As-tu embrassé du regard l'étendue de la terre? Parle, si tu sais toutes ces choses.
19 Où est le chemin qui conduit au séjour de la lumière? Et les ténèbres, où ont-elles leur demeure?
20 Peux-tu les saisir à leur limite, Et connaître les sentiers de leur habitation?
21 Tu le sais, car alors tu étais né, Et le nombre de tes jours est grand!
...
3 (39:36) Job répondit à l'Éternel et dit:
4 (39:37) Voici, je suis trop peu de chose; que te répliquerais-je? Je mets la main sur ma bouche.
5 (39:38) J'ai parlé une fois, je ne répondrai plus; Deux fois, je n'ajouterai rien.
Job
DU LIVRE DE JOB
Commentaire
1. Situation
Le Livre de Job nous offre successivement, si l'on s'en tient au contenu : un récit en prose des malheurs qui arrivent à Job (1 - 2), un débat, en forme de poème, entre Job et trois de ses amis, sur Dieu, l'homme, le mal et le malheur (3 - 31), le discours, encore en forme de poème, d'un nouvel intervenant inattendu, Elihu (32 - 37), les discours-réponses de Dieu, toujours en forme de poème (38 - 42, 6), un épilogue en prose nous décrivant la restauration de Job en tous ses biens (42, 7 - 17).
Un aspect significatif de ce Livre est justement cette utilisation d'un cadre en prose, du genre conte populaire, pour encadrer un débat poétique sur la sagesse. Cette pratique, largement employée dans le Proche-Orient ancien, permet aux auteurs de situer la discussion selon les données d'un cas concret, ainsi présenté on ne peut plus clairement.
Parmi les passages en prose, remarquons 3 introductions distinguant les 3 épisodes du conflit : - 1, 1 - 5, ouvrant le 1er (Yahvé envoie les malheurs sur Job : 1, 1 - 2, 10), - 2, 11 - 13, ouvrant le 2ème (dans le dialogue avec ses 3 amis, Job lance un défi à Dieu : 2, 11 - 31, 40), - 32, 1 - 5, ouvrant le 3ème (Job est réprimandé au nom de Dieu, d'abord indirectement par Elihu, puis directement par Yahvé lui-même : 32, 1 - 42, 17). A noter qu'au chapitre 28, un poème particulier, montrant que Dieu seul conduit à la sagesse, interrompt le dernier discours de Job.
Ce conflit entre Job et son Dieu, rapporté par le Livre, permet de mettre en parallèle différentes réponses au problème du mal. La position de Job, qui, d'un bout à l'autre du débat, affirme et maintient son innocence, progresse cependant au niveau de sa réaction, depuis son souhait initial de la mort jusqu'à son appel pressant à une confrontation de type judiciaire entre Dieu et lui, faisant intervenir un arbitre ou un rédempteur, qui ne serait autre que Dieu, rendant la justice entre lui-même et Job.
L'auteur de ce Livre veut nous faire découvrir que Dieu peut avoir d'autres motifs que simplement d'envoyer le bonheur comme récompense ou le malheur comme châtiment, selon ce que pensent les amis de Job. Si, dans ce Livre, Job a raison contre ses amis en défendant son innocence, il n'a pas pour autant raison contre Dieu, dont il ne peut rien exiger, tout en affirmant son intégrité et en s'interrogeant sur son malheur. Son innocence ne lui donne aucun droit sur Dieu et face à Dieu, qui ne saurait être considéré comme un interlocuteur sur le même plan que nous.
On pense généralement que ce Livre a été écrit après le retour de l'exil à Babylone. Cependant, certains le jugent plus ancien, et d'autres y distinguent des additions plus tardives. Si l'on n'y trouve aucune allusion d'ordre historique, signalons qu'Ezéchiel mentionne 3 figures légendaires du passé, Noé, Danel et Job (Ezéchiel, 14, 13 - 14).
2. Message
Au terme de son plaidoyer, la requête de Job semble entendue de Dieu, vers lequel il a crié son innocence, le priant de se manifester à lui pour lui expliquer la raison de son malheur injustifié.
Sans prendre position pour ou contre l'innocence de Job, ou aller dans le sens de ses amis, Dieu vient néanmoins répondre à Job, mais pour l'inviter à une humilité fondamentale devant lui. Comment le maître de l'immense univers de la création ne pourrait-il pas être au-delà de tout ce que Job pense et imagine dans son coeur de souffrant ?
Devant cette grandeur de Dieu et le mystère du mal inexpliqué qui oppresse l'homme, il n'y a plus qu'à se taire, dans l'accueil de Celui qui manifeste sa miséricorde dans le respect de la liberté de choix de ceux qui le reconnaissent et se tournent vers lui en toutes circonstances. Et c'est bien ce que fait Job sans être désavoué par Dieu.
3. Decouvertes
Les deux discours de Yahvé et les deux réponses de Job viennent conclure le poème (38, 1 - 42, 6). Nous ne lisons ici que des extraits du 1er Disours de Dieu et de la 1ère réponse de Job.
Dans cet ensemble nous atteignons le point culminant de tout ce livre, ce que nous attendons au terme du débat entre Job er ses faux amis.
Job est exaucé en ce sens que Dieu lui parle, mais le discours du Créateur ne vient pas résoudre la double question de l'innoncence de Job et de la source de son malheur. En effet, Dieu semble tout ignorer de la longue discussion que Job a tenue avec les quatre sages qui l'ont interpellé. Qui plus est, ce discours semble ignorer le monde des humains, sauf à poser à Job des questions pleines d'ironie.
Chacun de ces deux discours de Dieu lance à Job un défi avant de s'étendre, le premier sur l'ordre du monde et la description de cinq paires d'animaux (38, 4 - 39, 40), le second sur la description de deux créatures, exceptionnelles de par leur complexité, Béhémoth et Léviathan (40, 1 - 41, 34).
Finalement la question posée par Job n'obtient pas de réponse, et mieux vaut, semble t'il, qu'il en soit ainsi.
4. Prolongement
C'est en élargissant notre horizon que nos problèmes les plus personnels et les plus brûlants peuvent se trouver relativisés et mis en perspective. C'est ainsi d'ailleurs que Jésus, dans son message, nous invite également à réagir, comme par exemple en ce passage de son discours sur la charte du Royaume que nous relate Matthieu : Matthieu
6.25 C'est pourquoi je vous dis: Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement?
6.26 Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux?
6.27 Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie?
6.28 Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement? Considérez comment croissent les lis des champs: ils ne travaillent ni ne filent;
6.29 cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux.
6.30 Si Dieu revêt ainsi l'herbe des champs, qui existe aujourd'hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi?
6.31 Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas: Que mangerons-nous? que boirons-nous? de quoi serons-nous vêtus?
6.32 Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
6.33 Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus.
6.34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine.
Prière
*Seigneur Jésus, toi, qui, au plus fort de ton épreuve, a connu le silence de Dieu et la nuit de ton samedi saint, mais as toujours maintenu vive ta confiance au Père : apprends-nous à traverser nos nuits, nos horizons bouchés, en nous accrochant fermement à ta présence de Ressuscité au coeur de nos vies par la foi, selon ta promesse d'être avec nous jusqu'à la consommation des siècles. AMEN.
01.10.2004.*