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Livre de · 14 chapitres

Zacharie

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Zacharie 12, 10...13
AELF · Bible liturgique

Parole du Seigneur :

« En ce jour-là,

12,10 je répandrai sur la maison de David

et sur les habitants de Jérusalem

un esprit qui fera naître en eux bonté et supplication.

Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé ;

ils feront une lamentation sur lui comme sur un fils unique ;

ils pleureront sur lui amèrement comme sur un premier-né.

11 En ce jour-là, il y aura grande lamentation dans Jérusalem.

13,1 En ce jour-là,

il y aura une source

qui jaillira pour la maison de David

et les habitants de Jérusalem :

elle les lavera de leur péché et de leur souillure. »

Zacharie 12, 10...13
Commentaire

Ce texte nous transporte vers l'an 300 avant notre ère. A cette époque-là, plusieurs nouveaux écrits circulent chez les Juifs en Israël. On remarque, en particulier, un groupe de morceaux choisis qui parlent surtout du Messie à venir. Ils le présentent d'une manière inhabituelle : ce ne sera pas un roi triomphant, mais humble, doux et modeste. Ils vont même jusqu'à laisser entendre qu'il souffrira injustement de la main même de ceux qu'il voudra sauver.

Ces écrits sont anonymes. Pour éviter de les égarer on les annexe au livre du prophète Zacharie qui existe depuis déjà 200 ans et qui comporte 8 chapitres. L'addition formera ce que nous appelons les chapitres 9 à 14.

J'en viens au texte de ce dimanche, extrait donc de cette dernière partie du livre de Zacharie, puisqu'il se trouve aux chapitres 12 et 13. Il nous décrit une scène étrange : elle se passe à Jérusalem, les acteurs sont la famille royale des descendants de David et les habitants de la Ville Sainte. Au centre de la scène, un condamné, supplicié.

Curieusement, ceux qui le contemplent et se lamentent sur lui sont justement ses bourreaux. « Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé », dit Zacharie. Et voilà qu'il se passe une chose incroyable : le cœur des bourreaux est tout transformé : Dieu les remplit de tendresse et de bonté : « Je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit qui fera naître en eux bonté et supplication ».

Si je comprends bien, le message de Zacharie est le suivant : le Messie sera d'abord transpercé (c'est-à-dire méconnu, rejeté, tué) ; mais ensuite, les yeux de son peuple s'ouvriront et ils le reconnaîtront comme le Messie. Et alors, ils regretteront amèrement leur conduite, ils le pleureront, ils porteront le deuil : les expressions « ils feront une lamentation sur lui comme sur un fils unique, ils pleureront sur lui amèrement comme sur un premier-né ; il y aura grande lamentation dans Jérusalem... » sont des allusions aux habitudes du deuil ; et bien sûr, le rejet du Messie sera compris après coup comme le meurtre de l'être le plus précieux.

Et alors avec les yeux, ce sont les coeurs qui s'ouvriront : Ezéchiel avait dit quelque chose de semblable : « Je vous donnerai un coeur neuf, et je mettrai en vous un esprit neuf ; j'enlèverai de votre corps le coeur de pierre et je vous donnerai un coeur de chair » (Ez 36, 26) : quand Zacharie parle de bonté et supplication, de lamentation, de larmes amères, il dit bien que les coeurs de pierre se sont enfin brisés : ils sont devenus des coeurs de chair. Et au fur et à mesure que nos coeurs de pierre se brisent, pour laisser la place au coeur de chair qui est en chacun de nous, nous découvrons nos complicités : tout ce que nous laissons faire par indifférence, ou par lâcheté ; c'est Ezéchiel encore qui dit : « Le dégoût vous montera au visage à cause de vos péchés et de vos abominations » (Ez 6, 9 ; 20, 43 ; 36, 31). Quand on est adultes et conséquents, on ne peut pas s'en « laver les mains », à la Pilate. « Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé » : même ceux qui n'ont pas physiquement participé au meurtre découvriront leur complicité. Et alors il y aura grande lamentation dans Jérusalem tout entière, c'est-à-dire dans le peuple tout entier.

Reste la dernière phrase du texte : « En ce jour-là, il y aura une source qui jaillira pour la maison de David et pour les habitants de Jérusalem : elle les lavera de leur péché et de leur souillure ». Mystérieusement, on a bien l'impression que la conversion du peuple sera le fruit de cette mort injuste. Qu'il faudra que le Messie aille jusque-là pour que les yeux, (pour que le coeur) de son peuple s'ouvrent... N'est-ce pas cela exactement que Jésus ressuscité voulait faire comprendre aux disciples d'Emmaüs quand il leur disait : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela ? »

Au fond, j'entends là que le péché, la souillure c'était justement ce coeur de pierre, ces yeux fermés, le refus de reconnaître nos complicités. Mais le meurtre injuste du Messie fera jaillir une source, un torrent qui emportera tout, qui balaiera tout. Saint Jean, qui, visiblement, connaissait bien le livre de Zacharie, dira plus tard « un fleuve d'eau vive ».

Voilà donc un texte qui nous concerne au plus haut point : car l'une des questions que nous nous posons souvent, c'est « On dit que Jésus est le Sauveur... De quoi Jésus nous sauve-t-il ? Et comment ? » Or, les premiers Chrétiens se la posaient tout comme nous ; et spontanément, ils sont allés chercher la réponse dans ce texte de Zacharie. La réponse est double : premièrement, de quoi Jésus nous sauve-t-il ? Il nous sauve de la haine, de la violence, de l'égoïsme qui sont l'origine de tous nos maux. Pour reprendre l'expression d'Ezéchiel, il change nos coeurs de pierre en coeurs de chair. Zacharie parle « d'un esprit qui fera naître en nous bonté et supplication ».

Deuxièmement, comment Jésus nous sauve-t-il ? Réponse : en livrant son corps transpercé à nos regards. C'est de Zacharie que Saint Jean a repris dans le récit de la Passion la fameuse phrase « Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé ». Et Zacharie continue : « En ce jour-là, il y aura une source qui jaillira pour la maison de David et pour les habitants de Jérusalem : elle les lavera de leur péché et de leur souillure ».

Il restera à nous demander si ce salut est bien accompli, alors que l'humanité continue à vivre dans la haine, la violence, les égoïsmes et les désordres de toute sorte ? Que répondre sinon que Dieu nous a créés libres : à nous d'accepter de lever les yeux. Il ne nous convertira pas de force.

Cette dernière partie du livre de Zacharie était très populaire au temps des premiers Chrétiens. Les évangiles, tous spécialement dans les récits de la Passion y font référence.